La semaine a été dense en émotions diverses. Certes, jeudi, il y avait la journée de la femme. J’étais à Paris, mais diverses célébrations avaient eu lieu au Parlement européen, mardi et mercredi. Pour moi, chaque célébration s’accompagne d’un peu d’amertume. Très peu, trop peu de changements concrets sur cette planète. Un des seuls objectifs du millénaire qui n’ait pas progressé, c’est la mortalité de la femme en couches, pendant et après sa grossesse. Soit parce qu’elle est trop peu importante pour qu’on lui sacrifie le coût de soins médicaux, soit parce que des influences politico- religieuses font obstacle à une vraie politique mondiale pour la santé reproductive. Faut-il rappeler que c’est dans le pays européen qui a la présidence aujourd’hui- l’Irlande- qu’une jeune femme d’origine indienne enceinte de cinq mois a agoni pendant trois jours en implorant, en vain , les médecins de la délivrer ? Lorsque le fœtus est mort, les médecins se sont décidés à intervenir mais il était trop tard : la mère a été emportée par une septicémie. Ce n’était pas au Moyen-Age, ce n’était pas en Afrique. C’était chez nous, hier. Et nous avons tous en mémoire, la jeune écolière pakistanaise, froidement abattue d’une balle dans la tête par des fanatiques pour avoir voulu s’exprimer sur internet et aller à l’école ? Nous avons tous en tête la jeune femme violée à mort dans un bus, en Inde. Et les familles entières , femmes et enfants compris, violés dans l’Est du Congo ? Que de travail encore à faire pour que la discrimination, les violences conjugales, le viol comme arme de guerre et comme distraction dominicale ne restent pas impunis et prennent fin !
Jeudi, funérailles de Stéphane Hessel à Paris. Je m’étais levée à 4 h du matin pour être à 9h30 aux Invalides avec Leila Chahid. Elio Di Rupo est venu lui aussi et c’était vraiment bien. Leila et moi sommes parties ensemble ensuite au cimetière Montparnasse. Là, c’est Michel Roccard, son vieil ami et mon ex-collègue au Parlement européen, qui a parlé le premier, étranglé par l’émotion. Edgard Morin, très fatigué, mais vaillant, l’a suivi. Lorsque la voix de Stéphane s’est élevée dans le cimetière, elle lui a redonné vie. Christiane, sa compagne n’a pas pris la parole mais elle a donné à cette cérémonie un air de fête de famille presque joyeux. Les enfants et les petits enfants de Stéphane ont récité une dernière fois les poèmes qu’il aimait. Un enterrement très simple qui contrastait avec la cérémonie des Invalides. Carole Bouquet, très émue et Guy Bedos ont voulu l’accompagner jusqu’au bout.
Samedi, après-midi à Bruxelles pour une journée consacrée à la laïcité. Là encore, comme pour la fête de la femme, on pourrait dire : une de plus ! Et pourtant, j’ai eu l’impression qu’on avançait. Ensemble. Dans un approfondissement des valeurs de la laïcité, dans un critique des dérives de l’Europe qui ne met plus au centre de ses politiques, la solidarité et la justice sociales. Hugo, Jaurès et bien d’autres ont été abondamment cités- Stéphane aurait été content ! Il y avait au Château du Karreveld comme une continuation des poèmes de Montparnasse, un parfum de politique et de poésie qui m’a donné l’impression de respirer mieux et d’aller où je veux aller. Il est bon, de temps en temps, de s’assurer qu’on est sur les bons rails.
Dimanche après-midi, un coup d’œil sur Facebook et nouveau départ pour Bruxelles : un diner avec les ministres des affaires étrangères européens socialistes. Retour dans la nuit. Demain matin, départ pour Strasbourg : une autre aventure. Espérons qu’il ne neige pas trop : trajet en voiture par l’Allemagne.

Leila Chahid et moi-même au cimetière

Elio Di Rupo

Edgar Morin et Alain Touraine

Leila Chahid et Guy Bedos