Volgograd ne dit certainement pas grand’chose à la plupart des Européens d’aujourd’hui. Mais si on évoque cette ville sous son ancien nom de Stalingrad, c’est tout différent.
Stalingrad, la ville héroïque, la ville martyre, le tournant de la seconde guerre mondiale.
Stalingrad était en effet la porte du Caucase et un enjeu pour les troupes d’Hitler. C’est aussi l’accès à la Volga, voie stratégique vers l’Asie centrale et le pétrole de Bakou mais aussi voie d’approvisionnement pour les troupes soviétiques et la population de la région. Zone également importante de par ses industries de fabrication des chars T 34 de l’armée rouge et des industries métallurgiques «Octobre rouge »
Cette bataille de Stalingrad, une des plus meurtrières de la seconde guerre mondiale, est un véritable tournant stratégique de cette guerre et une des plus grandes défaites des armées allemandes nazies et de ses alliés.
La bataille de Stalingrad débute le 17 juillet 1942 et se termine par la victoire soviétique le 2 février.
70 ans après cette victoire décisive, les commémorations sont nombreuses à Stalingrad qui porte aujourd’hui le nom de Volgograd. Des commémorations qui sont annuelles mais qui revêtent cette année un caractère exceptionnel.
Ces 21-24 avril 2013, les autorités de la ville de Volgograd (ville avec laquelle la ville de Liège est jumelée) organisaient une rencontre internationale, le « 2nd International Women’s Forum », Dialogue sans frontières autour du thème « Femmes du Monde pour un monde sans violence ». Véronique De Keyser y était invitée en tant que, bien sûr, Députée européenne et Vice-Présidente du groupe Socialistes et Démocrates mais Conseillère communale de Liège et représentante de la Ville de Liège.

Véronique De Keyser est intervenu dans la conférence et a prononcé ce discours :
Alors qu’on célèbre le soixantième anniversaire de la bataille de Stalingrad, une bataille historique par le courage de ses combattants et en particulier de ses femmes, une simple question me traverse l’esprit : la paix est-elle bonne pour les femmes ? Pour la sécurité retrouvée dans leur famille, oui. Pour leur propre statut, pas sûr. Que je regarde en Europe, en Afrique, en Amérique latine, ou ici à Stalingrad, les femmes ont toutes été des héroïnes de guerre, capable de se battre comme les hommes, aussi bien qu’eux, mais dès la fin des hostilités, elles ont été renvoyées dans leurs foyers. La question de l’égalité reste toujours posée. Ce qui ne veut pas dire que depuis la seconde guerre mondiale, d’immenses progrès n’ont pas été faits dans la condition féminine, mais ils l’ont été , en Europe en tout cas, après de difficiles combats des femmes. Elles ont dû regagner, pied à pied, les libertés qu’elles avaient acquises de plein droit au moment où on avait besoin d’elles pour se battre contre l’ennemi. Nul n’ignore plus, en Europe et à Liège, ma ville, jumelée avec Volgograd, les milliers de femmes russes envoyées au front pour combattre l’ennemi. Nul n’ignore plus les aviatrices russes qui ont partagé le quotidien de leurs camarades pilotes de chasse, des femmes brillantes et libres, oubliées dès que la guerre fut finie. Elles sortent heureusement aujourd’hui de l’ombre, grâce à des livres courageux qui font revivre leur épopée. En Europe, les femmes n’étaient pas admises au combat, mais elles ont fait la guerre comme infirmières, ambulancières et surtout comme résistantes. Prises par les Nazis, elles ont été, comme les hommes, torturées, décapitées, envoyées dans les camps de concentration, mais elles sont mortes le plus souvent en anonymes.
A la fin de la seconde guerre mondiale, quand les combats avaient pris fin, elles ont dû mener bataille, à nouveau, mais cette fois, pour leurs propres droits. Des droits civils et politiques ou tout simplement, le droit à la maîtrise de leur corps. Il faudra des années pour qu’elles obtiennent le droit de vote. Puis sont venus les droits d’accéder aux mêmes études que les hommes, à participer aux responsabilités politiques, à avoir accès au divorce, au planning familial, à partager les postes à responsabilité politique, à devenir chefs d’entreprises, professeurs d’université. A bénéficier, à travail égal, d’un salaire égal.
Encore aujourd’hui, malgré l’action remarquable des Nations Unies, et la création en 2010 de ONU Femmes, l’égalité reste à conquérir. La directive européenne sur l’égalité de salaire et l’égalité de chances entre hommes et femmes, ( 2006/54/CE) n’empêche pas qu’en Europe les femmes gagnent toujours, en moyenne 30%, de moins que les hommes. Peu d’entre elles réussissent à devenir chefs d’entreprise. Rares sont celles qui occupent un poste de Premier ministre. En Belgique la dépénalisation de l’avortement n’a eu lieu qu’en 1989. Dans certains pays européens, l’avortement et le divorce ne sont toujours pas légalisés. Dans d’autres, la violence à l’égard des femmes est à peine réprimée et le viol puni seulement d’une peine légère. La disparité européenne est grande, car l’égalité hommes/femmes est d’abord vue comme une compétence directe des Etats, lesquels ont des gouvernements et des régimes politiques différents.
Les héroïnes de guerre sont devenues des héroïnes de paix et là encore, leur combat est un combat de l’ombre. Je reviens, ces dernières semaines, d’Egypte, de Tunisie, d’Algérie et je suis de très près les pays dits du printemps arabe, même ceux qui n’ont toujours pas vu aboutir leur révolution- Syrie, Yémen, Bahreïn. Même s’il ne faut pas juger trop vite des changements survenus, un constat s’impose : là encore, les femmes risquent de perdre les libertés qu’elles avaient acquises pendant la révolution ou avant. L’introduction de la charia dans la constitution de certains états jusqu’ici laïques et l’émergence inattendue de partis salafistes radicaux, menacent ces transitions démocratiques. En Afrique, où certaines femmes remarquables, comme Ellen Johnson Sirleaf, Présidente du Liberia, ont réussi une percée sur la scène politique, le viol des femmes reste un instrument de guerre. C’est le cas aujourd’hui dans l’Est du Congo.
Angela Davies disait qu’une révolution qui n’a pas réussi à améliorer le statut des femmes, est une révolution qui n’amène pas de progrès démocratique. Il appartient aux politiques à tout niveau-international, national et local- de relayer le combat quotidien des héroïnes de la paix. Et aux hommes de le soutenir. C’est le meilleur moyen de rendre hommage aujourd’hui à leurs mères et grand-mères qui se sont battues pour qu’ils soient libres.
Des rencontres et des visites étaient également organisées tout au long de ces deux journées.
La plus symbolique, la plus émouvante fut incontestablement celle du monument commémorant la bataille. Un monument et un mémorial érigés sur la colline qui domine la ville et qui fut un des enjeux de la bataille au vu de sa position stratégique.

Une visite chargée d’émotion. Nous sommes à l’endroit où des dizaines de milliers d’hommes et de femmes sont morts en héros face aux troupes allemandes.
Un monument hautement symbolique qui surmonte le mémorial.

Un monument érigé sur ce que les habitants de Stalingrad ont appelé, au lendemain de la guerre, la «Colline sans cheveux». Un immense territoire vide de toute végétation tant les obus, les bombardements, les batailles et le sang des femmes et des hommes ont chargé le sol. Un peu comme à Verdun. Un territoire sur lequel quelques années après la guerre et surtout son déminage, les habitants décidèrent symboliquement de ramener la vie en replantant des arbres.
Cette année, la tradition se devait d’être respectée puisque 70 lilas devaient être replantés.
70 lilas pour le septantième anniversaire.
Véronique De Keyser, à cette occasion, a reçu des autorités de la Ville le titre de «Femme d’honneur et au parcours professionnel exceptionnel».
