Véronique De Keyser

Conseillère communale à Liège

La Palme d’or à Gedeon Levy pour son courage politique

15 May 2015

image001La Palme d’or à Gideon Levy, journaliste au quotidien israélien Haaretz, pour son article (traduit par JM Flemal)

Cessez de vous plaindre. Longue vie à ce nouveau et brave gouvernement israélien

Le nouveau gouvernement israélien ne dégoisera pas de slogans creux sur la paix, les droits de l’homme ou la justice, mais assénera la vérité à la face des Israéliens – et du monde.
Le 34e gouvernement méritera Israël tout comme Israël méritera son 34e gouvernement. C’est un gouvernement authentique et représentatif, la manifestation vraie de l’esprit de l’époque et des sentiments les plus profonds de la plupart des Israéliens. Ce sera un vrai gouvernement, sans faux semblants, sans cosmétiques et sans auto-justification. Ce que nous voulons, nous l’aurons. Bienvenue au quatrième gouvernement Netanyahu.

Ils ne parleront pas avec arrogance et ils ne dégoiseront pas de slogans creux. Ni sur la paix, ni sur les droits de l’homme ; ni sur deux États, ni sur les négociations ; ni non plus sur les lois internationales, la justice ou l’égalité. C’est la vérité qui sera assénée à la face des Israéliens et du monde. Et cette vérité, la voici : La solution à deux États est morte (jamais elle n’est née), l’État palestinien ne naîtra pas, les lois internationales ne s’appliquent pas à Israël, l’occupation continuera à ramper rapidement vers l’annexion, l’annexion se muera en État d’apartheid ; le mot « Juif » supplantera le mot « démocratique », le nationalisme et le racisme obtiendront l’approbation officielle du gouvernement, mais ils sont déjà présents et ils le sont depuis longtemps.

Ni Netanyahu, ni le député Naftali Bennett, président du Habayit Hayehudi (Foyer juif), ni les députés de ce même parti, Ayelet Shaked et Eli Ben-Dahan, n’ont initié tout ce processus. Ils n’ont fait qu’accélérer les choses. Et il ne devrait y avoir ni commotion ni indignation, ni lamentations non plus sur l’âpreté du sort qui nous frappe. Ce gouvernement est placé sous le signe de la continuation, pas sous celui du changement.

C’est vrai, certains de ses membres sont plus extrémistes que leurs prédécesseurs, mais il ne s’agit avant tout que de différences rhétoriques. Même la désignation la plus incendiaire, celle de Shaked comme ministre de la Justice, qui a secoué le monde entier durant tout le week-end, est moins révolutionnaire qu’il ne paraît. Shaked est brutale et violente, alors que la députée de l’Union sioniste, Tzipi Livni, qui l’a précédée, était délicate et convenable. Mais la ministre de la Justice Shaked ne devra pas fournir de gros efforts pour fissurer notre démocratie ; ces fissures étaient déjà présentes depuis très longtemps.

Le meilleur test sur la nature du régime en Israël est celui portant sur l’occupation et les crimes de guerre ; les fondements de l’apartheid sont déjà profonds et il n’y a toujours pas eu d’enquête sur les crimes de guerre. Depuis son bureau au cœur de Jérusalem occupée, Livni n’a pas rendu Israël plus juste, sur ce plan. C’est vrai, les idées de Shaked sont plus nationalistes et sa compréhension de l’essence de la démocratie est nulle. C’est vrai, bien des gens dans le monde ont été choqués de ce qu’une personne s’identifiant à l’un des articles les plus virulents jamais écrits chez nous contre le peuple palestinien (de la plume d’Uri Elitzur) ait été nommée ministre de la Justice d’Israël. Mais il n’y a nullement lieu ici de jouer aux moralisateurs : Elitzur exprimait en fait ce que bien des gens pensent.

La désignation d’un autre raciste, Eli Ben-Dahan, au poste de vice-ministre de la Défense responsable de l’Administration civile, ne devrait pas provoquer de tremblement de terre non plus. C’est vrai, Ben-Dahana dit que « les Palestiniens sont des bêtes, ils ne sont pas des êtres humains, ils ne méritent pas de vivre » – mais ces propos ne reflètent-ils pas l’attitude réelle de nombreux Israéliens ? Ben-Dahan parlera en leur nom. Voilà comment Israël traite les Palestiniens depuis près de 50 ans ; Ben-Dahan ne fait que dire les choses ouvertement. Désormais, il sera responsable de l’Administration civile et tout le système des « démarches humanitaires » sera mis en pièces. Ben-Dahan est l’homme idéal, au moment le plus opportun, pour cette tâche. Une excellente désignation.

Un individu qui affirme avec fierté avoir « tué des masses d’Arabes » et qui traite ces derniers d’« éclats d’obus dans les fesses » sera ministre de l’Éducation – et qui en Israël ne pense pas pareil ? Le général de l’opération Plomb durci avec tous ses crimes, l’homme qui a enfreint les restrictions dans la construction, Yoav Galant, sera le ministre de la Construction. N’est-ce pas une belle nomination ? Le député Uri Maklev, du parti du Judaïsme unifié de la Torah, va devoir diriger la Commission scientifique de la Knesset ? Mais cela ne reflète-t-il pas fidèlement l’attitude de certains Israéliens à l’égard de la science ?

Cessez de vous plaindre. Peut-être le gouvernement fantôme d’Israël devrait-il être plus éclairé, mais ce ne sera pas le cas de son gouvernement réel. C’est ce que les Israéliens ont choisi, cela reflète leurs véritables points de vue. Et, ainsi donc, longue vie au nouveau gouvernement !

Un coup de dé jamais n’abolira etc.

24 March 2015

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J’aime le hasard.  Sans doute parce que je vis avec une discipline quasi monastique qui trouve son apogée en vacances – où l’heure de réveil, le temps passé à écrire, l’apéro du midi, le moment et le rythme de la promenade, jusqu’à l’apéro du soir, scandent une vie digne d’une novice.  Vous remplacer apéro par angelus et on y est. Et le soir, quartier libre.  Dans la vie de tous les jours, je ne réussis évidemment pas ce cycle parfait.  Il y a mille interférences, mille interruptions qui gâchent mes automatismes et m’obligent à  travailler à un rythme qui ne m’est pas naturel : trop vite, ou de manière hachée.  Mon GPS personnel se plante.

Mais quand pour une raison ou l’autre, le hasard- je dis bien le hasard, pas une interférence maligne – fait une entrée fracassante dans ma vie, je lui en suis reconnaissante. Le fil  que j’avais tendu à l’extrême se casse, mais c’est aussi un soulagement.  Ce fut le cas samedi matin. Je devais donner une conférence à Paris au Droit humain et je souhaitais le faire correctement.  Cela veut dire pour moi, l’écrire de bout en bout- écrire tout, voire trop, références comprises.  C’est un peu ridicule, car je parle facilement et que n’ayant à tenir qu’une demi-heure à Paris, quelques notes griffonnées m’auraient suffi.  En règle générale, j’écris une page par jour (je vous avais dit que j’étais lente !). Je travaille cette fois durant quinze jours, à raison d’au moins cinq heures d’écriture quotidienne, pour produire dix huit pages.  Mais ce vendredi 20 en fin d’après-midi, le résultat ne me satisfait pas.  Or j’avais prévu depuis longtemps d’assister ce soir-là  à une rencontre littéraire au Musée Curtius de Liège avec In Koli Jean Bofane, l’auteur des fabuleuses Mathématiques congolaises et de Congo Inc. Le testament de Bismarck.  Vous n’avez pas encore lu ? Ce n’est pas vrai ! Vite, c’est chez Actes Sud : au moins ce blog aura servi à quelque chose.  Mais quand je relis mes notes, mon sur-moi tyrannique m’empêche de les laisser en l’état.  Sortir quand il me reste tant à faire, c’est irresponsable (tout aussi irresponsable que prévoir 18 pages en Cambria 11, simple interligne, pour une intervention  d’une demi heure).  Donc, la mort dans l’âme, je renonce au débat littéraire.  Et je passe toute ma soirée à corriger les références et à tenter de synthétiser le texte dans ma tête.

 

Je prends le train pour Paris à la première heure le samedi matin.  Le wagon est à moitié vide, car de nombreux voyageurs ne monteront qu’à Bruxelles.  Je commence à étaler mon ordinateur, mes livres, quand un grand Noir dégingandé vient s’asseoir à mes côtés.  Lui aussi a des papiers, un ordinateur.  Lui aussi va avoir besoin d’espace.  Je saisis mes affaires, m’excuse pour éviter tout malentendu, et lui annonce que s’il y a du monde je reprendrai ma place à Bruxelles.  Une heure de travail tranquille chacun dans son coin.  A la gare du midi à Bruxelles, c’est la cohue.  Vite, je rejoins ma place initiale.  Et côte à côte, nous reprenons chacun nos travaux.  Mon voisin finit par me dire- Vous écrivez de la fiction ?-  Non, de la réalité.  C’est de la fiction, chez vous ?-  Oui.  Je vais à la foire du livre. J’ai écrit Congo Inc. Le testament de Bismarck.

–     J’ai lu. Et Mathématiques congolaises aussi.

Je dis ça de mon ton le plus neutre, comme si je précisais que je prends du café le matin et pas du thé.  En fait j’ai horreur d’apparaître comme une groupie, et si je tombe régulièrement amoureuse d’un livre et donc d’un auteur, c’est son œuvre qui m’attire.  Ca peut prêter à confusion.

J’ajoute pourtant

–       mais vous étiez à un débat hier soir à Liège ?  J’avais décidé d’y aller mais j’ai eu trop de travail : je n’avais pas fini mon texte.

Et puis, la glace étant rompue et on s’est mis à parler de Tram 83, de Fiston Mawanza Mujila, de son style – et puis aussi de l’Afrique puisque j’étais il y a quelques semaines à Panzi auprès du Docteur Mukwege.  Avec l’équipe du Professeur Cadière, qui opère là depuis des années.  C’est alors  que Bofane sursaute

–       Mais Cadière est un ami d’enfance. Un inséparable de mon frère.  On a été à la même école ensemble. Nous ne nous sommes jamais quittés depuis !

 

Et du coup, la discussion est repartie sur un plan amical.  Finalement, nous découvrons que lors de l’avant première du film de Thierry Michel sur le Docteur Mukwege le 25 mars à Flagey, nous serons tous les quatre présents : Bonfane, Cadière, Mukwege et moi. Les fils de la vie se croisent.  En gare du Nord à Paris, Bonfane a foncé vers la Foire du livre et moi vers le siège du DH dans le XIIIème, mais pendant une petite heure, j’ai revécu la RDC, l’atmosphère étonnante de Mathématiques  congolaises, l’amitié, je dirais presque la fraternité avec Cadière – bref, j’ai revécu la vie chaleureuse que je parviens à intercaler entre mes retraites monastiques.  Par hasard.  Mais un hasard aussi étonnant qu’un signe du destin.