De la Colombie, des syndicalistes, et des aveux de Monseigneur Léonard
27 janvier 2010Blog du 25 janvier 2010. «La Colombie travaille main dans la main avec les Nations Unies pour la Protection des Droits de l’Homme». «La Colombie s’est portée volontaire pour une revue périodique sur les droits de l’homme. Le haut Commissaire aux Droits de l’Homme de l’ONU est représenté en Colombie. Le Haut Commissaire aux Réfugiés des Nations unies est présent en Colombie depuis plus d’une décade». Je lis attentivement la brochure qu’un huissier a déposée sur mon pupitre et je crois rêver. Ah, j’allais oublier : «la Colombie et l’Union européenne mettent en place un mécanisme de dialogue sur les droits de l’homme». Et dans le même temps, j’entends bourdonner dans mes écouteurs l’intervention d’un syndicaliste colombien : il parle de génocide syndical. Nous sommes le 25 janvier 2010 dans l’après-midi à la Commission Développement du Parlement européen : une audition, une de plus sur la Colombie. Qu’en est-il finalement de ces tirs croisés ? J’ai toujours plus tendance à croire les morts que les vivants : les premiers ne mentent pas. Les assassinats des syndicalistes ont-ils diminué en Colombie de manière substantielle au cours de ces dernières années ? Il semble que oui. Selon les autorités colombiennes, présentes cet après midi, il y avait en 2001, 27.800 citoyens assassinés, dont 205 syndicalistes. Hier, en 2009, on relevait 15.817 assassinats dont en moyenne (moyenne entre les chiffres officiels et ceux des syndicats) une trentaine de syndicalistes. Les chiffres restent atterrants – les autorités colombiennes l’avouent et déclarent leur honte, mais elles se positionnent aussi en victimes. Ce n’est pas nous, ce sont eux. Eux, les Farcs, les terroristes qui prennent le peuple colombien en otage.
L’Organisation Internationale du Travail, saisie du problème et dont une représentante assistait à l’audition, a pris deux initiatives : la première qui date de quelques années déjà, a été la mise en place d’un accord tripartite pour le droit d’association et la démocratie. Cet accord fut signé par le gouvernement colombien et par les acteurs sociaux, patronat et syndicats en 2006 ; il convient encore de le renforcer. La seconde initiative est une commission d’experts, qui a rendu des avis en 2008, sans maquiller aucune de ses conclusions. Elle a investigué «les actes de violence contre des dirigeants syndicaux et des syndicalistes entrainant assassinats, séquestration, attentats contre la vie» et surtout l’impunité légendaire autour de cette criminalité. La Commission constate que le gouvernement colombien a fait certains efforts : protection accrue des syndicalistes (avec un budget important), crimes plus souvent qu’autrefois traduits en justice, mais hélas, le pourcentage de cas où l’action en justice a conduit a une condamnation des responsables est infime. Et le droit de grève est très loin d’être garanti. Le pays manque encore cruellement d’un plan national d’action sur les DH, comme d’une loi sur l’indemnisation des victimes. Donc accord commercial ou pas, le débat continue à faire rage.
Les droits sociaux et politiques ne sont pas négociables. Sans garanties réelles que tout sera mis en œuvre pour que ces droits soient respectés, il ne peut y avoir d’espace pour un accord. Il ne suffit pas de dire : les assassinats sont moins nombreux. Il faut encore que dans ce pays d’une extrême violence, l’exerce des droits sociaux et politiques des travailleurs ne soient pas en permanence brimés, menacés, court-circuités par des législations liberticides. Si l’U.E signe un accord commercial avec un système de préférence généralisé pour la Colombie, il ne faut pas que ce soit un bon point sur le bulletin du Président Uribe, valable pour un 3ème mandat, ou un sérieux coup de pouce aux multinationales colombiennes, non il faut que vraiment les droits des travailleurs y trouvent leur compte. La messe n’est pas encore dite. Et au passage un coup de chapeau aux syndicalistes d’Inbev. Là non plus la messe n’est pas dite, mais ils n’ont pas hésité à prendre le peuple belge en otage, à l’assoiffer car la Jupiler se faisait rare dans les rayons des supermarchés…et ça c’est un argument massue. Ca a marché ! Mais restons vigilants. Et tant qu’on parle de messe, que dire de la comparaison faite par Monseigneur Leonard entre l’anorexie et l’homosexualité ? De quel désir refoulé Monseigneur Léonard est-il porteur ? Je ne veux pas savoir ! Vite, marions les prêtres : il paraît que la majorité des catholiques y est favorable !



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