Congrès du Fatah, Bethleem le 4 août 2009. Intervention de Véronique De Keyser, membre du Parlement européen, au nom de l’alliance des socialistes et démocrates et au nom du parti socialiste belge.
13 août 2009Au nom de l’Alliance des socialistes et démocrates européens, au nom du Parti socialiste belge, je souhaite à ce congrès un plein succès. Nous l’attendions depuis longtemps. Lorsqu’en 2005 je servais comme observateur mandaté par l’UE aux élections présidentielles à Gaza, on en parlait déjà. En 2006, lorsque j’ai mené, comme chef de la mission de l’UE, l’observation de vos élections législatives, on annonçait le congrès comme imminent. Aujourd’hui, en 2009, il se tient enfin. Il est porteur à mes yeux d’un triple message.
Le premier, c’est celui de ce temps, si lent à s’écouler. Ce qui est pour demain l’est parfois pour beaucoup plus tard. Mais il adviendra. Nos sociétés modernes sont pressées. L’histoire est toujours plus lente mais elle adviendra. Et nous aurons, en cette terre palestinienne, ce que tant de Palestiniens, ce que tant d’hommes et de femmes épris de liberté et de justice attendent : un état Palestinien, une paix juste et durable, avec Jérusalem Est pour capitale. C’est pour cela que vous êtes ici. C’est pour cela que je le suis. Ce sera peut-être pour aujourd’hui, peut-être pour demain, peu importe mais cela adviendra.
Le second message est celui de la relève. Je n’ai pas dit renouveau, je n’ai pas dit jeune garde contre vieille garde, j’ai dit relève. La jeunesse c’est l’avenir. Il est temps que sur cette terre occupée, des jeunes prennent la relève pour porter les mêmes combats que ceux de leurs aînés et défendre les mêmes valeurs, mais avec la force et l’intrépidité de leur jeunesse. Ils sont là je le sais, mais il faut qu’ils sachent que nous Européens nous serons avec eux, avec notre jeunesse et avec son intrépidité.
Le troisième message est celui de l’unité. Rien n’est plus fort, pour un Palestinien, que le mot d’unité. Aussi fort que celui d’identité. Aussi fort que celui de fraternité. Unité du dedans et du dehors. Plus de la moitié des Palestiniens vit en dehors de la Palestine, c’est pourquoi le droit des réfugiés est sacré et qu’aucun accord de paix ne peut l’oublier. Unité des jeunes et des anciens, certes. Unité des territoires, morcelés aujourd’hui par une occupation qui vise le cloisonnement, la séparation, l’endiguement. Mais unité aussi de tous les Palestiniens.
Ce dernier point, le plus sensible est votre blessure. Il est notre souci. Je forme le vœu que ce congrès soit aussi celui de l’unité, aujourd’hui ou demain, en cette terre où le temps prend une autre dimension. Et où ce qu’on appelle aujourd’hui de ses vœux adviendra un jour, dès que possible, aussi proche que possible mais en son temps.
Le poète Mahmoud Darwich (Discours de l’homme rouge, VII. Poèmes traduit de l’arabe par Elias Sanbar, 1992) avertissait : « Il y a des morts qui sommeillent dans des chambres que vous bâtirez. Des morts qui visitent leur passé dans des lieux que vous démolissez. Des morts qui passent sur les points que vous construirez. Et il y a des morts qui éclairent la nuit des papillons, qui arrivent à l’aube pour prendre le thé avec vous, calmes tels que vos fusils les abandonnèrent. Laissez donc, ô invités du lieu, quelques sièges libres pour les hôtes, qu’ils vous donnent lecture des conditions de la paix avec les défunts ».
Le poète est mort mais il est vivant. Car ainsi se font les luttes : autant avec les morts qu’avec les vivants. Mahmoud Darwich est la synthèse des messages que je vous apporte. Il annonce la fin de l’occupation. Il est le héros d’une éternelle jeunesse, d’une relève toujours assurée. Il est le symbole de l’identité palestinienne qui au-delà du Mur, des ghettos, des enclos et des villes bombardées, et au-delà de la mort, parvient à se faire entendre. Jamais sa voix n’a été aussi claire. Lorsque le président Abbas est venu à Strasbourg, ce sont les vers de Mahmoud Darwich et la musique des frères Jubran qui l’ont accueilli dans l’enceinte du Parlement et nous avions tous les larmes aux yeux. Votre tâche à vous sera plus difficile que celle du poète. Il est souvent plus difficile de concrétiser un rêve que de le rêver. Il vous appartient, dans la relève et l’unité, de faire en sorte que l’identité palestinienne soit enfin reconnue, dans une paix juste et durable au sein d’un Etat libre, avec Jérusalem Est comme capitale.






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