Blog de campagne (10)
13 mai 2009Mardi 12 mai. Le soir, invitée par New (Namur-Europe-Wallonie) je suis confrontée aux autres partis. Miracle, un ange passe : tout le monde veut une Europe plus sociale. Comme pour tout texte législatif en Europe, dès la seconde lecture au Parlement il faut une majorité qualifiée (environ 2/3 des députés), mieux vaut être ensemble que contre ! J’enregistre donc que pour tous les partis démocratiques il faut réguler le marché financier, éliminer les paradis fiscaux, contrôler les agences de notation et supprimer les parachutes dorés. La bouche en cœur ! On a oublié de mentionner les rémunérations des dirigeants et personne ne s’est indigné des augmentations salariales que viennent de s’octroyer les dirigeants de Dexia : Jean Luc D. est donc passé entre les gouttes- qui l’eut cru ! Mais c’est vrai que je pouvais difficilement m’indigner contre le MR représenté par Gérard Deprez, sachant que sur toutes les questions de liberté et d’immigration, il a pris des distances abyssales avec son parti. Et qu’il a voté contre la directive sur le refoulement des immigrés qui permet une détention allant jusqu’à 18 mois et, dans des circonstances exceptionnelles, celle de mineurs. Avec certains autres candidats du MR l’affrontement aurait tourné au pugilat. Avec Gérard, c’est compliqué : attaqué sur l’environnement par le parti européen auquel il appartient, il me répond : – même pour l’Arctique, j’ai voté comme toi ! – Dis Gérard, le PS, cela ne te tente pas ? Quoique nous différons tout de même sur la Turquie (il est contre l’adhésion), sur les libéralisations etc. Mais manifestement, les organisateurs n’avaient pas voulu agiter le chiffon rouge et l’ambiance était bon enfant.
Mercredi 13 mai. Ce matin, le casse tête de l’agenda. Pendant trois heures, dans une ambiance bien plus tendue que celle d’hier soir à Namur, MC et moi discutons de l’agenda. Ca, c’est le grand trou noir de la campagne, qui aspire toutes les énergies. Les choix à faire sont fatalement cornéliens. Et j’avoue ma faiblesse : 1) je veux avoir le dernier mot sur les parcours 2) je refuse une stratégie strictement marketing politique. Du style : – Comment, tu vas là ? Mais il y aura tout au plus une vingtaine de personnes. Alors qu’à 100 km de là, on présente sur une estrade, en rang d’oignons, tous les candidats, muets mais souriants, comme dans une distribution des prix – mais cela devant 300 personnes. Alors c’est vrai que l’on n’a pas le don d’ubiquité, c’est vrai que les militants qui ont réussi à mobiliser 300 personnes sont héroïques et que nous élus, nous leur devons notre mandat. Mais les vingt autres, dans des petits villages sont souvent aussi héroïques et cela vaut le coup, non seulement d’y passer mais de s’asseoir, de discuter, de rigoler. L’agenda est donc un moment de tension intense où des logiques différentes s’affrontent. Je sais que le jour où je verrai dans chaque visage un électeur potentiel et non un être humain, il vaudra mieux que je plie bagage. Enfin, de discussions en compromis, on finit par définir un agenda « provisionnel ».
Et puis à 13h00, je me précipite devant la TV. Intéressant la TV. J’ai droit au voyage du Pape, à la grève des TEC, à l’affaire politique D.F. Mais de tout cela qu’est-ce que je retiens : l’élaboration des repas des malades à l’hôpital de la Citadelle. Et sans doute, cette explication de la « gastronomie » hospitalière est-elle celle qui a touché le plus de monde. C’est vrai que pour un malade, l’heure des repas constitue -surtout pour ceux qui n’ont pas de visite- un événement. Les repas scandent la journée. Pendant des décennies ils ont été franchement dégueulasses, du style : le soir deux tranches de pain blanc rassis, avec un bol de café au lait et un peu de fromage blanc. Depuis très jeune, j’ai passé beaucoup de temps dans les hôpitaux. D’abord l’hôpital St Pierre à Bruxelles, puis le centre des tumeurs de Bordet, puis le CHU et bien d’autres. Je crois qu’avant l’âge de trente ans j’ai passé plus de temps allongée que debout. Et on m’avait dit : – à vingt cinq ans vous serez en dialyse, surtout pas d’enfants, ne vous fatiguez pas etc. Heureusement la médecine (comme la psychologie !!) ne sont pas des sciences exactes, et grâce à de bons gynécologues, de bons urologues et près de 15 opérations (non, non Michel pas les yeux quoique que tu aies raison et que j’y songe sérieusement !!!) j’ai deux filles superbes, je vis toujours (et oui !) et je travaille près de 17 heures par jour. Mais toutes mes pensées allaient ce midi à ces amis et ces amis dans les hôpitaux, à ceux qui ont réchappé et ceux que j’ai perdus. Je me souviens encore, et nous avions toutes les deux 28 ans, d’une amie à Bordet qui luttait contre un cancer du colon. Chaque matin, alors que moi je ne parvenais pas à déjeuner, elle disait : – Je veux vivre, je me force. Et devant moi, médusée, elle mettait 17 morceaux de sucre dans son café noir – Je veux tenir, ajoutait-elle. Elle n’a pas tenu hélas, mais d’autres si. Je me souviens aussi d’une autre amie qui se plaignait comme moi, dix ans plus tard à Liège, de souffrances inexpliquées. Nous attendions dans le couloir, en petites chemisettes d’hôpital, attachées dans le dos, à moitié nues devant les box de consultation. Je sors la première du box, elle m’interroge : – Et alors ??? Qu’est-ce qu’ils disent ? – Ne savent pas. Le stress ? Elle ressort un peu plus tard : – Et toi ? – Hystérie ! Tu te rends compte ? Ils me traitent d’hystérique. On a découvert à l’hystérique un cancer de l’ovaire et à moi un cancer du rein et nous en sommes sorties toutes les deux, fort heureusement. Mais le monde de l’hôpital a été pour moi une extraordinaire école de vie. Et de mort. Car c’est là que je me suis affrontée à la mort. D’où mon combat pour l’euthanasie. C’est là aussi, dans ces salles communes pour femmes telles qu’elles existaient encore dans ma jeunesse, que j’ai plongé, la tête la première, dans une solidarité féminine qui ne m’a jamais quittée. Toutes les sociétés humaines se ressemblent. En temps de guerre comme en temps de paix. En politique, comme à l’hôpital. On trouve le meilleur et le pire. Mais je garde de ces longues années un rejet viscéral contre toute idéologie de la souffrance. Non, la souffrance ne grandit personne. Pas plus dans l’accouchement que dans la mort. Oui, les soins palliatifs et l’euthanasie ont été une des plus grandes victoires de notre civilisation. Et oui enfin, les coiffeurs, les manucures, et des repas soignés dans les hôpitaux sont une avancée majeure, à condition que ce soit pour tous. La mort fait partie de la vie. Voilà à quoi me faisait penser le JT de ce midi. Ce soir, présentation des candidats à Grivegnée…




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