Véronique De Keyser

Députée européenne et conseillère communale à Liège

On va tenir tête à cette crise, le PS est sérieux et ce n’est pas aux citoyens à payer !

13 mai 2010

Blog du 13 mai. J’ai été peu loquace ces derniers temps. A part quelques petites phrases ça et là. Motif : le Soudan était dur. Il fallait digérer. Et j’ai repris immédiatement le boulot sans avoir le temps de souffler. Avec, cerise sur le gâteau, une grosse infection dont je ne parvenais pas à sortir. Ca va mieux aujourd’hui donc je retrouve un peu de voix.

D’abord, le 1er mai était chouette. Le matin au kiosque et à la Place St Paul, le soir à Amman en Jordanie, pour lancer un cri d’alerte sur la baisse alarmante du niveau de la rivière Jourdain. Elle sera complètement à sec en 2011 si des mesures drastiques ne sont pas prises. L’initiative d’alerter le monde a été prise par les maires des communes qui bordent la vallée du Jourdain. Ce sont des Jordaniens, des Israéliens et des Palestiniens. A Amman, ils ont dépassé leurs différences pour unir leurs efforts. C’était une rencontre pleine de symboles et d’espoir dans un environnement régional pourtant désespérant. Je suis revenue avec un magnifique certificat de « Championne  des eaux du Jourdain » que j’ai affiché dans mon bureau. Mais au-delà des certificats il va falloir travailler ferme pour sauver la vallée, son éco-système unique et la Mer Morte qui en dépend. J’organise une conférence au Parlement européen en juin sur ce thème.

De retour à Bruxelles, le travail parlementaire a été dominé par la colère des Grecs qui paient, très injustement, le prix d’une crise financière dont ils ne sont pas responsables. Crise sur fond de mensonges et de mauvaise gouvernance de la droite grecque et de la panne de la solidarité européenne. Après 3 morts à Athènes et la crainte d’une déferlante sur d’autres Etats européens (la Belgique est-elle vraiment à l’abri d’un tsunami ?) Angela Merkel et les autres dirigeants européens ont fini par cracher, du bout des dents, un plan de solidarité. Ce matin, Zapatero annonçait des mesures d’austérité avec une réduction des salaires des fonctionnaires. Aujourd’hui, même son de cloche du côté roumain où les retraites sont aussi touchées. C’est dans ces moments graves, sérieux, qu’on s’accroche à des valeurs sûres. Je veux parler du congrès du PS à Flagey mardi soir. J’ai beaucoup aimé. Ou plutôt : je me suis sentie mieux après les discours de Laurette, de Paul et d’Elio. Même thème, mais décliné sur trois modes différents. On va tenir tête à cette crise, le PS est sérieux et ce n’est pas aux citoyens à payer. Il y a d’autres endroits où on ira chercher l’argent. Pas question de le jeter par les fenêtres mais il doit aller là ou ça fait mal. J’ai eu droit- merci Elio pour cette inflexion !!- à moins de « gens » mais plus de « citoyens », de « concitoyens » ou de « camarades ». C’est ce que j’attendais. Juste après le congrès, petit diner chez Leila avec quelques amis dont Danny Cohn Bendit pour célébrer la venue de Nabil Shaat et la signature d’un accord, sur lequel j’ai beaucoup travaillé, entre le Fatah et le groupe socialiste (S&D) au Parlement européen.

J’ai aussi terminé ce lundi mon cours à l’ULg sur la Stratégie de l’emploi au niveau européen. On a fini par une critique –Constructive ? Mais oui mais oui ! – de la stratégie 2020 qui est la suite de la stratégie de Lisbonne. Mais le cours à peine fini, j’écoute la télé et décidément Barroso me rend folle. Quand je parle aux étudiants d’une gouvernance économique de la zone euro, cela n’a RIEN A VOIR avec le contrôle préalable par la Commission du budget des Etats ! Je me suis étranglée de colère en buvant mon café !

Enfin mieux vaut terminer sur une note très belle. Hier soir j’organisais au Parlement européen avec Rita Brosellino (une députée italienne, sœur d’un célèbre juge italien assassiné par la mafia) la projection d’un film d’avant-garde : La Paura, de Pipo Delbono. Le film est spécial, tourné uniquement avec un GSM et c’est une critique violente contre le système Berlusconi et le monde « spectacle », « people ». Et là, quelques émerveillements. D’abord Rita. Une femme de mon âge. Discrète au Parlement. Je ne l’avais jamais entendue parler. Et bien quand elle parle, tout le monde se tait. Ce qu’elle dit va au plus profond. C’est simple, c’est transparent, c’est juste. Ensuite, la salle. Hier soir, mercredi avant l’ascension, de 6 h à 9h du soir la salle A3G3 était pleine. Du jamais vu. Et enfin, le réalisateur Pippo Delbono : révolté, différent, admirant la tolérance de la Belgique qui ne connait pas le poids de l’Eglise comme en Italie. Vous êtes de Liège me dit-il ? J’adore le théâtre de la Place. Et je connais bien Rangoni. Décidemment le monde est petit et il peut être beau. A côté de ces éclats d’humanité, le refus de l’ambassadeur d’Israël de laisser notre délégation parlementaire aller à Gaza dans une dizaine de jours me semble bien misérable.

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