Véronique De Keyser

Députée européenne et conseillère communale à Liège

Vice-Présidente du Groupe Socialistes et Démocrates du Parlement européen

L’invitée du mois de septembre 2010 du « Drapeau rouge » : Véronique De Keyser

31 août 2010

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Cet été a vraiment été, pour la France, l’été de la honte…

28 août 2010

Blog du 27 août 2010. Cet été a vraiment été, pour la France, l’été de la honte. Je veux parler des Roms. On a longtemps pensé que l’amalgame entre Roms, Roumains et criminalité était une spécialité berlusconienne, aussi peu exportable que la recette des vrais spaghettis à la Bolognaise. Et bien pas du tout. Sarkozy fait tout aussi bien : il voudrait même faire mieux. Le premier signe de dérive, marquant le dépassement de la ligne rouge, c’est quand Hortefeux s’est interrogé sur les luxueuses voitures tractant les caravanes des Roms. Car on ne dit plus roulotte mais caravanes, comme si les Roms se payaient des vacances quatre étoiles en squattant les espaces réservés au contribuable français. Mais d’où viennent leurs revenus ? Mais oui Monsieur d’Hortefeux, à qui les déclarent-ils finalement ? Alors que les Français, les vrais, les Blanc-Bleu-Belge de l’identité nationale française paient tellement d’impôts – malgré le bouclier fiscal – et que le pauvre Monsieur Woerth , ce gendre parfait, ce ministre discret, ce trésorier de l’UMP modèle, se débat dans une cabale indigne ? Indigne de qui ? Indigne de l’image qu’on se fait de la France ?

Je n’ai jamais entendu autant de cocorico, de nationalisme éculé, de racisme même pas déguisé, pour cacher les misères d’une présidence qui se noie. Je n’ai jamais entendu autant la légalité servir de cache sexe politique à la honte. Mais oui, il était normal que je rende de l’argent à Madame Bettencourt, c’est l’effet du bouclier fiscal, j’étais dans la stricte légalité ! Mais oui, il est normal de refouler les Roms, de démanteler les camps illégaux, ce sont les directives européennes. J’ai déjà entendu la France être moins regardante sur les directives européennes. Rappelons-nous simplement comme elle est montée au créneau pour défendre en son temps Areva, en grandes difficultés financières, au mépris des règles européennes. D’habitude la France agit puis négocie avec l’Europe après. Dans le domaine de l’immigration illégale, elle obéit d’abord : Strange is not it ?

Immigration illégale ? Encore une fois, le terme utilisé pour stigmatiser une population bien déterminée, prête à confusion dans l’esprit du public. Car les Roms sont Européens. Qualifierait-on aussi facilement d’immigration illégale la présence des Belges, des Espagnols, des Italiens, qui après avoir passé trois mois en France ne pourraient témoigner d’un revenu du travail ? Le Ministre de l’Intérieur français déciderait-il subitement, après une nouvelle audition de Monsieur Woerth « Tiens, aujourd’hui, pour faire passer la pilule, je vais reconduire à la frontière tous les Belges résidant en France sans travail ? Et je fais un communiqué de presse sur l’immigration illégale des Belges en France ? » Non bien sûr. Même si les Belges sans travail dans l’Hexagone, à titre individuel, sont bien priés de quitter le territoire. Pour le Rom, le traitement est très différent. C’est la stigmatisation d’un groupe, les allusions à son taux élevé de criminalité, à ses revenus, cachés – Mais non ils ne sont pas si pauvres que cela, regardez leurs grosses voitures ! -, les confusions constantes entre Roms, Roumains, gens du voyage bien Français, eux depuis plusieurs générations : c’est tout cela qui donne la nausée, qui sent le bouc émissaire. Et ne parlons pas de la brutalité des décisions, des femmes, des enfants à la scolarité interrompue, jetés dans la rue, sans ménagement. La chasse est ouverte. Sachant que cette chasse s’ouvre sur une population fragile, partout discriminée en Europe, mal intégrée et donc rejetée, dont le mode de vie différent suscite la méfiance, on voit que la cible est bien choisie. Qui va les défendre ? Le gouvernement roumain qui fait si peu pour eux ?

Heureusement, des voix se sont élevées. La palme revient à ce prêtre français qui, non seulement renvoie sa décoration à l’Elysée, mais prie pour que Sarkozy ait un infarctus. Le problème évidemment n’est pas de prier – certains Américains avaient prié pour que Bush s’étrangle et il s’était étouffé avec un muffin – mais d’être entendu. Et si Dieu ne l’a pas entendu, par contre sur les ondes, il est bien passé ! Le pauvre a du se rétracter et aux dernières nouvelles, il aurait demandé à Dieu que Sarko ait un coup de cœur… pour les Roms bien entendu ! Voilà au moins quelqu’un qui a été éduqué chez les Jésuites. Mais plus sérieusement, ce prêtre travaille depuis des années, sur le terrain, avec les Roms et quand il est écœuré, il est crédible. Il sait de quoi il parle. Il n’est pas le seul. Pour des raisons politiques, comme pour des raisons éthiques, humanitaires, la France a bougé, à droite comme à gauche. Du coup Sarkozy expédie ses ministres en Roumanie, en appelle à l’Europe. Qui elle aussi s’inquiète de la dérive. Et même le Pape – mon dieu quelle finesse, cette petite adresse bien envoyée en français s’il vous plait ! – s’est ému. Bref cette levée de protestations minimise le risque d’une épidémie européenne. Le risque pourtant n’est pas négligeable. Trop de gouvernements de droite, nationalistes et coalisés avec des extrémistes, seraient heureux d’emboîter le pas à d’aussi illustres prédécesseurs. Car Berlusconi et Sarkozy, ce n’est pas rien. Et comme c’est légal, pourquoi s’en priver ? Je me suis d’ailleurs laissé dire qu’en Belgique, nous n’étions pas blancs comme neige et que des photos de voitures luxueuses tractant des caravanes, avaient bien circulé dans la presse ? Donc l’épidémie pourrait être plus sévère que celle de la grippe N1H1, et le seul vaccin, c’est le réveil des consciences : « Quand ils ont arrêté les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste ; quand ils ont arrêté les socialistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas socialiste ; quand ils ont arrêté les juifs, je n’ai rien dit, je n’étais pas juif ; quand ils sont venus m’arrêter, il n’y avait plus personne pour protester » » (citation diversement attribuée à Berthold Brecht ou au pasteur allemand anti-nazi Martin Niemöller). Il y a urgence à se réveiller.

PS : Était-ce un muffin qui a failli nous priver de Bush ou une autre pâtisserie aux consonances américaines ? Que celui qui a la réponse la communique sans délai : il ne sera pas poursuivi !

La situation de la population Rom en Europe doit évoluer !

20 août 2010

La situation de la population Rom en Europe est un sujet hautement sensible auquel le Groupe Socialistes & Démocrates a toujours prêté une grande attention. Les cas répétés de discrimination, la fermeture de campements illégaux et les expulsions dont les Roms ont été l’objet, spécialement en Italie et cet été en France, sont très éloignés des valeurs européennes.

Les récentes mesures prises par la France ciblent de manière sélective un groupe vulnérable de citoyens européens qui aurait davantage besoin de protection, dit Véronique De Keyser Députée européenne et vice Présidente du Groupe S&D.

Ces mesures apparaissent motivées par des raisons ethniques ce qui aura pour résultat d’exposer les Roms à d’autres discriminations encore. La façon dont ces mesures ont été prises contre les femmes et les enfants est absolument choquante et représente une violation inacceptable des Droits de L’Homme. J’ai l’intention de déposer une requête pour un débat urgent en plénière lors de la prochaine session à Strasbourg début septembre.

La Question Lahaut

17 août 2010

60 ans. 60 ans de silence difficile. 60 ans de presque secret d’Etat. Presque 60 ans de censure. Julien Lahaut fut et semble rester encore pour certains, un dangereux grain de sable. Capable d’empêcher la Belgique traditionnelle de se remettre de la crise de Léopold III. On ne peut comprendre le rôle qu’il a joué, son aura personnelle et son assassinat, sans se replonger un instant dans le contexte de l’époque. Après la Libération, la Belgique avait besoin d’une nouvelle virginité : un nouveau roi, de nouvelles alliances atlantistes, un appui ferme de l’Eglise. Il fallait repartir d’un bon pied dans une Belgique unie. Tous les moyens seront bons. Chasse aux communistes pour faire oublier la tentation hitlérienne, alliance affichée de la monarchie à l’Eglise, engagement militaire dans l’Otan, préparation de la guerre de Corée et surtout, un nouveau roi, tout jeune, sans passé, à peine sorti de l’adolescence. La sauce était prête, elle pouvait prendre malgré quelques convulsions sociales – la guerre scolaire faisait rage, la question de l’amnistie divisait le pays en deux. Et voilà qu’à la prestation de serment du tout jeune Prince qui symbolisait cette renaissance de la Belgique et faisait table rase d’un passé troublé, un agitateur – député, communiste, socialiste, syndicaliste, résistant, bref un agitateur- crie « Vive la République ! » Il est assassiné huit jours plus tard sur le pas de sa maison à Seraing. Cet agitateur, c’était Julien Lahaut, homme solaire, rayonnant, intransigeant sur toutes les injustices sociales, homme qui effectivement ne pouvait plier que devant la mort- et encore.

Sans doute, pour Julien Lahaut, le prix à payer pour la restauration d’une Belgique monarchique était-il trop élevé. Le spectre de nouvelles guerres, la chasse aux communistes, et si pas l’amnistie, au moins la chape de plomb sur les miasmes du passé : était cela la Libération et ce pourquoi il avait lutté ? La neutralité de la Belgique avait été officiellement abandonnée. Le pays rentrait dans l’OTAN et allait s’engouffrer dans la guerre froide. Après l’hitlérisme et le nazisme, le communisme devient l’ennemi à abattre. En Belgique, les communistes quittent le gouvernement et sont écartés du syndicat socialiste. Les Etats-Unis soufflent le chaud et le froid : d’un côté le plan Marshall va permettre de reconstruire l’Europe, de l’autre, le Maccarthysme étend ses tentacules jusqu’en Europe. Des dirigeants communistes y sont assassinés. La royauté belge est affaiblie et son image ternie par le comportement de Léopold III durant la guerre- et ce, malgré la courageuse régence de Charles. Certains cercles ont intérêt à faire oublier De Man. La consultation populaire de 1950 sur le retour du roi avait divisé en deux la Belgique Le Nord se retrouvait catholique et royaliste, la Wallonie, laïque et républicaine. Baudouin le catholique, c’était l’apaisement politique et le rêve, peut-être mythique, d’une unité retrouvée. Pour l’Eglise c’était l’assurance d’un ancrage puissant dans la monarchie. Et voilà que lors de sa prestation de serment, au moment symbolique le plus fort, une voix crie – Vive la République !

Jusqu’à un certain point, on peut comprendre – sans l’accepter- la paralysie judiciaire qui s’est installée autour de la mort de Julien Lahaut. L’époque était difficile. Les temps étaient troubles et la Belgique, menacée par ses propres démons. Mais comment expliquer que durant 60 ans, toutes les enquêtes ont été brouillées , conduites sur des voies de garage, que des dossiers aient disparus et que jamais la lumière n’ait été faite sur cet assassinat ?

Le dernier épisode de cette saga désastreuse commence en 2008. Un vote unanime au Sénat belge demande de relancer la recherche sur les assassins de Lahaut et leurs commanditaires. Mais la ministre Laruelle ne juge pas bon d’accorder au Ceges, le centre de recherche fédéral pressenti pour l’étude, les 400.000 euros nécessaires à son financement. Je lance alors en 2009 une initiative citoyenne, à savoir une souscription publique. Des centaines de dons arrivent, mais ce sont des sommes modestes, venant de particuliers. Au bout de six mois, ils couvrent dix pour cent de la somme requise. Je décide alors de revenir au politique – mais le gouvernement tombe. Je me tourne aussitôt vers la Région wallonne. Dans une lettre qu’il m’adresse le 27 mai 2010, son Président affirme tout son intérêt pour l’étude, rappelle qu’il avait contacté en décembre 2009 Madame Laruelle sans obtenir de réponse… mais considère que comme la recherche touche à la question royale il faut concentrer ses efforts au niveau du fédéral ! Il suggère donc d’attendre la formation du prochain gouvernement pour revenir sur ce dossier. Ce qui sera fait : ce dossier sera remis sur la table.

Mais la roue du temps tourne et la roue politique aussi. 60 ans après la mort de Julien Lahaut dans le Nord du pays un parti nationaliste et ouvertement républicain vient de remporter les élections. L’unité du pays fait question. N’est-il pas saisissant que dans ce même pays, schizophrène, la question royale reste un tabou et qu’il soit encore impossible de faire la lumière sur l’assassinat de Julien Lahaut ? Ce n’est pas en maintenant une chape de plomb sur une des périodes les plus noires de la Belgique qu’on exorcisera les forces centrifuges qui la minent et les extrémismes qui la tentent. C’est pourquoi, plus que jamais, la vérité doit être faite. Si l’on veut aujourd’hui prolonger la Belgique, sous d’autres formes sans doute mais en lui donnant un avenir, il ne faut pas fermer les yeux sur son passé. Au contraire il faut y faire face. La lucidité fait la force.

Véronique De Keyser
Eurodéputée belge, socialiste. 16 août 2010