Véronique De Keyser

Députée européenne et conseillère communale à Liège

Barroso, serviteur servile d’un Conseil qui regroupe en Europe 27 gouvernements dont 7 seulement comportent des socialistes !

22 septembre 2009

Ma pharmacienne me demande :

- Est-ce que vous avez voté pour Monsieur Barroso ?

- Mais non Madame. Bien sûr ! Aucun socialiste belge n’a voté pour lui !

Même question à la brocante de St-Pholien :

- J’espère que vous n’avez pas voté Barroso ?!

- Non, c’est évident !

Que se passe-t-il ? Et qui est Monsieur Barroso ? C’est l’actuel président de la Commission européenne, qui vient d’être reconduit pour un mandat de cinq ans. Ce n’est pas une bonne nouvelle. Homme politique portugais, ami de G.W Bush, il avait en son temps soutenu la guerre d’Irak et son orientation est clairement à droite. Élu il y a cinq ans Président de la Commission européenne, il a dirigé cette institution en prenant grand soin de ne fâcher aucun gouvernement : les mauvaise langues disent qu’il était le «valet du Conseil» c’est-à-dire le serviteur servile d’un Conseil qui regroupe en Europe 27 gouvernements dont 7 seulement comportent des socialistes. Autant dire un Conseil à droite, très à droite. Il n’est donc pas étonnant que pendant cinq ans la Commission ait continué à détricoter les services publics, à pousser la libéralisation de la Poste, à rester sourde aux revendications des agriculteurs, et à ne proposer que des «mesurettes» face à la crise financière. Il n’y a guère qu’en matière de changement climatique que l’Europe peut garder la tête haute, mais ce n’est pas suffisant.

Et voilà qu’à la session parlementaire de septembre à Strasbourg, José Manuel Barroso, seul candidat du Conseil, se présente devant le Parlement européen pour être réélu. Et il passe avec une très confortable majorité. Les élus européens sont-ils devenus fous ? Non. Ils sont seulement majoritairement à droite. Voire extrêmement à droite. Les dernières élections européennes ont en effet marqué l’arrivée de députés d’une droite très dure, populiste, dont certains membres, des Hongrois, sont arrivés à la première session de Strasbourg avec des tenues paramilitaires! Et José Manuel Barroso, qui est un homme habile, a même pu compter sur le soutien de quelques socialistes. Les socialistes portugais ont voté en faveur de Barroso par solidarité nationale; les gouvernements espagnol et britannique ont sans doute accordé leur appui à sa candidature contre quelques nominations prestigieuses. Bref un troc peu glorieux dont on se serait bien passé en période de crise. José Manuel Barroso quant à lui n’est pas à un tour de caméléon près. Pour séduire le groupe des socialistes, il a prétendu, la main sur le cœur, qu’il se battrait pour une Europe sociale, qu’il lutterait contre le dumping social, qu’il protégerait les services publics : bref qu’il s’était converti aux valeurs de la Gauche. Mais la grande majorité des socialistes ne l’a pas cru. Quant aux socialistes belges, ils ont bien résisté et voté NON.

Vous résistez, vous résistez, et puis quoi ? Ça me fait une belle jambe me dit le brocanteur de St Pholien ! Les fermiers vont continuer à déverser leur lait dans les fontaines et vous allez continuer votre petit train-train ? Non, nous résisterons avec un front de plus en plus large à Gauche, un front encore à construire. Car toutes les nouvelles d’Europe ne sont pas mauvaises. Si la droite s’organise, la gauche aussi. J’étais à Rome et à Naples le week-end dernier, au premier rassemblement de «Sinistra et Libertad», Gauche et Liberté. Ce mouvement qui commence à faire tâche d’huile en Italie, rassemble des socialistes, des écologistes, des communistes italiens qui ne se retrouvent pas dans le Parti Démocrate, le nouveau parti du centre gauche, trop timide à leurs yeux. Ils m’avaient invitée à parler à leur meeting, avec Cohn-Bendit et un leader de Linke, le nouveau parti allemand à la gauche du SPD. Il y avait un monde fou, plein de jeunes, la maire de Naples était venue marquer son soutien, et pourtant elle n’est ni socialiste, ni «Sinistra et Libertad» – mais tous les participants se disaient : si nous continuons à bâtir l’Europe en dressant les pays et les peuples les uns contre les autres, les pauvres contre les plus pauvres, les consommateurs contre les travailleurs, nous nous serons trompés d’Europe. Le temps des petites négociations tactiques, le temps des trocs indécents sont terminés. C’est avec cette Gauche recomposée qu’il faut faire face à la crise. C’est avec elle qu’il faut lutter contre la corruption ou la mafia. C’est avec elle qu’il faut faire une politique d’immigration commune, respectueuse des droits de l’homme, pour empêcher Berlusconi de refouler vers la Lybie les bateaux du désespoir. La volonté et le pouvoir de changer le monde restent de notre côté.

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