Véronique De Keyser

Députée européenne et conseillère communale à Liège

Vice-Présidente du Groupe Socialistes et Démocrates du Parlement européen

Le Groupe S&D obtient des postes dirigeants au Parlement européen et désigne son nouveau bureau

24 janvier 2012

Après l’élection de l’ex-président du Groupe S&D Martin Schulz à la présidence du Parlement européen, les eurodéputés ont également élu les S&D Gianni Pittella, Miguel Angel Martínez Martínez et Anni Podimata aux postes respectifs de 1er, 2e et 3e vice-présidents du Parlement européen.

De plus, les eurodéputés S&D Bogusław Liberadzki et Lidia Geringer de Oedenberg ont été nommés à la questure du PE, responsable de la gestion administrative et financière de celui-ci.

« Je félicite mes collègues pour ce résultat exceptionnel », a acclamé le chef de file du Groupe S&D Hannes Swoboda ces résultats sans précédent. « Il constitue une reconnaissance largement méritée tant de leurs engagement et expertise personnels que du rôle clé joué par le Groupe S&D dans ce parlement. Je suis fier d’avoir été choisi pour diriger un groupe parlementaire qui s’enorgueillit d’un tel nombre de membres respectés et faisant autorité. »

Le Groupe des socialistes et démocrates a également élu mercredi neuf nouveaux vice-présidents, qui constitueront avec le nouveau président Hannes Swoboda le bureau S&D, comité de pilotage du Groupe. Il s’agit de :

. Véronique De Keyser (Belgique)
. Enrique Guerrero (Espagne)
. Sylvie Guillaume (France)
. Stephen Hughes (Royaume Uni)
. Rovana Plumb (Roumanie)
. Bernhard Rapkay (Allemagne)
. Libor Rouček (Tchéquie)
. Patrizia Toia (Italie)
. Marita Ulvskog (Suède)

Martin (Schulz) préside le Parlement européen

19 janvier 2012

Olivier le Bussy
Mis en ligne le 17/01/2012

Le social-démocrate allemand succède à Jerzy Buzek au perchoir. Son bouillant tempérament ne doit pas occulter qu’il est un redoutable animal politique.

Portrait

Le social-démocrate allemand Martin Schulz a été élu ce mardi à la présidence du parlement européen, et cela jusqu’en 2014.

Outre la couleur politique, l’Allemand se distingue de son prédécesseur par une personnalité différemment affirmée. « C’est certain que Martin Schulz est différent de Jerzy Buzek sur le style et sur la forme », reconnaît l’eurodéputé libéral-démocrate britannique Andrew Duff, spécialiste des questions institutionnelles. Autant l’ancien Premier ministre polonais a poli son image de « sage » durant les deux ans et demi qu’ont duré son mandat, autant Martin Schulz est connu pour son caractère, disons, entier. « Martin Schulz, c’est une combinaison assez extraordinaire : il peut être provocateur, dictatorial, exploser de colère, et en même temps, c’est quelqu’un d’une grande chaleur humaine », commente la Belge Véronique De Keyser, vice-présidente du groupe S&D au Parlement européen.

Ce bouillant tempérament ne doit pas occulter le fait que Martin Schulz est un redoutable animal politique, « qui garde le contrôle absolu sur les objectifs qu’il poursuit », poursuit l’eurodéputée belge. Car s’il arrive au libraire de formation, né à Hehlrath, le 20 décembre 1955, de monter aussi vite que le lait sur le feu, il sait aussi se montrer calculateur.

Martin Schulz disait ainsi pis que pendre du bilan de José Manuel Barroso à la tête de la Commission européenne. Mais à l’heure de la réélection du Portugais, il a mis une sourdine à ses critiques. Faute d’accord interne (et d’alternative) de son groupe sur la question, certes, mais aussi pour ne pas griller l’accord politique avec le Parti populaire européen qui lui offrait sur un plateau la présidence du Parlement pour la seconde partie de la législature 2009-2014. « En politique, il faut parfois voir un ou deux coups plus loin », glisse, compréhensive la Belge Isabelle Durant (Verts), vice-présidente du Parlement.

A son engagement pour l’intégration européenne, Martin Schulz reste en revanche indéniablement fidèle, souligne Andrew Duff. L’Allemand – qui fut de 1987 à 1998 maire de Würselen, dans l’arrondissement d’Aix-la-Chapelle, à un jet de pierre de la frontière belge – fréquente en effet les travées du Parlement européen depuis 1994. Dix ans plus tard, le membre du bureau SPD allemand a pris les rênes du groupe socialiste, devenu social-démocrate depuis.

En 17 ans de présence au Parlement, ce polyglotte (il manie avec aisance le français et l’anglais) s’est fait connaître du grand public par les polémiques qu’il a provoquées. La passe d’armes qui l’a opposé, en 2003, à l’alors président du Conseil italien, Silvio Berlusconi, dont le pays occupait la présidence tournante de l’Union, est restée célèbre. « Monsieur Schulz, je sais qu’en Italie il y a un producteur qui en train de monter un film sur les camps de concentration nazi : je vous proposerai pour le rôle de kapo. Vous êtes parfait », avait persiflé le Cavaliere, en réponse aux critiques que lui adressait l’Allemand, créant un incident diplomatique entre Rome et Berlin.

« M. Schulz a la tête de Lénine et parle comme Hitler », avait pour sa part déclaré en 2009 le vieux leader français d’extrême droite, Jean-Marie Le Pen, après que le président du groupe S&D avait contribué à l’empêcher de siéger comme président du Parlement européen, pour la première séance plénière de la législature, rôle qui échoit d’habitude au doyen de l’hémicycle.

Et personne n’a oublié le sonore  » Ta gueule, Martin ! » que lui adressa son homologue Vert, Daniel Cohn-Bendit, agacé que le social-démocrate commente son intervention.

Martin Schulz sait encaisser les coups, mais aussi les distribuer. Comme lorsqu’il avait comparé les eurodéputés socialistes français à des pigeons : « Quand ils sont en haut, ils vous ch . sur la gueule, et quand ils sont en bas ils vous bouffent dans la main. » Pour la diplomatie, on repassera.

Président du Parlement européen, le social-démocrate ne pourra cependant plus attaquer bille en tête les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union – qui, en grande majorité, appartiennent à des formations de droite, comme la chancelière allemande Angela Merkel dont il est un farouche opposant – à la table desquels il sera désormais invité, en ouverture de chaque sommet européen. « Il portera la voix de l’ensemble de l’institution. Il ne pourra pas se permettre de prendre des positions qui n’ont pas le consentement du Parlement européen », prévient Andrew Duff.

Institution dont le nouveau président défendra les prérogatives bec et ongles, prévient Véronique De Keyser : « Il juge qu’en vertu du pouvoir que lui confère le traité de Lisbonne, le Parlement n’a pas encore la place qu’il devrait avoir – notamment pour tout ce qui touche à la gouvernance économique. C’est son cheval de bataille ». Isabelle Durant complète : « C’est quelqu’un d’assez offensif. C’est important dans une période où le Parlement européen doit montrer qu’il existe. »

Sans doute la présidence du Parlement européen n’est-elle pas la dernière étape politique de Martin Schulz, auquel d’aucun prête l’ambition de s’installer au dernier étage du Berlaymont, siège de la Commission européenne. « Cela ne m’étonnerait pas qu’il vise autre chose, il pense déjà la suite », glisse Véronique De Keyser. Sans perdre de vue la destinée de « son » groupe social-démocrate, à la tête duquel il souhaiterait installer un de ses proches, l’Autrichien Hannes Swoboda. « Je lui ai demandé s’il montait un scénario à la Poutine-Medvedev, plaisante Véronique De Keyser. ‘Une chose me distingue de Poutine ’, m’a-t-il répondu. ‘Moi, je ne reviendrai jamais dans mon groupe social-démocrate.’ »

Martin Schulz se hisse au perchoir

19 janvier 2012


MARTIN,PASCAL
Mardi 17 janvier 2012

Union européenne Parlement : le social-démocrate allemand succède à Buzek

Portrait

Regard luciférien, tempérament impulsif, ambitieux : l’Allemand Martin Schulz accède ce mardi à la présidence du Parlement européen. Sa désignation est acquise, mais avec quel appui ?

Martin Schulz n’est pas un inconnu pour le grand public. En 2003, le social-démocrate avait été la cible d’une attaque mémorable de l’Italien Silvio Berlusconi qui l’avait traité de « kapo ». L’affaire avec fait grand bruit. A l’époque, Martin Schulz était président du Parti socialiste européen, devenu depuis l’Alliance progressiste des socialistes & démocrates. Aujourd’hui, il quitte ce poste pour remplacer Jerzy Buzek au perchoir du Parlement, un strapontin que le Polonais occupait depuis deux ans et demi. Conservateurs (PPE) et sociaux-démocrates (S&D), les deux principaux groupes politiques de l’assemblée s’accordent traditionnellement à se partager la présidence de l’institution. « Une mascarade », juge – comme beaucoup d’autres – le candidat Front de gauche à l’Elysée et eurodéputé Jean-Luc Mélenchon.

Même programmé, ce passage de témoin n’est pas anodin. Le Traité de Lisbonne a musclé le rôle du Parlement, mais à l’exception de quelques moments de bravoure, l’institution peine à s’imposer face à la Commission et surtout face au Conseil. La crise économique et financière aidant, les Etats membres dictent l’agenda de l’UE, le couple Merkel-Sarkozy donnant de la cravache. Autant dire que la frustration règne chez les eurodéputés. « Le Parlement européen doit pousser la méthode communautaire face à l’intergouvernementalisme », insiste Isabelle Durant (Verts).

Question : Martin Schulz est-il l’homme qui réussira à mener à bien cette émancipation ? Les avis sont partagés. La socialiste belge Véronique De Keyser s’attend à « une vraie présidence du Parlement européen ». « C’est un Européen convaincu, mais son arrivée à la tête de l’institution ne changera pas grand-chose », estime au contraire un membre du PPE. Le libéral Louis Michel le met au défi dans le dossier hongrois : « Sa responsabilité sera de mettre à l’index la dérive autocratique du gouvernement Orban. C’est la grandeur de l’idée européenne et la cohésion de l’UE qui en dépendent. »

De l’avis général, l’ancien bourgmestre de Würselen, près d’Aix-la-Chapelle, est un vrai Européen. Mais cette qualité ne lui vaut pas que des amis chez ceux qui partagent pourtant ses convictions. Direct, soupe au lait, « impulsif mais calculé », autoritaire, « affectif et sans rancune » pour cette proche, il est au contraire « déplaisant, dur avec les petits et complaisants avec les grands » pour cet adversaire qui le qualifie de « retors ». Dans quelle mesure amitiés et inimitiés pèseront-elles sur le vote ? Si Schulz est certain de décrocher la présidence, l’importance de l’appui qu’il recevra ce mardi de ses pairs définira sa réelle marge de manœuvre jusqu’en 2014 et la fin de la législature.

Comme d’autres avant lui, Martin Schulz est le produit de la présence au long cours qu’assurent les Allemands au sein de l’institution européenne. Contrairement aux Français qui ne jurent le plus souvent que par l’Assemblée nationale, ils y font carrière à part entière. Martin Schulz siège ainsi depuis 1994. « Il veut devenir président du Parlement depuis longtemps. Il a mis ses pions en place pour cela », analyse un socialiste qui ne croit pas qu’il cherchera pour autant à favoriser les intérêts de son pays. Au contraire, juge Mathieu Grosch, l’eurodéputé PPE de La Calamine, « avoir une antenne privilégiée vers l’Allemagne peut être une bonne chose pour le Parlement » – même si les sociaux-démocrates sont dans l’opposition à Berlin.

Pour arriver à ses fins, Schulz a choisi souvent d’arrondir les angles, une disposition que d’aucuns décèlent en ce moment dans son peu d’enthousiasme à combattre le Hongrois Viktor Orban, qui appartient au… PPE, groupe politique avec lequel se négocie la présidence.

Un adversaire pense enfin qu’il ferait un « bon commissaire européen », puisqu’on prête à Schulz l’ambition de vouloir s’installer au collège de la Commission, voire à sa présidence. Seules deux autres candidatures sont présentées au vote aujourd’hui : Diane Wallis (Verts, mais en indépendante) et le conservateur britannique Nirj Deva. Sans aucune chance de l’emporter.

Martin Schulz, élu Président du Parlement européen

18 janvier 2012

Les députés ont élu le social-démocrate allemand Martin Schulz nouveau Président du Parlement européen avec 387 voix sur 670 suffrages exprimés. Le député européen allemand âgé de 56 ans dirigera le Parlement européen pendant deux ans et demi, jusqu’au début de la prochaine législature, en juillet 2014. L’Allemand Martin Schulz (Socialistes et démocrates) remplace le Président sortant, le Polonais Jerzy Buzek (Parti populaire).

« Cette Assemblée est le lieu où sont représentés les intérêts des gens, où siègent les délégués du peuple européen »

Dans une brève allocution au Parlement européen à Strasbourg immédiatement après le vote, M. Schulz a déclaré: « Nous devons être conscients que les Européens sont moins intéressés par les débats institutionnels que par l’avenir de leurs enfants, leurs emplois, leur retraite, la justice sociale (…). Cette Assemblée est bien le lieu où sont représentés les intérêts des gens, où siègent les délégués du peuple européen ».

Le Président Schulz a averti que « pour la première fois depuis la création de l’Union européenne, l’échec de celle-ci apparaît comme un scénario réaliste » ajoutant que « nos intérêts ne peuvent plus être dissociés de ceux de nos voisins, sur l’idée que l’Union européenne n’est pas un jeu à somme nulle dans lequel l’un doit perdre pour que l’autre gagne. C’est exactement l’inverse: soit nous perdons tous, soit nous gagnons tous. Pour y parvenir, la règle fondamentale est la méthode communautaire. Ce n’est pas un terme technique, mais l’âme même de l’Union européenne! ».

Au cours des deux dernières années, les sommets des chefs de gouvernement signifient que « les représentants des peuples des diverses nations se trouvent, au fond, ravalés au rang de chambre d’enregistrement. Ils en sont réduits à cautionner sans mot dire les décisions intergouvernementales prises dans le petit cénacle bruxellois ». « Le Parlement européen ne peut observer cette situation sans réagir ! », M. Schulz a ajouté que « le nouvel accord international sur une union économique renforcée sera un premier test».

« Quiconque viole les valeurs de notre Charte des droits fondamentaux doit s’attendre à voir le Parlement européen se dresser contre lui. C’est le devoir de tous les députés de notre Assemblée ». M. Schulz a également annoncé la présence du Premier ministre hongrois, Viktor Orban, demain en séance plénière, pour débattre des controverses sur les dispositions constitutionnelles de son pays.

Résultat complet du vote pour l’élection du Président du Parlement européen

Selon les règles de procédure du Parlement, pour être élu Président, un candidat doit obtenir la majorité absolue des suffrages valablement exprimés, soit 50 % plus une voix. Les bulletins blancs ou nuls ne comptent pas dans le calcul de la majorité requise.

Les résultats du premier tour sont les suivants:
Suffrages exprimés: 699
Votes blancs ou nuls: 29
Valable suffrages exprimés: 670
Majorité absolue des suffrages exprimés requise pour être élu: 336

Votes pour les candidats:
L’Allemand Martin Schulz (Socialistes et démocrates), 387: M. Schulz, élu Président du Parlement européen
Le Britannique Nirj Deva (Conservateurs et réformistes): 142
La Britannique Diana Wallis (Libéraux et démocrates): 141

Allocution du Président Martin Schulz

« Mesdames et Messieurs,

Je vous remercie de m’avoir accordé si largement vos suffrages. Pour la majorité d’entre vous, j’ai été dans cette Assemblée, jusqu’à ce scrutin, le président d’un autre groupe politique. Je suis honoré de la confiance que vous me témoignez néanmoins aujourd’hui. Je m’emploierai de toutes mes forces à ne pas décevoir cette confiance et à faire clairement entendre la voix de notre Parlement! J’entends exercer mon mandat de Président du Parlement européen de manière à ce que celles et ceux qui m’ont élu aujourd’hui n’aient pas à rougir de leur choix, mais aussi en espérant surprendre positivement celles et ceux qui n’ont pas voté pour moi. Je serai le Président et défendrai les droits de tous les députés!

Mes remerciements s’adressent également à vous, Président Buzek, qui avez été le premier président d’une institution de l’Union européenne à être issu des mouvements de libération de l’Europe orientale et à symboliser ainsi la grande victoire de la démocratie!

J’accède aujourd’hui à cette fonction avec humilité. L’Europe traverse une période agitée et nombreux sont les Européens pour lesquels les temps sont difficiles. Mes parents appartenaient encore à une génération pour laquelle valait le précepte: « Il faut que nos enfants aient une vie meilleure que la nôtre ». Et tel est bien le cas! Cependant, nous n’avons plus la certitude que nos enfants connaîtront des conditions de vie aussi bonnes que les nôtres. Sous l’effet de la crise financière, de nombreux pays voient augmenter la pauvreté, tandis que le chômage a pris – particulièrement chez les jeunes – des proportions dramatiques. Ces jeunes manifestent dans les rues européennes contre un système économique dans lequel quelques-uns empochent les profits et font supporter les pertes à la collectivité, un système dans lequel s’impose le sentiment que des agences de notation new- yorkaises anonymes ont plus de pouvoir que des gouvernements et des parlements démocratiquement élus. Cette crise de confiance dans la politique et ses institutions ébranle aussi la foi dans le projet européen. Nombreux sont ceux qui observent nos travaux avec suspicion. Ils ne sont pas persuadés que tout ce que nous faisons ici est vraiment juste. Nous devons être conscients que les Européens sont moins intéressés par les débats institutionnels que par l’avenir de leurs enfants, leurs emplois, leur retraite, la justice sociale. Ce qui leur importe c’est de disposer d’aliments sains et de vivre dans un environnement moins pollué. Nous allons les écouter davantage!

Cette Assemblée est bien le lieu où sont représentés les intérêts des gens, où siègent les délégués du peuple européen. Je peux donc affirmer que les citoyennes et les citoyens qui nous ont exprimé leur confiance par la voie du suffrage universel direct attendent de nous que nous nous battions pour leur cause. Je sais, chers collègues, que vous vous considérez tous comme des avocats des citoyens, et j’en suis fier. Soyez en tous remerciés.

Pour la première fois depuis la création de l’Union européenne, l’échec de celle-ci apparaît comme un scénario réaliste. Depuis des mois, l’Union court d’un sommet de crise à l’autre. Des décisions qui nous concernent tous sont prises à huis clos par les chefs de gouvernement. C’est, à mes yeux, le retour à une situation de la politique européenne qui semblait dépassée depuis longtemps, à savoir l’époque du Congrès de Vienne, au XIXe siècle. Le principe qui prévalait alors consistait à imposer ses intérêts nationaux, et ce sans contrôle démocratique. L’Europe de l’après-guerre repose, au contraire, sur le constat lucide que nos intérêts ne peuvent plus être dissociés de ceux de nos voisins, sur l’idée que l’Union européenne n’est pas un jeu à somme nulle dans lequel l’un doit perdre pour que l’autre gagne. C’est exactement l’inverse: soit nous perdons tous, soit nous gagnons tous. Pour y parvenir, la règle fondamentale est la méthode communautaire. Ce n’est pas un terme technique, mais l’âme même de l’Union européenne!

Que faut-il entendre par là concrètement? Résoudre les conflits par le dialogue et la recherche du consensus. Substituer au droit du plus fort la solidarité et la démocratie. Veiller à l’équilibre entre les intérêts des petits et des grands États, entre le Nord et le Sud, entre l’Est et l’Ouest et placer le bien de tous au-dessus des intérêts particuliers.

Le projet communautaire mené de manière naturelle et avec succès durant plusieurs décennies a été abîmé.

Au cours des deux dernières années, un changement s’est produit à la fois dans la perception des problèmes et dans les méthodes appliquées pour les résoudre. En effet, la multiplication des sommets, l’inflation des rencontres de chefs de gouvernement et l’attention exclusive dont leurs réunions font l’objet, écartent dans une large mesure le Parlement européen, seul organe de la Communauté élu au suffrage universel direct, du processus décisionnel. Les représentants des peuples des diverses nations se trouvent, au fond, ravalés au rang de chambre d’enregistrement. Ils en sont réduits à cautionner sans mot dire les décisions intergouvernementales prises dans le petit cénacle bruxellois.

Les citoyens ressentent le défaut de légitimité parlementaire des décisions politiques comme un diktat de Bruxelles dont l’Union européenne dans son ensemble paie le prix; c’est là le terreau du ressentiment antieuropéen.

Le Parlement européen ne peut observer cette situation sans réagir!

Quiconque pense que l’on peut aller vers plus d’Europe avec moins de parlementarisme trouvera en moi un adversaire!

L’accord interétatique sur une nouvelle Union budgétaire représente un premier test. En demandant que la discipline budgétaire aille de pair avec le souci de la croissance et de l’emploi, les représentants du Parlement européen qui ont pris part aux négociations ont, pour l’heure, prêché dans le désert. C’est pourtant cet équilibre raisonnable qu’attendent les citoyennes et les citoyens! Aussi importe-t-il que nous soyons présents à la table des discussions lors des sommets européens!

L’Europe est une communauté de valeurs. Nous exigeons des candidats à l’adhésion qu’ils respectent strictement les critères de Copenhague. Notre Assemblée doit veiller à ce que le respect et la mise en oeuvre de la démocratie, des libertés et des droits fondamentaux aillent de soi aussi dans les États membres. Quiconque viole les valeurs de notre Charte des droits fondamentaux doit s’attendre à voir le Parlement européen de dresser contre lui. C’est le devoir de tous les députés de notre Assemblée.

J’estime qu’il m’appartient, en tant que Président du Parlement européen, l’une des trois institutions majeures de l’Union européenne, de lutter contre cette tendance lourde à l’organisation de sommets et à la renationalisation des dossiers. J’entends agir pour que le Parlement soit plus visible et plus audible comme espace où s’exerce la démocratie et se déroulent des débats contradictoires sur les orientations des politiques de l’Union européenne. Nous devons donner plus de poids à notre parole.

L’enjeu consiste avant tout à négocier avec le Conseil sur un pied d’égalité, qu’il s’agisse des perspectives financières, des réformes de la politique agricole, de la politique de la pêche ou de la politique régionale, de la lutte contre le changement climatique, de la réglementation des marchés financiers, de la justice et des affaires intérieures ou encore de la politique commerciale.

Les représentants des peuples que nous sommes n’avons pas encore exploité, il s’en faut de beaucoup, toutes les possibilités qu’offre un traité de Lisbonne en vigueur depuis deux ans. Nous devons avoir pour objectif commun d’exercer nos compétences réelles, le cas échéant dans des situations d’affrontement. Une plus grande visibilité du Parlement implique notamment que nous portions un regard critique sur la pratique des accords conclus en première lecture.

Tout cela ne peut fonctionner que si nous maintenons notre institution en bon ordre de marche. Avec l’appui de notre Administration, je ferai en sorte que les organes parlementaires et tous les députés disposent du cadre indispensable à l’exercice optimal de leurs fonctions de législateurs.

Je ne serai pas un président facile, mais un président qui luttera, si besoin est, pour que le pouvoir exécutif respecte le Parlement et qui se battra si les intérêts des citoyens sont menacés. Un président qui représentera des députés forts, disposés à prendre à leur compte les préoccupations des citoyens! Un Président qui fera tout pour regagner la confiance que les citoyens ont perdue dans l’unification européenne et susciter de nouveau l’enthousiasme pour l’Europe!

Mesdames et Messieurs les députés,

Nombreux sont ceux qui ont risqué leur vie, trop nombreux sont ceux qui sont morts, pour que s’exercent les droits parlementaires et que soient reconnus les principes du parlementarisme.

Mustapha Ben Jaafar, premier président librement élu de l’Assemblée constituante de Tunisie, observe avec ses collègues – qui sont entrain d’acquérir une première expérience parlementaire – les parlements de l’Europe et le Parlement européen. En Libye, où un despote a fait la guerre à son propre peuple, la première ambassade ouverte est celle de l’Union européenne, qui donne ainsi de l’espoir aux hommes et aux femmes dans une situation difficile. Nous avons été touchés, lors de l’attribution du prix Sakharov, de voir la fascination qu’exercent les valeurs européennes sur une
courageuse jeune blogueuse et un héroïque opposant à Kadhafi. Il nous est sans cesse demandé, au Moyen-Orient, comment l’Europe est parvenue à transformer des ennemis en amis et comment nous avons réussi à surmonter nos différences nationales, religieuses et philosophiques pour construire l’Europe. Plus on s’éloigne de l’Europe, plus celle-ci est perçue favorablement.

OEuvrons tous ensemble pour que renaisse en Europe l’enthousiasme envers l’unification européenne!

L’idée européenne est fascinante. Elle s’est imposée comme une réponse de la seconde moitié à la première moitié du XXe siècle. Comment illustrer la première moitié du siècle passé? La haine, la conduite de politiques de grande puissance, l’incitation au rejet d’autrui, le mépris des êtres humains, les tranchées de la Première Guerre mondiale et les goulags staliniens. Les chambres à gaz d’Auschwitz comme le degré zéro de l’histoire de notre civilisation. Durant la seconde moitié du XXe siècle, l’unification européenne et les institutions communes de l’Europe nous ont valu de connaître la plus longue période de prospérité et de paix de notre histoire. En 1989, ce fut la fin du Rideau de fer. L’Allemagne s’est réunifiée. En 2004 et 2007, d’anciens pays membres du pacte de Varsovie sont entrés dans l’Union européenne,
rétablissant ainsi l’unité culturelle et politique d’un continent artificiellement divisé durant quarante ans. Quelle réussite! Pourquoi avons-nous perdu la capacité d’en être fiers? Pourquoi acceptons-nous que l’on dénigre cet exceptionnel acquis historique?

Mesdames et Messieurs,

Mon grand-père a combattu durant la Première Guerre mondiale. Vingt ans plus tard, mon père a participé à une guerre durant laquelle un régime hitlérien criminel a mis le monde à feu et à sang. J’ai grandi dans une ville située au carrefour de trois pays, en un lieu où les gens devaient passer par de longues files d’attente pour franchir la frontière qui les séparait de leurs voisins de Belgique ou des Pays-Bas.

Nous avons surmonté les épreuves de la guerre et de la faim. Nous avons ouvert les frontières. Nous avons renié le racisme et la xénophobie. Nous vivons aujourd’hui dans une Europe libre et ouverte, une Europe qui peut être fière de sa diversité culturelle.

Plaçons cette Europe en situation d’affronter le XXIe siècle de sorte qu’elle redevienne pour la jeune génération la promesse d’une patrie européenne forte sur le plan économique, juste d’un point de vue social, libre et démocratique.

Je vous remercie de votre attention. »

Question parlementaire de Véronique De Keyser à la Commision sur l’éventuel financement des Journées mondiales de la jeunesse à Madrid et représentation de la Commission européenne

4 novembre 2011

Syrie: Véronique De Keyser à l’origine de la résolution sur Rafha Nached qui vient d’être votée ce 27/10/11 au Parlement européen

27 octobre 2011

Rafah Nashid, première femme psychanalyste à exercer en Syrie et fondatrice de l’École de psychanalyse de Damas, a été arrêtée et emprisonnée arbitrairement le 10 septembre 2011 à l’aéroport de Damas par des agents des services de renseignement. Mme Nashid, âgée de 66 ans, est reconnue en Syrie pour les soins qu’elle apporte aux victimes de traumatismes psychologiques, ainsi que pour son engagement en faveur du dialogue entre tous les Syriens.

Les députés condamnent fermement son arrestation et sa détention et expriment leur profonde inquiétude à son égard, étant donné son état de santé précaire. Ils invitent les autorités syriennes à libérer immédiatement et sans condition Mme Nashid pour des raisons médicales et humanitaires, et à garantir sa sécurité physique et son retour dans sa famille sans plus tarder.

Enfin, le Parlement demande également que les autorités syriennes autorisent les organisations humanitaires et les médecins à traiter les victimes de violences, leur donnent accès à toutes les régions du pays et leur permettent de pratiquer leur activité légitime et pacifique sans crainte de représailles, librement et sans entrave, notamment sans harcèlement judiciaire.

Résolution sur Rafha Nached à l’initiative de Véronique De Keyser:

RFI: interview de Véronique De Keyser sur la question palestinienne

30 septembre 2011

Par Jean-François Cadet

La question palestinienne a été l’un des grands dossiers de la session des députés européens à Strasbourg. Il a bien sûr été question de diplomatie. Les eurodéputés ont demandé, ce jeudi 29 septembre 2011, aux États membres de répondre de façon positive à la demande de reconnaissance par l’ONU de l’Etat palestinien. Mais les parlementaires ont aussi approuvé un accord commercial avec l’Autorité palestinienne. La Cisjordanie et la bande de Gaza pourront exporter plus facilement certains de leurs produits. Avec plus de 56 millions d’euros de transactions, l’Autorité palestinienne est l’un des plus petits partenaires commerciaux de l’Union.

Pour entendre l’interview du 29/09/2011 de Véronique De Keyser cliquer ci-dessous: