Véronique De Keyser

Députée européenne et conseillère communale à Liège

Vice-Présidente du Groupe Socialistes et Démocrates du Parlement européen

On va tenir tête à cette crise, le PS est sérieux et ce n’est pas aux citoyens à payer !

13 mai 2010

Blog du 13 mai. J’ai été peu loquace ces derniers temps. A part quelques petites phrases ça et là. Motif : le Soudan était dur. Il fallait digérer. Et j’ai repris immédiatement le boulot sans avoir le temps de souffler. Avec, cerise sur le gâteau, une grosse infection dont je ne parvenais pas à sortir. Ca va mieux aujourd’hui donc je retrouve un peu de voix.

D’abord, le 1er mai était chouette. Le matin au kiosque et à la Place St Paul, le soir à Amman en Jordanie, pour lancer un cri d’alerte sur la baisse alarmante du niveau de la rivière Jourdain. Elle sera complètement à sec en 2011 si des mesures drastiques ne sont pas prises. L’initiative d’alerter le monde a été prise par les maires des communes qui bordent la vallée du Jourdain. Ce sont des Jordaniens, des Israéliens et des Palestiniens. A Amman, ils ont dépassé leurs différences pour unir leurs efforts. C’était une rencontre pleine de symboles et d’espoir dans un environnement régional pourtant désespérant. Je suis revenue avec un magnifique certificat de « Championne  des eaux du Jourdain » que j’ai affiché dans mon bureau. Mais au-delà des certificats il va falloir travailler ferme pour sauver la vallée, son éco-système unique et la Mer Morte qui en dépend. J’organise une conférence au Parlement européen en juin sur ce thème.

De retour à Bruxelles, le travail parlementaire a été dominé par la colère des Grecs qui paient, très injustement, le prix d’une crise financière dont ils ne sont pas responsables. Crise sur fond de mensonges et de mauvaise gouvernance de la droite grecque et de la panne de la solidarité européenne. Après 3 morts à Athènes et la crainte d’une déferlante sur d’autres Etats européens (la Belgique est-elle vraiment à l’abri d’un tsunami ?) Angela Merkel et les autres dirigeants européens ont fini par cracher, du bout des dents, un plan de solidarité. Ce matin, Zapatero annonçait des mesures d’austérité avec une réduction des salaires des fonctionnaires. Aujourd’hui, même son de cloche du côté roumain où les retraites sont aussi touchées. C’est dans ces moments graves, sérieux, qu’on s’accroche à des valeurs sûres. Je veux parler du congrès du PS à Flagey mardi soir. J’ai beaucoup aimé. Ou plutôt : je me suis sentie mieux après les discours de Laurette, de Paul et d’Elio. Même thème, mais décliné sur trois modes différents. On va tenir tête à cette crise, le PS est sérieux et ce n’est pas aux citoyens à payer. Il y a d’autres endroits où on ira chercher l’argent. Pas question de le jeter par les fenêtres mais il doit aller là ou ça fait mal. J’ai eu droit- merci Elio pour cette inflexion !!- à moins de « gens » mais plus de « citoyens », de « concitoyens » ou de « camarades ». C’est ce que j’attendais. Juste après le congrès, petit diner chez Leila avec quelques amis dont Danny Cohn Bendit pour célébrer la venue de Nabil Shaat et la signature d’un accord, sur lequel j’ai beaucoup travaillé, entre le Fatah et le groupe socialiste (S&D) au Parlement européen.

J’ai aussi terminé ce lundi mon cours à l’ULg sur la Stratégie de l’emploi au niveau européen. On a fini par une critique –Constructive ? Mais oui mais oui ! – de la stratégie 2020 qui est la suite de la stratégie de Lisbonne. Mais le cours à peine fini, j’écoute la télé et décidément Barroso me rend folle. Quand je parle aux étudiants d’une gouvernance économique de la zone euro, cela n’a RIEN A VOIR avec le contrôle préalable par la Commission du budget des Etats ! Je me suis étranglée de colère en buvant mon café !

Enfin mieux vaut terminer sur une note très belle. Hier soir j’organisais au Parlement européen avec Rita Brosellino (une députée italienne, sœur d’un célèbre juge italien assassiné par la mafia) la projection d’un film d’avant-garde : La Paura, de Pipo Delbono. Le film est spécial, tourné uniquement avec un GSM et c’est une critique violente contre le système Berlusconi et le monde « spectacle », « people ». Et là, quelques émerveillements. D’abord Rita. Une femme de mon âge. Discrète au Parlement. Je ne l’avais jamais entendue parler. Et bien quand elle parle, tout le monde se tait. Ce qu’elle dit va au plus profond. C’est simple, c’est transparent, c’est juste. Ensuite, la salle. Hier soir, mercredi avant l’ascension, de 6 h à 9h du soir la salle A3G3 était pleine. Du jamais vu. Et enfin, le réalisateur Pippo Delbono : révolté, différent, admirant la tolérance de la Belgique qui ne connait pas le poids de l’Eglise comme en Italie. Vous êtes de Liège me dit-il ? J’adore le théâtre de la Place. Et je connais bien Rangoni. Décidemment le monde est petit et il peut être beau. A côté de ces éclats d’humanité, le refus de l’ambassadeur d’Israël de laisser notre délégation parlementaire aller à Gaza dans une dizaine de jours me semble bien misérable.

Si tous les commissaires ont réussi leur audition, l’écrasante majorité penche à droite : la faute à qui ?

9 février 2010

Blog du 9 février 2010. Accrochez-vous, je suis à Strasbourg. Sans conviction, mais aussi sans surprise, nous avons voté ce matin la mise en place de la nouvelle Commission européenne. Vingt sept nouveaux commissaires sous la houlette de José Manuel Barroso déjà bien connu dans la maison. Pourquoi sans conviction ? Parce que si tous les commissaires ont réussi leur audition (avec une belle courbe de Gauss, certains de justesse, d’autres avec brio, au milieu beaucoup avec des résultats honnêtes), l’écrasante majorité penche à droite. La faute à qui ? La faute aux élections nationales qui dans les 27 pays de l’Union ont porté la droite au pouvoir. D’où seulement 7 commissaires socialistes, aucun vert, et le reste, centre ou droite. Donc, un rejet de la Commission actuelle n’aurait en rien changé la donne politique : les pays concernés nous auraient produit une copie conforme en cas de rejet de leur poulain; les noms auraient changé, pas le pays ni l’appartenance politique. Mais il faut savoir parfois changer de poulain : la Bulgare Jeleva en a été l’éclatante démonstration. Son audition avait été navrante et la candidate avait fait preuve d’une ignorance sidérale. Elle fut vite remplacée par une autre commissaire désignée, bulgare elle aussi, de droite elle aussi, mais époustouflante et ce qui ne gâte rien, pleine d’humour. Accessoirement vice-présidente de la Banque mondiale, ce qui pour une future commissaire à l’aide humanitaire, était un bon tremplin. Avec ce léger toilettage, la commission était prête.

Donc le vote favorable a rencontré une écrasante majorité. Cohn Bendit, éternel opposant, s’est opposé. Rien d’inattendu. Mais il s’est lancé dans une casuistique subtile. Avec de splendides effets de manche, il a voté non à la Commission, tout en se déclarant prêt à la soutenir si elle œuvrait dans la bonne direction : en déployant une politique fiscale, en renforçant les efforts de lutte contre le changement climatique (à propos, un petit réchauffement ces jours-ci ne me déplairait pas !), en créant de l’emploi etc. Nous, les socialistes, avons dit oui mais en exigeant, en contre partie, du social, de l’emploi et l’étude a priori, avant toute décision législative, de l’impact social qu’elle risque d’avoir. La crise a plané sur toutes les interventions des groupes politiques. Il n’y a pas que Reynders qui joue au caméléon : Daul, le président du grand groupe du parti populaire européen y est allé de son couplet social et Verhofstadt, président du groupe libéral au Parlement européen, n’était pas mal du tout. C’est assez drôle d’ailleurs de se retrouver entre Belges au Parlement européen, avec Jean-Luc Dehaene (très distant), Guy Verhofstadt (drôle et bourré d’intelligence), Louis Michel (avec un potentiel d’indignation intact), Marianne Thyssen (effacée mais gentille), l’extrême droite flamande (bien propres sur eux, BCBG, ignobles), Frida Brepoels du NVA (chaleureuse et « humanitaire »), et puis beaucoup d’autres, Kathleen, Saïd, Isabelle, Marc, Fred etc.. Nous vivons ensemble dans un microcosme où les jeux politiques ne sont pas la transposition des jeux nationaux. Ce sont donc surtout les individualités et les caractères qui priment.

On vote aussi durant cette session sur l’accord SWIFT. C’est-à-dire un accord intérimaire de transmission des données bancaires aux Etats-Unis, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Initialement le réseau SWIFT est une coopérative d’origine belge qui sert de messagerie bancaire reliant près de 8.000 établissements financiers dans le monde. Les Etats-Unis ont utilisé ces données bancaires en réquisitionnant la copie des messages stockée aux Etats-Unis comme back-up de l’original stocké en Europe. L’affaire avait suscité un certain émoi, à cause de son manque de transparence (des messages étaient utilisés sans que leurs auteurs en aient connaissance et sans leur consentement) mais un accord intérimaire avait été consenti aux Etats-Unis les autorisant à continuer la consultation des données durant 9 mois, le temps de boucler un accord final plus soucieux du respect des libertés individuelles. Mais ne soyons pas naïfs, SWIFT ne fait pas que miner les libertés individuelles; il peut aussi être une arme d’espionnage économique. Etonnamment durant ces 9 mois, les inquiétudes du Parlement européen n’ont pas été prises en compte. Il a compté pour du beurre. Or aujourd’hui avec le Traité de Lisbonne le Parlement a un pouvoir de co-décision sur la négociation. Il faut son approbation sur un accord final. Les socialistes, les verts, la gauche unie, et les libéraux risquent de s’opposer. Les Etats-Unis sont furieux, Hillary Clinton téléphone à tous les numéros qu’elle a, dont celui de lady Ashton, nous sommes mis sous pression par les ambassadeurs américains dans différents pays. C’était le gros thème de discussion au Groupe ce soir : c’est clair, les socialistes continueront à dire non. C’est un peu de notre rêve américain qui se brise. La lune de miel avec Obama est terminée.

Et puis, de nombreuses réunions ont préparé le départ de la semaine prochaine en Colombie. Je n’ai déjà que trop parlé du problème colombien mais cette fois, c’est fait : on part. En groupe de «haut niveau» (et oui, c’est ainsi qu’on s’appelle quand le chef du Groupe part avec nous). Vous aurez au retour le détail de cette aventure. D’ici là, beaucoup d’eau coulera encore sous le pont.

Est-ce qu’un pays a le droit d’autoriser des crucifix dans des lieux publics sans contrevenir aux droits fondamentaux de ses citoyens ?

24 janvier 2010

Blog du 23 janvier 2010. Quand je me tais, il y a deux possibilités : ou je suis en période réfractaire, ou je suis submergée de travail. Période réfractaire ??? Vous voulez répéter la question ? Eh bien de mon temps, en première candidature de psychologie, on disséquait encore des grenouilles avec un vieux professeur de physiologie nerveuse, une gloire scientifique. On sectionnait le nerf spinal de la grenouille pour qu’elle ne sente rien, et puis on lui envoyait dans les pattes des influx nerveux en contrôlant ensuite l’activité du muscle. Mais si après une stimulation électrique, une autre stimulation survenait dans un temps rapproché, le muscle ne réagissait plus : il était en «période réfractaire», en hibernation en somme. Quand je suis rentrée de Copenhague, j’étais comme une grenouille «déspinalisée». Totalement KO, avec des sentiments très mélangés, de frustration, de colère, d’ébauche de stratégie pour l’avenir etc. Pas de place ici pour vous faire tout un bilan de Copenhague, mais cela vaudrait le coup un jour. Donc j’ai fermé la porte, la fenêtre, bloqué les issues et j’ai passé les vacances «dans la plus stricte intimité». Pas mis les pieds dans un restaurant ni dans un hôtel et, à part lire, envoyer une carte blanche au Soir à propos de Gaza, je me suis trainée une fois au cinéma voir le dernier Chéreau et c’est tout ! Moyennant quoi, au retour, la petite grenouille avait retrouvé son nerf spinal, et puis, j’ai été reprise dans la folle ronde des auditions des commissaires, agitation, TV radios et tutti quanti pour la mise en place de la nouvelle Commission Barroso. Plus une minute pour bavarder.

Je me suis assez exprimée sur ces auditions pour ne pas vous infliger un remake, mais je suis rentrée hier de Strasbourg et il y a un problème autour duquel le débat fait rage et dont j’ai envie de dire quelques mots. C’est la question dite «des crucifix». Est-ce qu’un pays, l’Italie -pour ne pas le nommer mais ce pourrait être Malte, ou l’Irlande- a le droit d’autoriser des crucifix dans des lieux publics sans contrevenir aux droits fondamentaux de ses citoyens ? En principe l’Europe ne doit pas se poser ce type de question : les affaires de culte ne regardent que les pays. Mais le droit de chacun à avoir ses propres convictions -croire ou ne pas croire- est un droit essentiel, et un arrêt récent de la Cour européenne des droits de l’homme a donné raison à une citoyenne qui se plaignait d’être forcée de subir des crucifix, alors qu’elle n’était pas catholique. D’où une levée de… crucifix au Parlement, avec des députés chrétiens qui voulaient à tout prix une résolution centrée sur le droit des Etats à imposer ce symbole religieux au nom d’un principe sacro-saint (c’est le cas de le dire), celui de la «subsidiarité». Ce principe, important en droit européen, signifie que l’Europe ne peut pas se mêler de ce qu’un Etat fait mieux à son propre niveau. Donc, guerre des religions pendant que j’étais à Copenhague. En communication avec mon service, j’ai bataillé ferme à distance, notamment avec les parlementaires français très soucieux de la laïcité de l’Etat, pour empêcher cette résolution de voir le jour. Et on obtient gain de cause. La sagesse l’emporte et on ne la vote pas. Mais rebeloteau cours de cette session de janvier : qu’est-ce que j’aperçois lundi en arrivant à Strasbourg ?? La résolution sur les crucifix est remise sur la table. Nouvelle partie de bras de fer. En début de session on vote…de ne pas voter ! Et une fois encore on gagne. Mais par contre, il y a une résolution sur les attaques contre les minorités religieuses, que j’accepte volontiers de co-signer avec le Parti populaire européen. C’est à propos de l’Egypte (assassinat de six coptes et d’un policier) et des pillages d’églises en Malaisie où les communautés chrétiennes et musulmanes se disputent l’usage du nom Allah. Mais hier matin, jeudi au moment de voter cette résolution, je découvre quatre amendements, déposés par les conservateurs chrétiens, qui concernent… devinez quoi ???- : les crucifix ! On les chasse par la porte ils reviennent par la fenêtre. Et l’interdiction des crucifix est considérée dans ces amendements comme une persécution religieuse ! Fort heureusement, le député italien Mauro qui est généralement le porte-étendard de ces questions au Parlement tient parole : il avait promis que la résolution «ne déborderait pas». Et il a donc donné ordre à son groupe de voter contre ces amendements. Ce qui était contre-nature pour certains membres de son groupe, mais son ordre a été suivi dans l’immense majorité. Voici les coulisses de l’intervention que j’ai fait ensuite en plénière et que j’ai mise sur le site. Mais les esprits sont tellement échauffés et radicalisés que je crains les prolongations. Demain, on parle ensemble de tout autre chose : des syndicalistes colombiens persécutés eux aussi et assassinés. En tant que Présidente du Jury Solidar, je leur attribuerai un prix le 3 février et j’irai quinze jours après en Colombie.

Blog du 6 décembre

6 décembre 2009

C’est la St Nicolas aujourd’hui. Je ne vais pas retomber en enfance mais je ne peux m’empêcher d’avoir un peu de nostalgie pour cette journée magique. Nous étions huit frères et sœurs à la maison et rien qu’à cause du nombre, même si chacun n’avait qu’un cadeau, la salle à manger paraissait inondée de jouets. Tout semblait possible alors. Est-ce qu’aujourd’hui ce l’est moins ? Bonne question ! J’ai définitivement cessé de croire en St Nicolas ou en Dieu lorsqu’à l’âge de six ans, ayant demandé pour tout présent de devenir un garçon, je me suis aperçue le 6 décembre que ce vœu n’avait pas été exaucé. Mon désespoir était total. Et ma détermination de ne plus jamais rien demander à St Nicolas -ni poupées, ni dînette, ni arc, ni flèche- a été décisive dans mon parcours de laïque. Je n’ai pas versé une larme mais je n’ai plus cru à rien, sinon que je me passerais désormais de toute intervention divine pour réaliser mes désirs. J’ai rangé au placard toute magie, qu’elle soit blanche ou noire. J’imagine que dans le monde aujourd’hui, des millions d’enfants demandent à devenir princes ou princesses, à être nourris s’ils sont affamés, à être aimés s’ils sont battus, à trouver une famille s’ils sont orphelins, à guérir s’ils sont malades et que St Nicolas hélas ne leur apportera rien de tout cela, même pas un jouet ou un chocolat. Et que sur ces questions essentielles -lutter contre les discriminations, aimer, nourrir, protéger et offrir un futur meilleur- les hommes sont supérieurs aux Dieux. Nous pouvons leur assurer cela, St Nicolas pas. Nul blasphème ni parjure dans ces lignes mais une lourde responsabilité des politiques. Hier un train est parti pour Copenhague, bourré d’ONG, de citoyens, de politiques. Et si Copenhague était la meilleure promesse d’un futur différent ? J’y serai très bientôt. C’est sans doute le rendez-vous le plus important de ce troisième millénaire. Niveau 9 sur l’échelle de Richter !

Je suis revenue de Madrid très fatiguée mais assez rassurée sur la qualité de la nouvelle présidence espagnole. Car il y aura au 1er janvier 2010 une présidence espagnole durant six mois, suivie immédiatement d’une présidence belge et ensuite d’une présidence hongroise. Et Van Rompuy dans tout çà ? Et Lady Ashton ? Et Barroso ? J’imagine qu’entre tous ces présidents et hauts représentants vous avez le tournis ? Vite un mot d’explication. Herman Van Rompuy a été désigné par ses pairs, c’est-à-dire les chefs de gouvernements, Président du Conseil européen. C’est comme dans le conseil d’administration d’une a.s.b.l : l’assemblée générale vote sur les membres, désigne un conseil d’administration et celui-ci se choisit un Président. Notre Herman à nous. Pas mal pour des petits Belges, non ? Et puis le Conseil s’est choisi un porte parole pour les relations extérieures : c’est Cathy Ashton, dite aussi Lady Ashton. Cette députée britannique était déjà Commissaire aux Relations Internationales dans l’actuelle Commission. Peu de ladies sont aussi «nature» que Lady Ashton. Elle est très, très British, très, très simple. Et très chouette. Certains ont dit qu’elle était incompétente. D’autres qu’elle avait des dents de cheval. D’autres encore qu’elle n’allait pas tous les jours chez le coiffeur. C’est odieux mais on reconnaît là la finesse de l’analyse politique dont font preuve certains confrères machos, notamment les députés conservateurs britanniques. La vérité est que Cathy Ashton, qui a repris il y a un peu plus d’un an la succession du commissaire Mandelson au commerce international, s’est vite adaptée à la Commission et qu’elle sera sans doute tout aussi efficace et tout aussi rapide en succédant à Javier Solana. Car le Traité de Lisbonne a introduit une innovation importante. Le Haut représentant n’est pas seulement le porte parole du Conseil, il est aussi le Vice-Président de la Commission. Lady Ashton est donc un trait d’union obligé entre le Conseil et la Commission. Entre Van Rompuy et Barroso. Toute tension entre ces deux grandes institutions la déchirerait en deux comme dans le jugement de Salomon.

Et les présidences espagnole, belge et hongroise ? Et bien tout ça continue comme avant. Le Traité de Lisbonne n’a pas supprimé cette implication particulière des pays dans la politique européenne. C’est-à-dire que les pays différents continueront à animer une présidence tournante tous les six mois, en imprimant chacun leur marque. La Présidence espagnole va se centrer sur l’économique et le social : socialisme oblige. Le taux de chômage que subit actuellement l’Espagne est là pour rappeler à ses dirigeants que si la crise financière tend à se résorber, l’emploi continue à faire défaut : des mesures à l’échelle européenne s’imposent. L’Espagne a aussi pris des mesures exceptionnelles pour lutter contre la violence à l’égard des femmes, en particulier la violence conjugale. Cette violence tue plusieurs femmes chaque jour en Europe. L’Espagne tentera donc de produire une directive contre la violence à l’égard des femmes en s’inspirant de sa propre législation, exemplaire. L’agenda de la Belgique n’est pas encore bouclé mais on sait qu’elle aussi misera sur le social. L’idée de lutte contre la pauvreté et d’un revenu minimum à l’échelle européenne est à l’ordre du jour. Quant à la hongroise on attend. Ce pays vit de plein fouet la montée de mouvements d’extrême droite très durs, et cette présidence est très attendue dans sa lutte contre ce fléau.

Demain au Parlement je reçois une centaine de musiciens et de choristes venant d’Antioche et appartenant à diverses confessions. C’est ma manière de protester contre le référendum suisse et son relent d’islamophobie. Quoi une laïque qui joue dans cette partition œcuménique ? Pourquoi pas quand il s’agit de lutter contre les discriminations ? Après tout, Mozart n’a-t-il pas écrit un Requiem ? Oui, décidément aujourd’hui, jour de St Nicolas, comme autrefois, tout me paraît possible.

Un accord-cadre avec la Lybie ? Ce serait une honte !

30 septembre 2009

« Un accord-cadre avec la Lybie ? Ce serait une honte ! » déclare l’euro-députée PS belge Véronique De Keyser, Vice-Présidente du groupe Socialistes et Démocrates.

La Commission européenne prépare aujourd’hui un accord-cadre avec la Lybie. Cet accord prévoit entre autre le refoulement possible vers ce pays de tout ressortissant lybien tentant de pénétrer illégalement en Europe, mais aussi de tout autre immigrant illégal ayant transité par la Lybie. L’Union européenne « aiderait » la Lybie à mieux contrôler ses frontières et à mettre sur pied des centres de détention. Et tout ceci en reconnaissant l’état déplorable des droits de l’homme dans le pays et les risques que les conditions de détention soient pénibles, voire dangereuses pour les détenus.

A Monsieur Mingarelli, directeur général-adjoint à Relex, venu expliquer à huit-clos ce projet d’accord-cadre aux députés de la Commission des Affaires étrangères, Véronique De Keyser, scandalisée, s’est esclamée: « Êtes-vous conscient que vous renverrez ainsi dans des centres de détention lybiens des immigrants qui vont y risquer leur vie ? Mais, c’est dans ce cas, plutôt le droit d’asile en Europe qu’il faudrait leur offrir en Europe ! »

Ce projet d’accord-cadre n’a pas encore de base juridique définie. En clair, on ne sait pas encore aujourd’hui si le Parlement aura à l’approuver par un avis-conforme. Si le Parlement ne doit pas l’enteriner comme il le ferait pour tout autre accord de coopération, l’entourloupe serait alors de taille ! Non seulement il s’agirait d’un cadeau à Sylvio Berlusconi qui a, de son côté, conclu des accords bilatéraux avec la Lybie (accords qui ont été largement contestés), mais ce serait sans doute un véritable backchiche, sans le moindre contrôle démocratique. Le prix de son soutien sans faille à José Manuel Barroso, et à sa réélection à la présidence de la Commission !

« C’est une honte! » a déclaré l’euro-députée Véronique de Keyser. « Faut-il alors encore mettre dans les accords que le pays doit souscrire aux droits de l’homme, alors que nous allons créer de véritables camps aux frontières de l’Europe, en toute connaissance de cause ? »

Monsieur Mingarelli a, de plus, annoncé que des ONG seraient chargées (!) de veiller à ce que les détentions se fassent de façon décente, mais sans grande illusion « le régime étant ce qu’il est »…
« Depuis quand les ONG sont-elles chargées de faire la politique des Droits de l’Homme, au coeur des valeurs européennes, alors que les politiques répressives de l’immigration, mises en place par l’Union, les foulent aux pieds ? C’est totalement inacceptable » a déclaré Véronique De Keyser.

Véronique De Keyser
Députée européenne
Vice-Présidente du groupe parlementaire « Socialistes et Démocrates »

Barroso, serviteur servile d’un Conseil qui regroupe en Europe 27 gouvernements dont 7 seulement comportent des socialistes !

22 septembre 2009

Ma pharmacienne me demande :

- Est-ce que vous avez voté pour Monsieur Barroso ?

- Mais non Madame. Bien sûr ! Aucun socialiste belge n’a voté pour lui !

Même question à la brocante de St-Pholien :

- J’espère que vous n’avez pas voté Barroso ?!

- Non, c’est évident !

Que se passe-t-il ? Et qui est Monsieur Barroso ? C’est l’actuel président de la Commission européenne, qui vient d’être reconduit pour un mandat de cinq ans. Ce n’est pas une bonne nouvelle. Homme politique portugais, ami de G.W Bush, il avait en son temps soutenu la guerre d’Irak et son orientation est clairement à droite. Élu il y a cinq ans Président de la Commission européenne, il a dirigé cette institution en prenant grand soin de ne fâcher aucun gouvernement : les mauvaise langues disent qu’il était le «valet du Conseil» c’est-à-dire le serviteur servile d’un Conseil qui regroupe en Europe 27 gouvernements dont 7 seulement comportent des socialistes. Autant dire un Conseil à droite, très à droite. Il n’est donc pas étonnant que pendant cinq ans la Commission ait continué à détricoter les services publics, à pousser la libéralisation de la Poste, à rester sourde aux revendications des agriculteurs, et à ne proposer que des «mesurettes» face à la crise financière. Il n’y a guère qu’en matière de changement climatique que l’Europe peut garder la tête haute, mais ce n’est pas suffisant.

Et voilà qu’à la session parlementaire de septembre à Strasbourg, José Manuel Barroso, seul candidat du Conseil, se présente devant le Parlement européen pour être réélu. Et il passe avec une très confortable majorité. Les élus européens sont-ils devenus fous ? Non. Ils sont seulement majoritairement à droite. Voire extrêmement à droite. Les dernières élections européennes ont en effet marqué l’arrivée de députés d’une droite très dure, populiste, dont certains membres, des Hongrois, sont arrivés à la première session de Strasbourg avec des tenues paramilitaires! Et José Manuel Barroso, qui est un homme habile, a même pu compter sur le soutien de quelques socialistes. Les socialistes portugais ont voté en faveur de Barroso par solidarité nationale; les gouvernements espagnol et britannique ont sans doute accordé leur appui à sa candidature contre quelques nominations prestigieuses. Bref un troc peu glorieux dont on se serait bien passé en période de crise. José Manuel Barroso quant à lui n’est pas à un tour de caméléon près. Pour séduire le groupe des socialistes, il a prétendu, la main sur le cœur, qu’il se battrait pour une Europe sociale, qu’il lutterait contre le dumping social, qu’il protégerait les services publics : bref qu’il s’était converti aux valeurs de la Gauche. Mais la grande majorité des socialistes ne l’a pas cru. Quant aux socialistes belges, ils ont bien résisté et voté NON.

Vous résistez, vous résistez, et puis quoi ? Ça me fait une belle jambe me dit le brocanteur de St Pholien ! Les fermiers vont continuer à déverser leur lait dans les fontaines et vous allez continuer votre petit train-train ? Non, nous résisterons avec un front de plus en plus large à Gauche, un front encore à construire. Car toutes les nouvelles d’Europe ne sont pas mauvaises. Si la droite s’organise, la gauche aussi. J’étais à Rome et à Naples le week-end dernier, au premier rassemblement de «Sinistra et Libertad», Gauche et Liberté. Ce mouvement qui commence à faire tâche d’huile en Italie, rassemble des socialistes, des écologistes, des communistes italiens qui ne se retrouvent pas dans le Parti Démocrate, le nouveau parti du centre gauche, trop timide à leurs yeux. Ils m’avaient invitée à parler à leur meeting, avec Cohn-Bendit et un leader de Linke, le nouveau parti allemand à la gauche du SPD. Il y avait un monde fou, plein de jeunes, la maire de Naples était venue marquer son soutien, et pourtant elle n’est ni socialiste, ni «Sinistra et Libertad» – mais tous les participants se disaient : si nous continuons à bâtir l’Europe en dressant les pays et les peuples les uns contre les autres, les pauvres contre les plus pauvres, les consommateurs contre les travailleurs, nous nous serons trompés d’Europe. Le temps des petites négociations tactiques, le temps des trocs indécents sont terminés. C’est avec cette Gauche recomposée qu’il faut faire face à la crise. C’est avec elle qu’il faut lutter contre la corruption ou la mafia. C’est avec elle qu’il faut faire une politique d’immigration commune, respectueuse des droits de l’homme, pour empêcher Berlusconi de refouler vers la Lybie les bateaux du désespoir. La volonté et le pouvoir de changer le monde restent de notre côté.

Véronique De Keyser a bien évidement voté « NON » à la présidence de Monsieur Barroso

16 septembre 2009

Véronique De Keyser a dit « non » à la réélection de Monsieur Barroso à la présidence de la Commission. De la part d’une femme politique de Gauche, aucun autre vote n’était envisageable malgré toutes les promesses faites par le candidat Barroso. Des promesses qui, pour la plupart, étaient les mêmes que celles déjà avancées en 2004.

Monsieur Barroso reste et restera le président faible voulu par la plupart des chefs de gouvernements européens. Une présidence serviable et corvéable… Guerre d’Irak, suivi de la politique bushienne, détricotage des services publics, prédominance du marché libéral, Europe de la finance, dérives du capitalisme financier, influence des lobbies religieux sont les résultats de sa présidence passée. Véronique de Keyser ne pouvait donc que voter  » NON ». Elle estime que les gouvernements dits de gauche ou les quelques députés socialistes qui ont soutenu pour diverses raisons le candidat Barroso, n’ont manifestement rien retenu des leçons du très récent passé.

Monsieur Barroso restera malheureusement le président caméléon qu’il a été jusqu’à ce jour. Religieux devant les églises, laïque devant les laïques, de gauche devant la gauche et enfin et surtout, sous son vrai visage, de droite devant ses alliés et maîtres du PPE.