Intervention: Bangladesh
Quand on me dit- Germinal c’est fini. L’exploitation de l’homme par l’homme c’est dépassé- je réponds-Non, c’est ailleurs. Et ce qui vient de se passer au Bangladesh n’en est qu’un exemple. Nous sommes tous dans cette enceinte vêtus du prix du sang- comme on parle des diamants du sang. En effet, les prix cassés des grandes chaînes de vêtements comme H&M, Zara, Carrefour, Gap et tant d’autres, viennent de l’exploitation insupportable de travailleurs du Bangladesh, le 2ème exportateur de textile au monde après la Chine. Ce n’est pourtant pas une surprise. Le Parlement européen avait déjà voté deux résolutions à ce sujet, en janvier et en mars 2013. Mais cette fois, la tragédie à été d’une telle ampleur – plus de 1100 victimes- que la chaîne de responsabilités multiples a été dénoncée : négligence et corruption des autorités, cupidité des industriels locaux, recherche impitoyable du profit des grandes chaînes étrangères, cécité du consommateur, absence de suivi par l’Europe de l’implémentation des conditions de ses accords commerciaux (en effet le SPG impliquait la signature et la mise en œuvre de conventions de l’OIT) etc.
Mais les grandes catastrophes industrielles ont parfois des effets positifs. C’est la catastrophe de Marcinelle de 1956 en Belgique, qui dans les années soixante à lancé les grands programmes de recherche CECA sur la sécurité dans les mines et la sidérurgie. C’est la catastrophe de Sevezo en 1976 dans la chimie qui a donné naissance à la directive Sevezo. Espérons que le drame du Bangladesh aura le même impact. De nombreuses mesures de prévention, d’encadrement législatif et de sanctions possibles ont été prises. Les salaires des travailleurs devraient être relevés. Un plan d’Action a été décidé entre le gouvernement, les employeurs et les travailleurs et l’OIT le 4 mai 013 engagé les parties à réformer la législation du travail pour permettre aux travailleurs de former des syndicats sans la permission préalable des propriétaires de l’usine. Le dialogue social doit continuer à se renforcer : c’est la meilleure garantie en matière de sécurité en travail. Le 15 mai dernier un accord ambitieux sur les conditions de sécurité, impliquant la responsabilité sociale des entreprises a été adopté par de nombreuses chaînes, à commencer par H&M et Zara, rejointes par Helfinger et d’autres. Mais les multinationales basées aux États-Unis et certaines firmes européennes comme Metro et carrefour ont refusé cet accord : au consommateur à s’en souvenir et à l’Europe d’adopter des mesures contraignantes les forçant à endosser leurs responsabilités sociales!
Intervention: Accord UE/USA
Le mandat donné à la Commission pour négocier l’accord de libre échange UE/USA aurait gagné à être plus ferme. Nous voulons un juste échange régulé par des contraintes sociales et environnementales. C’est dit dans le paragraphe 16, mais avec des gants. Or il y a là un fossé entre les Américains et nous. Qu’on en juge : dans l’effondrement de l’immeuble abritant des travailleurs du textile au Bangladesh, les entreprises américaines ont scandaleusement refusé le 13 mai d’approuver un accord sur les conditions de sécurité dans les usines textiles du pays, alors que les enseignes européennes soutenaient cet accord.
Mais attachons-nous aussi à l’audiovisuel : il doit être exclu explicitement des négociations. Les négociations de l’accord UE/Canada fonctionnent déjà sur une liste négative excluant ce secteur. Ce dernier se définit par son contenu, par sa diversité culturelle- pas par la technologie qu’il utilise. L’audiovisuel de service public européen a vocation à continuer à se développer dans un environnement numérique. Il doit être présent sur tout type de plate-forme. Le paragraphe 11 doit demeurer en l’état : mon groupe en fait une exigence.
Intervention: Syrie
Alors que la ville de Qousseir s’apprête à repasser aux mains de l’armée de Bachar Al Assad, alors que des milliers de civils, en majorité des enfants sont pris au piège, alors que la guerre s’internationalise et que des acteurs étrangers s’affichent clairement aux côtés des belligérants, le Parlement a choisi, non pas d’ignorer ce tournant tragique, mais de se pencher sur un des versants les moins visibles du conflit, à savoir le sort des réfugiés. Ils sont plus d’un million et demi, massés dans des camps ou accueillis dans des familles, dans les pays limitrophes de la Syrie, au Liban, en Jordanie, en Turquie. Leur situation est dramatique, malgré l’héroisme de travailleurs humanitaires sur le terrain et malgré l’aide de l’Union européenne. Dramatique, car
- Des contraintes financières empêchent de délivrer une aide humanitaire de base suffisante
- des émeutes éclatent dans des camps, à cause des conditions de vie des réfugiés, comme dans le camp jordanien de ZAATARI, qui héberge 170.000 réfugiés
- la violence sexuelle y sévit, les femmes et les enfants sont victimes de viols, de faux mariages, masquant la prostitution rampante
- les familles qui accueillent au Liban les réfugiés, sont des familles pauvres, qui ne parviennent plus à soutenir ce poids supplémentaire
- des conflits politiques et confessionnels risquent de faire imploser les pays les plus vulnérables comme le Liban ou la Jordanie, mais provoquent aussi des incidents sévères comme en Turquie.
- les Etats-membres répugnent à accepter des réfugiés syriens, y compris des déserteurs de l’armée de Bachar qui auraient droit au statut de demandeur d’asile.
De 1,5 à 2 millions de personnes aujourd’hui, à la périphérie de la Syrie et en Afrique du Nord dépendent strictement de l’aide internationale mais ils ne semblent pas susciter un immense élan de solidarité. Toute nouvelle escalade de la violence viendrait encore gonfler ces chiffres et la situation est réellement explosive. En attendant les résultats hypothétiques de la conférence de Genève 2, le Parlement européen lance aujourd’hui un cri d’alarme à la communauté internationale pour qu’elle prenne conscience de l’ampleur de ce drame et assume ses responsabilités. Car cette tragédie humanitaire pourrait être la grenade dégoupillée qui embraserait toute la région.
