Véronique De Keyser

Conseillère communale à Liège

Venez voir « L’impossible neutralité  » au festival de Liège!

16 février 2015

Le 19 et le 21 février, le Groupov joue (salle B9 de St Luc) au Festival de Liège, l’Impossible neutralité. Un spectacle qu’on croit d’abord uniquement focalisé sur la Palestine. Mais qui en fait tourne autour de la mort de l’enfant. Quelle haine et quelle barbarie peut aujourd’hui justifier de la mort d’un enfant ? Et comment répondre à cette mort ? Cette question lancinante, qui traverse l’histoire et les siècles, c’est celle qui obsède Denis Mukwege devant les bébés violés qu’on apporte ensanglantés à l’hôpital Panzi, c’est celle que le monde horrifié s’est posée en voyant tuer à bout portant une petite fille blonde dans une école juive à Toulouse, c’est celle de chaque mère palestinienne devant son enfant mort. Qui cherche-t-on à atteindre à travers ces crimes odieux ? La mère. L’espèce. La communauté toute entière. Et la réponse, quelle est-elle ? La vengeance ? Non, la réponse, c’est la voix admirable de Nurit Peled qui la donne et qui traverse la pièce de bout en bout. Nurit Peled, dont la fillette a péri dans un attentat palestinien en 2000, s’est vue décerner le Prix Sakharov du Parlement européen en 2001. Son discours bouleversant à fait pleurer tout l’hémicycle, et elle avait, à ses côtés un père palestinien qui lui, pleurait son fils assassiné par les Israéliens. Sous terre, dit Nurit, tous les sangs, tous les morts se rejoignent. Face à la haine, l’amour est la seule réponse. Mais la souffrance, celle de ne pas avoir su protéger son enfant, ne meurt jamais. Elle reste, vous alourdit, mais vous rapproche de la terre.

Venez soutenir cette pièce avec les yeux, avec le cœur de Nurid Peled. Et empêchez, d’où qu’elle vienne, que la haine ne nourrisse la vengeance. En ces temps difficiles, c’est le message que je lance.

Véronique De Keyser
Vice-Présidente du Festival de Liège

Citoyenne d’honneur de la Palestine

13 février 2015
Veronique De Keyser avec le Président Abbas le 12 février 2015

Veronique De Keyser avec le Président Abbas le 12 février 2015

Hier le Président Abbas m’a remis la citoyenneté d’honneur de la Palestine. Cela veut dire quoi? Un diplôme, un passeport palestinien, une décoration. Et beaucoup d’émotion. Beaucoup car c’est comme si toute ma vie se déroulait soudain devant moi. Mon premier contact sur le sol palestinien avec Luisa Morgantini en 2003. A Rafah. L’enterrement à la Mukata d’Arafat en 2004, où j’ai failli tomber dans la fosse. L’observation des élections de 2005, la direction de la mission d’observation électorale de l’UE en 2006 avec la victoire incontestable du Hamas, à travers un processus électoral impeccable. Ma colère devant les sanctions internationales. La descente aux enfers de Gaza. Notre incursion dans Gaza pendant l’opération Plomb durci, avec Luisa, une fois de plus, et d’autres parlementaires pour manifester notre opposition au massacre. Le gel de la revalorisation du statut d’Isarêl au Parlement européen, mais l’échec du blocage de ACAA. Miracle, la publication en 2013 des guidelines européennes, qui précisent, si besoin était, que les colonies sont illégales pour l’Europe. Et la tragédie qui revient, la deuxième, puis la troisième intervention militaire sur Gaza, les colonies qui avancent, la paix qui recule et l’Europe qui hésite sur la reconnaissance de l’Etat palestinien, un fois encore…
La citoyenneté d’honneur n’est pas une question de résultat. En tant que Vice-Présidente du Groupe Socialiste au Parlement européen et Vice Présidente du Groupe sur le Moyen Orient, je me dis que je n’ai rien réussi: quand je vois l’état de la Palestine, rétrécie comme une peau de chagrin, je mesure l’ampleur de l’échec . Mais mon espoir dans un futur meilleur pour les Palestiniens est intact, ma certitude que l’occupation aura une fin aussi, et mon amour pour cette terre déchirée est plus fort que jamais. Ce n’est pas si mal. Et c’est contagieux.

L’étau se resserre autour du docteur Mukwege

10 février 2015

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Dans une RDC traversée par la violence, le Sud Kivu ne fait pas exception. Région outrageusement riche en minéraux, dont le coltan et la cassitérite, favorisée par un climat exceptionnellement clément et une nature luxuriante, ce pourrait être un paradis. C’est un paradis pour les trafiquants de ressources minières, pour les rebelles réfugiés dans les collines, pour les bandes armées et les enfants soldats démobilisés qui pillent, violent et tuent. C’est un cloaque, c’est un enfer pour la population. On dit et on répète aujourd’hui que le viol est une arme de guerre. Celui qui n’a pas vu un ventre de femme traversé de part en part- vagin, utérus, vessie , colon -par un pieu, ou un ventre de femme à qui on a tiré une balle dans l’anus ou le vagin, ne sait pas ce qu’est la barbarie au Kivu. Celui qui n’a pas vu un bébé de dix huit mois, violée et complètement ouverte, laissée pour morte dans un champ, et que Mukwege essaie, comme on ferait de la dentelle, de reconstruire malgré tout, ne ne sait pas vraiment de quoi sont capables les hommes. Et c’est le quotidien à Panzi, où plus de deux cents nouvelles victimes entrent chaque mois, et où l’admission d’enfants violées a spectaculairement grimpé au cours du mois dernier.

En bâtissant l’hôpital de Panzi et ses nombreuses annexes ( Dorcas, la Cité de la Joie, le projet Victimes de violences Sexuelles), Denis Mukwege a voulu construire un espèce de phalanstère, comme les utopistes du XIX siècle. Un endroit protégé, où on soigne les corps et les âmes, où on réinvente la bonté, l’amour, les règles morales. Un univers complètement improbable, mais où les femmes victimes de viol ou d’agressions sexuelles, retrouvent la force de vivre. Et parmi ces femmes, les enfants violés. Et parmi eux aussi, les enfants nés d’un viol, parfois gardés par leur mère, parfois abandonnés à Panzi à cause de l’exclusion et de l’ostracisme qui les attend dans leur propre communauté..

Ces dernières semaines, l’étau se referme sur le Docteur Mukwege. Les menaces d’attentat se précisent. L’un a été déjoué pendant mon séjour la semaine dernière. Les suspects ont pris la fuite mais un tueur à gage bien connu est toujours réfugié à Bukavu. Denis Mukwege ne sort plus de l’enceinte de l’hôpital où il vit avec sa famille. En plus de sa garde personnelle, assurée depuis l’attentat dont il a réchappé il y a deux ans, la Monusco assure maintenant, dans l’hôpital même, sa garde rapprochée. Le gouvernement le soupçonne de vouloir jouer un rôle politique dans son pays, voire de se préparer pour les présidentielles de 2017 ; il l’accuse de fraude fiscale, pour n’avoir pas payé de taxes alors qu’il gère un hôpital privé, et gèle ses comptes bancaires. La route qui mène de Bukavu à l’hôpital n’est plus entretenue depuis longtemps, alors que c’est une route nationale. Durant la semaine qui vient de s’écouler, trois personnes y sont mortes et un car, contenant des enfants, a versé dans un ravin. Mais surtout la terreur s’installe et nombreux sont ceux qui conseillent à Denis Mukwege de s’expatrier- comme il avait du le faire après l’attentat qui avait coûté la vie en 2012 à son garde de corps. Le problème de l’exil, n’est pas celui d’un aveu d’échec. Mais c’est abandonner Panzi, ses femmes et ses enfants. Mukwege l’a déjà fait une fois, et ‘ses’ femmes se sont cotisées pour lui envoyer un billet d’avion. Pour le faire revenir. Et il est revenu avec des larmes dans les yeux. C’est ça aussi le miracle Panzi.

Aujourd’hui, Denis Mukwege alerte toute la communauté internationale non pas sur sa propre personne, mais sur ces femmes, ces enfants violés en toute impunité. Qui organise ces atrocités ? Qui les couvre ? Comment les stopper ? Quelle enquête indépendante mettre en place si le gouvernement se déclare impuissant ? Pendant mon séjour d’une semaine, trois bébés violés ont été opérés par Denis Mukwege, avec l’équipe du professeur Cadière de l’Université Libre de Bruxelles. J’ai assisté à la troisième de ces interventions : une petite fille de 18 mois. Avant de commencer l’opération, assis entre les jambes ouvertes du bébé, Denis Mukwege a croisé les mains et s’est recueilli pendant quelques minutes. Après, quand nous sortions de la salle d’opération, il me disait bouleversé – Mais comment tu expliques cela ? Comment peut-on faire cela à un enfant ? Mais dans quel monde vivons-nous ? Il faut que cela s’arrête !
Il faut que cela s’arrête avant qu’on arrête Mukwege.

Et maintenant, on fait quoi?

10 janvier 2015

manifestation Charlie Paris

La France prépare sa marche de demain, aux couleurs de la République. Pour nous, Belges vivant sous une monarchie, c’est un désarroi momentané : et maintenant, on fait quoi ?

L’union sacrée ne pourra se maintenir telle quelle. C’est le propre de tout grand événement que de rassembler et puis de s’estomper. Et pourtant, ce qui s’est passé en France, écho amplifié de la fusillade du musée juif à Bruxelles, a été un électrochoc qui devrait laisser des traces. La mondialisation – de la vague people, du terrorisme, de la spéculation financière- est un fait. Cette mondialisation est souvent vécue comme négative. Les Je suis Charlie postés des quatre coins de la planète nous montrent le pouvoir mondial du crayon et de la liberté d’expression. En temps réel, nous sommes tous dans ce monde- pour le pire et le meilleur : dans l’émotion , les frontières nationales apparaissent comme dérisoires. C’est sans doute le meilleur de la mondialisation. Mais c’est un meilleur presque méconnu, à construire. Comment être opérationnel à l’échelle du monde, non pas pour détruire, mais pour bâtir ? Des jeunes, le plus souvent égarés et manipulés par des réseaux criminels, se sont façonnés des parcours criminels à travers cette mondialisation. D’aucuns aujourd’hui croient que pour leur faire barrage, il suffira de revenir au passé étriqué des identités nationales : quelle erreur ! Mais comment rassembler les émotions et les générosités qui ont fait surface aujourd’hui, pour contrer les criminels, sans sombrer dans un délire sécuritaire, nous devrons y veiller. L’histoire de la France, sa grandeur, la générosité et la force de ceux qui la peuplent ne sont plus à démontrer – et c’est la gorge nouée d’émotion qu’on entendait dans la nuit chanter la Marseillaise pour éloigner les fantômes- mais c’est une France dans le monde, et un monde dans la France.

La mondialisation de la démocratie fait débat. Trop souvent, l’Occident à voulu l’implanter à coup de vieilles recettes inefficaces : des bombes et des canons. En Irak, en Afghanistan, en Lybie ce fut un désastre. Il y a sûrement mieux à faire pour la paix comme d’abord ranger les religions au niveau de l’intimité et prendre la laïcité comme bannière de rassemblement.

Nos valeurs ne changent pas, mais le monde change. La marche de demain à Paris, un grand moment d’émotion et de communion à l’échelle mondiale, va aussi être marquée d’une pierre blanche pour la Maçonnerie. Elle va y défiler quasi à visage découvert, tous les maçons et les maçonnes des différentes obédiences qui le souhaitent pouvant y prendre place en cordon. Car la Maçonnerie porte un deuil lourd, à travers le massacre de Charlie Hebdo, et elle veut honorer ceux qui sont tombés et rappeler que l’antisémitisme ne passera pas. Mais au-delà de ce geste, elle veut marquer que quand le monde tremble, quand la France vacille, quand la solidarité et le courage deviennent les valeurs premières, elle est là. Comme elle l’a toujours été, avant et pendant et après les guerres : première persécutée et première debout, garante des libertés- comme de la liberté d’expression, de l’égalité et de la fraternité. Hommes et femmes d’aujourd’hui – on fait quoi ? A Paris, à Bruxelles, dans le monde, on suit la marche de demain. L’après janvier sera très dur en France, les risques de dérives sécuritaires importants, mais ayons confiance. Nous avons nos propres armes : nos crayons, internet, notre courage, nos émotions, et une immense fraternité- Nous sommes debout, à visage découvert. Apprenons à être efficaces.

Prix international de la Laïcité du Grand Orient de France

11 décembre 2014

Diplome prix laicitePrix Laicité

Ce 9 décembre j’ai reçu à Paris le Prix international de la Laïcité du Grand Orient de France. C’était pour moi un moment d’émotion comme un encouragement pour le futur. Car il y a beaucoup à faire pour arriver à une laïcité européenne, garante des droits de toutes et de tous. Voici ce que fut ma réponse, lors de la remise du prix:

« C’est avec émotion que je reçois aujourd’hui ce prix international de la laïcité que j’adresse à ceux qui me suivent, car le combat pour la laïcité –pour la liberté, l’égalité, la fraternité- n’est qu’un relais dont nous nous confions tour à tour la flamme. Nous avons aujourd’hui à la fois toute raison d’être inquiets pour la laïcité européenne. Et quelques raisons d’espérer. C’est sur ces dernières qu’il nous faudra bâtir l’Europe de demain.

Toute raison d’être inquiets car nous sommes dans un monde où la violence, l’intolérance, la corruption et les inégalités sociales éclatent- et tuent. Foulent au pied la dignité de l’homme et de la femme. Le prix Sakharov accordé récemment à Denis Mukwege au Parlement européen en témoigne. Quand ce gynécologue congolais, qui a voué sa vie à reconstruire des milliers de femmes violées- car ce crime est une arme de guerre dans l’est de la République Démocratique du Congo- nous parle de femmes pénétrées avec des couteaux, avec des baïonnettes, des tessons de bouteille, il admet aussi le découragement de son équipe médicale. Car plus tard, ces mêmes femmes reviennent le trouver avec leur propre fille, violée elle aussi, puis ensuite, avec le bébé de cette dernière, violé comme elles, et laissé pour mort en pleine forêt. Alors, c’est le découragement mêlé à l’horreur. Jusqu’où peut aller la barbarie des hommes ? Jusqu’à l’indicible. Mais parce que l’Afrique est loin, parce que le Pakistan de Malala l’est encore davantage, parce que la Syrie est presque tombée dans l’oubli, on se fie à l’Europe pour contenir cette folie, l’éloigner de nous. Nous avons, ce faisant, érigé un mur de l’indifférence. Tout en critiquant l’Europe, nous nous confortons de son poids
- Ici, cela ne peut pas arriver !
Jusqu’à ce qu’ un regain d’antisémitisme, une vague d’islamophobie, un acte terroriste ou des relents nationalistes nauséabonds nous amènent à réfléchir : l’Europe est certes un garde-fou mais jusques à quand ? Avons-nous été suffisamment vigilants pour que le bouclier européen résiste? Alors qu’on assiste à la confiscation de la laïcité par l’extrême-droite, que fait la franc-maçonnerie pour l’Europe aujourd’hui ?

Et surtout, a-t-on besoin des maçons européens, les fils et les filles de ceux qui avaient édifié la Société des Nations après la grande guerre, pour chasser les démons ? A-t-on besoin d’eux aujourd’hui pour consolider les droits des citoyens européens?

Ma réponse est oui. Et je n’ai cessé de le faire savoir durant les 13 ans que j’ai passés au Parlement européen. Nous avons besoin de laïcité européenne, car elle seule a le pouvoir d’intégrer la diversité des nationalités, des courants de pensées, et des formes que prennent, dans des contextes socio-économiques et historiques différents, les valeurs démocratiques dont se prévaut l’Europe. Tous ne sont pas d’accord avec ce propos.

L’homélie que le pape François a adressée au Parlement européen lors de sa visite en novembre dernier est édifiante sur ce point. Invité en tant que chef d’état, mais se présentant comme pasteur, il a voulu s’adresser à tous les Européens. Et s’il a rappelé la doctrine sociale de l’église catholique en suscitant de nombreux applaudissements, il a précisé une fois de plus, sa vision étroite sur le plan de l’avortement et de l’euthanasie, une vision qu’il entend imposer à tous, croyants comme non croyants, au nom d’une doctrine transcendante de la vie :
« Une Europe qui n’a plus la capacité de s’ouvrir à la dimension transcendante de la vie est une Europe qui lentement risque de perdre son âme (…).
Lorsque la vie n’est pas utile au fonctionnement de ce mécanisme, elle est éliminée sans trop de scrupule, comme dans le cas des malades, des malades en phase terminale, des personnes âgées abandonnées et sans soin, ou des enfants tués avant de naître »

C’est sur le terrain éthique et sociétal que les églises et en particulier l’église catholique, ont mené campagne en Europe. Avec des moyens considérables, des pressions, des lobbies, une stratégie et quelques succès. C’est sur ce terrain là que l’interpénétration entre le politique et le religieux ne cesse de s’affirmer jusqu’à l’insupportable. C’est ce qui permet à des prêtres en soutane, à des popes richement ornés de croix, de parcourir les couloirs du Parlement européen, de dire des messes dans l’enceinte parlementaire, et même lorsqu’il s’agit d’un Vice-Président du Parlement, évêque dans son pays, de bénir les laïques abasourdis venus participer au dialogue institué par l’article 17 du traité de Lisbonne, sur lequel je reviendrai. Cette Europe chrétienne qui se dessine, c’est la concrétisation, législature après législature, du rêve de certains pères fondateurs, dont Robert Schumann. Robert Schumann avait imaginé une grande Europe, chrétienne de par ses racines. Mais chrétienne aussi dans son devenir, comme l’ont rappelé successivement les deux papes, Jean-Paul II et François, qui ont défilé au Parlement européen. L’église catholique romaine a tout fait pour que des thèmes comme ceux de l’homosexualité, de l’avortement, du divorce, de la contraception, de la recherche sur les cellules souches, de l’euthanasie, soient maintenus hors du champ européen. Et tout fait pour que ces thèmes sensibles restent de la compétence des nations au nom de la subsidiarité. Cela permet aujourd’hui à des pays très chrétiens (dont les plus radicaux sont Chypre, Malte, Irlande, Pologne) d’interdire, au nom de la subsidiarité, une série de droits reconnus dans la majorité des autres pays. Liberté, égalité, fraternité ? Non, pas en Europe. Pas d’égalité en tout cas. Pas devant des choix fondamentaux qui relèvent de la vie et de la mort. Toutes les Européennes ne peuvent pas choisir d’avoir une grossesse désirée. Le divorce n’est pas admis partout. Partir à son gré et sans souffrance face à une maladie incurable n’est pas donné à tous. Et même la science subit l’influence religieuse : la recherche sur les cellules souches, si importante pour traiter les maladies d’origine génétique, n’est pas autorisée partout alors que le créationnisme a été enseigné dans l’enceinte du Parlement.

Quelques raisons d’espérer ? La laïcité ne veut pas imposer mais permettre. Ne veut pas fermer mais ouvrir. A de nouveaux droits. Dégagés de toute empreinte religieuse. Et surtout, elle tient, au nom d’une démocratie réelle et non faussée, à ce que les lois reflètent la volonté des peuples et non celle de quelques lobbies religieux. Et nous pouvons y arriver en Europe. Mais pas avec un espoir béat : avec un engagement de la laïcité et de la maçonnerie en particulier. Avec une construction de la laïcité européenne quasi inexistante à ce jour.

Laissez-moi vous décrire un cas d’école récent- celui de l’initiative citoyenne One of us ( Un de nous) Elle a défrayé les médias lorsqu’elle a été lancée il y a deux ans, mais son épilogue est passé presque inaperçu. Qu’est-ce qu’une initiative citoyenne ? Une pétition lancée en Europe, par des citoyens. Lorsqu’elle atteint un million de signatures et qu’elle provient d’au moins sept états membres, elle a le droit d’inviter la Commission européenne à présenter une proposition législative. Auquel cas, les auteurs de l’initiative sont auditionnés par le Parlement européen, et la Commission a un délai de trois mois pour se positionner : oui ou non va-t-elle accepter de légiférer sur le sujet. Le mécanisme étant récent, puisqu’il date du Traité de Lisbonne et l’initiative étant techniquement délicate à mettre en place, à ce jour, seules deux initiatives ont franchi le cap d’un million de signatures : l’une sur le droit à l’eau comme bien public, l’autre, la seconde , One of us, sur :
La protection juridique de la dignité, du droit à la vie et à l’intégrité de tout être humain depuis la conception dans les domaines de compétence de l’UE où cette protection s’avère d’une importance particulière. La pétition vise à interdire en Europe la recherche sur les cellules souches et les programmes de santé reproductive dans la coopération de l’ UE. Les protagonistes de l’initiative sont disséminés dans différents états membres, ils sont soutenus par de nombreuses associations soeurs, toutes appartenant au courant pro-vie. En France, ce sont souvent les mêmes qui appelaient à la Manif pour tous. On y trouve : Alliance Vita et la Fondation Jérome Lejeune, qui pilotent toutes deux la levée des signatures, avec en soutien l’Association Familiale Catholique et le CPDH (protestant). Il est intéressant de voir par exemple que Jean-Marie Le Mené, à la tête de la Fondation Jérôme Lejeune , est un membre influent de l’Académie pontificale Pro Vie, créée dans la mouvance de Vitae Mysterium par Jean-Paul II. S’appuyant partout sur les paroisses, jouant souvent sur un amalgame anti-avortement, anti-homosexualité, anti-mariage pour tous, anti-euthanasie, One of us a réussi à quasi doubler le nombre de signatures requises pour provoquer une initiative législative européenne. L’initiative a presqu’atteint les deux millions, ce qui l’a rendue incontournable.

Son audition au Parlement européen, prévue par la procédure, a été contrastée. Du pour et du contre. Et la réponse de la Commission européenne est arrivée le 28 mai 2014 : ce fut le dernier acte public de la Commission Barroso. C’était une fin de non recevoir : la Commission n’estimait pas utile de légiférer sur le sujet. Mais le véto n’était pas politique : il reposait sur des bases juridiques circonstanciées, et il a pris la forme d’une Communication de la Commission qui fera sans doute jurisprudence . Ce n’est, ni le lieu, ni le moment d’étudier ce long texte de trente pages qui ne manque ni de courage ni de tenue morale. Quelle que soient les pressions populistes et religieuses autour de cette initiative, l’Europe, dans sa réponse, a campé sur ses valeurs, et sur les traités en vigueur. J’ai souvent été émerveillée, dans les institutions européennes, par des fonctionnaires de l’ombre, capables, dans la plus grande tradition de la chose publique, de faire avancer la démocratie européenne. Ils n’ont pas besoin de lumière mais de soutien. Car le socle juridique sur lequel nous nous reposons peut-être interprété diversement. L’Europe est fragile, traversée de tensions, engluée dans une crise économique dont elle peine à sortir. Mais elle est sans doute, la construction la plus ambitieuse que nous ayons imaginée, pour préserver la paix, la liberté et la démocratie dans cette région du monde.

Contrairement à l’idée d’une grande Europe chrétienne, la laïcité européenne n’a jamais existé en tant que projet. Osons ce projet, dès aujourd’hui. Construisons-le. Car la politique de la chaise vide est dangereuse pour nos libertés. Faisons porter l’article 17 du traité de Lisbonne qui prévoit un dialogue contraignant entre l’Union, les églises et les associations philosophiques, sur des questions essentielles : quels droits, quelles libertés voulons nous pour les citoyens européens ? Quel chemin sommes-nous prêts à faire avec les églises, dont nous partageons souvent la doctrine sociale ? Mais quels dogmes refusons –nous radicalement ? Le pape François, lui, a été clair à Strasbourg sur sa volonté de se servir de l’article 17:
Je désire renouveler la disponibilité du Saint Siège et de son église catholique – à travers la Commission des Conférences Episcopales Européennes (COMECE) – pour entretenir un dialogue profitable, ouvert et transparent avec les institutions de l’Union européenne. De même, je suis convaincu qu’une Europe capable de mettre à profit ses propres racines religieuses, sachant en recueillir la richesse et les potentialités, peut-être plus facilement immunisée contre les nombreux extrémismes qui déferlent dans le monde d’aujourd’hui, et aussi contre le grand vide d’idées auquel nous assistons en occident, parce que « c ‘est l’oubli de Dieu et non pas sa glorification qui engendre la violence. » Le pape le déclare : cette contribution n’est pas un danger pour la laïcité des Etats et l’indépendance des Institutions de l’Union. Quand je relis l’initiative One of us, et certaines diatribes de ses auteurs contre le mariage pour tous, je n’en suis pas si sûre.

Le fait religieux embrase le monde. Voulons nous, dans un avenir proche, embraser l’Europe ? Faire de l’Europe chrétienne le contrepoids a un Islam politique qui n’a de l’Islam que le nom, comme n’ont de chrétiens que le nom certains des lobbyistes que j’ai croisés dans les couloirs du Parlement européen ? Nous avons tous intérêt à refuser de nous fourvoyer dans cette impasse. C’est à une vraie indépendance du politique et du religieux que doit nous mener le dialogue structuré avec les institutions européennes. Rien n’est perdu, mais il y a urgence à l’entamer.
Voilà qui nous écarte de la maçonnerie, direz-vous mes sœurs et mes frères ? Pas si l’on s’en tient à la vision de Borgès, que j’ai fait mienne

Les actes sont notre symbole.

Les actes sans lesquels le sens s’épuise. J’ai dit .

A Dieu Majesté

5 décembre 2014

Je vais en étonner certains mais la reine Fabiola est une des femmes qui m’a le plus impressionnée: incroyablement drôle, avec une intelligence aigüe, curieuse et un sens de l’empathie hors du commun. Je l’ai souvent rencontrée lorsque j’étais administrateur(e) de la Fondation Roi Baudouin. Je me souviens en particulier d’une scène dans un bureau de la Fondation. Nous étions une dizaine à l’entourer. Elle s’approche d’un dessin représentant le roi Baudouin:
- C’est bien dit-elle. Je le préfère avec des lunettes. D’ailleurs j’ai chez moi un buste où il est sans lunettes. Cela me gêne. Alors le matin, pour lui parler, je lui mets une paire de lunettes.
Et elle se tourne vers le conseiller du roi, Jacques Van Ypersele de Strihou et lui ôte sa paire de lunettes
- Regardez Monsieur van Ypersele sans ses lunettes. Il n’a l’air de rien n’est-ce pas? je les lui remets, et le revoilà.
Mis plus sérieusement, à une autre occasion, celle d’un congrès de Psychologie que j’organisais au Heyzel avec mon collègue de la KUL, Géry d’Ydewalle, la reine avait accepté de venir . Elle vient. Mais pas comme un politique qui quitte la salle sitôt son allocution faite: la reine reste! Toute la journée! Et elle prend des notes. Beaucoup de notes. En particulier sur la dépression.
Quand elle me quitte elle dit – C’est fascinant. Mais si vous avez plus d’informations sur la dépression, donnez m’en. C’est terrible de voir quelqu’un en souffrir dans son entourage et de se sentir démunie. Beaucoup de choses nous éloignaient: son statut, ses convictions religieuses, mais peu importe. C’était comme beaucoup l’ont dit, une grande dame.
Dommage qu’en fin de vie elle ait été aussi mal conseillée financièrement, et que ces aspects financiers aient rejailli sur son image. Mystique, amoureuse, et infiniment vivante – voilà en tout cas pour moi l’image que j’en garde. C’est à cette femme que nous souhaitons, à Dieu, comme à un improbable voyage mais auquel elle croyait tant!

Ramallah, Strasbourg, Limoges: pourquoi?

1 décembre 2014

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Le 1er décembre 2014
Après dix jours de voyage quasi ininterrompu – Ramallah pour la signature des accords avec la ville de Liège, puis Strasbourg pour la venue du Pape et le prix Sakharov et enfin Limoges, pour une conférence au Grand Orient de France sur Laïcité dans la Cité- je suis rentrée hier soir à Liège, un peu dans une course contre la montre pour arriver avant le débrayage de la grève de la SNCB. J’ai beau être contre les mesures gouvernementales antisociales, et suis même prête à le manifester haut et fort, la perspective d’être coincée sur un quai de gare, dans le brouillard givrant qui tombait hier soir sur Bruxelles, ne m’enchantait pas. D’autant qu’il y avait à Limoges une douceur limousine qui m’avait réchauffé les os. Que retenir de ces voyages ?
D’abord, à Ramallah, l’immense espoir que suscitent les nombreuses coopérations décentralisées (autre nom des jumelages) qui se sont nouées avec la ville. La plus importante et la plus diversifiée étant celle de Johannesburg, dans la droite ligne de la politique de Mandela vis à vis de la Palestine, lui qui disait- l’Afrique ne sera jamais libre aussi longtemps que la Palestine restera occupée. Qu’est-ce qui séduit les jeunes Palestiniens à Liège ? Les nouvelles technologies, que ce soit dans le domaine de la santé, de l’éducation, de l’environnement, de la culture et l’image. Tout ce qui peut les rendre indépendants et les désenclaver virtuellement. Car le miracle des technologies aujourd’hui est de libérer des contraintes territoriales, de connecter. Et Liège est bien placée pour tendre la main dans ces domaines. Mais que peut en retirer Liège ? D’abord la prise de conscience des atouts, des cartes incroyables qu’elle a en main. Malgré un chômage excessif et des mesures gouvernementales qui accentueraient, si on ne les combat pas, le déficit social, avec ses pôles technologiques, ses spin-off, son Université, son plan Marshall, sa démocratie, elle fait rêver les Palestiniens. Et Liège va s’en tirer. Pour autant que la volonté et l’espoir des jeunes soient au rendez-vous. C’est pour cela que les échanges de jeunes, dans le cadre de cet accord de coopération décentralisée, seront tellement importants pour les deux parties.

A Strasbourg, j’ai eu l’immense plaisir de retrouver Denis Mukwege, qui nus a fait l’honneur d’une heure de discussion à la réunion de Groupe des Socialistes et Démocrates, et il a rendu un hommage appuyé au service de Psychologie de l’Université de Liège qui l’aide à reconstruire, non pas le corps des femmes, mais leur psychisme, détruit par le viol. Merci donc à mon ancien service universitaire d’avoir si bien pris la relève : il y a encore énormément à faire dans ce domaine et Denis Mukwege veut poursuivre la collaboration sur le plan psychologique.

Cette perspective de coopération a un peu atténué mon ressentiment contre les propos du Pape en plénière, fustigeant une fois de plus l’euthanasie et l’avortement, qui sont de l’ordre de la subsidiarité, et donc du choix libre des états. Ou bien le pape parle comme chef d’Etat, ce qui était le cas à Strasbourg, et auquel cas, il n’interfère pas avec les politiques des autres pays membres, ou bien il s’adresse comme chef religieux à ses propres fidèles, ce qui est parfaitement légitime. Mais postuler des racines chrétiennes de l’Union pour faire de tous les Européens les destinataires de son homélie est une malhonnêteté intellectuelle, contre laquelle il y a eu bien peu de réactions à ce jour. Ce ne sont pas les actes symboliques comme la prière devant le mur de séparation en Palestine, ou la visite à Lampedusa, qui feront oublier l’absence totale dans le passé papal d’une référence quelconque à la théologie de la révolution en Amérique latine, alors même qu’il vivait sous la dictature argentine, ni le fait qu’il épouse sans nuance les vues les plus conservatrice de l’église catholique sur les droits des femmes, le choix d’avoir un enfant à un moment choisi et la possibilité pour tous de mourir dans la dignité. Vivre et mourir dans la dignité me semble plus porteur d’espoir que de vivre et mourir dans la pauvreté.
Quant à Limoges, le 29 novembre, c’était une fête, ouverte à tous et extrêmement fraternelle sur la Laïcité dans La(i)Cité ( Lacan était passé par là). Après tant de sermons, c’était vivifiant. Le Grand Orient de France avait une fois de plus joué la carte de l’ouverture, mais avec des innovations ( en tout cas pour moi) : d’abord une grande fresque des enfants, pendant les conférences et les tables rondes. Pleine de couleurs et et de gaité( cf photo) Et puis, des thèmes nouveaux dans les tables rondes: sport et laïcité par exemple, avec des témoignages de sportifs qui apportaient un regard neuf sur le prosélytisme religieux dans le sport. Et enfin, à la fin de la journée, des orchestres folk et rock. Si vous ajoutez en plus, la chaleur de l’accueil et celle du banquet républicain, cela faisait une belle fête. Oufti comme on dit chez nous !!

Le docteur Mukwege reçoit le prix Sakharov au Parlement européen

27 novembre 2014

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Le pape est venu à Strasbourg le 25 novembre 2014. Mais il n’a pas été le seul à déplacer les foules. Le lendemain, Denis Mukwege, ce médecin congolais qui répare les corps des femmes mutilées et violées à l’Est de la RDC venait recevoir le prix Sakharov du Parlement européen, un prix qui est en quelque sorte, le Nobel européen. Il y a plusieurs années déjà que j’avais déposé, au nom de mon groupe politique, sa candidature au prix. Sans succès jusqu’à hier. En octobre 2014, il avait reçu le prix Solidarité de l’hôpital St Pierre, et lors du gala de charité pour financer ce prix, j’avais avec Laurence Bibot, Isabelle Durant et d’autres femmes politiques, joué un extrait des Monologues du vagin. Entretemps, mon service à l’Université de Liège avait, sous la responsabilité du professeur Adélaïde Blavier qui m’a succédé, envoyé deux psychologues en RDC. Ce, afin d’aider Denis Mukwege à reconstruire les âmes des victimes, au moins autant que leurs corps. Car en plus de la destruction des corps, le viol, utilisé en tant qu’arme de guerre, veut anéantir la volonté et l’identité des femmes. Ce projet d’aide psychologique va se poursuivre. C’est dire si en allant rejoindre Denis Mukwege à Strasbourg j’étais de voir qu’une solidarité internationale se mettait enfin en place pour soutenir un homme exceptionnel.

Photo : Denis Mukwege accueilli au sein du groupe socialiste et démocrate au Parlement européen le 25 novembre 2014.

Pour une Europe laïque

18 novembre 2014

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A propos de la venue du pape à Strasbourg le 25 novembre 

 

 

La manière dont le pape François a affronté, dès le début de son pontificat, la sclérose de l’institution religieuse qui l’avait porté à sa tête, a forcé l’admiration du monde.  Un monde qui a besoin de rêver, qui veut croire aux miracles, et pour qui, un pape qui tweete et qui s’incline devant le mur érigé entre la Palestine et Israël, apporte l’espoir.  Et tous les catholiques épris d’ouverture se prennent à rêver. Enfin la pédophilie, ce chancre de l’église catholique, va être éradiquée.  Peut-être va-t-on aussi questionner le mariage des prêtres, cette arlésienne depuis le concile de Vatican II ?  Et si la contraception était enfin autorisée ? Si c’était la fin de l’excommunication des divorcés ?  Si l’église catholique ouvrait les bras aux homosexuels et leur reconnaissait des droits ?  Toutes ces questions sont débattues aujourd’hui mais  rien ne dit que le pape François réussira à faire tomber les conservatismes profonds de son église.  On le lui souhaite.  Mais ce n’est pas notre problème : c’est celui de ses fidèles.

 

Ma conception de la construction européenne n’est pas celle d’une construction religieuse. Certes, il faut bâtir une maison où chacun trouve sa place, mais une place définie par le droit.  Pas par la foi. Et l’occasion de la visite du pape François au Parlement européen est l’occasion de rappeler avec force ce principe.  L’Europe n’est pas un temple, si œcuménique soit-il.  C’est un espace de liberté, de valeurs, protégées par des droits et des responsabilités. Et sur ce plan là, l’église catholique nous donne bien du fil à retordre.

Son influence est énorme.  Elle s’exerce à travers des lobbies, des pressions, parfois des campagnes de mails.  Elle porte sur tous les dossiers européens qui concernent la santé reproductive, le droit à l’avortement, la recherche sur les cellules souches, l‘homosexualité, la bioéthique, l’euthanasie, etc.  Toutes les interventions  de ces lobbies vont dans le même sens : maintenir ces dossiers sensibles dans le giron  de la subsidiarité, pour que les pays dans lesquels l’église chrétienne est puissante- Irlande, Malte, Chypre, Pologne par exemple- puissent conserver des législations conformes aux principes religieux.  L’objectif est d’empêcher que l’Europe ne légifère sur ces sujets en étendant à l’ensemble des citoyens européens, des droits que l’église catholique rejette. Lorsqu’on sait que cela concerne le divorce, l’avortement, la procréation assistée etc. on s’étonne.  Car enfin l’idée n’est pas d’obliger tout le monde à divorcer ou à avorter mais de permettre à ceux ou celles qui le désirent, de le faire.  Et donc par exemple, aux Chypriotes, aux Irlandais(es) aux Maltais(es), aux Polonais(es) qui ne se sentiraient pas liés par la foi catholique, d’y avoir recours.  Non, l’Eéglise refuse cette liberté, y compris aux non-croyant(e)s.

 

C’est cette implication constante du religieux dans le politique, de la foi dans le droit, que j’ai combattue, avec certains de mes collègues parlementaires, pendant plus de dix ans au Parlement européen.  Pour autant, tous les cris d’alarmes que nous avons poussés, toutes les dénonciations des sectes, omniprésentes dans les institutions européennes ou des lobbies religieux, ou l’utilisation du budget européen pour financer les Journées mondiales de la Jeunesse, ne sont que des escarmouches qui attirent l’attention des médias.  Comme il est médiatique de dénoncer la visite du Pape François en tant que chef de l’état du Vatican, une théocratie au fonctionnement opaque, qui discrimine les femmes au sein de son église.  Mais le fond du problème reste intact et peu évoqué: avons-nous pour projet de faire de l’Europe un temple multiconfessionnel, où les associations philosophiques se trouvent assises à côté des croyants, parées d’une sorte de religion par défaut- ou voulons nous une Europe, sociale et politique, dont le droit s’érige de façon libre et non faussée,  c’est-à-dire par la seule volonté de ses citoyens ?  Et non croulant sous l’influence de lobbies contradictoires, bien financés : drôle de démocratie européenne !  Le fait religieux aujourd’hui embrase le monde.  Voulons nous, dans un avenir proche, embraser l’Europe ?  Faire de l’Europe le contrepoids chrétien a un Islam politique qui n’a de l’Islam que le nom, comme n’ont de chrétiens que le nom certains des lobbyistes que j’ai eu l’occasion de croiser dans les couloirs du Parlement européen ?  Nous avons tous intérêt à refuser de nous fourvoyer dans cette impasse.

 

Si le pape François quitte ce 25 novembre à Strasbourg le lutrin réservé aux chefs d’état pour dialoguer avec les parlementaires de manière structurée comme le prévoit l’article 17 du Traité de Lisbonne, c’est à ce projet que je l’invite à réfléchir : à bâtir une Europe laïque, une Europe des citoyens, de tous les citoyens.  Je crois aux miracles ?

Forcer l’espoir

16 novembre 2014

Le maire de Ramallah et Véronique De Keyser 2013

FORCER L’ESPOIR

 

On me dit : on ne sait plus ce que tu deviens ! Le temps de m’initier à la gestion autonome de mon site[1] et me voilà de retour.  Une nouvelle vie commence.  Finalement, elle n’est pas très éloignée de la précédente.  Ces six premiers mois ont passé à la lumière de l’éclair. Ecriture, conférences, voyages de travail : décidément se poser à du bon !

Mais en cette période chargée sur le plan politique en Belgique- et le plus dur est à venir- une toute petite lueur, qui peut paraître insignifiante : le jumelage de Liège avec Ramallah se concrétise enfin.  Je pars ce mercredi 19 novembre en Palestine ou je remplace le bourgmestre de Liège, Willy Demeyer, pour la signature des accords.  Cette signature aura lieu en marge d’une grande conférence de toutes les villes jumelées avec des villes palestiniennes.  L’occasion de montrer que si les politiques, à l’échelle internationale, sont impuissants à faire taire les armes, les citoyens européens peuvent encore agir à l’échelle locale.  La coopération entre Liège et Ramallah se placera dans les champs de l’éducation, de la santé et de la culture.  Dans les périodes difficiles, comme celle que nous traversons aujourd’hui, les gestes de solidarité vis-à-vis de ceux qui sont dans une précarité encore plus grande, sont des échanges précieux. Ils forcent l’espoir.



[1] Dont je n’ai pas encore réussi à modifier le titre périmé de Députée européenne: sorry!