Véronique De Keyser

Députée européenne et conseillère communale à Liège

Vice-Présidente du Groupe Socialistes et Démocrates du Parlement européen

Blog de campagne (11)

15 mai 2009

Jeudi 14 mai. Hier la journée avait mal commencé : nouveau «bug», nouvelle gaffe -moins sérieuse que celle des cartes postales où le nom de Valérie Déom avait été escamoté- mais tout aussi lourde. Un article dans la Meuse signale que mes affiches, comme celles de certains candidats, ne sont pas règlementaires car elles ne comportent pas le nom de l’éditeur responsable. En soi, il n’y a pas mort d’homme. Mais prudemment, M. suggère de réparer immédiatement l’erreur. Il commande un tampon encreur à appliquer sur toutes les affiches. Vous me suivez ? N’ayant pas derrière moi une armée de colleurs, j’étais loin, fort heureusement, d’avoir rempli d’affiches tout un hangar, mais tout de même. Après les étiquettes à scotcher sur des milliers de cartes postales, le coup était dur. On en discute durant la réunion de campagne jeudi midi et courageusement, alors que je planchais le soir à la Ligue de l’Ouest, autour d’une grand table à proximité du bar, l’équipe tamponnait ferme. Mais dans l’hilarité. Elle a épuisé notre modeste lot. Des affiches de collection : elles sont toutes règlementaires ! Ce qu’il y a de formidable dans cette équipe, c’est sa capacité à renverser les situations, dans une fraternité totale. Plus ça va mal, mieux on s’en sort. Pour dire, on a tous et toutes (surtout toutes) : des problèmes de santé, des problèmes de famille, des doutes métaphysiques, des coups de blues et des coups de cœur, et quand on agite tout cela, il en sort un mélange énergisant. Ca va bien, ça va mieux. Je supplie chacun de s’économiser un peu car il faut encore tenir trois semaines. Ce matin, H. avait mal à la gorge. Elle voulait m’accompagner à Bruxelles au bal de Fadila. Non, au lit. J’ai besoin d’elle absolument en super forme après le W.E. Et le reste de l’équipe de Liège ne viendra pas non plus. – Tu vas y aller seule ? – Mais oui, sur place j’ai des amis. Tous me regardent incrédules – Ca va aller pour conduire ? J’ai l’impression de tourner un épisode de Bécassine à Bruxelles. Bien sûr, ça va aller : après tout, j’ai appris à conduire sur le circuit de Francorchamps, quelle insulte ! Mais ils ont raison. Quand je suis crevée, je m’endors au volant tout simplement. Donc je resterai dans la famille à Bruxelles avant de partir à Frameries le lendemain matin. C’est vrai que les campagnes électorales ont toujours été pour moi un moment privilégié. Mais celle-ci en particulier. Alors que la situation politique est difficile, grâce à cette petite équipe et grâce à des rencontres inoubliables, je me dis que c’est une expérience unique. Un cadeau.

Vendredi 15 mai. Ce matin, crise de conscience. C’était la grande manifestation des syndicats européens à Bruxelles. Je n’ai jamais raté une manifestation, leur combat c’est le mien. Mais c’était aussi mon dernier jour de cours à Liège. J’avais pensé monter à Bruxelles, serrer quelques mains, me « montrer », redescendre donner cours à 14 heures, puis rejoindre à nouveau Bruxelles pour le bal de Fadila. Chez moi les réveils sont toujours pénibles mais ce sont en même temps des moments de grande lucidité du style : – à quoi ça sert que je fasse tout cela ? Quel sens donner à ma vie ? Etc. Et ce, en méditant devant un bol de café au lait avant que la vie ne me rattrape et ne m’empêche de penser. Ce matin, à moitié endormie, je me suis dit : – Mais tu es folle. Si tu as appris à conduire sur le circuit tu n’as gagné aucun prix et cet aller retour va te tuer. Serrer des mains simplement pour te montrer, c’est vraiment une imposture. Prépare bien ton cours, reste sagement à Liège et tu monteras à Bruxelles ensuite.

Il y a des personnes qui ont des consciences, des anges gardiens et tout le reste. Moi, j’ai ces instants graves où j’interroge mon bol de café au lait. N’importe qui vous dirait que je suis dans les vaps. Mais non, j’étudie l’agenda de ma journée. Finalement j’ai eu raison. Le cours était merveilleux. Les étudiants savent tout sur la stratégie de Lisbonne, le cas Laval, la directive sur le temps de travail et la cadre de qualification européen. Que vouloir de plus ?

Blog de campagne (8)

11 mai 2009

Vendredi 8 mai. Le soir à Liège, la fête de l’Europe a été un succès. Un succès un peu assourdissant, vu la sono qui freinait les échanges politiques, mais un vrai succès festif. Tous mes interlocuteurs un peu gênés me faisaient répéter : – Quoi, excusez-moi, j’ai une mauvaise oreille ? – Mais non, c’est la sono, c’est normal ! – Quoi ? Qu’est-ce que vous dites ? – Je dis que c’est normal ! Benoît Hamon, venu représenter le parti frère français me demande, assez ahuri : – c’est toujours comme ça chez vous ? Oui c’est toujours comme ça quand c’est la fête. Et on a besoin, au début d’une campagne, de recharger les accus. Moi, je les ai rechargés immédiatement lorsque j’ai été abordée par trois jolies jeunes filles : – Vous ne nous reconnaissez pas ? – Attendez…des étudiantes ? – Mais oui, vous nous avez donné cours cet après-midi ! Vous ne sous souvenez pas ?? Là, c’est vrai, je tombe des nues. Je les ai quittées il y a à peine deux heures mais l’enseignement et la politique sont des compartiments tellement étanches pour moi que j’ai peine à faire la connexion ! Je leur demande : – Ca va le cours, ça vous intéresse (la stratégie de l’emploi au niveau européen) ? Elles répondent : – Oui. Parce qu’on découvre. On ne connaissait vraiment rien, rien de tout cela. Et elles ont raison, avant d’être députée européenne, bien que dans des circuits de recherche européens depuis 69, je ne connaissais quasi rien du fonctionnement de l’Europe.

Après la fête, avec Hamida, Sophie, Jean-François et Marcel, on va manger un couscous chez Rabah. Depuis qu’ils ont hébergé et aidé le doctorant palestinien Khaled, venu passer sa thèse à l’ULg pendant l’intervention militaire à Gaza, les patrons du restaurant sont devenus de vrais amis.

Samedi 9 mai. Le matin, réunion de campagne et constat très sévère : on a les affiches, la pêche et les tee-shirts, mais l’organisation est encore un peu artisanale. On va améliorer, mais il faut plus de troupes et ici, on se compte sur les doigts de la main. Pas encore au point sur la question du transport et la décentralisation. Mais le moral est d’acier.

J’ai un coup de cœur dans l’après-midi en « défilant » au Sauvenière dans des vêtements de récupération. L’événement était organisé par les Femmes prévoyantes socialistes. Tous les politiques étaient invités à monter sur scène, dans une parodie de défilé. Mais les costumes étaient superbes et colorés. Jean-Claude M. ouvrait la marche, dans un pourpoint grandiose avec un chapeau citrouille sur la tête : on aurait dit le roi Ubu. Véronique C. écolo et mince comme un fil, aurait été irrésistible dans n’importe quoi. Mais elle avait en plus le plus joli vêtement : une salopette XXL rayée, avec des bretelles et un tout petit buste ajusté. Je reçois quelque chose d’assez digne mais sobre : pantalon large, blouse à pois et deux grands tabliers superposés. J’ai l’air d’une Bécassine ! Sur scène, je me paie le luxe d’un petit striptease en laissant tomber, un à un… les tabliers. Visiblement, le striptease n’est pas très pro, mais on rit de bon cœur !

En fait, depuis toujours je suis amoureuse des tissus. Jeune et fauchée, j’ai habité dans un quartier d’Ixelles à côté des « Petits Riens ». Ou, pour être plus exacte, c’est en allant « Aux Petits Riens » que j’ai découvert un logement à louer. Presque tous les jours, j’attendais avec les femmes du quartier l’ouverture des battants des grandes portes à 13h30. A ce moment précis, sous la poussée de la foule, nous courrions dans la salle aux vêtements. Ceux-ci étaient jetés en vrac dans des cageots en bois, par catégorie : jupes, vestes, vêtements d’enfants, chaussures etc. Nous avions des paniers pour les enfourner. Les prix étaient dérisoires. Mes filles ont toujours été habillées comme des petites princesses. Quant à moi, je recoupais, recousais et assemblais des vêtements divers sur une vieille Singer à pédale que j’ai toujours gardée et dont je me sers encore aujourd’hui. Jusqu’à l’âge de 35 ans, j’ai fait mes vêtements moi-même. Après, plus le temps ! Je n’arrivais pas à la cheville des artistes des FPS mais j’avais sans doute plus d’originalité dans l’habillement qu’aujourd’hui. Je suis devenue un peu OGM : biodiversité en danger. Donc, gros coup de cœur pour les FPS et leur sensationnel défilé !

Le soir, je remonte à Bruxelles où je donne, avec deux candidates à la Région à Bruxelles, Sfia Bouarfa et Catherine Moureau, une fête. Beaucoup de femmes marocaines, une atmosphère très gaie. Là encore la sono va trop fort. Philippe M. le père de Catherine vient nous soutenir. Il rappelle qu’il a été mon professeur d’histoire, tout au début de sa carrière : c’est vrai, je lui dois beaucoup. Sfia est fabuleuse. Nous étions parties ensemble en Irak juste avant la guerre et Jean Cornil était de la partie. Mais la guerre était proche et aucun avion ne décollait de Bagdad : il fallait rentrer par jeep, en regagnant Aman à travers le désert. On avait trouve un véhicule mais le conducteur roulait comme un fou. Jean interloqué s’informe – Qui vous a appris à conduire ? L’autre – Mon père ! On continue en silence, en pleine nuit, terrorisés. Puis, petit choc, embardée, Sfia crie – C’est quoi ? Imperturbable, le chauffeur annonce – C’est un chat ! Sfia hurle, exige qu’on s’arrête, dit qu’elle est malade. Elle bondit hors de la voiture, vomit sur le bas côté de la piste et jusqu’à Aman, pour calmer son angoisse, explique à Jean des recettes de cuisine. De Bagdad à Aman, j’ai avalé mentalement toutes les recettes de Sfia qui meublait le silence en me soufflant de temps en temps – ce type est une vraie brute, il va nous tuer. Il ne nous a pas tués, mais roulés oui, puisqu’il nous a laissés au bord de la route, à l’entrée d’Aman, à quatre heures du matin, en refusant d’aller plus loin. C’était en 2002 j’en garde un souvenir impérissable et une amitié sans faille pour Sfia. Catherine, je la découvre. Médecin généraliste, généreuse, très chouette. Pendant la soirée, un camarade m’aborde : vous ne me reconnaissez pas ? Non, excusez-moi. – Caterpillar. La délégation syndicale de Caterpillar. Quand vous êtes venue chez nous faire une étude sur le stress !? Si je me rappelle ? Bien sûr que je me rappelle. Mais voilà deux fois en deux jours que mon passé professionnel rejoint soudainement le politique. Je me souviens tout à fait de lui et de sa délégation, mais le retrouver dans cette soirée, à Bruxelles, c’est une vraie surprise. Retour à Liège vers deux heures du matin.

Dimanche 10 mai. Lever six heures trente. Je suis verte, gonflée, avec des poches sous les yeux : j’ai une tête de grenouille, mais heureusement il ne pleut pas ! Le soleil pointe même son nez ce matin où je suis invitée à faire une intervention pendant le petit déjeuner à l’USC d’Aywaille… à suivre.

Blog de campagne (7)

8 mai 2009

Vendredi 7 mai. Les élections sont dans un mois. Et j’émerge. Pas un blog depuis quelques jours : je n’ai pas pu ! À Strasbourg, on a toujours la tête sous l’eau. Il faut savoir garder son souffle, tenir. Et quand on refait surface, c’est avec les poumons prêts à éclater. Pourquoi ?

. D’abord parce que physiquement l’atmosphère est irrespirable. Je ne sais vraiment pas ce qu’ils mettent dans l’air conditionné, mais dans cette immense bulle de verre qui accueille des milliers de personnes, les trois quarts font des allergies. En moins d’une demi-heure j’ai les yeux qui me sortent de la tête, j’éternue par rafales et je me sens asphyxiée avec un début de crise d’asthme. Je ne suis pas la seule, tout le monde se plaint. C’est un moindre mal car Strasbourg, heureusement, c’est aussi autre chose.

. Parce que le volume de travail est considérable ! Quatre jours sans respiration, de huit heures à minuit. On court de réunion en réunion, on peaufine les compromis et quand on vote, c’est parfois des milliers d’amendements trois heures durant. Il m’est arrivé (chut !!!) de tomber endormie quelques minutes au milieu d’un vote -les antihistaminiques ont des effets ravageurs- et d’être réveillée brusquement par les coups de coude de mes deux voisins : à gauche, Alain Hutchinson, à droite, un Hongrois très paternel, Fasakas, qui tous deux veillent sur moi.

Cette session cependant était particulière. Sur le plan politique, elle était tendue. Plus question de compromis et la droite a marqué sa supériorité numérique :

- le rapport de la socialiste Edith Estrella, sur le congé parental (maternité/paternité) après accouchement a été renvoyé à la prochaine législature. C’est un échec pour nous,
- plusieurs rapports sur l’immigration ont été adoptés : ils ne sont pas franchement mauvais, mais les socialistes perdent presque tous leurs amendements, notamment sur les soins de santé aux clandestins,
- le rapport sur les droits de l’homme du socialiste espagnol Obiols passe haut la main,
- la condamnation des propos du pape sur le préservatif en Afrique est malheureusement balayée. Etc.

Pas de cadeau. Et on imagine un Parlement encore plus à droite à la prochaine législature ? Mes chers amis, de grâce, un sursaut !

Pour le reste, des petits miracles comme à chaque session. D’abord la longue visite d’un groupe de MJS de Verviers, mené par Malik. Ils ont vécu au même rythme que nous, c’est-à-dire au galop. Très gais tous et très intéressés. Autre petit miracle, le dernier «petit déjeuner de la Libre Pensée» de cette législature: on dresse ensemble les lignes de force d’une Europe laïque.

Le soir, dîner de célébration des parlementaires du groupe socialiste qui nous quittent. Beaucoup, et parmi les meilleurs, s’en vont. Parfois volontairement, mais ce n’est pas toujours le cas…

Au milieu du rush… mercredi en fin d’après-midi je suis revenue à Bruxelles pour le match Palestine-FC de Molenbeek, organisé pour le 60ème anniversaire de l’UNRWA. Course contre la montre pour arriver à temps : je rejoins les organisateurs sur la pelouse quelques minutes avant le coup d’envoi. Rencontre sportive émouvante. Oui, les Palestiniens ont perdu le match, mais ils ont gagné dans les cœurs. Comment s’entraîner ensemble, avoir une stratégie d’équipe, quand d’un village à l’autre des voisins peuvent à peine se parler ? Coup de chapeau à Philippe M. pour cette organisation. Je dors avec mon petit balluchon chez L. et réussis à me retrouver le lendemain à Strasbourg à 11h, bien avant les votes. Dure journée, à peine les votes terminés je reprends le train pour une émission sur France Inter «Le téléphone sonne». Gare du Nord, 22h00, plus de train pour Liège, seulement pour Bruxelles où M. m’attendra en voiture pour regagner la maison. Dodo à 1h30.

Debout ce matin à 6h30. Coiffeur. Oui. Crevée d’accord, moche non ! Avant la grande fête de l’Europe ce soir, trois heures de cours à l’ULG. Au programme : la directive service, la directive temps de travail, le cas Laval, la directive sur le détachement des travailleurs et la clause sociale horizontale.

Ça ne vous dit rien ? Attention, l’examen est… le 7 juin !!!

Je plaisante bien sûr. Pour les étudiants, l’examen a bien lieu, mais une semaine après les élections.

Tous au match pour la paix le 6 mai !

28 avril 2009

Je serai mercredi 6 mai au match de football qui, à Bruxelles, opposera l’équipe nationale palestinienne au Football club de Mollenbeek (Bruxelles). Cette rencontre se fait à l’occasion des 60 ans de l’UNWRA, l’Office Onusien pour les Réfugiés, en collaboration avec l’assistance européenne aux Palestiniens de AIDCO. Pour tous ceux qui en auraient l’occasion, je vous invite à assister à cet événement dont tous les bénéfices iront à l’UNWRA.

Vous pouvez contacter :
Virginia VILLAR ARRIBAS
International Cooperation Officer
Occupied Palestinian Territory, Israel
EuropeAid Co-operation Office
Directorate A – Europe, Southern Mediterranean,
Middle East and Neighbourhood Policy – Unit A2
Tel: + 32.2.298.77.60; Fax: + 32.2.296.53.36