Par Véronique Leblanc, correspondante à Strasbourg
Union européenne
Mis en ligne sur LaLibre.be le 18/06/2010
La Belgique épinglée pour la présence sur son territoire d’entreprises vendant des instruments de torture
C’est un exercice imposé. Tous les ans, la Commission tire les conclusions de l’action de l’Europe en faveur des droits de l’homme dans le monde et pour 2009, un grand oral a eu lieu cette semaine en plénière à Strasbourg. Un débat a ainsi réuni mercredi les eurodéputés et la haute représentante de l’Union pour la politique étrangère, Catherine Ashton.
Des chiffres tout d’abord. De juillet 2008 à fin 2009, l’Union a alloué 238 millions d’euros à des ONG opérant dans une centaine de pays. Elle a envoyé des délégations dans une quarantaine de pays pour discuter des droits fondamentaux avec les autorités et des missions d’observation électorale dans 16 autres pays.
« C’est bien mais encore « , ont dit en substance certains eurodéputés qui aspirent à plus de résultats concrets. Ainsi, pour la socialiste belge Véronique De Keyser, partie prenante de plusieurs missions d’observation électorale, l’Union s’est dotée par ce biais d’un « instrument merveilleux » qui permet de constater « des élections défaillantes ou frauduleuses » mais n’entraîne pas « une réaction coordonnée et audible ». « Ça finit par passer, dit-elle, les gouvernements corrompus font le gros dos et l’Europe légitime par lassitude. » « Ne pourrait-on envisager une stratégie de réponse un peu plus audible ? », a-t-elle demandé à Catherine Ashton. Pour le libéral luxembourgeois Charles Goerens, un autre paradoxe européen est le manque d’empressement à répondre aux arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme manifesté par certains Etats membres.
Une remarque approuvée par la verte finlandaise Heidi Hautala. « Pour que nous puissions parler haut et fort dans le monde, il faut d’abord balayer devant notre porte », a-t-elle souligné dans sa conclusion avant d’en revenir à un autre point évoqué durant le débat et qui n’est ni plus ni moins que l’interdiction du commerce d’instruments de torture sur le territoire de l’Union.
Difficile de penser que la question puisse encore se poser en terre européenne, mais c’est bien le cas. Et la Belgique -concernée- n’a rien d’exemplaire puisqu’un rapport d’Amnesty International et Omega Research Foundation atteste que des entreprises y proposent des articles concernés par le règlement. « Il faut prévoir des sanctions pour les pays contrevenants et actualiser la liste des produits concernés en y incluant des équipements tels que les bâtons à pointes et les poucettes murales servant à administrer des décharges électriques », ont réclamé les eurodéputés Gabriele Albertini (conservateur-Italie) et Vital Moreira (socialiste-Portugal), auteurs de questions écrites sur ce sujet.
Autre point important du rapport, la protection des défenseurs des droits de l’homme dans le monde avec la possibilité d’un réseau de « villes refuges » déjà évoquée lors de la présidence tchèque de l’Union et la demande de création -par les ministères des Affaires étrangères- d’une procédure de visa accélérée. Catherine Ashton s’est dite prête à collaborer étroitement avec le Parlement. « Il faut profiter de la nouvelle architecture du traité de Lisbonne », a-t-elle conclu.
