Véronique De Keyser

Députée européenne et conseillère communale à Liège

Vice-Présidente du Groupe Socialistes et Démocrates du Parlement européen

Mercredi 27 janvier 3h25 du matin : Véronique De Keyser au cœur de Liège qui explose

27 janvier 2010

Blog du 27 janvier 2010. Le cœur de Liège explose. Je viens de rentrer à la maison. Gigantesque explosion dans la rue Léopold à Liège alors que nous étions en plein Conseil Communal, c’est-à-dire à cinquante mètres de l’explosion. Toutes les vitres de l’hôtel de ville sont soufflées sur la façade arrière. Nous avons d’abord cru à un attentat, une bombe – d’autant que des maisons entières s’étaient effondrées et commençaient à flamber. C’était le Conseil où on votait le budget annuel. Tous étaient là, y compris le chef de la police, le bourgmestre etc. La coordination des secours et des autorités a donc été immédiate : la police était sur les lieux et les pompiers sont arrivés en quelques minutes. Les voitures des membres du Conseil étaient garées à quelques mètres de l’explosion. Beaucoup sont détruites. Mais j’ignore encore, à l’heure où j’écris ces lignes s’il y a des victimes sous les décombres. Personne n’a crié, au moment ou tout a vacillé mais on a d’abord pensé aux lustres, gigantesques qui risquaient de se décrocher au plafond, au fait que l’instant d’avant on mangeait tous ensemble dans la salle arrière la plus exposée et ce n’est qu’après quelques instants en regardant aux fenêtres, qu’on a mesuré l’étendue du désastre : les maisons effondrées, le feu qui avait déjà pris aux étages et les pompiers sortaient des gens qui s’étaient réfugiés aux étages. On a réalisé alors que les victimes n’étaient pas nous, mais d’autres, si près de nous. Une fine poussière grise recouvrait la cour arrière de l’hôtel de ville. Ma voiture, bousillée à l’avant et à l’arrière, roulait cependant encore. Je suis rentrée à la maison, complètement sonnée pendant que les secours se poursuivent. Il est trois heures vingt cinq du matin. Bravo pour les secours.

De la Colombie, des syndicalistes, et des aveux de Monseigneur Léonard

27 janvier 2010

Blog du 25 janvier 2010. «La Colombie travaille main dans la main avec les Nations Unies pour la Protection des Droits de l’Homme». «La Colombie s’est portée volontaire pour une revue périodique sur les droits de l’homme. Le haut Commissaire aux Droits de l’Homme de l’ONU est représenté en Colombie. Le Haut Commissaire aux Réfugiés des Nations unies est présent en Colombie depuis plus d’une décade». Je lis attentivement la brochure qu’un huissier a déposée sur mon pupitre et je crois rêver. Ah, j’allais oublier : «la Colombie et l’Union européenne mettent en place un mécanisme de dialogue sur les droits de l’homme». Et dans le même temps, j’entends bourdonner dans mes écouteurs l’intervention d’un syndicaliste colombien : il parle de génocide syndical. Nous sommes le 25 janvier 2010 dans l’après-midi à la Commission Développement du Parlement européen : une audition, une de plus sur la Colombie. Qu’en est-il finalement de ces tirs croisés ? J’ai toujours plus tendance à croire les morts que les vivants : les premiers ne mentent pas. Les assassinats des syndicalistes ont-ils diminué en Colombie de manière substantielle au cours de ces dernières années ? Il semble que oui. Selon les autorités colombiennes, présentes cet après midi, il y avait en 2001, 27.800 citoyens assassinés, dont 205 syndicalistes. Hier, en 2009, on relevait 15.817 assassinats dont en moyenne (moyenne entre les chiffres officiels et ceux des syndicats) une trentaine de syndicalistes. Les chiffres restent atterrants – les autorités colombiennes l’avouent et déclarent leur honte, mais elles se positionnent aussi en victimes. Ce n’est pas nous, ce sont eux. Eux, les Farcs, les terroristes qui prennent le peuple colombien en otage.

L’Organisation Internationale du Travail, saisie du problème et dont une représentante assistait à l’audition, a pris deux initiatives : la première qui date de quelques années déjà, a été la mise en place d’un accord tripartite pour le droit d’association et la démocratie. Cet accord fut signé par le gouvernement colombien et par les acteurs sociaux, patronat et syndicats en 2006 ; il convient encore de le renforcer. La seconde initiative est une commission d’experts, qui a rendu des avis en 2008, sans maquiller aucune de ses conclusions. Elle a investigué «les actes de violence contre des dirigeants syndicaux et des syndicalistes entrainant assassinats, séquestration, attentats contre la vie» et surtout l’impunité légendaire autour de cette criminalité. La Commission constate que le gouvernement colombien a fait certains efforts : protection accrue des syndicalistes (avec un budget important), crimes plus souvent qu’autrefois traduits en justice, mais hélas, le pourcentage de cas où l’action en justice a conduit a une condamnation des responsables est infime. Et le droit de grève est très loin d’être garanti. Le pays manque encore cruellement d’un plan national d’action sur les DH, comme d’une loi sur l’indemnisation des victimes. Donc accord commercial ou pas, le débat continue à faire rage.

Les droits sociaux et politiques ne sont pas négociables. Sans garanties réelles que tout sera mis en œuvre pour que ces droits soient respectés, il ne peut y avoir d’espace pour un accord. Il ne suffit pas de dire : les assassinats sont moins nombreux. Il faut encore que dans ce pays d’une extrême violence, l’exerce des droits sociaux et politiques des travailleurs ne soient pas en permanence brimés, menacés, court-circuités par des législations liberticides. Si l’U.E signe un accord commercial avec un système de préférence généralisé pour la Colombie, il ne faut pas que ce soit un bon point sur le bulletin du Président Uribe, valable pour un 3ème mandat, ou un sérieux coup de pouce aux multinationales colombiennes, non il faut que vraiment les droits des travailleurs y trouvent leur compte. La messe n’est pas encore dite. Et au passage un coup de chapeau aux syndicalistes d’Inbev. Là non plus la messe n’est pas dite, mais ils n’ont pas hésité à prendre le peuple belge en otage, à l’assoiffer car la Jupiler se faisait rare dans les rayons des supermarchés…et ça c’est un argument massue. Ca a marché ! Mais restons vigilants. Et tant qu’on parle de messe, que dire de la comparaison faite par Monseigneur Leonard entre l’anorexie et l’homosexualité ? De quel désir refoulé Monseigneur Léonard est-il porteur ? Je ne veux pas savoir ! Vite, marions les prêtres : il paraît que la majorité des catholiques y est favorable !

Faut-il ou non lier des accords commerciaux avec les pays qui bafouent les droits de l’homme ?

24 janvier 2010

Blog du 24 janvier 2010. Un accord commercial avec la Colombie ? Faut-il ou non lier des accords commerciaux avec les pays qui bafouent les droits de l’homme ? Difficile de dire non alors que rares sont les pays dans le monde peuvent prétendre être des états démocratiques : si la Chine pratique encore la peine de mort on oublie souvent que deux membres du G8, les Etats-Unis et le Japon, sont dans le même cas. Donc, l’affaire n’est pas aussi simple. Mais faut-il offrir à des pays où les violations sont graves et subsistent, un statut privilégie dans ces accords ? Rien n’est moins sûr. Là encore l’Union européenne n’est pas claire, alors qu’elle a contractualisé le respect des droits de l’homme dans ses accords de partenariat. Mais Israël continue, malgré l’occupation, le Mur hors des frontières de 67, les colonies illégales, à bénéficier d’un statut préférentiel sans réaction de l’Union, quand d’autres pays comme la Guinée Conakry se voient justement sanctionnés pour les crimes qu’ils commettent. Difficile de ne pas parler de deux poids et deux mesures.

Les déclarations de Karel De Gucht lors de son audition laissent présager une plus grande fermeté dans le modèle européen -c’est-à-dire, un commerce plus «équitable»- et le test sera probablement l’accord de libre échange avec la Colombie qui est en gestation. Cet accord soulève déjà les passions. En effet, chaque années en Colombie des centaines de syndicalistes sont assassinés, des étudiants sont poursuivis, arrêtés, disparaissent. Le sale boulot est fait par des milices paramilitaires qu’on dit proches du pouvoir. Des rapports accablants des ONG, du Bureau International du Travail confirme la dangerosité du pays. Et pourtant la popularité du Président est telle qu’il songe à briguer un troisième mandat ! A ce jour, ni le Canada, ni les Etats-Unis n’ont voulu signer un tel accord, pour les motifs évoqués. Mais la présidence espagnole, qui vient de commencer, l’a mise à son agenda. D’où un certain émoi chez les députés européens. Karel De Gucht, le nouveau commissaire désigné au commerce a été interrogé sur ce point. Il a décrit la stratégie qu’il comptait observer : travailler rapidement la partie technique de l’accord mais ne pas le parapher ou le signer avant d’obtenir des garanties d’amélioration des droits de l’homme, notamment le respect des droits sociaux et politiques. On se rappellera qu’un accord avec la Serbie a ainsi été paraphé mais non signé par l’Union, en attendant que les criminels recherchés par le Tribunal pénal international soient livrés à ce dernier et que la Serbie collabore avec le TPI. On voit donc se dessiner une doctrine nouvelle de l’Union: la combinaison de sanctions, avec des incitants positifs de type«si vous faites des efforts, je vous lâche ça». La Colombie clame haut et fort qu’elle est sur la bonne voie, qu’elle fait des efforts…et que le nombre des syndicalistes tués diminuent! C’est un peu vrai mais c’est à peine vrai. Les morts continuent à succéder aux morts. Il n’est pas sûr que cette très légère amélioration convainque les députés du bien fondé d’une signature de l’accord. Et si Karel De Gucht a plu aux députés et remporté haut la main son audition, c’est qu’en dépit d’une idéologie libérale qu’il revendique clairement, il a des valeurs humanistes et une franchise qui confine à la brutalité. Dans un cénacle européen qui a l’habitude de lisser son discours au risque d’endormir le citoyen -mais un citoyen qui dort est moins dangereux qu’un éveillé!- «le ton» de Gucht tranche agréablement. J’imagine qu’il aura en tête toutes les données de ce casse-tête diplomatique quand il traitera le dossier colombien. Rappelons tout de même que depuis le Traité de Lisbonne les députés ont la co-décision en la matière : pas de signature sans leur accord. Pour ma part je me rendrai en mission en Colombie pour faire le point durant le mois de février. En attendant, j’étais toute heureuse que le jury Solidar que je présidais la semaine dernière à Strasbourg, octroie son prix international aux syndicalistes colombiens. Le prix européen est allé à une association de protection des Roms en Europe (un autre problème de discriminationbrûlant !). Les deux personnalités qui se voient récompensées pour leur parcours de vie sont l’ex-premier ministre hongrois, père de l’effondrement du rideau de fer dans son pays et Pierre Mauroy, socialiste français bien connu. Tous ces prix seront remis le 3 février à Bruxelles au Parlement européen.

Est-ce qu’un pays a le droit d’autoriser des crucifix dans des lieux publics sans contrevenir aux droits fondamentaux de ses citoyens ?

24 janvier 2010

Blog du 23 janvier 2010. Quand je me tais, il y a deux possibilités : ou je suis en période réfractaire, ou je suis submergée de travail. Période réfractaire ??? Vous voulez répéter la question ? Eh bien de mon temps, en première candidature de psychologie, on disséquait encore des grenouilles avec un vieux professeur de physiologie nerveuse, une gloire scientifique. On sectionnait le nerf spinal de la grenouille pour qu’elle ne sente rien, et puis on lui envoyait dans les pattes des influx nerveux en contrôlant ensuite l’activité du muscle. Mais si après une stimulation électrique, une autre stimulation survenait dans un temps rapproché, le muscle ne réagissait plus : il était en «période réfractaire», en hibernation en somme. Quand je suis rentrée de Copenhague, j’étais comme une grenouille «déspinalisée». Totalement KO, avec des sentiments très mélangés, de frustration, de colère, d’ébauche de stratégie pour l’avenir etc. Pas de place ici pour vous faire tout un bilan de Copenhague, mais cela vaudrait le coup un jour. Donc j’ai fermé la porte, la fenêtre, bloqué les issues et j’ai passé les vacances «dans la plus stricte intimité». Pas mis les pieds dans un restaurant ni dans un hôtel et, à part lire, envoyer une carte blanche au Soir à propos de Gaza, je me suis trainée une fois au cinéma voir le dernier Chéreau et c’est tout ! Moyennant quoi, au retour, la petite grenouille avait retrouvé son nerf spinal, et puis, j’ai été reprise dans la folle ronde des auditions des commissaires, agitation, TV radios et tutti quanti pour la mise en place de la nouvelle Commission Barroso. Plus une minute pour bavarder.

Je me suis assez exprimée sur ces auditions pour ne pas vous infliger un remake, mais je suis rentrée hier de Strasbourg et il y a un problème autour duquel le débat fait rage et dont j’ai envie de dire quelques mots. C’est la question dite «des crucifix». Est-ce qu’un pays, l’Italie -pour ne pas le nommer mais ce pourrait être Malte, ou l’Irlande- a le droit d’autoriser des crucifix dans des lieux publics sans contrevenir aux droits fondamentaux de ses citoyens ? En principe l’Europe ne doit pas se poser ce type de question : les affaires de culte ne regardent que les pays. Mais le droit de chacun à avoir ses propres convictions -croire ou ne pas croire- est un droit essentiel, et un arrêt récent de la Cour européenne des droits de l’homme a donné raison à une citoyenne qui se plaignait d’être forcée de subir des crucifix, alors qu’elle n’était pas catholique. D’où une levée de… crucifix au Parlement, avec des députés chrétiens qui voulaient à tout prix une résolution centrée sur le droit des Etats à imposer ce symbole religieux au nom d’un principe sacro-saint (c’est le cas de le dire), celui de la «subsidiarité». Ce principe, important en droit européen, signifie que l’Europe ne peut pas se mêler de ce qu’un Etat fait mieux à son propre niveau. Donc, guerre des religions pendant que j’étais à Copenhague. En communication avec mon service, j’ai bataillé ferme à distance, notamment avec les parlementaires français très soucieux de la laïcité de l’Etat, pour empêcher cette résolution de voir le jour. Et on obtient gain de cause. La sagesse l’emporte et on ne la vote pas. Mais rebeloteau cours de cette session de janvier : qu’est-ce que j’aperçois lundi en arrivant à Strasbourg ?? La résolution sur les crucifix est remise sur la table. Nouvelle partie de bras de fer. En début de session on vote…de ne pas voter ! Et une fois encore on gagne. Mais par contre, il y a une résolution sur les attaques contre les minorités religieuses, que j’accepte volontiers de co-signer avec le Parti populaire européen. C’est à propos de l’Egypte (assassinat de six coptes et d’un policier) et des pillages d’églises en Malaisie où les communautés chrétiennes et musulmanes se disputent l’usage du nom Allah. Mais hier matin, jeudi au moment de voter cette résolution, je découvre quatre amendements, déposés par les conservateurs chrétiens, qui concernent… devinez quoi ???- : les crucifix ! On les chasse par la porte ils reviennent par la fenêtre. Et l’interdiction des crucifix est considérée dans ces amendements comme une persécution religieuse ! Fort heureusement, le député italien Mauro qui est généralement le porte-étendard de ces questions au Parlement tient parole : il avait promis que la résolution «ne déborderait pas». Et il a donc donné ordre à son groupe de voter contre ces amendements. Ce qui était contre-nature pour certains membres de son groupe, mais son ordre a été suivi dans l’immense majorité. Voici les coulisses de l’intervention que j’ai fait ensuite en plénière et que j’ai mise sur le site. Mais les esprits sont tellement échauffés et radicalisés que je crains les prolongations. Demain, on parle ensemble de tout autre chose : des syndicalistes colombiens persécutés eux aussi et assassinés. En tant que Présidente du Jury Solidar, je leur attribuerai un prix le 3 février et j’irai quinze jours après en Colombie.

Interventions de Véronique De Keyser en plénière les 19 et 21 janvier 2010

21 janvier 2010

19 janvier : révision de l’accord de Cotonou

« L’article 13 de l’accord de Cotonou n’a pas été révisé depuis 2000. Il touche à un sujet sensible : le dialogue entre l’UE et les pays ACP sur l’immigration, le traitement équitable des immigrés, le principe du non refoulement, les causes profondes de l’immigration et enfin l’immigration illégale et la réadmission. L’absence cruelle d’une politique d’immigration commune à la hauteur des valeurs dont se réclame l’Europe, risque de renforcer dans la révision projetée de l’article 13, le versant répressif et la chasse aux clandestins. Le tragique exemple de l’accord bilatéral entre l’Italie et la Lybie qui a conduit à des situations humanitaires intolérables ne semble pas avoir découragé le zèle de ceux qui veulent durcir l’article 13 pour renforcer le volet immigration illégale. Dans certains pays, la chasse aux clandestins est désormais ouverte et sans ménagement. Au lieu d’aller dans le sens des peurs suscitées par la crise actuelle, nous devons rappeler la synergie qu’il faut établir entre immigration et développement. Si les pays ACP ont besoin d’une aide pour décoller économiquement, nous aussi nous avons besoin de l’immigration pour faire face à la crise. C’est donc sur l’immigration légale et la mobilité qu’il faut se concentrer : ce sont les seuls garde-fous au climat détestable qui s’installe subrepticement dans nos propres pays. »

21 janvier : 1ère intervention dans le cadre des débats sur des cas de violation des droits de l’Homme, de la démocratie et de l’Etat de droit, et particulièrement sur le cas d’attaques récentes contre les minorités religieuses en Egypte et Malaisie

« Ce qui s’est passé en Egypte aurait sans doute pu se passer ailleurs. Une voiture passe à la sortie d’un lieu de culte copte, tire dans la foule: bilan- 7 morts, six coptes, et un policier. La réaction des autorités égyptiennes est rapide : “Le procureur général a décidé que les trois accusés des événements de Nagaa Hamadi seront traduits devant la cour d’urgence de sécurité de l’Etat pour meurtre par préméditation.” En Malaisie, c’est le nom d’Allah que les communautés chrétiennes et musulmanes se disputent avec pour conséquence le sac et le pillage d’églises. Ces faits divers banals trouvent des résonnances ailleurs, y compris en Europe. La montée de l’intolérance et du fanatisme religieux met en péril une liberté essentielle : la liberté de conviction de chacun – qu’il soit religieux ou agnostique. Partout dans le monde, des crimes contre les minorités, qu’elles soient chrétiennes, juives, musulmanes, sont perpétrés. Partout aussi des hommes et des femmes laïques sont assassinés ou emprisonnés parce qu’ils ne respectent pas des rites, des dogmes ou des pratiques religieuses dont ils se sont affranchis. En tant que laïque, je soutiens fermement cette résolution qui est un appel à la tolérance et non une stigmatisation de l’Egypte ou de la Malaisie. Mais au -delà des cas qui sont évoqués, je voudrais appeler les devoirs d’un Etat soucieux de la libre expression de ses citoyens. Selon moi, un Etat laïque – dans sa structure – est la meilleure garantie de l’espace nécessaire à la diversité des convictions de chacun. C’est sous cette forme qu’il protège le mieux les citoyens et favorise le dialogue entre communautés. »

21 janvier : 2ème intervention sur les violations des droits de l’Homme en Chine, notamment le cas de Liu Xiaobao

« Les résolutions d’urgences sont toujours un exercice difficile. Parce bien souvent, plutôt que de traduire une urgence humanitaire, elles reflètent une impuissance politique. Le “name and shame” que nous pratiquons chaque mois, est un recours ultime : il signifie clairement que tous les autres instruments de dialogue et de pression se sont révélés inefficaces et que faute de pouvoir agir, on dénonce. Dans le cas de la Chine, je ne suis pas sûre que multiplier les urgences comme nous le faisons (mars 2009, novembre 2009, janvier 2010 + le projet d’une autre en mars 2010) soit productif. Non pas que je sous-estime la difficulté de ce pays à gérer sa transition vers la démocratie, mais parce que je crois que revenir sans cesse à la charge, ce n’est pas se tromper de cible c’est se tromper de stratégie. Il y a d’autres instruments politiques, plus convaincants. J’ai été la première à demander des résolutions sur les Uigurs et à espérer éviter ainsi -en vain – des exécutions capitales. Je soutiens, au nom de mon groupe, Liu Xiabao, ce dissident de Tiananmen condamné récemment et dont le seul crime est d’être épris de démocratie. Mais je refuse de clouer tous les deux mois la Chine au pilori. Tout simplement parce que cela ne la fera pas plier, que du contraire. Car cet acteur commercial incontournable, ce pays qui a un siège permanent au Conseil de Sécurité des Nations Unies, qui est en pleine croissance et en pleine évolution démographique, dont nous avons besoin pour réduire le changement climatique, ce pays doit être un partenaire. A qui on dit ses quatre vérités mais qu’on respecte pour les efforts qu’il engage []. C’est ce respect qui manque dans la résolution. C’est pour ces raisons politiques que mon groupe a retiré sa signature. Mais pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté sur la question des droits de l’homme, mon groupe votera en faveur de tous les amendements qui s’y rapportent. Quant à l’issue finale du vote elle dépendra des amendements que nous avons déposés. »

[Et les quelques pas faits par la Chine pour plus de transparence et ses timides avancées démocratiques n'ont même pas été évoqués, sinon du bout des lèvres. La stratégie de l'Union européenne vis-à-vis de la Chine est qualifiée de "non coordonnée et inefficace". C'est léger.]

Pour Véronique De Keyser, Karel De Gucht est fidèle à lui-même

13 janvier 2010

Tenue ce mardi 12 janvier au Parlement Européen, l’audition du candidat au poste de Commissaire au Commerce, Karel De Gucht, était l’un des moments importants de cette semaine. Si sa confirmation en plénière ne fait pas de doute, l’ex Commissaire belge au développement était attendu au tournant sur des questions sensibles telles que les droits de l’homme et les relations avec le Congo. Selon Véronique De Keyser, le bilan est sans surprise, mais pas décevant pour autant… Pour voir l’interview de Véronique De Keyser, cliquez sur l’onglet vidéo.