Est-ce qu’un pays a le droit d’autoriser des crucifix dans des lieux publics sans contrevenir aux droits fondamentaux de ses citoyens ?
24 janvier 2010Blog du 23 janvier 2010. Quand je me tais, il y a deux possibilités : ou je suis en période réfractaire, ou je suis submergée de travail. Période réfractaire ??? Vous voulez répéter la question ? Eh bien de mon temps, en première candidature de psychologie, on disséquait encore des grenouilles avec un vieux professeur de physiologie nerveuse, une gloire scientifique. On sectionnait le nerf spinal de la grenouille pour qu’elle ne sente rien, et puis on lui envoyait dans les pattes des influx nerveux en contrôlant ensuite l’activité du muscle. Mais si après une stimulation électrique, une autre stimulation survenait dans un temps rapproché, le muscle ne réagissait plus : il était en «période réfractaire», en hibernation en somme. Quand je suis rentrée de Copenhague, j’étais comme une grenouille «déspinalisée». Totalement KO, avec des sentiments très mélangés, de frustration, de colère, d’ébauche de stratégie pour l’avenir etc. Pas de place ici pour vous faire tout un bilan de Copenhague, mais cela vaudrait le coup un jour. Donc j’ai fermé la porte, la fenêtre, bloqué les issues et j’ai passé les vacances «dans la plus stricte intimité». Pas mis les pieds dans un restaurant ni dans un hôtel et, à part lire, envoyer une carte blanche au Soir à propos de Gaza, je me suis trainée une fois au cinéma voir le dernier Chéreau et c’est tout ! Moyennant quoi, au retour, la petite grenouille avait retrouvé son nerf spinal, et puis, j’ai été reprise dans la folle ronde des auditions des commissaires, agitation, TV radios et tutti quanti pour la mise en place de la nouvelle Commission Barroso. Plus une minute pour bavarder.
Je me suis assez exprimée sur ces auditions pour ne pas vous infliger un remake, mais je suis rentrée hier de Strasbourg et il y a un problème autour duquel le débat fait rage et dont j’ai envie de dire quelques mots. C’est la question dite «des crucifix». Est-ce qu’un pays, l’Italie -pour ne pas le nommer mais ce pourrait être Malte, ou l’Irlande- a le droit d’autoriser des crucifix dans des lieux publics sans contrevenir aux droits fondamentaux de ses citoyens ? En principe l’Europe ne doit pas se poser ce type de question : les affaires de culte ne regardent que les pays. Mais le droit de chacun à avoir ses propres convictions -croire ou ne pas croire- est un droit essentiel, et un arrêt récent de la Cour européenne des droits de l’homme a donné raison à une citoyenne qui se plaignait d’être forcée de subir des crucifix, alors qu’elle n’était pas catholique. D’où une levée de… crucifix au Parlement, avec des députés chrétiens qui voulaient à tout prix une résolution centrée sur le droit des Etats à imposer ce symbole religieux au nom d’un principe sacro-saint (c’est le cas de le dire), celui de la «subsidiarité». Ce principe, important en droit européen, signifie que l’Europe ne peut pas se mêler de ce qu’un Etat fait mieux à son propre niveau. Donc, guerre des religions pendant que j’étais à Copenhague. En communication avec mon service, j’ai bataillé ferme à distance, notamment avec les parlementaires français très soucieux de la laïcité de l’Etat, pour empêcher cette résolution de voir le jour. Et on obtient gain de cause. La sagesse l’emporte et on ne la vote pas. Mais rebeloteau cours de cette session de janvier : qu’est-ce que j’aperçois lundi en arrivant à Strasbourg ?? La résolution sur les crucifix est remise sur la table. Nouvelle partie de bras de fer. En début de session on vote…de ne pas voter ! Et une fois encore on gagne. Mais par contre, il y a une résolution sur les attaques contre les minorités religieuses, que j’accepte volontiers de co-signer avec le Parti populaire européen. C’est à propos de l’Egypte (assassinat de six coptes et d’un policier) et des pillages d’églises en Malaisie où les communautés chrétiennes et musulmanes se disputent l’usage du nom Allah. Mais hier matin, jeudi au moment de voter cette résolution, je découvre quatre amendements, déposés par les conservateurs chrétiens, qui concernent… devinez quoi ???- : les crucifix ! On les chasse par la porte ils reviennent par la fenêtre. Et l’interdiction des crucifix est considérée dans ces amendements comme une persécution religieuse ! Fort heureusement, le député italien Mauro qui est généralement le porte-étendard de ces questions au Parlement tient parole : il avait promis que la résolution «ne déborderait pas». Et il a donc donné ordre à son groupe de voter contre ces amendements. Ce qui était contre-nature pour certains membres de son groupe, mais son ordre a été suivi dans l’immense majorité. Voici les coulisses de l’intervention que j’ai fait ensuite en plénière et que j’ai mise sur le site. Mais les esprits sont tellement échauffés et radicalisés que je crains les prolongations. Demain, on parle ensemble de tout autre chose : des syndicalistes colombiens persécutés eux aussi et assassinés. En tant que Présidente du Jury Solidar, je leur attribuerai un prix le 3 février et j’irai quinze jours après en Colombie.



28 janvier 2010 à 0:53
je suis en train de constituer en Belgique un groupe de soutien de l’UAAR italien qui se bat pour défendre les valeurs de la laïcité en Italie. Sa tâche est ardue et difficile c’est pourquoi j’essaie de mobiliser les Italo belges dans cette bataille. Bravo pour ta clairvoyance et surtout continue a être intransigeante sur le sujet du crucifix. Je suis atteré par le comportement des parlementaires italiens de gauche. Fils et petit fils d’immigrés italiens en Belgique je veux ouvrir les yeux de mes cousins d’Italie.
Comme disait Piero Calamandrei “Ora è sempre resistenza”