C’est la St Nicolas aujourd’hui. Je ne vais pas retomber en enfance mais je ne peux m’empêcher d’avoir un peu de nostalgie pour cette journée magique. Nous étions huit frères et sœurs à la maison et rien qu’à cause du nombre, même si chacun n’avait qu’un cadeau, la salle à manger paraissait inondée de jouets. Tout semblait possible alors. Est-ce qu’aujourd’hui ce l’est moins ? Bonne question ! J’ai définitivement cessé de croire en St Nicolas ou en Dieu lorsqu’à l’âge de six ans, ayant demandé pour tout présent de devenir un garçon, je me suis aperçue le 6 décembre que ce vœu n’avait pas été exaucé. Mon désespoir était total. Et ma détermination de ne plus jamais rien demander à St Nicolas -ni poupées, ni dînette, ni arc, ni flèche- a été décisive dans mon parcours de laïque. Je n’ai pas versé une larme mais je n’ai plus cru à rien, sinon que je me passerais désormais de toute intervention divine pour réaliser mes désirs. J’ai rangé au placard toute magie, qu’elle soit blanche ou noire. J’imagine que dans le monde aujourd’hui, des millions d’enfants demandent à devenir princes ou princesses, à être nourris s’ils sont affamés, à être aimés s’ils sont battus, à trouver une famille s’ils sont orphelins, à guérir s’ils sont malades et que St Nicolas hélas ne leur apportera rien de tout cela, même pas un jouet ou un chocolat. Et que sur ces questions essentielles -lutter contre les discriminations, aimer, nourrir, protéger et offrir un futur meilleur- les hommes sont supérieurs aux Dieux. Nous pouvons leur assurer cela, St Nicolas pas. Nul blasphème ni parjure dans ces lignes mais une lourde responsabilité des politiques. Hier un train est parti pour Copenhague, bourré d’ONG, de citoyens, de politiques. Et si Copenhague était la meilleure promesse d’un futur différent ? J’y serai très bientôt. C’est sans doute le rendez-vous le plus important de ce troisième millénaire. Niveau 9 sur l’échelle de Richter !
Je suis revenue de Madrid très fatiguée mais assez rassurée sur la qualité de la nouvelle présidence espagnole. Car il y aura au 1er janvier 2010 une présidence espagnole durant six mois, suivie immédiatement d’une présidence belge et ensuite d’une présidence hongroise. Et Van Rompuy dans tout çà ? Et Lady Ashton ? Et Barroso ? J’imagine qu’entre tous ces présidents et hauts représentants vous avez le tournis ? Vite un mot d’explication. Herman Van Rompuy a été désigné par ses pairs, c’est-à-dire les chefs de gouvernements, Président du Conseil européen. C’est comme dans le conseil d’administration d’une a.s.b.l : l’assemblée générale vote sur les membres, désigne un conseil d’administration et celui-ci se choisit un Président. Notre Herman à nous. Pas mal pour des petits Belges, non ? Et puis le Conseil s’est choisi un porte parole pour les relations extérieures : c’est Cathy Ashton, dite aussi Lady Ashton. Cette députée britannique était déjà Commissaire aux Relations Internationales dans l’actuelle Commission. Peu de ladies sont aussi «nature» que Lady Ashton. Elle est très, très British, très, très simple. Et très chouette. Certains ont dit qu’elle était incompétente. D’autres qu’elle avait des dents de cheval. D’autres encore qu’elle n’allait pas tous les jours chez le coiffeur. C’est odieux mais on reconnaît là la finesse de l’analyse politique dont font preuve certains confrères machos, notamment les députés conservateurs britanniques. La vérité est que Cathy Ashton, qui a repris il y a un peu plus d’un an la succession du commissaire Mandelson au commerce international, s’est vite adaptée à la Commission et qu’elle sera sans doute tout aussi efficace et tout aussi rapide en succédant à Javier Solana. Car le Traité de Lisbonne a introduit une innovation importante. Le Haut représentant n’est pas seulement le porte parole du Conseil, il est aussi le Vice-Président de la Commission. Lady Ashton est donc un trait d’union obligé entre le Conseil et la Commission. Entre Van Rompuy et Barroso. Toute tension entre ces deux grandes institutions la déchirerait en deux comme dans le jugement de Salomon.
Et les présidences espagnole, belge et hongroise ? Et bien tout ça continue comme avant. Le Traité de Lisbonne n’a pas supprimé cette implication particulière des pays dans la politique européenne. C’est-à-dire que les pays différents continueront à animer une présidence tournante tous les six mois, en imprimant chacun leur marque. La Présidence espagnole va se centrer sur l’économique et le social : socialisme oblige. Le taux de chômage que subit actuellement l’Espagne est là pour rappeler à ses dirigeants que si la crise financière tend à se résorber, l’emploi continue à faire défaut : des mesures à l’échelle européenne s’imposent. L’Espagne a aussi pris des mesures exceptionnelles pour lutter contre la violence à l’égard des femmes, en particulier la violence conjugale. Cette violence tue plusieurs femmes chaque jour en Europe. L’Espagne tentera donc de produire une directive contre la violence à l’égard des femmes en s’inspirant de sa propre législation, exemplaire. L’agenda de la Belgique n’est pas encore bouclé mais on sait qu’elle aussi misera sur le social. L’idée de lutte contre la pauvreté et d’un revenu minimum à l’échelle européenne est à l’ordre du jour. Quant à la hongroise on attend. Ce pays vit de plein fouet la montée de mouvements d’extrême droite très durs, et cette présidence est très attendue dans sa lutte contre ce fléau.
Demain au Parlement je reçois une centaine de musiciens et de choristes venant d’Antioche et appartenant à diverses confessions. C’est ma manière de protester contre le référendum suisse et son relent d’islamophobie. Quoi une laïque qui joue dans cette partition œcuménique ? Pourquoi pas quand il s’agit de lutter contre les discriminations ? Après tout, Mozart n’a-t-il pas écrit un Requiem ? Oui, décidément aujourd’hui, jour de St Nicolas, comme autrefois, tout me paraît possible.

