Véronique De Keyser

Conseillère communale à Liège

Prix international de la Laïcité du Grand Orient de France

11 December 2014

Diplome prix laicitePrix Laicité

Ce 9 décembre j’ai reçu à Paris le Prix international de la Laïcité du Grand Orient de France. C’était pour moi un moment d’émotion comme un encouragement pour le futur. Car il y a beaucoup à faire pour arriver à une laïcité européenne, garante des droits de toutes et de tous. Voici ce que fut ma réponse, lors de la remise du prix:

“C’est avec émotion que je reçois aujourd’hui ce prix international de la laïcité que j’adresse à ceux qui me suivent, car le combat pour la laïcité –pour la liberté, l’égalité, la fraternité- n’est qu’un relais dont nous nous confions tour à tour la flamme. Nous avons aujourd’hui à la fois toute raison d’être inquiets pour la laïcité européenne. Et quelques raisons d’espérer. C’est sur ces dernières qu’il nous faudra bâtir l’Europe de demain.

Toute raison d’être inquiets car nous sommes dans un monde où la violence, l’intolérance, la corruption et les inégalités sociales éclatent- et tuent. Foulent au pied la dignité de l’homme et de la femme. Le prix Sakharov accordé récemment à Denis Mukwege au Parlement européen en témoigne. Quand ce gynécologue congolais, qui a voué sa vie à reconstruire des milliers de femmes violées- car ce crime est une arme de guerre dans l’est de la République Démocratique du Congo- nous parle de femmes pénétrées avec des couteaux, avec des baïonnettes, des tessons de bouteille, il admet aussi le découragement de son équipe médicale. Car plus tard, ces mêmes femmes reviennent le trouver avec leur propre fille, violée elle aussi, puis ensuite, avec le bébé de cette dernière, violé comme elles, et laissé pour mort en pleine forêt. Alors, c’est le découragement mêlé à l’horreur. Jusqu’où peut aller la barbarie des hommes ? Jusqu’à l’indicible. Mais parce que l’Afrique est loin, parce que le Pakistan de Malala l’est encore davantage, parce que la Syrie est presque tombée dans l’oubli, on se fie à l’Europe pour contenir cette folie, l’éloigner de nous. Nous avons, ce faisant, érigé un mur de l’indifférence. Tout en critiquant l’Europe, nous nous confortons de son poids
– Ici, cela ne peut pas arriver !
Jusqu’à ce qu’ un regain d’antisémitisme, une vague d’islamophobie, un acte terroriste ou des relents nationalistes nauséabonds nous amènent à réfléchir : l’Europe est certes un garde-fou mais jusques à quand ? Avons-nous été suffisamment vigilants pour que le bouclier européen résiste? Alors qu’on assiste à la confiscation de la laïcité par l’extrême-droite, que fait la franc-maçonnerie pour l’Europe aujourd’hui ?

Et surtout, a-t-on besoin des maçons européens, les fils et les filles de ceux qui avaient édifié la Société des Nations après la grande guerre, pour chasser les démons ? A-t-on besoin d’eux aujourd’hui pour consolider les droits des citoyens européens?

Ma réponse est oui. Et je n’ai cessé de le faire savoir durant les 13 ans que j’ai passés au Parlement européen. Nous avons besoin de laïcité européenne, car elle seule a le pouvoir d’intégrer la diversité des nationalités, des courants de pensées, et des formes que prennent, dans des contextes socio-économiques et historiques différents, les valeurs démocratiques dont se prévaut l’Europe. Tous ne sont pas d’accord avec ce propos.

L’homélie que le pape François a adressée au Parlement européen lors de sa visite en novembre dernier est édifiante sur ce point. Invité en tant que chef d’état, mais se présentant comme pasteur, il a voulu s’adresser à tous les Européens. Et s’il a rappelé la doctrine sociale de l’église catholique en suscitant de nombreux applaudissements, il a précisé une fois de plus, sa vision étroite sur le plan de l’avortement et de l’euthanasie, une vision qu’il entend imposer à tous, croyants comme non croyants, au nom d’une doctrine transcendante de la vie :
« Une Europe qui n’a plus la capacité de s’ouvrir à la dimension transcendante de la vie est une Europe qui lentement risque de perdre son âme (…).
Lorsque la vie n’est pas utile au fonctionnement de ce mécanisme, elle est éliminée sans trop de scrupule, comme dans le cas des malades, des malades en phase terminale, des personnes âgées abandonnées et sans soin, ou des enfants tués avant de naître »

C’est sur le terrain éthique et sociétal que les églises et en particulier l’église catholique, ont mené campagne en Europe. Avec des moyens considérables, des pressions, des lobbies, une stratégie et quelques succès. C’est sur ce terrain là que l’interpénétration entre le politique et le religieux ne cesse de s’affirmer jusqu’à l’insupportable. C’est ce qui permet à des prêtres en soutane, à des popes richement ornés de croix, de parcourir les couloirs du Parlement européen, de dire des messes dans l’enceinte parlementaire, et même lorsqu’il s’agit d’un Vice-Président du Parlement, évêque dans son pays, de bénir les laïques abasourdis venus participer au dialogue institué par l’article 17 du traité de Lisbonne, sur lequel je reviendrai. Cette Europe chrétienne qui se dessine, c’est la concrétisation, législature après législature, du rêve de certains pères fondateurs, dont Robert Schumann. Robert Schumann avait imaginé une grande Europe, chrétienne de par ses racines. Mais chrétienne aussi dans son devenir, comme l’ont rappelé successivement les deux papes, Jean-Paul II et François, qui ont défilé au Parlement européen. L’église catholique romaine a tout fait pour que des thèmes comme ceux de l’homosexualité, de l’avortement, du divorce, de la contraception, de la recherche sur les cellules souches, de l’euthanasie, soient maintenus hors du champ européen. Et tout fait pour que ces thèmes sensibles restent de la compétence des nations au nom de la subsidiarité. Cela permet aujourd’hui à des pays très chrétiens (dont les plus radicaux sont Chypre, Malte, Irlande, Pologne) d’interdire, au nom de la subsidiarité, une série de droits reconnus dans la majorité des autres pays. Liberté, égalité, fraternité ? Non, pas en Europe. Pas d’égalité en tout cas. Pas devant des choix fondamentaux qui relèvent de la vie et de la mort. Toutes les Européennes ne peuvent pas choisir d’avoir une grossesse désirée. Le divorce n’est pas admis partout. Partir à son gré et sans souffrance face à une maladie incurable n’est pas donné à tous. Et même la science subit l’influence religieuse : la recherche sur les cellules souches, si importante pour traiter les maladies d’origine génétique, n’est pas autorisée partout alors que le créationnisme a été enseigné dans l’enceinte du Parlement.

Quelques raisons d’espérer ? La laïcité ne veut pas imposer mais permettre. Ne veut pas fermer mais ouvrir. A de nouveaux droits. Dégagés de toute empreinte religieuse. Et surtout, elle tient, au nom d’une démocratie réelle et non faussée, à ce que les lois reflètent la volonté des peuples et non celle de quelques lobbies religieux. Et nous pouvons y arriver en Europe. Mais pas avec un espoir béat : avec un engagement de la laïcité et de la maçonnerie en particulier. Avec une construction de la laïcité européenne quasi inexistante à ce jour.

Laissez-moi vous décrire un cas d’école récent- celui de l’initiative citoyenne One of us ( Un de nous) Elle a défrayé les médias lorsqu’elle a été lancée il y a deux ans, mais son épilogue est passé presque inaperçu. Qu’est-ce qu’une initiative citoyenne ? Une pétition lancée en Europe, par des citoyens. Lorsqu’elle atteint un million de signatures et qu’elle provient d’au moins sept états membres, elle a le droit d’inviter la Commission européenne à présenter une proposition législative. Auquel cas, les auteurs de l’initiative sont auditionnés par le Parlement européen, et la Commission a un délai de trois mois pour se positionner : oui ou non va-t-elle accepter de légiférer sur le sujet. Le mécanisme étant récent, puisqu’il date du Traité de Lisbonne et l’initiative étant techniquement délicate à mettre en place, à ce jour, seules deux initiatives ont franchi le cap d’un million de signatures : l’une sur le droit à l’eau comme bien public, l’autre, la seconde , One of us, sur :
La protection juridique de la dignité, du droit à la vie et à l’intégrité de tout être humain depuis la conception dans les domaines de compétence de l’UE où cette protection s’avère d’une importance particulière. La pétition vise à interdire en Europe la recherche sur les cellules souches et les programmes de santé reproductive dans la coopération de l’ UE. Les protagonistes de l’initiative sont disséminés dans différents états membres, ils sont soutenus par de nombreuses associations soeurs, toutes appartenant au courant pro-vie. En France, ce sont souvent les mêmes qui appelaient à la Manif pour tous. On y trouve : Alliance Vita et la Fondation Jérome Lejeune, qui pilotent toutes deux la levée des signatures, avec en soutien l’Association Familiale Catholique et le CPDH (protestant). Il est intéressant de voir par exemple que Jean-Marie Le Mené, à la tête de la Fondation Jérôme Lejeune , est un membre influent de l’Académie pontificale Pro Vie, créée dans la mouvance de Vitae Mysterium par Jean-Paul II. S’appuyant partout sur les paroisses, jouant souvent sur un amalgame anti-avortement, anti-homosexualité, anti-mariage pour tous, anti-euthanasie, One of us a réussi à quasi doubler le nombre de signatures requises pour provoquer une initiative législative européenne. L’initiative a presqu’atteint les deux millions, ce qui l’a rendue incontournable.

Son audition au Parlement européen, prévue par la procédure, a été contrastée. Du pour et du contre. Et la réponse de la Commission européenne est arrivée le 28 mai 2014 : ce fut le dernier acte public de la Commission Barroso. C’était une fin de non recevoir : la Commission n’estimait pas utile de légiférer sur le sujet. Mais le véto n’était pas politique : il reposait sur des bases juridiques circonstanciées, et il a pris la forme d’une Communication de la Commission qui fera sans doute jurisprudence . Ce n’est, ni le lieu, ni le moment d’étudier ce long texte de trente pages qui ne manque ni de courage ni de tenue morale. Quelle que soient les pressions populistes et religieuses autour de cette initiative, l’Europe, dans sa réponse, a campé sur ses valeurs, et sur les traités en vigueur. J’ai souvent été émerveillée, dans les institutions européennes, par des fonctionnaires de l’ombre, capables, dans la plus grande tradition de la chose publique, de faire avancer la démocratie européenne. Ils n’ont pas besoin de lumière mais de soutien. Car le socle juridique sur lequel nous nous reposons peut-être interprété diversement. L’Europe est fragile, traversée de tensions, engluée dans une crise économique dont elle peine à sortir. Mais elle est sans doute, la construction la plus ambitieuse que nous ayons imaginée, pour préserver la paix, la liberté et la démocratie dans cette région du monde.

Contrairement à l’idée d’une grande Europe chrétienne, la laïcité européenne n’a jamais existé en tant que projet. Osons ce projet, dès aujourd’hui. Construisons-le. Car la politique de la chaise vide est dangereuse pour nos libertés. Faisons porter l’article 17 du traité de Lisbonne qui prévoit un dialogue contraignant entre l’Union, les églises et les associations philosophiques, sur des questions essentielles : quels droits, quelles libertés voulons nous pour les citoyens européens ? Quel chemin sommes-nous prêts à faire avec les églises, dont nous partageons souvent la doctrine sociale ? Mais quels dogmes refusons –nous radicalement ? Le pape François, lui, a été clair à Strasbourg sur sa volonté de se servir de l’article 17:
Je désire renouveler la disponibilité du Saint Siège et de son église catholique – à travers la Commission des Conférences Episcopales Européennes (COMECE) – pour entretenir un dialogue profitable, ouvert et transparent avec les institutions de l’Union européenne. De même, je suis convaincu qu’une Europe capable de mettre à profit ses propres racines religieuses, sachant en recueillir la richesse et les potentialités, peut-être plus facilement immunisée contre les nombreux extrémismes qui déferlent dans le monde d’aujourd’hui, et aussi contre le grand vide d’idées auquel nous assistons en occident, parce que « c ‘est l’oubli de Dieu et non pas sa glorification qui engendre la violence. » Le pape le déclare : cette contribution n’est pas un danger pour la laïcité des Etats et l’indépendance des Institutions de l’Union. Quand je relis l’initiative One of us, et certaines diatribes de ses auteurs contre le mariage pour tous, je n’en suis pas si sûre.

Le fait religieux embrase le monde. Voulons nous, dans un avenir proche, embraser l’Europe ? Faire de l’Europe chrétienne le contrepoids a un Islam politique qui n’a de l’Islam que le nom, comme n’ont de chrétiens que le nom certains des lobbyistes que j’ai croisés dans les couloirs du Parlement européen ? Nous avons tous intérêt à refuser de nous fourvoyer dans cette impasse. C’est à une vraie indépendance du politique et du religieux que doit nous mener le dialogue structuré avec les institutions européennes. Rien n’est perdu, mais il y a urgence à l’entamer.
Voilà qui nous écarte de la maçonnerie, direz-vous mes sœurs et mes frères ? Pas si l’on s’en tient à la vision de Borgès, que j’ai fait mienne

Les actes sont notre symbole.

Les actes sans lesquels le sens s’épuise. J’ai dit .

“Initiative citoyenne ONE of US”

20 May 2014

Une toute dernière question de Véronique De Keyser à la Commission au sujet de «Initiative citoyenne  ONE of US »:

Cette initiative, rendue possible par le Traité de Lisbonne, est la seconde initiative citoyenne  européenne à atteindre le million de signatures. Les promoteurs de l’initiative « One of us »  ont été auditionnés au Parlement européen le 10 avril dernier.

Suite au succès de cette initiative citoyenne et à ce que j’ai entendu lors de cette audition au Parlement, des propos nous ramenant à l’obscurantisme, je suis très inquiète pour les droits des femmes. 

Inquiète d’abord par son thème – la défense de l’embryon humain-, ensuite par ses initiateurs – des associations pro-vie très décomplexées-, enfin par son succès – près de 1.900.000 signatures, soit près du double du nombre requis pour être valide.

Car, sous couvert de la défense de l’embryon, c’est la recherche, la santé reproductive et  le droit à l’avortement qui sont ouvertement visés.

L’initiative « One of us » entend faire revoir la politique européenne en matière de développement et de programmes vis-à-vis de la santé des femmes, ainsi que le programme de recherche 2020, et un certain nombre d’actes législatifs sur des sujets sensibles.

Les initiateurs de cette initiative «  One of us » sont des associations catholiques et évangélistes, dont certaines sont le fer de lance des mouvements anti-avortements locaux très actifs. Leurs propos témoignent du pire retour en arrière que nous ayons connu en Europe depuis sa création.  L’Europe avait certes connu, après l’élargissement de 2004, une poussée de fièvre contre les droits des femmes, vu l’apparition de partis religieux extrémistes soutenus par des lobbies bien financés.

Ayant consulté de nombreuses pages tirées des sites des promoteurs de «  One of us », j’ai été effarée des écrits dignes d’un retour aux pires moments de l’obscurantisme.

Des propos tellement rétrogrades, d’un ultra-conservatisme stupéfiant et en contradiction totale avec la Charte des Droits fondamentaux que j’ai décidé de poser une dernière question à la Commission avant de terminer mon mandat de Députée européenne et de Vice-Présidente du groupe socialistes et démocrates.

« Des organisations dont les propos et messages médiatiques sont en violation de la Charte des droits fondamentaux sont-elles éligibles comme organisatrices et sponsors d’une initiative citoyenne ? Les propos homophobes et/ou résolument hostiles aux droits de la femme que l’on trouve sur le site des associations qui ont soutenu l’initiative «  One of us » ne posent-ils pas, à cet égard, une vraie question ? Qu’en pense très précisément la Commission ? 

Je ne manquerai pas de vous tenir informés de la réponse de la Commission.

 

Madame Lulling, un personnage !

24 April 2014

Alors que la dernière session de Strasbourg prenait fin, Madame Lulling demande la parole au Président de séance.  Vêtue de manière étincelante et couverte de bijoux, la Luxembourgeoise fait ses adieux avec panache.  Je suis dans ce Parlement depuis 1979 a-t-elle dit d’une voix vibrante et je ne serai pas sur la liste cette fois-ci.  Mais vous me reverrez peut-être en 2019 ! .  La trentaine de députés qui sont encore dans l’hémicycle se lèvent  pour une standing ovation.  Car Madame Lulling aura 85 ans en juin ! 

Cette femme au caractère trempé, véritable phénomène du Parlement européen, est un mélange d’acier luxembourgeois et de vin de Moselle. Toujours célibataire et toujours amoureuse, Madame Lulling, qui appartient à la droite parlementaire, fut pour tous les socialistes une adversaire coriace, qui se battait jusqu’au dernier carré.  Mais je lui tire mon chapeau, car, en politique, comme à Hollywood,  y a un sexisme de l’âge.  On porte aux nues la longévité politique d’un Chabert ou d’un de Croo, on ignore l’âge d’un Delpérée, mais pour une femme, on le souligne lourdement.  Madame Lulling s’en moque, elle en rit, elle tire sa révérence avec un pied de nez – belle leçon de politique.

Véronique De Keyser 

Cent ans après la première guerre mondiale: leçons à tirer et avenir de l’Europe!

17 April 2014

Flag of european union

Le 16 avril dernier, un débat important était programmé en session plénière de Strasbourg.

Il portait sur le thème “Cent ans après la première guerre mondiale: leçons à tirer et avenir de l’Europe!”.

 

 

 

Je vous invite à visionner les interventions (en cliquant ici)  de : 

  • Martin Schulz, Président du Parlement européen
  • Joseph Daul, au nom du groupe PPE
  • Hannes Swoboda, au nom du groupe S&D
  • Guy Verhofstadt, au nom du groupe ALDE
  • Daniel Cohn-Bendit, au nom du groupe Verts/ALE
  • Martin Callanan, au nom du groupe ECR

 

 

“Pourquoi l’Europe a rejeté ce texte de “bonnes femmes”? Cliquez sur l’image pour lire l’article de TerraFemina

21 March 2014

zuber

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Communication électorale européenne – Débat 29-03 avec le PAC Grâce-Hollogne

19 March 2014

Affiche Expo affiches électorales Grâce-Hollogne Internet

2014, l’année de l’Europe! Blog 3

18 March 2014

Blog 3

J’écrivais, juste avant la crise en 2008 : Petits Crimes Sans Importance, la flexibilité au travail en Europe, Editions Luc Pire – A mon avis, je pourrais répéter le tout mot pour mot.  Comme quoi, la dérive ultralibérale de l’Europe n’a pas été une surprise !

C’est bien sur la relance de l’emploi au niveau européen que les divergences de vision politique éclatent au grand jour dans l’Europe élargie.  C’est à l’aune de la stratégie de Lisbonne qu’on peut évaluer la progression des idées ultra libérales qui font le lit du darwinisme social.  Les pays qui, comme la Belgique ou la France, ont développé une protection sociale puissante sans pour autant réussir le pari de la relance de l’emploi, sont aujourd’hui montrés du doigt par ceux qui voudraient une dérégulation plus grande du marché du travail.  Des patrons français travaillant en Grande-Bretagne ont stigmatisé dans un rapport, la rigidité du système français avec un objectif clair : de la souplesse, plus de souplesse encore. Ils n’hésitent pas à marteler qu’ « il faut dédramatiser le licenciement et faciliter ses procédures ».  Sur base du constat qu’à population équivalente le chômage resterait deux fois plus élevé en France (9,8%) qu’en Grande-Bretagne (4,7%), ils tirent bien hâtivement des conclusions.  Selon eux, parmi les nombreux facteurs qui devraient permettre à la France de « s’inspirer des bonnes pratiques du Royaume-Uni pour gagner la bataille de l’emploi et l’attractivité », il y aurait le fait qu’au Royaume-Uni, on cherche avant tout à améliorer l’offre de travail alors qu’en France, on chercherait à rendre le chômage moins pénible !  Dès 2005, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso déclare vouloir revoir la stratégie de Lisbonne.  Pratiquement, il prône la libéralisation massive des services, y compris de certains services considérés comme publics par des Etats membres, comme voie de relance de l’emploi européen.  C’est une menace non voilée contre le secteur public !

Dans la même logique, la Commission tire pour les Etats membres une sonnette d’alarme persistante : tous les systèmes de sécurité sociale européens sont en péril car la population vieillit et les cotisations salariales des jeunes ne suffiront pas, à l’avenir, à financer les retraites.  Du coup, les allocations de chômage et les prépensions de certains pays comme la Belgique sont considérées par certains comme trop généreuses : elles n’inciteraient pas les travailleurs âgés à rester en activité.  Mais faut-il pour autant prendre des mesures coercitives, allonger sensiblement la vie de travail et privatiser en tout ou en partie le système des retraites ?  Alors que Kofi Annan, ex secrétaire général de l’ONU, incitait l’Europe à se montrer moins égoïste dans l’ouverture de ses frontières et à accueillir davantage de travailleurs étrangers, les pays frileux avancent des quotas migratoires, des portails de transit pour juguler les demandes d’asile.  La polémique aujourd’hui bat son plein.  On sent souffler sur l’Europe le vent de la dérégulation du marché du travail et le struggle for life de Spencer renaît de ses cendres.

Conclusion : et si la Commission avait tout faux ?

De voix cependant osent briser le discours dominant et tirent des constats différents de la morosité économique européenne.  Et si la Commission avait tout faux ?  Et s’il fallait au contraire approfondir un modèle social qui, jusqu’ici, n’a été qu’esquissé sans être encore réellement appliqué ?   L’échec partiel de la stratégie de Lisbonne n’est-elle pas due à des problèmes structurels du fonctionnement de l’Europe plutôt qu’à l’absence d’effort des Etats et à la mentalité d’assistés de leurs citoyens ?  A la rigidité du pacte de stabilité ?  A la totale indépendance de la Banque centrale européenne qui reste sourde à toute relance de l’emploi ?  A l’absence d’harmonisation discale qui favorise une compétition malsaine entre les Etats membres et un dumping social au sein même de l’Union ?  A l’absence d’un véritable droit du travail européen ?  Analysant les médiocres résultats de l’Union à 25, Jean-Paul Fitoussi et Jacques Le Cacheux, coordinateurs du cinquième rapport sur « L’état de l’Union européenne 2005 » le déclarent sans ambages : la zone euro perd pied, elle est la lanterne rouge de l’économie mondiale.  Et ce pour deux motifs : ses politiques d’inspiration doctrinale et son absence de démocratie.  Certes, l’environnement économique mondial appelle des ajustements mais « le remède tout désigné, la mise en œuvre de politiques structurelles profondes, notamment de la flexibilisation du marché du travail et d’amaigrissement de l’Etat providence » n’est pas opératoire selon ces auteurs.  Ils dénoncent la tolérance toujours plus grande de chacun aux inégalités sociales, comme si elles étaient le prix à payer pour maximiser l’efficience économique.  Ils distinguent aussi la concurrence positive, privée, qui oppose entre elles les entreprises, de la concurrence négative, publique, qui s’installe entre les Etats membres.  Cette dernière conduit à dégrader la qualité des biens offerts aux citoyens en s’appuyant sur un dumping social.  Ils critiquent la rigidité des institutions européennes, celle de la Commission et de la Banque centrale européenne qui se privent de tout moyen d’amortir des chocs externes du marché international et de relancer l’emploi.  Ils plaident pour une révision du pacte de stabilité, dont seraient ôtées du calcul du déficit budgétaire les dépenses d’investissement.  Et ce, afin que ces dernières ne soient pas perçues par les gouvernements comme un cout négatif.  Enfin ils en appellent à une véritable gouvernance économique de l’Europe et à davantage de souveraineté démocratique.  A relancer la stratégie de Lisbonne sur ses trois piliers : l’économique, le social et l’environnement, sans privilégier l’un au dépend des autres.  Moins d’effets d’annonce et plus de résultats. 

petits crimes

 

 

 

 

 

 

 

 

Bas les masques !

11 March 2014

COMMUNIQUE DE PRESSE

Les Verts européens font tomber le rapport Zuber sur l’égalité entre les hommes et les femmes au sein de l’Union européenne.

Une véritable honte, s’exclame Véronique De Keyser !

Au-delà  des belles paroles et des déclarations électorales, de par leurs votes négatifs, les Verts européens viennent de permettre le rejet du rapport prônant l’égalité homme/femme au sein de l’Union européenne.

Une marche arrière incroyable au lendemain de la Journée des Femmes. Les démocrates européens devront se souvenir de ce vote noir de la part de ceux qui se disent « progressistes ».

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Off with the masks! 

The European Greens have shot down the Zuber report on equality between women and men within the European Union.

A real shame!  Claims Véronique DE KEYSER Véronique

Beyond the pretty words and electoral declarations, the European Green have, through their negative vote, allowed for the rejection of this report which promoted equality between men and women within the European Union. An incredibly big step back in the aftermath of the International Day for Women!

The European democrats will remember this black vote on behalf of those who call themselves “progressive”.

 Véronique De Keyser 

Éradication de la torture dans le monde!

11 March 2014

stop torture

Ce jeudi 13 mars sera voté en session plénière à Strasbourg le rapport de Véronique De Keyser sur l’éradication de la torture, adopté à 55 voix contre 1 le 6 février 2014 en commission des affaires extérieures.

Ce rapport porte sur la problématique de la torture dans le monde, avec un accent particulier mis sur la torture à l’encontre des enfants ainsi que sur les mécanismes de prévention européens et leur amélioration ou développement.  Il a été écrit en concertation avec les principales organisations internationales qui luttent contre la torture; l’Association pour la Prévention de la Torture, l’Organisation Mondiale contre la Torture, le Conseil International pour la Réhabilitation des Victimes de Torture, et la Fédération Internationale d’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture, Amnesty International, Unicef Syrie etc.

Que ce soit dans les centres de détention, centres de réfugiés, dans les institutions étatiques ou non, en temps de conflit ou de paix, il est très important aujourd’hui de mettre un accent particulier sur la protection des enfants contre la torture et les traitements cruels, inhumains ou dégradants. Il n’existe aucun instrument européen spécifiquement alloué à ce groupe, ni de système judiciaire adapté aux besoins des enfants.  Les enfants sont victimes de torture physique et psychologique dans tous les cadres de vie aujourd’hui, mais une forme émergeante de torture d’enfants qui mène à un nombre croissant de suicides chaque année est l’abus des enfants sur Internet, notamment le harassement des mineurs et la pédopornographie.

Au travers de ce rapport, le Parlement européen demande une meilleure coordination, de la part du Service d’Action Extérieur Européen et des délégations et ambassades européennes dans les pays tiers, du travail contre la torture et des fonds octroyés pour lutter contre la torture, avec les organisations européennes spécialistes dans ce domaine et la société civile, notamment avec l’ONU et le rapporteur spécial onusien sur la torture.  Il demande aussi une meilleure mise en œuvre et un suivit des mécanismes disponibles dans l’Union Européenne, tels que le Plan d’Action européen sur les droits de l’homme et la démocratie (dont seulement trois maigres points portent sur la torture, qui n’impliquent pas tous les états membres), les orientations pour la politique de l’UE à l’égard des pays tiers en ce qui concerne la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants[1]  (mises à jour en 2012 mais manquant cruellement de mise en œuvre), l’Instrument Européen pour la Démocratie et Droits de l’Homme[2] (7% des fonds de cet instrument sont alloués à la lutte contre la torture), le COHOM[3] (groupe de travail du Conseil sur les droits de l’homme) et le Comité européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants[4].

Quelques autres points importants sont abordés dans le rapport.  Le premier porte sur la mise en pratique stricte du règlement (CE) n° 1236/2005 du Conseil[5] concernant le commerce de certains biens susceptibles d’être utilisés en vue d’infliger la peine capitale, la torture ou d’autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, ensuite sur l’élaboration de manuels de conseils de « bonne pratique » pour des visites parlementaires aux centres de détention suspectés de pratiquer de la torture.  Une attention particulière est portée dans le rapport De Keyser sur la peine de mort, considérée dans un rapport d’octobre 2012 du rapporteur spécial onusien sur la torture, Juan E. Méndez, comme une forme de torture et donc de violation des droits de l’homme.  Enfin, un accent particulier est aussi mis sur la lutte contre la torture des femmes et des filles.

Voici mon rapport complet http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?type=REPORT&reference=A7-2014-0100&language=FR



 

La Troïka est-elle légitime ? Non, dira le Parlement européen !

11 March 2014
 A travers deux rapports, ceux des députés Liem Hoang Ngoc  et  Alejandro Cercas, le Parlement questionne cette semaine la légitimité démocratique de la Troïka ( Banque centrale européenne, Fonds monétaire international et Commission européenne).

 Cette Troïka  a fait des ravages dans les pays où elle a sévi.

 Cette arme de destruction massive sociale a été mise en place en mars 2010 par les chefs d’Etats dans un contexte bien particulier de crise financière mondiale en vue d’accorder des prêts (et non des dons) à un pays étranglé : la Grèce.  Puis, comme une pieuvre, elle a étendu sa zone de contrôle sur trois autres pays de l’Union croulant sous la dette : le Portugal, l’Irlande et Chypre.

Des pays  mis au ban de la société par d’autres institutions tout aussi peu légitimes : les agences de notation.

Ces quatre pays ont vu leur situation sociale se détériorer. Des mesures drastiques d’austérité et de libéralisation forcée, des pans entiers de sécurité sociale vendus, soldés au privé, des  coupes aveugles dans les dépenses publiques, sans jamais résoudre aucun problème économique. Les solutions apportées sont uniformes et ne prennent pas en compte la spécificité de chacun de ces pays. Elles n’ont aucun but si ce n’est l’austérité aveugle et la marche arrière sociale.

 Les mesures imposées par la Troïka échappent à tout contrôle parlementaire et ne s’inscrivent dans aucun Traité. Une Troïka  qui ignore totalement l’article 151 du traité de Lisbonne  qui affirme que les mesures mises en œuvre par l’Union et les Etats membres doivent être conformes aux droits sociaux fondamentaux énoncés dans la charte sociale européenne de 1961, signée par les quatre pays concernés par des programmes d’ajustement économique, et dans la charte communautaire des droits sociaux fondamentaux des travailleurs de 1989, ainsi que dans certaines conventions fondamentales de l’OIT, signées par l’ensemble des Etats membres.

 Le Parlement européen doit reprendre la main et mettre fin aux dictats de la TroÏka et mettre en place un mécanisme qui sera sous son contrôle et  sous celui des élus.

 Le rapport Liem Hoang Ngoc, socialiste français, que Véronique De Keyser soutient fermement, dénonce l’échec de la Troïka et questionne ses méthodes jugées peu compatibles avec les standards démocratiques censés animer la gouvernance de l’Union européenne.

 Véronique de Keyser, tout comme le rapport Cercas, socialiste espagnol, dénonce le fait que les programmes d’ajustement économique aient été élaborés sans mesurer la nécessité d’une protection sociale adéquate et sans consulter les organes existant au sein de l’Union chargés des questions d’emploi et des questions sociales comme le Comité de l’emploi, le Comité de la protection sociale, le Conseil EPSCO et le Commissaire chargé de l’emploi et des affaires sociales.

 Par ailleurs, le rapport souligne que le Parlement a été tenu à l’écart de toutes les étapes de l’élaboration et de la mise en place des programmes, que la BCE a pris des décisions ne relevant pas de son mandat et que la commission  doit toujours, y compris dans les périodes de difficultés économiques, jouer le rôle de gardienne des traités, soit autant de points qui ont été ignorés et pour lesquels la facture à payer, sous la forme d’une crise sociale et d’une perte de confiance envers les institutions européennes, est lourde.

 La Troïka n’est ni légitime, ni efficace, déclare Véronique De Keyser, si on prend en compte le bain de sang social qu’elle a engendré dans les pays où elle a sévi. Elle est comme un médecin au temps de Molière, avec un seul remède : la saignée ! Et tant pis si le malade en meurt.