Véronique De Keyser

Députée européenne et conseillère communale à Liège

Vice-Présidente du Groupe Socialistes et Démocrates du Parlement européen

La cérémonie du Prix du Livre Européen le 7/12 à Bruxelles

5 décembre 2011

Le chef de file des Socialistes et Démocrates au Parlement européen, Martin Schulz présidera, ce mercredi 7 décembre à Bruxelles, la cérémonie de remise du 5ième prix du livre européen, aux côtés de Guy Verhofstadt et du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.

A l’occasion de la présidence polonaise, un hommage sera rendu, en sa présence, au Président Tadeusz Mazowiecki pour son action en faveur de l’Union européenne.

Le prix du livre européen récompense un roman et un essai exprimant une vision d’Europe. Pour la cinquième année consécutive, le groupe de l’Alliance des Socialistes et des Démocrates au Parlement européen parraine l’événement. La cérémonie sera retransmise en direct sur le site internet du groupe S&D à l’adresse suivante: www.socialistsanddemocrats.eu. Elle est ouverte à la presse. Présidé cette année par l’écrivain britannique Julian Barnes, le jury est composé de journalistes couvrant les questions européennes et issus des pays de l’UE.

Parmi la sélection de cette année, 3 romans et 2 essais figurent encore en lice.
. Les romans: Histoire d’un Allemand de l’Est, Maxim Leo (Allemagne); El dia de manana, Ignacio Martinez de Pison (Espagne); Je ne suis pas d’ici, Hugo Hamilton (Irlande).
. Dans la catégorie essais: Aux frontières de l’Europe, Paolo Rumiz (Italie) et Le crime et le silence, Anna Bikont (Pologne).

Le prix du Livre européen entend promouvoir les valeurs de l’Europe et contribuer à mieux incarner l’Europe auprès de ses citoyens.

Le programme complet de la cérémonie est disponible ici

La laïcité, un combat fondamental pour Véronique De Keyser

5 décembre 2011

Militante convaincue de la laïcité, Véronique De Keyser multiplie les actions et cherche à combattre au sein-même du Parlement, l’explosion d’un fait religieux qui ne trouve guère de contre-partie philosophique. Dès 2007, elle obtient du Président européen d’organiser à chaque session de Strasbourg « Les petits déjeuners de la Libre Pensée » qui font pendant à la messe célébrée en ces lieux… En 2009, elle organise, entre autres, le colloque “La laïcité et l’Europe” avec les représentants des associations philosophiques et non-confessionnelles et les différentes églises. En 2011, en partenariat avec le CAL, elle préside la grande conférence « Sciences et croyances ». En octobre dernier, son combat pour la laïcité s’illustre une fois encore avec le nouveau colloque qu’elle initie « Quel dialogue la laïcité veut-elle mettre en place avec l’Union européenne ? »

Au cours de ce colloque, elle souligne les points suivant : L’article 17 du Traité de Lisbonne est, depuis le 1er décembre 2009, une réalité.
1. L’Union respecte et ne préjuge pas du statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les églises et les associations ou communautés religieuses dans les États membres.
2. L’Union respecte également le statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les organisations philosophiques et non confessionnelles.
3. Reconnaissant leur identité et leur contribution spécifique, l’Union maintient un dialogue ouvert, transparent et régulier avec ces églises et organisations.

De très nombreuses questions se posent. Comment mettre en oeuvre démocratiquement l’article 17 du Traité de Lisbonne? Quelles formes lui donner, quels contenus, quelles limites, quels objectifs? Quels thèmes abordés? Dialogue séparé des organisations non-confessionnelles avec l’Union ou en commun avec les églises? Qui établit la liste des associations invitées au dialogue? Pouvons-nous laisser ce choix à l’Union, au Bepa? Sur base de quelle(s) liste(s)?

Le 30 mai dernier, les hauts responsables des religions sont reçus successivement par le Président du Conseil, par le Président de la Commission et ensuite par le Président du Parlement européen : les Anglican Church, Churches of the reformation, Conférences des Eglises européennes, Communautés islamiques, Communautés boudhistes, les Grands rabbins, Eglises orthodoxes, Eglise catholique romaine et Comece. Et la responsabilité du dialogue entre le Parlement et les églises mais aussi avec les organisations non-confessionnelles est confiée au Député roumain/hongrois, Laszlo Tökés, Vice-Président du Parlement, qui fut, avant d’être Député européen, Évêque-Éparchie (diocèse) réformée de Piatra Craiului (depuis 1990). Pasteur – Timişoara (1986 – 1990). Pasteur – Braşov (1975 – 1977) et Dej (1977 – 1984).

Monsieur Buzek, Président du Parlement, à la question de Véronique De Keyser lui faisant par de son étonnement devant cette désignation, lui répond: « The Vice President of the Parliament with responsibility for article 17 dialogue, Mr Tökès, presented a report to the Parliament’s Bureau on the first consultation. He will do likewise following the second consultation. Obviously, I do not wholly your view about my decision to designate Mr Tökès as the Vice President in this field. It is , of course, a decision of the President as to which duties to assign to each Vice President in the bureau. I cannot agree that Mr Tökès’ previous function as a Bishop in the Reform Church in Romania should preclude him from being my designee for this responsibility (…) ».

Pour l’eurodéputée, il est important que les organisations non-confessionnelles se positionnent et définissent au plus tôt comment elles voient l’organisation pratique de ce dialogue avec l’Union européenne. Définir ensemble les objectifs, les formes, les limites à donner à ce dialogue, est le ciment de cette réunion du 20 octobre à laquelle les Présidents Barroso, Van Rompuy et Buzeck sont invités à participer, mais ils signalent que leur emploi du temps ne leur permet pas d’être présents. Monsieur Van Rompuy sera néanmoins représenté par un de ses collaborateurs, Monsieur Praet. Monsieur Buzeck, en sa qualité de Président du Parlement, confirme que le Parlement ne souhaite pas imposer sa vision de la façon de structurer le dialogue, mais que ce soit les parties concernées (églises, organisations philosophiques et non-confessionnelles) qui définissent comment elles souhaitent voir le dialogue évoluer. Il précise cependant : « As I stated clearly my opening remarks, this meeting was the first phase of the Parliament’s formal consultation of organizations covered by article 17 » Monsieur Barroso, Président de la Commission, quant à lui, déclare que la réunion « du 30 mai avec des dignitaires de diverses confessions religieuses n’était pas l’ouverture officielle du dialogue avec les églises et organisations religieuses. Cette réunion reprenait plutôt la formule déjà utilisée dans la série de rencontres (…) organisées depuis le début de mon premier mandat, en 2005. » Monsieur Barroso signale dans le même courrier qu’il organisera une rencontre (similaire à celle organisée le 30 mai) avec les organisations philosophiques et non-confessionnelles le 30 novembre prochain.

Il importe qu’avant cette rencontre annoncée par Monsieur le Président de la Commission, les organisations non-confessionnelles se rencontrent afin de débattre ensemble, le plus largement possible, comment elles souhaitent que ce dialogue (contraignant depuis l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne) soit organisé. C’est pourquoi, le 20 octobre 2011 Véronique De Keyser organise cette conférence afin de réfléchir sur la façon dont les organisations philosophiques et non-confessionnelles veulent que ce dialogue (ouvert, régulier et transparent) soit organisé avec la Commission, le Conseil et le Parlement comme le prévoit l’article 17 du Traité de Lisbonne. Le Traité prévoit en effet que ce dialogue qui n’avait lieu jusqu’à présent qu’avec la seule Commission, ait lieu avec non seulement la Commission, mais aussi avec le Conseil et le Parlement. Monsieur Van Rompuy, Président du Conseil, précise alors à Madame De Keyser « (…) je ne peux qu’encourager les représentants des Eglises et des organisations philosophiques et non confessionnelles à réfléchir, ensemble ou séparément, à comment rendre ce nécessaire dialogue plus effectif. Je pense donc que, si la rencontre du 20 octobre (que vous programmez) va dans ce sens, elle ne peut être que constructive et utile. » Madame Nadia Geerts (Rappel) et Messieurs Jean-Michel Quillardet (Président de l’Observatoire international de la Laïcité), Pierre Galand (Président du Centre d’Action laïque, et Vice-Président de la Fédération Humaniste européenne) acceptent d’intervenir dans le débat du 20 octobre et de donner leur vision du problème, suivie d’un très large débat avec la salle.

Comme annoncé, le 30 novembre 2011 Monsieur Buzek, Président du Parlement, et Laszlo Tökés, Vice-Président du Parlement, organisent lun colloque « European Parliament implemantation of Article 17, Lisbon Treaty ». Le 1er décembre 2011, suite à cet événement, Le Soir publie un article (voir ci-dessous) tendant à montrer que le dialogue européen avec les organisations philosophiques et non-confessionnelles semble s’améliorer…

Cliquer sur l’article publié dans Le Soir pour l’agrandir

Pour Véronique De Keyser le combat continue. Si la liberté de religion et de conviction est un principe fondamental de la laïcité, garante du respect des opinions de toutes et de tous, à l’heure où les religions tiennent une place importante et entraînent parfois des divisions et des dérives, la députée européenne défend plus que jamais une éthique laïque qui peut intégrer les différences, rassembler, constituer et défendre un espace public de pluralisme, de discussion d’idées, et de tolérance.

Retour de colloque organisé par Véronique De Keyser: « Quel dialogue voulons-nous construire, nous organisations philosophiques et non confessionnelles, avec l’Union européenne ? »

7 novembre 2011

Tel était le thème de la Conférence publique dont Véronique DE KEYSER, députée européenne socialiste de Belgique, avait pris l’initiative ce jeudi 20 octobre, au Parlement européen de Bruxelles.

Dans son invitation, Mme DE KEYSER présentait ainsi cette Conférence. Il s’agissait de définir une stratégie des organisations laïques européennes, tout en s’interrogeant sur le sens que recouvre le terme de « non confessionnelles », pour répondre aux dispositions de l’article 17 du traité de Lisbonne, et plus spécialement de son alinéa 3, qui établit, depuis le 1° décembre 2009, cette réalité :

1. L’Union respecte et ne préjuge pas du statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les églises et les associations ou communautés religieuses dans les Etats membres.
2. L’Union respecte également le statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les organisations philosophiques et non confessionnelles.
3. Reconnaissant leur identité et leur contribution spécifique, l’Union maintient un dialogue ouvert, transparent et régulier avec ces églises et organisations.

Certaines organisations, invitées à prendre la parole, ont décliné l’invitation :
- la Fédération Nationale de la Libre Pensée pour qui les institutions européennes ne sont pas démocratiques, et qui a considéré qu’elle n’avait pas à participer à cette conférence,
- le Grand Orient de France qui, bien que le Conseiller de l’Ordre chargé de l’Europe ait été présent, ne prendra pas la parole !!!

Véronique DE KEYSER, en introduction, soulignera le paradoxe qui consiste pour les laïques, et malgré les oppositions qu’ils ont pu manifester au Traité de Lisbonne, de se saisir de cette nouvelle disposition pour faire entendre la voix laïque au niveau des trois instances de l’Union européenne que sont la Commission (présidée par José Manuel Barroso), le Parlement (présidé par Jerzy Buzek) et le Conseil (présidé par Herman Van Rompuy). Invités, les trois présidents avaient déclinés l’invitation, préférant ne pas intervenir dans notre réflexion. Seul le Président Van Rompuy est représenté par M. Michel PRAET, membre de son cabinet. En fait, ils semblent diverger sur la manière de traiter les représentants des organisations laïques par rapport à ceux des religions, en substance, les recevoir dans le même temps ou après. Même divergence sur la nature du dialogue, ouvert ou non. Elle conçoit cette situation comme une phase dynamique d’ouverture du dialogue prévu par l’article 17, comme une opportunité à saisir.

S’agissant du Parlement, le vice président chargé de ce dialogue, M. Laszlo Tökes, est un ancien évêque de l’église réformée de Roumanie ! Pour mieux le connaître, il n’est pas inutile de lire son premier communiqué après son élection, et notamment le point 5 de ses priorités : « l’Europe chrétienne ! ses valeurs spirituelles, religieuses et morales ».

Et, cerise sur le gâteau, dans ce contexte, la question du contenu de la Laïcité est souvent posée aux parlementaires. Lors d’une précédente conférence que Véronique DE KEYSER avait organisée sur le thème de « Science et croyance », elle avait abordé quelques éléments de réponse. Aujourd’hui, c’est l’application de l’article 17 qui est à l’ordre du jour. Participer à ce dialogue, oui mais Comment ?

Les intervenants :


Denise OBERLIN, Sophia In’t VELD, Véronique DE KEYSER, Pierre GALAND, Nadia GEERTS, Jean-Michel QUILLARDET, Michel PRAET

Sophia In’t VELD, députée européenne de Hollande, coordinatrice d’une plateforme qui regroupe des organisations qui revendiquent la Laïcité en politique. Pour l’organisation du dialogue de l’article 17, elle aborde deux aspects :

1/ la charge de l’organisation repose sur les institutions européennes. Or ce travail n’est pas fait convenablement. Le Président Barroso (Commission) l’a présenté comme la conférence annuelle des dignitaires religieux. Ce qui pose plusieurs questions : Sur quelle liste ? Pourquoi sous la forme d’un sommet ? Quid des non-croyants ? Quid des minoritaires dans les religions ? De plus, cette approche est conservatrice, presque exclusivement masculine, mais surtout elle méconnaît complètement la représentation des 500 millions de citoyennes et de citoyens européens… Cela commençait mal. Sur pression des parlementaires, il a changé son fusil d’épaule mais avec beaucoup moins d’enthousiasme ! Le président Buzek (Parlement) s’est attaqué au problème. Mais pourquoi seulement le président ? C’est l’affaire de tous les parlementaires. Elle propose : de faire nommer un 2° Vice Président chargée de la Laïcité européenne, de sortir du cadre habituel des discussions du Parlement, de se doter de moyens techniques pour informer bien au delà des habitués du Parlement, c’est à dire les réseaux sociaux…

2/ Beaucoup de laïques ne sont pas organisés. Et elle l’explique par le fait que cette catégorie des « non religieux » n’est pas judicieuse. En effet, on n’organise pas les « non religieux » comme on le ferait avec les philatélistes… Et dans le même temps, les laïques sont sous organisés. La voix laïque n’est pas audible et il faut mettre nos forces en commun. On ne peut pas se permettre de ne pas le faire. Les Laïques, même s’ils n’ont pas l’habitude de travailler ensemble, doivent faire front commun.

Sophia In’t VELD fait remarquer que la Commission ne respecte pas l’article 17 qui indique que l’on ne « préjuge pas »… Or, elle fait sa propre sélection en jouant sur le statut particulier de l’église catholique. Elle exploite son statut d’Etat pour lui accorder une position privilégiée. De plus, ces relations manquent également de transparence et se concentrent sur une liste très restreinte de sujets: famille, femme, homosexualité, liberté d’expression et rien sur les autres sujets ! Or il y a aussi des problèmes à évoquer, par exemple sur les droits fondamentaux.

Nadia GEERTS, présidente de RAPPEL (Réseau d’Action pour la Promotion d’un Etat Laïque), évoque 3 questions, d’une façon très claire et très synthétique :

1/ Quelques principes : l’Etat n’a pas à s’occuper des consciences. On peut être non religieux sans être pour autant laïque.
2/ Quelques problèmes de fonctionnement : la définition du périmètre des organisations « non confessionnelles ».
3/ Une ligne de conduite : pragmatisme et Laïcité.

On pourra retrouver la philosophie des propositions de Nadia GEERTS sur le site de son association « RAPPEL: http://www.le-rappel.be/FR/

Pierre GALAND, président du Centre d’Action Laïque et vice-président de la Fédération Humaniste Européenne rappellera qu’il ne comprend pas le refus de la Libre Pensée d’être présente et de profiter de la tribune qui lui est proposée. Il précisera en quoi les laïques se distinguent des religieux: ni dogme, ni pouvoir central, mais partagent des valeurs citoyennes (libre examen, libre pensée), se reconnaissent citoyens libres et égaux entre eux et non prosélytes. Il recommandera d’avoir présent à l’esprit le panorama des relations Eglises Etats dans les autres pays européens et observera néanmoins que 40% des citoyens européens se déclarent non rattachés à une religion. Ils ne seraient donc pas concernés par l’article 17 qui utilise le concept de « non-confessionnel ». Citant H. Pena Ruiz « la foi tente de modifier la loi », il considérera qu’il faut faire évoluer la charte des droits fondamentaux puisque, au nom du principe de précaution, des médecins italiens aujourd’hui refusent de pratiquer des avortements, ou encore, elle permet la promotion du créationnisme ou la condamnation du blasphème. Il faut faire comprendre comment et pourquoi le discours des laïques est différent de celui des religieux, pourquoi nous avons un autre projet de société. C’est une éthique que nous avons à partager.

Il se résumera ainsi en forme de questions : nous avons des sujets à investir par rapport à la Charte, comment les défendre, avec qui, qui rencontrer, quelle structuration par rapport à celles des religieux qui sont de véritables machines de guerre ? 80% des subventions publiques vont aux ONG catholiques ou protestantes… Dans les domaines de la Santé, de l’Education, de l’Europe sociale, nous avons à nous positionner sur l’obligation de servir, à égalité, des services publics de qualité dans tous les pays de la Communauté européenne. Il terminera en insistant sur la question de la Communication qui doit nous permettre de nous mettre en ordre de marche pour nous faire entendre.

Michel PRAET, membre du cabinet du Président Van Rompuy, interviendra pour exprimer la différence qu’il fait entre la Laïcité « politique » et la Laïcité « philosophique ». Il évoquera une spiritualité laïque et agnostique et parlera d’un « monde de la non matérialité ». Ses propos seront accueillis avec une courtoise bienveillance toute diplomatique…

Au cours d’un premier débat, Pierre GALAND reviendra sur la nécessité de prendre en compte l’histoire des pays membres. Il rappellera que la Belgique n’a pas de « loi de 1905″, non pas qu’elle n’ait jamais été proposée mais elle n’a jamais été votée ! C’est ainsi qu’il existe des syndicats chrétiens et des syndicats catholiques. Il appellera à la vigilance quant à la demande des présidents qui souhaitent l’expression d’une « spiritualité européenne » ! Il faut refuser cela. Pour nous, seule existe la Démocratie. On peut débattre de l’Ethique, des questions sociales, démocratiquement !

Nadia GEERTS explicitera cette idée par l’existence de courants de pensée qui élisent leurs représentants. Pas besoin donc de faire double emploi en créant des « groupes séparés », à coté des parlementaires.

Denise OBERLIN, Grande Maîtresse de la GLFF, présidente de l’Institut Maçonnique Européen, commencera par dire sa préférence pour l’expression « organisations civiles et laïques » plutôt que « non confessionnelles ».

Elle fera des propositions d’organisations comme la « consultation » des organisations, quelques thèmes à aborder et soulignera les handicaps à ce dialogue : la primauté accordée aux dogmes qui ne permet pas d’avoir une réflexion complète, les droits des femmes alors que les inégalités sont accentuées par la crise, la nécessaire amélioration de la Charte des droits fondamentaux dans un sens contraignant et notamment le droit à l’éducation.

Elle soulignera l’intérêt de la plateforme évoquée par Sophia In’t VELD. Elle conclura par le souhait de voir mise en place une nouvelle cellule de veille.

Jean-Michel QUILLARDET, président de l’Observatoire International de la Laïcité et des dérives communautaires, rappellera qu’il préfère lui aussi, à la différence de la Libre Pensée, occuper le siège qui lui est proposé. Il rappellera les principes juridiques de la Laïcité en ces termes: c’est l’incompétence de l’Etat vis à vis des religions et l’incompétence des religions vis à vis de l’Etat. Il ne s’agit donc pas de réserver la Laïcité à ceux qui ne croient pas, elle concerne tous les citoyens. Dans l’espace public, on oublie ses spécificités pour faire cause commune, ce qui est fondamentalement différent des communautarismes qui revendiquent des droits particuliers. Evoquer les « racines chrétiennes » revient à figer, à enfermer, alors qu’il existe des sources multiples en Europe. Il ne faut pas entendre par religion la seule cléricature religieuse mais il faut surtout voir le rôle de la Foi qui, dans l’histoire, cherche à s’imposer par la force, cf. l’Inquisition. A ce titre, elle est intentatoire à la liberté de conscience. Il reviendra sur le statut particulier de l’église catholique, à la fois religion et Etat, qui lui permet d’intervenir aussi sur le plan diplomatique ! Cette confusion est lourde de conséquences dans l’Union européenne.

Il pointera une autre confusion, celle qui consiste à amalgamer la place de l’Homme et la démarche transcendentale. Mais il existe d’autres démarches: l’athéisme, l’agnosticisme, le positivisme. Or, on ne prend jamais en compte ces concepts philosophiques. Au contraire, certains politiques, dans tous les camps, ont remis la question du religieux à l’ordre du jour. On se souvient du discours du Latran et la comparaison entre l’instituteur et le curé. Il évoquera aussi la montée de l’Islam, qu’il explique non seulement par un développement des populations, mais surtout par l’abandon d’une partie de la population aux conséquences de la crise, par le fait de résider dans des espaces déshumanisés alors qu’on leur avait présenté leur présence en France comme un eldorado. Ces populations se sont tournées vers d’autres « chimères ». Il ne faut pas confondre, toutefois, Islam et islamisme, le spirituel et le temporel.

Alors, quel dialogue ? Si on accepte une conception laïque de l’Europe, on n’a pas besoin de rédiger un article 17 ! Mais il existe, alors il faut y aller ! Dans ce dialogue, les partenaires des institutions européennes sont de trois types: les associations religieuses et non confessionnelles, les associations ayant une conception du monde non religieuse et les associations de défense du principe de Laïcité. Certains sujets montrent leurs « différences »: la question du genre, la recherche sur les embryons, etc. Il fera deux propositions: un dialogue portant sur l’ensemble de la Société et un dialogue de type rencontre sur le principe de Laïcité entre les organisations religieuses et les organisations de défense de la Laïcité, c’est-à-dire des débats-confrontations sur les questions saillantes.

Catherine PICARD, présidente de l’UNADFI, souhaitera au cours d’un second débat, élargir le champs de l’action laïque aux sectes en faisant remarquer que le terme « organisations » du 3° alinéa leur permet d’être membres du BEPA, ce qu’elles sont depuis le début. Elle évoquera les dérives sectaires qui constituent de réelles menaces qui pèsent sur les personnes et sur les états membres du fait des différences dans les législations nationales, dans les structures de lutte contre les sectes et du lobbying que celles-ci exercent. Elle signalera l’intérêt de la FECRIS dans la coordination de cette lutte et proposera la coopération de l’UNADFI et de son centre de documentation.

Conclusion de Véronique DE KEYSER en deux points :

1 – Les laïques s’adressent à tous les citoyens, pas seulement à ceux qui partagent une croyance. Le socle de la citoyenneté c’est l’universalité. Dans le contexte de l’article 17 qui ouvre la possibilité d’un dialogue, il y a des thèmes sur lesquels ce que nous avons à dire ne peut l’être que par nous !
2 – Deux types d’organisation sont possibles :
a/ S’appuyer sur la représentativité de nos organisations pour installer les relations avec les présidents.
b/ Tenir compte de la nécessité de répondre dans l’urgence pour les élus. La Plateforme évoquée par Sophia In’t VELD pourrait être un cadre propice qu’il faudrait compléter par des systèmes d’alertes, par exemple l’Institut Maçonnique Européen.

Véronique DE KEYSER donnera une dernière information préoccupante, sur LE sujet d’actualité, le Fonds Européen, et pour lequel circule actuellement un projet. Il s’agirait de le réserver aux pays qui réussissent le mieux sur le plan économique !!! Les pays riches n’aideraient donc que les pays qui le sont déjà mais juste un peu moins !

Cette conférence publique a réuni plus d’une centaine de participants, principalement français, belges, hollandais, espagnols. Nous connaissons les difficultés du mouvement laïque à unir ses forces. Tout l’intérêt de cette initiative de Véronique DE KEYSER, militante infatigable de la laïcité en Europe, aura été de vérifier le niveau d’engagement des défenseurs de la Laïcité dans sa dimension européenne. Lorsque l’on prend conscience de l’état du rapport de force auquel nous sommes confrontés, lorsque l’on prend conscience des moyens (humains, financiers) et des complicités objectives dont les religions bénéficient au niveau de l’Union, on conçoit que la force qu’il faut opposer n’a plus rien à voir avec une atmosphère de fin de banquet, même républicain ! C’est une vraie mobilisation laïque qu’il faut organiser, ce sont de vrais moyens humains et financiers qu’il faut réunir, ce sont des méthodes et des spécificités qu’il faut mobiliser. Tout l’enjeu de l’initiative de Véronique DE KEYSER est de réussir à rassembler, autour d’une stratégie offensive européenne, les partenaires laïques.

Une phrase qui résume cette conférence : « Pour faire entendre la voie de la Laïcité en Europe, structurons-nous ! »
A suivre…

Gérard Contremoulin

Union européenne, les laïques furieux contre Barroso

19 octobre 2011

Pour agrandir l’article cliquer sur le lien suivant: Europe_LeSoir_19.10.11-1

« Faire référence à un texte signé par Mussolini est hallucinant s’agissant des Droits de l’Homme, une valeur fondamentale de l’Union européenne » s’exclame Véronique De Keyser !

6 juillet 2011

Mugabe à Rome avec la bénédiction de Mussolini
MARTIN,PASCAL
Page 12
Mercredi 6 juillet 2011

Union européenne La Commission renvoie à Latran

Le 1er mai, Robert Mugabe, quatrième président du Zimbabwe, est à Rome. Il participe à la cérémonie de béatification de Jean-Paul II.

Sa présence fait grand bruit. A 87 ans, Robert Mugabe a plusieurs œufs à peler avec les Etats-Unis et l’Union européenne. Lui et ses proches y sont interdits de voyage et leurs avoirs sont gelés depuis 2002 en raison de violations répétées des droits de l’homme et des libertés fondamentales commises par son régime. Le Vatican ne fait pas partie de l’UE, mais le vieux dictateur a dû obligatoirement passer par Fiumicino, l’aéroport de Rome. Passer sur le sol italien donc, où les policiers n’ont pas cherché à l’intercepter.

Mugabe recevra l’hostie à Saint-Pierre de Rome. Pour se dédouaner, le ministère des Affaires étrangères italien fera valoir qu’il existe des exceptions à la législation européenne. Le Saint-Siège observera pour sa part que « le Zimbabwe est un Etat avec lequel (il) entretient des relations diplomatiques » et qu’il « n’y a donc rien à cacher » sur la présence du président africain.

Exception à la règle

Deux mois plus tard, l’eurodéputée socialiste belge Véronique De Keyser n’a toujours pas digéré l’affaire. Elle a écrit à la Commission européenne pour s’enquérir des raisons de la prébende accordée par l’Italie à Robert Mugabe et a obtenu réponse le 28 juin. Celle-ci précise que les mesures restrictives à l’encontre du Zimbabwe ne valent pas pour la république italienne dès lors qu’il existe « un traité de réconciliation (accords du Latran) conclu en 1929 par le Saint-Siège (État de la Cité du Vatican) et l’Italie ». La Commission poursuit : « Il s’agit d’une règle générale fondée sur une obligation de droit international, qui s’applique à tous les régimes de sanctions mis en place par l’Union européenne. »

En 1929, les accords du Latran ont été signés entre Mussolini, Duce de l’Italie fasciste, et le Saint-Siège, représenté par le cardinal Gasparri, secrétaire d’État du pape Pie XI. Les accords ont mis fin à la « question romaine », survenue en 1870 après la prise de Rome par les Piémontais et son annexion au Royaume d’Italie. La souveraineté du pape a été limitée au seul État de la Cité du Vatican. En contrepartie, le catholicisme est devenu religion d’État en Italie.

Ces détails historiques ne sont pas de nature à calmer Véronique De Keyser : « Faire référence à un texte signé par Mussolini est hallucinant s’agissant des droits de l’homme, une valeur fondamentale de l’Union européenne. »

Mais il y a la forme et le fond. En parcourant les accords du Latran qui reconnaissent « la souveraineté du Saint-Siège dans le domaine international », on peut lire que « les agents diplomatiques et les envoyés des gouvernements étrangers près le Saint-Siège venant de l’étranger pour aller à la cité du Vatican (…) pourront sans autre formalité accéder à cette Cité à travers le territoire italien ».

L’eurodéputée ne s’en laisse pas conter pour autant. Pour elle, cette immunité diplomatique ne vaut pas pour un « criminel ». Véronique De Keyser a donc envoyé une autre lettre à la Commission pour lui demander à quel article des accords du Latran elle fait référence précisément. « Pour moi, ajoute-t-elle, il ne s’agit que d’une entourloupe pour passer outre aux droits de l’homme. »

Reste qu’accusé de violation des droits humains, de torture, de fraudes électorales… par la communauté internationale, interdit de séjour en Europe et aux Etats-Unis, lâché par plusieurs pays voisins, montré du doigt par les Nations unies, Robert Mugabe n’a toujours pas fait l’objet d’une condamnation…

C’est ainsi que le 1er mai, le vieux dictateur « mégalomaniaque » s’est retrouvé aux côtés d’autres chefs d’Etat venus du monde entier pour la béatification de Jean-Paul II. José Manuel Barroso, Herman Van Rompuy et Jerzy Buzek représentaient les différentes institutions européennes. Mais derrière.

L’Europe vaut-elle une messe ?

16 juin 2011

L’Europe vaut-elle une messe ?
LABAKI,MAROUN; MARTIN,PASCAL

Vendredi 10 juin 2011

Union européenne : La Hongrie fait donner son « Te Deum » à Sainte-Gudule

Une messe pour l’Europe sera célébrée le 14 juin à la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule, à Bruxelles. Officiellement, l’invitation en a été lancée par Mgr Léonard aux membres des institutions européennes, qu’ils soient fonctionnaires, députés ou commissaires. Mais qui veut prier pour l’Europe est le bienvenu, précise-t-on.

Une messe comme une autre ? Le contexte actuel n’est pas anodin. La célébration s’inscrit en effet dans la dernière ligne droite de la présidence hongroise de l’Union européenne, qui s’achèvera le 30 juin. Plus exactement, l’initiative émane de la communauté hongroise de Belgique. Elle a été relayée auprès de Budapest par la Comece, la Commission des épiscopats de la communauté européenne.

S’agissant de la Hongrie, cet office religieux interpelle. Parmi les associations de défense de la laïcité, mais pas seulement. En avril, le gouvernement conservateur de Viktor Orban a en effet fait voter une nouvelle Constitution qui se réfère à Dieu et au christianisme comme rassembleurs de la nation hongroise. Selon les défenseurs des droits de l’homme, le nouveau texte contiendrait en outre les ferments de lois susceptibles de brimer le droit à l’avortement, la différence sexuelle ou l’indépendance de la justice. Pas plus tard que mercredi, la Commission a pointé une campagne d’affichage anti-avortement lancée en Hongrie par le gouvernement Orban avec de l’argent européen. Au-dessus du logo de l’UE, un fœtus et ce slogan : « Laissez-moi vivre ».

Mais revenons à la messe. Ce n’est pas la première fois qu’une telle célébration est organisée : en septembre, la présidence belge de l’UE avait fait donner une « messe de rentrée européenne ». L’Eglise de Belgique souhaitait ainsi répondre au souhait exprimé par le pape Benoît XVI et apporter sa contribution à l’Europe comme « maison spirituelle ». La Pologne, qui assurera la présidence tournante dès juillet, pourrait en faire de même.

Les défenseurs de la laïcité ne critiquent pas la célébration de cette messe. « Pourvu que cela se passe dans la cathédrale, peu m’importe, lâche Pierre Galand, le président du Centre d’action laïque (CAL). Mais qu’un tel événement déborde sur l’espace politique, brouille la séparation de l’Eglise et de l’Etat, ce serait inacceptable. »

On n’en est pas là. Reste qu’au cours des dernières années, de telles ingérences ont été dénoncées. Le débat sur les racines chrétiennes de l’Europe et le lobbying religieux exercé lors de la préparation de certaines lois – bioéthiques notamment – sont perçus par le bord non confessionnel comme des étapes de la reconquête du temporel par le spirituel. Fin mai encore, une rencontre a mis en présence les représentants des Eglises et les présidents des trois principales institutions : Barroso, Van Rompuy, Buzeck, tous trois issus du PPE, le Parti populaire européen qui réunit surtout des chrétiens démocrates. Cette réunion avait pour but la mise en application de l’article 17 du traité de Lisbonne qui organise le dialogue entre l’UE et les Eglises. Concernées elles aussi, les organisations philosophiques et non confessionnelles n’avaient pas été invitées.

« Quid des autres ? la laïcité ? nous quoi ? », s’interroge Marcel Conradt, franc-maçon déclaré et attaché de l’eurodéputée socialiste Véronique De Keyser. Il réclame la tenue d’une rencontre semblable et propose qu’un des vice-présidents du Parlement, l’Espagnol Miguel Angel Martinez Martinez, serve de relais. Question d’égalité de traitement : un autre vice-président, Laszlo Tokes, magyarophone et évêque de l’Eglise réformée de Roumanie, a été en effet chargé du dialogue avec les Eglises.

Lors de cette rencontre, Herman Van Rompuy avait au passage réitéré sa foi : « Les valeurs ne peuvent survivre sans religion. » De quoi échauder les laïques qui n’en finissent plus de ronger leur frein. Il a fallu attendre la présidence belge de 2010 pour que la Fédération humaniste européenne soit reçue à ce niveau. Depuis, Budapest en a fait autant. Mais la frustration reste évidente.

La messe pour l’Europe a ses modérateurs. « Une eucharistie n’avalise pas tout ce qui se passe à l’intérieur des institutions européennes », commente le père Tommy Scholtès, le directeur de rédaction des médias catholiques. Pour Rik Torfs, sénateur CD&V et professeur de droit canonique (KUL), cette messe est un peu le « Te Deum européen ». « Une tradition de politesse mutuelle entre religion et Etat. » L’essentiel étant que « les Eglises n’entrent pas sur le terrain politique ».

Six mois hongrois. Une présidence qui sent la naphtaline

Jamais présidence tournante européenne n’aura véhiculé une si mauvaise image ! Il est vrai que le Premier ministre hongrois Viktor Orban et ses amis politiques incarnent le retour d’un monde ancien, traditionaliste, ultracatholique, nationaliste – tout droit sorti de la naphtaline communiste. On l’a vu dès le début de la présidence, en janvier, avec la nouvelle loi sur les médias : liberticide. Puis avec la nouvelle Constitution, qui a encore été débattue ce mercredi au Parlement européen : liberticide.

La Commission européenne s’est mollement élevée contre la loi sur les médias, et prétend attendre l’entrée en vigueur de la Constitution pour se prononcer. Et les valeurs européennes dans tout ça ? Ne sont-elles pas gravées dans la Charte des droits fondamentaux ? « Les institutions européennes ne doivent pas avoir honte par les temps qui courent, s’est écriée cette semaine, au nom du groupe libéral, l’eurodéputée roumaine Renate Weber. Nous devons nous battre pour rassurer tous les citoyens européens : nos valeurs sont au cœur de notre législation et elles sont là pour le rester ».

Le Fidesz de Viktor Orban a certes démocratiquement obtenu son écrasante majorité aux dernières élections, voici un an. Mais le silence embarrassé des dirigeants des principales institutions européennes – José Manuel Barroso, Herman Van Rompuy ou Jerzy Buzek, le président du Parlement européen – tient aussi au fait qu’ils appartiennent tous, comme Viktor Orban, au PPE, la grande famille politique conservatrice du continent.

Le PPE a bien un petit problème de conscience. De l’ordre du léger remords…

La conférence de presse de Nicolas Sarkozy à Bruxelles : une injure à la France !

17 septembre 2010


Conférence de presse de Nicolas Sarkozy à Bruxelles
envoyé par LCP-AN. – Regardez les dernières vidéos d'actu.

Je suis encore sous le coup de la conférence de Sarkozy hier (16 septembre) à la sortie du Conseil européen. Un Président blafard, bourré de tics, a fait un numéro magistral mais terrifiant. Habile à renvoyer la balle, arrogant, il a émaillé son discours chauvin – c’est une injure à la France !- d’un chapelet de contre-vérités et de mensonges. L’incident monté en épingle de la Commissaire Reding suffira-t-il à jeter un écran de fumée sur l’attitude honteuse du gouvernement français à l’égard des Roms ? A faire oublier la circulaire qui les cible – une malencontreuse erreur qu’il a, dit-il, tout de suite corrigée ? A voir. En tout cas pas dans les enceintes européennes Car si, comme il l’a rappelé, la France a déjà eu des brouilles avec l’Europe, cela n’a jamais été pour des suspicions graves de violations des droits fondamentaux.

Rappelons l’historique de cet incident. A la session de la semaine dernière à Strasbourg, les députés européens votent une résolution sur les Roms demandant au gouvernement français l’arrêt des expulsions. Le vote a été durement acquis. Mais la violence symbolique de ces expulsions, la réaction de l’Eglise, les doutes qui s’élèvent au sein même du parti du Président amènent certains députés de droite à se dissocier de l’attitude du gouvernement français et la résolution passe. C’est une belle victoire du Parlement mais aussi des meilleures valeurs européennes. Et la Commissaire Reding, qui représentait la Commission dans l’hémicycle, se fait prendre de volée par les chefs de groupe politiques. Ils lui reprochent son inertie. Pourquoi n’a-t-elle pas demandé de comptes au gouvernement français ? Pourquoi ne pas avoir entamé une procédure d’infraction ? Viviane Reding garde son calme et dit qu’avant d’entamer une procédure d’infraction, il faut qu’elle ait des faits, qu’on n’attaque pas aussi facilement un Etat. Tollé dans l’hémicycle. « Des faits, vous n’en avez pas assez ? Et les images TV et les destructions des camps par des bulldozers, cela ne vous suffit pas ? Quelle violence vous faut-il ? » Une députée écologiste française lui hurle « Et si vous n’avez pas de juristes capables de vous monter un dossier, on peut vous en fournir ! » Bref la pauvre Reding passe un mauvais quart d’heure. Mais la résolution est votée et le gouvernement français commence à fulminer. Les journalistes qui m’interrogent me disent « Vous n’avez pas l’impression de que c’est une gifle à la France ? » Je réponds « Si c’est une gifle à la France que de lui demander de ne pas expulser les Roms, je ne sais plus ce qu’on peut dire dans un Parlement ». Voilà pour le début de l’histoire.

Survient la circulaire qui vise bien et en priorité les Roms. Viviane Reding qui s’est fait remonter les bretelles croit tenir son fait indiscutable. Elle se sent bernée puisque dans ses rencontres avec les ministres français, ces derniers lui ont juré qu’ils travaillaient au cas par cas, dans l’esprit et la lettre des textes européens. Et elle fait une sortie maladroite en rappelant la seconde guerre mondiale. Maladroite ? Oui et non. Non parce que effectivement, cette seconde guerre mondiale est bien l’ancrage des valeurs européennes – celles qui consistent à ne plus jamais viser une race, une ethnie, un individu en fonction de ses origines. Et c’est précisément ce que Reding a dit. Mais maladroite, oui, parce que Sarkozy va habilement jouer de ce rappel pour prétendre avoir été assimilé au régime nazi, avec une banalisation de la Shoah. Ce qui lui permettra une fois de plus, de rejouer le couplet de l’injure à la France, de tancer Reding et de se moquer des petits pays. Merci pour eux : nous savons que des petits pays comme le Luxembourg ou la Belgique ne peuvent en rien se comparer à un GRRRAND pays qui compte des dizaines des millions de Français ! Bref c’est le GRRRRAND numéro. Oubliés les Roms ! Et dans la même foulée pour bien semer la confusion dans les esprits, Sarkozy reviendra sur les deux incidents de cet été en France, dans un discours sécuritaire, en omettant de dire que ni à Grenoble, ni à Saint-Aignan, il ne s’agissait de Roms, mais bien…de gens du voyage pour la plupart français depuis des générations.

La position de Sarkozy, n’a pas, contrairement à ce qu’il a dit, recueilli l’assentiment de tous les chefs de gouvernement présents au Conseil tant s’en faut. Et cela, de l’aveu-même de Herman Van Rompuy. Ce qui a été discuté au Conseil hier n’a rien à voir avec le fond du problème. C’est la forme de la sortie de Viviane Reding qui a été regrettée. Mais le Conseil a admis qu’elle avait raison de se saisir de la question puisque la Commission est la gardienne des traités et que la Charte des droits fondamentaux est contraignante.

C’est Sarkozy hier qui a jeté une ombre sur l’honneur de la France, pas Reding. Je relisais dans Le Soir, pour préparer la session de Strasbourg la semaine prochaine, le discours de Badinter à l’Assemblée nationale pour l’abolition de la peine de mort et je me disais : Comment un pays qui a su voter l’abolition de la peine de mort, en devançant, au noms de ses valeurs universelles, l’opinion publique très partagée sur ce thème, en vient-il maintenant à flatter les instincts les plus bas de cette opinion publique au nom d’une légalité soi-disant respectée dans l’esprit et la lettre ? C’est une injure à la France. A la France que nous aimons. Grand pays sans doute mais petit Président.