Véronique De Keyser

Députée européenne et conseillère communale à Liège

Vice-Présidente du Groupe Socialistes et Démocrates du Parlement européen

Cet été a vraiment été, pour la France, l’été de la honte…

28 août 2010

Blog du 27 août 2010. Cet été a vraiment été, pour la France, l’été de la honte. Je veux parler des Roms. On a longtemps pensé que l’amalgame entre Roms, Roumains et criminalité était une spécialité berlusconienne, aussi peu exportable que la recette des vrais spaghettis à la Bolognaise. Et bien pas du tout. Sarkozy fait tout aussi bien : il voudrait même faire mieux. Le premier signe de dérive, marquant le dépassement de la ligne rouge, c’est quand Hortefeux s’est interrogé sur les luxueuses voitures tractant les caravanes des Roms. Car on ne dit plus roulotte mais caravanes, comme si les Roms se payaient des vacances quatre étoiles en squattant les espaces réservés au contribuable français. Mais d’où viennent leurs revenus ? Mais oui Monsieur d’Hortefeux, à qui les déclarent-ils finalement ? Alors que les Français, les vrais, les Blanc-Bleu-Belge de l’identité nationale française paient tellement d’impôts – malgré le bouclier fiscal – et que le pauvre Monsieur Woerth , ce gendre parfait, ce ministre discret, ce trésorier de l’UMP modèle, se débat dans une cabale indigne ? Indigne de qui ? Indigne de l’image qu’on se fait de la France ?

Je n’ai jamais entendu autant de cocorico, de nationalisme éculé, de racisme même pas déguisé, pour cacher les misères d’une présidence qui se noie. Je n’ai jamais entendu autant la légalité servir de cache sexe politique à la honte. Mais oui, il était normal que je rende de l’argent à Madame Bettencourt, c’est l’effet du bouclier fiscal, j’étais dans la stricte légalité ! Mais oui, il est normal de refouler les Roms, de démanteler les camps illégaux, ce sont les directives européennes. J’ai déjà entendu la France être moins regardante sur les directives européennes. Rappelons-nous simplement comme elle est montée au créneau pour défendre en son temps Areva, en grandes difficultés financières, au mépris des règles européennes. D’habitude la France agit puis négocie avec l’Europe après. Dans le domaine de l’immigration illégale, elle obéit d’abord : Strange is not it ?

Immigration illégale ? Encore une fois, le terme utilisé pour stigmatiser une population bien déterminée, prête à confusion dans l’esprit du public. Car les Roms sont Européens. Qualifierait-on aussi facilement d’immigration illégale la présence des Belges, des Espagnols, des Italiens, qui après avoir passé trois mois en France ne pourraient témoigner d’un revenu du travail ? Le Ministre de l’Intérieur français déciderait-il subitement, après une nouvelle audition de Monsieur Woerth « Tiens, aujourd’hui, pour faire passer la pilule, je vais reconduire à la frontière tous les Belges résidant en France sans travail ? Et je fais un communiqué de presse sur l’immigration illégale des Belges en France ? » Non bien sûr. Même si les Belges sans travail dans l’Hexagone, à titre individuel, sont bien priés de quitter le territoire. Pour le Rom, le traitement est très différent. C’est la stigmatisation d’un groupe, les allusions à son taux élevé de criminalité, à ses revenus, cachés – Mais non ils ne sont pas si pauvres que cela, regardez leurs grosses voitures ! -, les confusions constantes entre Roms, Roumains, gens du voyage bien Français, eux depuis plusieurs générations : c’est tout cela qui donne la nausée, qui sent le bouc émissaire. Et ne parlons pas de la brutalité des décisions, des femmes, des enfants à la scolarité interrompue, jetés dans la rue, sans ménagement. La chasse est ouverte. Sachant que cette chasse s’ouvre sur une population fragile, partout discriminée en Europe, mal intégrée et donc rejetée, dont le mode de vie différent suscite la méfiance, on voit que la cible est bien choisie. Qui va les défendre ? Le gouvernement roumain qui fait si peu pour eux ?

Heureusement, des voix se sont élevées. La palme revient à ce prêtre français qui, non seulement renvoie sa décoration à l’Elysée, mais prie pour que Sarkozy ait un infarctus. Le problème évidemment n’est pas de prier – certains Américains avaient prié pour que Bush s’étrangle et il s’était étouffé avec un muffin – mais d’être entendu. Et si Dieu ne l’a pas entendu, par contre sur les ondes, il est bien passé ! Le pauvre a du se rétracter et aux dernières nouvelles, il aurait demandé à Dieu que Sarko ait un coup de cœur… pour les Roms bien entendu ! Voilà au moins quelqu’un qui a été éduqué chez les Jésuites. Mais plus sérieusement, ce prêtre travaille depuis des années, sur le terrain, avec les Roms et quand il est écœuré, il est crédible. Il sait de quoi il parle. Il n’est pas le seul. Pour des raisons politiques, comme pour des raisons éthiques, humanitaires, la France a bougé, à droite comme à gauche. Du coup Sarkozy expédie ses ministres en Roumanie, en appelle à l’Europe. Qui elle aussi s’inquiète de la dérive. Et même le Pape – mon dieu quelle finesse, cette petite adresse bien envoyée en français s’il vous plait ! – s’est ému. Bref cette levée de protestations minimise le risque d’une épidémie européenne. Le risque pourtant n’est pas négligeable. Trop de gouvernements de droite, nationalistes et coalisés avec des extrémistes, seraient heureux d’emboîter le pas à d’aussi illustres prédécesseurs. Car Berlusconi et Sarkozy, ce n’est pas rien. Et comme c’est légal, pourquoi s’en priver ? Je me suis d’ailleurs laissé dire qu’en Belgique, nous n’étions pas blancs comme neige et que des photos de voitures luxueuses tractant des caravanes, avaient bien circulé dans la presse ? Donc l’épidémie pourrait être plus sévère que celle de la grippe N1H1, et le seul vaccin, c’est le réveil des consciences : « Quand ils ont arrêté les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste ; quand ils ont arrêté les socialistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas socialiste ; quand ils ont arrêté les juifs, je n’ai rien dit, je n’étais pas juif ; quand ils sont venus m’arrêter, il n’y avait plus personne pour protester » » (citation diversement attribuée à Berthold Brecht ou au pasteur allemand anti-nazi Martin Niemöller). Il y a urgence à se réveiller.

PS : Était-ce un muffin qui a failli nous priver de Bush ou une autre pâtisserie aux consonances américaines ? Que celui qui a la réponse la communique sans délai : il ne sera pas poursuivi !

La Belgique est un allié européen sûr !

12 juillet 2010

Blog du 11 juillet 2010

L’été est là. Il fait torride. Ai à peine la force d’aligner quelques souvenirs de la dernière session de Strasbourg car il fait, à l’ombre, 34°. C’est moins qu’au Soudan mais c’est chaud tout de même! Cette semaine, arrivée en force de nos ministres au Parlement européen, Flamands en tête. En effet, à part Paul Magnette qui a fait une rapide incursion à Strasbourg et Olivier Chastel qui s’efforçait de prendre ses marques, les débuts de la Présidence belge ont été flamands. Mais pas moins sérieux pour autant. Comme l’a dit sans rire Yves Leterme: «Etant en affaires courantes on peut se consacrer 100% à l’Europe». Donc nous aurons une présidence belge spéciale «tout à l’Europe» pendant que leurs successeurs s’affairent à négocier dans la plus grande discrétion. La Belgique est un allié européen sûr. On devait se mordre la langue pour ne pas dire «Nous, on n’est pas des Tchèques!» ce qui est politiquement très incorrect, mais convaincant. Cela signifie en clair «Ne vous en faites pas, on est des Européens convaincus, partisans de la méthode communautaire, prêts à la présidence depuis des mois, avec des gouvernements régionaux aussi forts que des lions, aussi vigoureux que des coqs, bref des forteresses imprenables et si tout le monde ne connaît pas la Brabançonne, on a des artistes: Leterme chante très bien la Marseillaise et Elio l’Internationale. N’ayez pas peur, l’Europe est en crise mais les Schtroumpfs sont arrivés!». Du coup, galvanisés, les députés ont voté le Service d’Action Extérieure qui dote enfin Cathy Ashton de moyens pour sa politique extérieure européenne – la bagatelle de 5000 diplomates. Et ils ont voté, pas tout mais une partie du «paquet financier» c’est-à-dire les moyens dont l’Europe va se doter pour contrôler le système financier. Ce n’est pas quand toutes les revues parlent de régime miracle, de sexe durable, ou de scandales croustillants comme l’affaire Bettencourt, que je vais disserter aujourd’hui par 34° à l’ombre du Service d’Action Extérieure ou de la régulation du système financier. À quelques heures de la finale Espagne/Pays-Bas je ne suis pas folle. Sachez tout de même que c’est important et qu’on en reparlera quand il fera moins chaud. Pour l’heure, encore une petite semaine de travail et puis vacances. Demain et mardi, je planche avec la présidence belge, la Commission et 150 ONG des Droits de l’Homme sur la cohérence des politiques européennes. Je défends ensuite à la Commission développement mon rapport sur les mutuelles en Afrique, je dine avec le premier ministre Salam Fayyad mercredi soir, puis encore quelques réunions et….mystère !

Je reprends ce blog avant de vous le poster, car la finale vient de s’achever sur la victoire de l’Espagne ! Bravo à tous les pays qui ont participé à cette coupe du monde de football. Et que mon équipe parlementaire, majoritairement composée d’espagnols – Laure, Sophie, Waldo… – et tous les autres, reçoivent mes plus chaleureuses pensées !