Véronique De Keyser

Députée européenne et conseillère communale à Liège

Vice-Présidente du Groupe Socialistes et Démocrates du Parlement européen

Le référendum du Sud-Soudan a été crédible et bien organisé

18 janvier 2011

« La mission de l’UE évalue le processus de vote du référendum du Sud-Soudan comme crédible et bien organisé, et dans un environnement essentiellement pacifique, avec une participation écrasante de la part des électeurs du Sud-Soudan » déclare l’eurodéputée et chef de la mission d’observation Véronique De Keyser.

Pour avoir une vue densemble sur le déroulement du référendum, voici quelques liens (à copier sur votre navigateur) qui vous renvoient vers des articles de presse :
. http://english.aljazeera.net/news/africa/2011/01/201111791938988874.html
. http://www.eueom.eu/files/pressreleases/english/preliminary-statement-17012011_en.pdf
. http://info.france2.fr/monde/les-observateurs-du-referendum-satisfaits-66891186.html
. http://www.romandie.com/infos/news2/110117093246.zlzt5oie.asp
. http://french.cri.cn/621/2011/01/17/402s236542.htm
. http://www.24heures.ch/sud-soudan-secession-pratiquement-certaine-2011-01-17
. http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2011/01/17/008-soudan-referendum-observateurs.shtml
. http://levif.rnews.be/fr/news/actualite/international/soudan-secession-presque-certaine/article-1194925215765.htm#
. http://www.lalibre.be/actu/international/article/636634/un-referendum-credible.html
. http://www.eueom.eu/sudan2011/reports
. http://www.sudantribune.com/Foreign-observers-attest-to,37662
. http://www.aljazeera.net/NR/EXERES/5781A0EE-F1BD-403E-93CA-03C15E114B9A.htm
. http://www.sudanvisiondaily.com/modules.php?name=News&file=article&sid=67019


Véronique De Keyser en compagnie du Président Mbeki, ex-président d’Afrique du Sud, qui dirige un panel axé sur les défis post référendaires du Soudan.

Trois questions à… Véronique de Keyser Eurodéputée belge (PSE), directrice de la mission européenne d’observation du référendum au Soudan

16 janvier 2011

Comment se déroule le scrutin ?
VDK : On fera le bilan quand il sera terminé, mais jusqu’à présent, on ne pouvait rêver mieux. On s’attendait à rencontrer beaucoup de difficultés, or l’organisation est quasiment parfaite. On peut déjà le dire: les Sud-Soudanais y sont arrivés. Et l’attitude de la population est exemplaire: nous avons vu des gens attendre jusqu’à 10h d’affilée en plein soleil sans se plaindre !

Il y a tout de même des dizaines de tués dans la région d’Abyei…
VDK : Effectivement, mais cette région fait figure d’exception, ces violences ne sont pas directement liées au référendum. Un autre référendum devait s’y tenir pour déterminer si elle resterait au Nord ou rejoindrait le Sud-Soudan, mais Karthoum et Juba ne sont pas parvenus à se mettre d’accord pour l’organiser. J’ai rencontré Salva Kiir, le président du Sud-Soudan, ce matin, il estime que la question d’Abyei doit être résolue avant même de discuter du pétrole. Résoudre Abyei consisterait à créer une forme de porosité à la frontière, une bonne manière d’enterrer la hache de guerre.

L’issue du scrutin semble pliée, le Sud demande-t-il l’aide de l’Europe pour fonder son État ?
VDK : Le Sud-Soudan n’a quasiment pas d’infrastructures, d’hôpitaux, d’écoles, et il aura besoin de l’aide étrangère pour créer des compétences administratives, notamment. Mais l’idée même de l’Union européenne, née après deux guerres mondiales, séduit le président Kiir: sans calquer ce modèle, le Sud et le Nord pourraient décider de travailler ensemble. C’est essentiel: il faut à tout prix empêcher une séparation totale entre le Nord et le Sud, ne pas isoler Karthoum. l F.R.

Source : le journal L’Echo – 06:01 – 14 janvier 2011

« …Et si nos luttes étaient des luttes tribales ? »

14 janvier 2011


Photo de gauche : l’équipe et Véronique De Keyser à la descente du petit avion au cours du voyage à Rumbek et à Wau. Photo de droite : centre de vote en plein air et file qui patiente dans le calme.

Les journalistes s’ennuient : tout se passe trop bien pour eux. Pour moi, c’est différent, je suis soulagée. Demain la phase de vote du référendum se termine. Même si une autre phase commence alors, tout aussi sensible que le vote (le comptage des résultats) elle est moins visible, et donc moins sexy pour la presse que la première.

Pour l’instant, ce référendum a déjoué tous les pronostics et les scenarii catastrophes. Il se déroule dans le calme et le niveau de participation est élevé. Pour que le référendum soit valide, le nombre de votants doit être égal au moins à 60% des inscrits. Mais en réalité, l’objectif dans le Sud est d’atteindre les 100%. Je répète à qui veut l’entendre que ce n’est pas nécessaire, que le mieux est l’ennemi du bien, mais rien à faire : il y a une compétition entre les différents centres de votes, entre les comtés et entre les états du Sud à qui aura le taux de participation le plus élevé. Je n’oserais pas leur donner les chiffres qu’on trouve en Europe, lorsque le vote n’est pas obligatoire. Et c’est vrai que pour le moment les journalistes n’ont plus grand-chose à se mettre sous la dent : la plupart des bureaux de vote ont fait le plein et sont absolument déserts, il n’y a ni incident, ni déclaration fracassante. Le Président Carter, qui dirige la mission d’observation du Centre qui porte son nom, quitte le Soudan demain. Les télévisions plient bagage à cause du coût exorbitant d’un séjour ici prolongé et Al Jazeera en langue anglaise, qui avait ses quartiers dans notre hôtel, s’en va également : ne reste qu’une antenne d’Al Jazeera arabe, à qui je viens de donner une brève interview.

J’ai vu longuement vu le Président Salva Kiir hier, pendant près d’une heure trente et deux sujets ont été évoqués : la question d’Abyei et la future coopération avec le Nord, en cas de partition du pays. Sans anticiper les résultats du scrutin, il a insisté sur sa volonté du coopérer avec le Nord mais aussi de résoudre en première priorité la question d’Abyei. C’est en effet là, de manière localisée et isolée qu’il y a eu des heurts violents durant le référendum, avec de nombreuses victimes. Abyei est la clé des tous les autres problèmes, l’enjeu de toutes les négociations : pétrole, frontières, citoyenneté…etc.

Abyei, c’est un peu le BHV du Soudan, la frontière non définie entre le Nord et le Sud. Parfois, avant de m’endormir, je me risque à des analogies amusantes : et si les Misseriya, ces tribus du Nord étaient nos francophones de la périphérie, et si le Nord du Sud du Soudan, qui ne veut pas la partition était la Wallonie, et si nos luttes étaient des luttes tribales ? Car de manière superficielle on peut croire qu’il y a une sorte d’universalité des problèmes politiques. Mais ce dont je suis sûre, c’est qu’il n’y a pas d’universalité des solutions. Ce qui est bon pour un pays ne l’est pas pour l’autre. Ce pays reste hanté par la guerre entre le Nord et le Sud, par les atrocités et les millions de victimes. Indiscutablement, c’est une page qui se tourne grâce au référendum. Quelle que soit l’issue, demain est une autre histoire.


Photos : camp de transit de Soudanais du Sud fuyant le Nord.

Jusqu’ici, tout se passe superbement, avec émotion et dignité…

11 janvier 2011


Photo de gauche : l’eurodéputée et chef de la mission d’observation des élections au Soudan Véronique De Keyser et l’acteur George Clooney très investi dans l’avenir du sud Soudan. Photo de droite : Véronique De Keyser avec Jimmy Carter 39ème président des États-Unis Prix Nobel de la paix en 2002 et médiateur de conflits internationaux, et avec Kofi Annan 7ème secrétaire général des Nations unies et Prix Nobel de la paix en 2001.

Comme annoncé, on garde le contact. Voici donc des nouvelles du Soudan. Je suis allée hier dans deux endroits au Sud, à Rumbek et à Wau, observer des centres de vote. Jusqu’ici, tout se passe superbement, avec émotion et dignité. Un vieux monsieur s’est effondré en sanglot en disant « I am happy.  I am happy ».  Il était tellement bouleversé qu’il a fallu l’emmener se reposer.

Nous avons aussi visité à Rumbek un camp de Soudanais du sud qui vivaient au Nord et ont fui, par crainte de ce qui pourrait arriver. Ils viennent par milliers, sont accueillis dans des camps de transit, reçoivent de l’eau, des soins, de la nourriture du gouvernement, mais les réinsérer dans l’économie du Sud sera un vrai défi. Ils arrivent avec tous leurs biens, des matelas, des casseroles, des lits, par bus parfois. Ils sont dignes, mais dans un état de pauvreté, de fatigue et d’épuisement terribles… Je n’ai pris que deux enfants en photo, porteurs d’espoirs et d’avenir, avec l’accord des parents. J’ai en revanche pu saisir une image où ils se font enregistrer dans le camp par le Haut Commissariat aux réfugiés.

Par contre, dans la ville de Wau, il y a un problème similaire mais inverse : beaucoup de « Nordistes », qui étaient aussi des commerçants, ont pris la fuite, et des rues commerçantes entières sont fermées. Ni les uns ni les autres n’ont reçu de menaces pourtant, et même si le climat est à l’émotion et à la joie, même si chacun peut en principe s’exprimer sans restriction, même s’ils ne sont pas d’accord avec la ligne dominante, certains préfèrent fuir.

Dans quelques jours, le 15, je serai dans le Nord, à Khartoum. Le référendum semble s’y dérouler dans un climat très différent. Je vous tiens au courant. Et je profite de ce nouveau blog pour vous remercier de vos messages sur Facebook et sur mon site !

Sud-Soudan : vote massif au premier jour du référendum pour l’indépendance

11 janvier 2011

Cliquer sur les images pour les agrandir et lire l’article paru dans Le Soir du 10 janvier 2011.



En tant que chef d’une mission d’observation, je ne peux rien divulguer sur mon site, c’est écrit noir sur blanc…

10 janvier 2011

Il est parfois très difficile d’expliquer pourquoi, quand je pars à l’étranger, je deviens silencieuse. Il y a à cela des tas de raisons. Une sorte de schizophrénie dont j’ai déjà parlé : l’impression de passer brutalement d’un univers dans un autre, sans avoir le temps, dans un court billet, de les relier par des ponts. La charge de travail aussi : en général je dors peu, mange mal, saute d’une réunion à une autre. Mais ici au Soudan, c’est différent : je suis contractuellement muette. En tant que chef d’une mission d’observation, je ne peux rien divulguer sur mon site, c’est écrit noir sur blanc. Pas question de savoir si j’en ai marre, si j’ai la déprime, si j’ai attrapé des amibes. Par définition je vais bien, la mission va bien et je ne fais aucun commentaire politique qui pourrait favoriser l’une ou l’autre partie. C’est pour cela que par boutade, j’ai fait mettre sur le site la photo de Georges Clooney. Il a fait ce matin à Juba un véritable tabac médiatique, il est gentil, drôle et mieux au naturel que dans la publicité Nespresso ! ;-)

Aujourd’hui, c’est le premier jour du referendum au Sud Soudan. Il va durer une semaine. Sans trahir de secret (puisque j’ai donné dix-sept interviews !) je peux dire que tout s’est bien passé. Dans le Sud, des foules interminables ont attendu des heures devant les centres de vote sans perdre patience. Et pourtant la chaleur était torride. J’ai assisté ce matin au vote historique du Président Salva Kiir (d’où la photo avec Clooney qui était là également). Mais l’image que je garde en mémoire, qui symbolise cette journée est celle d’une vielle dame de 102 ans qui dansait sous les applaudissements, entourée de jeunes filles avec des tee-shirts au slogan évocateur : Non à la violence. Car le souvenir de la guerre civile qui a ravagé le Soudan en opposant le Nord et le Sud est encore vivace : deux millions de morts et quatre millions de personnes déplacées. La paix signée en 2005 prévoyait un referendum : il est là. Pour un peu on n’y croyait plus. Le fait qu’il se soit tenu à la date prévue est en soi une espèce de miracle. Et son issue déterminera si le Soudan reste un pays uni ou s’il se scinde en deux. Voilà qui doit nous évoquer quelque chose à nous les Belges ! Demain, je prends un petit avion pour visiter des centres de referendum en dehors de Juba, dans le sud du pays et le 15 je serai dans le Nord, à Khartoum ou le climat qui entoure le referendum, on s’en doute est très différent. Ce blog n’est qu’un petit message pour garder le contact. À suivre…

What else ?

9 janvier 2011

Un portrait avec George himself, bien connu pour son engagement au Soudan. Bref moment de détente, ce n’est qu’une partie et pas la plus importante du travail. Il y a beaucoup à faire. Des infos du jour, posté par le quotidien Le Soir, à lire en cliquant sur le texte.