Véronique De Keyser

Députée européenne et conseillère communale à Liège

Van Rompuy, Julien Lahaut, la Palestine : quel point commun ?

23 novembre 2009

Blog du 22 novembre. Van Rompuy, Julien Lahaut, la Palestine : quel point commun ? Aucun. Ou plutôt la vie tout simplement : le fil croisé des histoires qui font le quotidien. Nous avons tous nos fils croisés. Je me souviens d’une bande dessinée de Reiser qui m’avait fait rire aux larmes autrefois. On voyait une femme échevelée courir toute la journée, conduire les enfants à l’école, se précipiter au bureau, faire ses courses entre l’heure du midi, ramener les gosses, bondir sur la préparation du souper. Pendant ce temps, alors qu’elle se partage entre la salle de bains où les enfants s’éclaboussent et la cuisine où le repas est sur le point de cramer, son mari, dans un fauteuil lit son journal. Il relève la tête et dit : « si tu me trompes, je te tue ! » Et le regard ahuri de la pauvre femme qui se demandait où elle aurait bien pu trouver cinq minutes… son mari symbolisait toute l’incompréhension de ces deux univers.

Pourquoi je pense à cette BD ? Parce que j’ai reçu, alors que j’avais fait un éloge de Van Rompuy sur un plateau de télévision, un petit message d’un téléspectateur qui vaut bien le « Si tu me trompes, je te tue ! » ; il disait à peu de chose près : « Alors qu’il y a Gaza, on s’occupe maintenant de Van Rompuy. Pauvre PS ! ». Décroisons donc un peu les fils de cette dernière semaine.

Premier fil, Van Rompuy. J’applaudis au choix d’un homme de droite ? A partir du moment où pour faciliter la décision il était clair que le Président du Conseil européen appartiendrait à la première famille européenne, c’est-à-dire (hélas) la droite, et le haut Représentant à la seconde famille, c’est-à-dire à la gauche, l’orientation était donnée. Et c’est sans réticence que sur la RTB, A2, Fr3, TV5 Monde etc. je me suis réjouie du choix du Conseil. Non parce que je sois fan de Van Rompuy, mais parce que, en tant que Belge, je ne suis pas du tout insensible à ce choix. Nous sommes un tout petit pays qu’on brocarde souvent sur la scène internationale et d’autres grands pays songeaient bien évidemment à ce poste. Mais ce n’est pas un choix falot et ridicule comme se plait à le proclamer Cohn Bendit. Blair est plus charismatique ? Méfions-nous d’un charisme qui peut entraîner la moitié de l’Europe dans une guerre, la guerre d’Irak, sur base de mensonges et d’évidences truquées. Méfions-nous d’un homme qui, en tant qu’envoyé spécial au Moyen Orient, n’a strictement rien fait sinon coûté un million d’euros par an à l’Union européenne tout en développant son propre business : certains articles du Financial Times, qui n’est pas une feuille de ragots, sont éloquents sur l’empire financier de Tony Blair. Je préfère, pour ma part, la modestie tenace d’un Van Rompuy au panache douteux du premier. Quant à Cathy Ashton, la nouvelle Haut Représentante, c’est une étonnante petite bonne femme, nature, directe et très brillante. Non elle n’a pas la tête d’une présentatrice de TV mais est-ce un crime ? J’ai eu l’occasion de travailler avec elle puisqu’elle est Commissaire aux relations internationales. A mon avis, elle en étonnera plus d’un. Oui, politiquement j’aurais préféré Massimo d’Alima – que Angela Merkel a considéré comme trop pro-palestinien (sic !)- . Lui, ou encore Mary Robinson sont plus à gauche sur l’échiquier socialiste, mais dire que l’élue est minable est tout simplement indécent. D’ailleurs, Cathy Ashton devra passer une audition devant le Parlement européen pour valider sa candidature et nous la jugerons « sur pièce ».

Deuxième fil, Gaza. Il y a près d’un an, l’offensive israélienne sur Gaza faisait près de 1400 morts, en large partie des civils et des enfants. Un an après, le blocus continue. Les immeubles et infrastructures détruites n’ont pu être reconstruits faute de ciment, 95 % de la population est au chômage, les négociations de paix sont au point mort, la colonisation continue à s’étendre et le compte à rebours des recommandations du rapport Goldstone a commencé. Nous verrons dans cinq mois si des enquêtes indépendantes ont été menées ou si le dossier repasse au Conseil de sécurité de l’ONU. La réconciliation Fatah/Hamas tarde : le Fatah a signé le document élaboré avec l’intercession de l’Egypte mais pas le Hamas. Le Président Abbas annonce des élections pour janvier, auxquelles il renonce à se présenter, mais faute d’accord avec le Hamas comment imaginer des élections uniquement en Cisjordanie, ce qui sanctionnerait quasi l’idée d’une solution à trois états ! Impensable. Donc tout est bloqué. D’autant que, coincé dans ses problèmes nationaux, Obama est revenu sur sa fermeté – rappelons-nous le discours du Caire – à propos des colonies. Donc, qu’est-ce qu’on fait ? Depuis plus d’un mois au Parlement européen, il n’y a pas un jour où je n’organise un événement, avec des autorités locales palestiniennes ou israéliennes, des ONG, des jeunes désireux d’agir pour maintenir l’espoir, comme une bulle d’oxygène, alors que les politiques s’engluent. Je cite en vrac. Le 10 novembre, séminaire avec « Musawa », un centre de défense des droits des arabes israéliens : on oublie souvent que ces Palestiniens constituent 20% de la population israélienne et sont victimes de discriminations. Le 13 novembre, conférence a l’ULB avec « Viva Palestine », des jeunes extraordinaires qui lancent l’opération « Une ambulance pour Gaza » à soutenir d’urgence ! Le 17 novembre, rencontre débats avec de jeunes leaders palestiniens et israéliens au Parlement européen. Le 18 novembre, j’organisais sous l’égide du PSE un séminaire sur la question du Moyen Orient, le 19 novembre, je participais au séminaire organisé sur ce thème par la Fondation Friedrich Ebert et j’y parlais d’un nécessaire dialogue avec le Hamas- non sans me faire incendier. Etc. Et dans les trouées de ces journées bien remplies, je continuais à lancer la souscription Julien Lahaut, qui est un vrai succès (j’y consacrerai le prochain blog). Et je parlais de Van Rompuy. Mais j’essayais en même temps de penser à la Noël et au Saint Nicolas de mes proches. Là aussi hélas, les inégalités sociales seront au rendez-vous. « Si tu me trompes je te tue ? » C’est à peu près cela ! Cette semaine Strasbourg. La session parlementaire mais aussi la visite des cinquante femmes de Liège emmenées par Fatima. C’est toujours une fête !

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