Blog du 31 janvier 2010. Semaine interminable. Une des plus tristes de ma vie. Et parce que les fouilles ne sont pas finies, parce que tous les corps peut-être n’ont pas été retrouvés, le deuil n’est pas encore possible. Nous devions reprendre le Conseil communal ce lundi, à l’endroit même où il s’était arrêté, puis rendre hommage aux victimes et ainsi repartir vers la vie, mais les fouilles reprennent, le Conseil est annulé, l’hommage postposé. Et pourtant, dans cette détresse, que de messages d’espoir en l’humanité. Message des morts d’abord, dont certains ont sacrifié leur vie pour qu’une autre soit sauvée. Car dire aux sauveteurs de sauver d’abord une enfant, quand un immeuble est sur le point de s’écrouler, c’est s’exposer à mourir soi-même. Et c’est ce qui est arrivé hélas puisqu’un jeune couple, encore en vie après l’explosion, n’a pas résisté à l’effondrement de la maison. Message de courage et d’abnégation des pompiers, une fois de plus, alors que leur métier n’est pas encore reconnu comme métier à risque. Message de solidarité des Liégeois et des Liégeoises et du pays entier qui veulent aider, donner, atténuer la détresse. Dès les premières heures de l’annonce du désastre, mes amis et mes collègues du Parlement me téléphonaient : « que peut-on faire, où peut-on donner, faut-il prendre des enfants à la maison ? » Tous veulent partager et alléger le poids de la catastrophe. Et puis, message de toute une ville. Car la façon dont la catastrophe a été prise et gérée de la première minute jusqu’à ce jour, me remplit d’admiration et me réconforte. Me rassure. Car s’il est vrai que dans le malheur, il y a eu quelques coups de chance - le bourgmestre, le chef de la police étaient sur place, les pompiers sont arrivés très vite, et le démarrage des secours est intervenu dans les premières minutes – le reste du plan catastrophe tel qu’on l’a vu se dérouler cette semaine ne doit plus rien au hasard.
C’est une immense machine organisationnelle qui a été mise en place. Elle a rencontré une palette incroyable de problèmes, qui va des aspects psychologiques de la catastrophe – aide aux victimes, récupération des animaux domestiques, des cours d’étudiants, etc. – aux aspects techniques et de sécurité les plus poussés – étançonnement des immeubles touchés, vérification de l’état du réseau électrique et de gaz dans le quartier, réquisition de logements. La dernière décision prise, c’est-à-dire ne pas démolir les immeubles touchés mais renforcer leurs structures pour reprendre les fouilles, témoigne du réajustement constant de la stratégie en fonction de la situation. Et ça, ça ne s’improvise pas. Quand je rencontrais à l’Eglise Saint André, certains de mes anciens étudiants en psychologie, engagés par la Ville il y a quelques années dans les contrats de sécurité et qui se retrouvaient en première ligne pour l’aide psychologique aux victimes, je me disais – heureusement que la Ville avait ce potentiel qui pouvait immédiatement se mettre à l’œuvre. Idem pour les pompiers, dont le statut doit impérativement être revu, mais qui ont eu, grâce à l’intercommunale, un équipement décent. Idem pour les forces de police. La catastrophe a au moins révélé ce visage rassurant d’une Ville dans des circonstances dramatiques. Respect, monsieur le Bourgmestre. Respect à toute votre équipe.
