Véronique De Keyser

Conseillère communale à Liège

La conférence de presse de Nicolas Sarkozy à Bruxelles : une injure à la France !

17 septembre 2010


Conférence de presse de Nicolas Sarkozy à Bruxelles
envoyé par LCP-AN. – Regardez les dernières vidéos d'actu.

Je suis encore sous le coup de la conférence de Sarkozy hier (16 septembre) à la sortie du Conseil européen. Un Président blafard, bourré de tics, a fait un numéro magistral mais terrifiant. Habile à renvoyer la balle, arrogant, il a émaillé son discours chauvin – c’est une injure à la France !- d’un chapelet de contre-vérités et de mensonges. L’incident monté en épingle de la Commissaire Reding suffira-t-il à jeter un écran de fumée sur l’attitude honteuse du gouvernement français à l’égard des Roms ? A faire oublier la circulaire qui les cible – une malencontreuse erreur qu’il a, dit-il, tout de suite corrigée ? A voir. En tout cas pas dans les enceintes européennes Car si, comme il l’a rappelé, la France a déjà eu des brouilles avec l’Europe, cela n’a jamais été pour des suspicions graves de violations des droits fondamentaux.

Rappelons l’historique de cet incident. A la session de la semaine dernière à Strasbourg, les députés européens votent une résolution sur les Roms demandant au gouvernement français l’arrêt des expulsions. Le vote a été durement acquis. Mais la violence symbolique de ces expulsions, la réaction de l’Eglise, les doutes qui s’élèvent au sein même du parti du Président amènent certains députés de droite à se dissocier de l’attitude du gouvernement français et la résolution passe. C’est une belle victoire du Parlement mais aussi des meilleures valeurs européennes. Et la Commissaire Reding, qui représentait la Commission dans l’hémicycle, se fait prendre de volée par les chefs de groupe politiques. Ils lui reprochent son inertie. Pourquoi n’a-t-elle pas demandé de comptes au gouvernement français ? Pourquoi ne pas avoir entamé une procédure d’infraction ? Viviane Reding garde son calme et dit qu’avant d’entamer une procédure d’infraction, il faut qu’elle ait des faits, qu’on n’attaque pas aussi facilement un Etat. Tollé dans l’hémicycle. « Des faits, vous n’en avez pas assez ? Et les images TV et les destructions des camps par des bulldozers, cela ne vous suffit pas ? Quelle violence vous faut-il ? » Une députée écologiste française lui hurle « Et si vous n’avez pas de juristes capables de vous monter un dossier, on peut vous en fournir ! » Bref la pauvre Reding passe un mauvais quart d’heure. Mais la résolution est votée et le gouvernement français commence à fulminer. Les journalistes qui m’interrogent me disent « Vous n’avez pas l’impression de que c’est une gifle à la France ? » Je réponds « Si c’est une gifle à la France que de lui demander de ne pas expulser les Roms, je ne sais plus ce qu’on peut dire dans un Parlement ». Voilà pour le début de l’histoire.

Survient la circulaire qui vise bien et en priorité les Roms. Viviane Reding qui s’est fait remonter les bretelles croit tenir son fait indiscutable. Elle se sent bernée puisque dans ses rencontres avec les ministres français, ces derniers lui ont juré qu’ils travaillaient au cas par cas, dans l’esprit et la lettre des textes européens. Et elle fait une sortie maladroite en rappelant la seconde guerre mondiale. Maladroite ? Oui et non. Non parce que effectivement, cette seconde guerre mondiale est bien l’ancrage des valeurs européennes – celles qui consistent à ne plus jamais viser une race, une ethnie, un individu en fonction de ses origines. Et c’est précisément ce que Reding a dit. Mais maladroite, oui, parce que Sarkozy va habilement jouer de ce rappel pour prétendre avoir été assimilé au régime nazi, avec une banalisation de la Shoah. Ce qui lui permettra une fois de plus, de rejouer le couplet de l’injure à la France, de tancer Reding et de se moquer des petits pays. Merci pour eux : nous savons que des petits pays comme le Luxembourg ou la Belgique ne peuvent en rien se comparer à un GRRRAND pays qui compte des dizaines des millions de Français ! Bref c’est le GRRRRAND numéro. Oubliés les Roms ! Et dans la même foulée pour bien semer la confusion dans les esprits, Sarkozy reviendra sur les deux incidents de cet été en France, dans un discours sécuritaire, en omettant de dire que ni à Grenoble, ni à Saint-Aignan, il ne s’agissait de Roms, mais bien…de gens du voyage pour la plupart français depuis des générations.

La position de Sarkozy, n’a pas, contrairement à ce qu’il a dit, recueilli l’assentiment de tous les chefs de gouvernement présents au Conseil tant s’en faut. Et cela, de l’aveu-même de Herman Van Rompuy. Ce qui a été discuté au Conseil hier n’a rien à voir avec le fond du problème. C’est la forme de la sortie de Viviane Reding qui a été regrettée. Mais le Conseil a admis qu’elle avait raison de se saisir de la question puisque la Commission est la gardienne des traités et que la Charte des droits fondamentaux est contraignante.

C’est Sarkozy hier qui a jeté une ombre sur l’honneur de la France, pas Reding. Je relisais dans Le Soir, pour préparer la session de Strasbourg la semaine prochaine, le discours de Badinter à l’Assemblée nationale pour l’abolition de la peine de mort et je me disais : Comment un pays qui a su voter l’abolition de la peine de mort, en devançant, au noms de ses valeurs universelles, l’opinion publique très partagée sur ce thème, en vient-il maintenant à flatter les instincts les plus bas de cette opinion publique au nom d’une légalité soi-disant respectée dans l’esprit et la lettre ? C’est une injure à la France. A la France que nous aimons. Grand pays sans doute mais petit Président.

Véronique De Keyser pourra-t-elle entrer à Gaza demain malgré le refus du gouvernement israëlien ?‏

26 mai 2010

Véronique De Keyser, qui fut Chef de la mission d’observation de l’Union européenne lors des élections palestiniennes de 2006, sera demain jeudi 27 mai à Gaza (entrée prévue vers midi) dans le cadre d’une mission du Parlement européen. Elle devrait entrer à Gaza par l’Egypte et la ville de Rafah si les conditions le permettent. En effet, cette nuit l’aviation israélienne a bombardé plusieurs points de Gaza.

Véronique De Keyser devrait également être un témoin privilégié de l’arrivée possible au port de Gaza de la flottille humanitaire internationale, « la flottille de la liberté ». Le gouvernement israélien a annoncé qu’il s’opposerait par tous les moyens à cette arrivée. La marine israélienne s’est d’ailleurs positionnée. Véronique De Keyser soutient bien entendu l’initiative « Flottille pour la Liberté » composée de plusieurs bateaux transportant près de 10.000 tonnes de fournitures diverses et a à son bord plusieurs centaines de militants pacifiques.

Faut-il ou non lier des accords commerciaux avec les pays qui bafouent les droits de l’homme ?

24 janvier 2010

Blog du 24 janvier 2010. Un accord commercial avec la Colombie ? Faut-il ou non lier des accords commerciaux avec les pays qui bafouent les droits de l’homme ? Difficile de dire non alors que rares sont les pays dans le monde peuvent prétendre être des états démocratiques : si la Chine pratique encore la peine de mort on oublie souvent que deux membres du G8, les Etats-Unis et le Japon, sont dans le même cas. Donc, l’affaire n’est pas aussi simple. Mais faut-il offrir à des pays où les violations sont graves et subsistent, un statut privilégie dans ces accords ? Rien n’est moins sûr. Là encore l’Union européenne n’est pas claire, alors qu’elle a contractualisé le respect des droits de l’homme dans ses accords de partenariat. Mais Israël continue, malgré l’occupation, le Mur hors des frontières de 67, les colonies illégales, à bénéficier d’un statut préférentiel sans réaction de l’Union, quand d’autres pays comme la Guinée Conakry se voient justement sanctionnés pour les crimes qu’ils commettent. Difficile de ne pas parler de deux poids et deux mesures.

Les déclarations de Karel De Gucht lors de son audition laissent présager une plus grande fermeté dans le modèle européen -c’est-à-dire, un commerce plus «équitable»- et le test sera probablement l’accord de libre échange avec la Colombie qui est en gestation. Cet accord soulève déjà les passions. En effet, chaque années en Colombie des centaines de syndicalistes sont assassinés, des étudiants sont poursuivis, arrêtés, disparaissent. Le sale boulot est fait par des milices paramilitaires qu’on dit proches du pouvoir. Des rapports accablants des ONG, du Bureau International du Travail confirme la dangerosité du pays. Et pourtant la popularité du Président est telle qu’il songe à briguer un troisième mandat ! A ce jour, ni le Canada, ni les Etats-Unis n’ont voulu signer un tel accord, pour les motifs évoqués. Mais la présidence espagnole, qui vient de commencer, l’a mise à son agenda. D’où un certain émoi chez les députés européens. Karel De Gucht, le nouveau commissaire désigné au commerce a été interrogé sur ce point. Il a décrit la stratégie qu’il comptait observer : travailler rapidement la partie technique de l’accord mais ne pas le parapher ou le signer avant d’obtenir des garanties d’amélioration des droits de l’homme, notamment le respect des droits sociaux et politiques. On se rappellera qu’un accord avec la Serbie a ainsi été paraphé mais non signé par l’Union, en attendant que les criminels recherchés par le Tribunal pénal international soient livrés à ce dernier et que la Serbie collabore avec le TPI. On voit donc se dessiner une doctrine nouvelle de l’Union: la combinaison de sanctions, avec des incitants positifs de type«si vous faites des efforts, je vous lâche ça». La Colombie clame haut et fort qu’elle est sur la bonne voie, qu’elle fait des efforts…et que le nombre des syndicalistes tués diminuent! C’est un peu vrai mais c’est à peine vrai. Les morts continuent à succéder aux morts. Il n’est pas sûr que cette très légère amélioration convainque les députés du bien fondé d’une signature de l’accord. Et si Karel De Gucht a plu aux députés et remporté haut la main son audition, c’est qu’en dépit d’une idéologie libérale qu’il revendique clairement, il a des valeurs humanistes et une franchise qui confine à la brutalité. Dans un cénacle européen qui a l’habitude de lisser son discours au risque d’endormir le citoyen -mais un citoyen qui dort est moins dangereux qu’un éveillé!- «le ton» de Gucht tranche agréablement. J’imagine qu’il aura en tête toutes les données de ce casse-tête diplomatique quand il traitera le dossier colombien. Rappelons tout de même que depuis le Traité de Lisbonne les députés ont la co-décision en la matière : pas de signature sans leur accord. Pour ma part je me rendrai en mission en Colombie pour faire le point durant le mois de février. En attendant, j’étais toute heureuse que le jury Solidar que je présidais la semaine dernière à Strasbourg, octroie son prix international aux syndicalistes colombiens. Le prix européen est allé à une association de protection des Roms en Europe (un autre problème de discriminationbrûlant !). Les deux personnalités qui se voient récompensées pour leur parcours de vie sont l’ex-premier ministre hongrois, père de l’effondrement du rideau de fer dans son pays et Pierre Mauroy, socialiste français bien connu. Tous ces prix seront remis le 3 février à Bruxelles au Parlement européen.

Le vote sur le principe de subsidiarité et du libre affichage des symboles religieux dans les lieux publics, soutenu par le seul PPE (Parti populaire européen), est reporté !

17 décembre 2009

Une victoire de la sagesse !

Le Président du groupe « Alliance des Socialistes et Démocrates » au Parlement européen, Monsieur Martin Schultz, a proposé et obtenu le report du vote de la résolution très contestée déposée par le PPE visant à permettre l’affichage des symboles religieux dans les bâtiments publics.
Monsieur Schultz demande que soient vérifiées la recevabilité et la pertinence d’une telle résolution qui ne pourra que diviser les citoyens européens.

Véronique De Keyser qui a combattu cette résolution ne peut que se réjouir de cette nouvelle situation. Elle espère que la période du congé de « la trêve des confiseurs » ramènera le PPE dans la sagesse et à la raison. L’Europe doit être l’Europe des toutes et de tous, croyants ou non. L’Europe se doit d’être laïque. La séparation Eglises/Etat doit être une réalité européenne. La religion et/ou la non-religion relèvent exclusivement du domaine privé.

Véronique De Keyser remercie les 283 députés qui ont soutenu la demande de report.

Véronique De Keyser
Députée européenne

La résolution sur la liberté de la presse en Italie qui dénonçait la main mise de Berlusconi sur les médias, n’est pas passée…

25 octobre 2009

Il y a des non événements qui sont plus importants que des événements. C’est quoi un non événement ? A peu près l’équivalent du célèbre «Il ne s’est rien passé à Hiroshima». En fait c’est un événement qui n’a pas reçu l’aval politique pour devenir une vérité. Le document que des diplomates britanniques avaient sorti sur Jérusalem Est et sa colonisation en 2005, document qui n’avait pas reçu l’aval du Conseil est un non papier. J’ai travaillé autrefois en tant qu’expert à une enquête sur les causes d’un crash aérien et après beaucoup de remous, l’analyse du taux d’alcoolémie retrouvé dans le sang du copilote a été classifiée comme non événement. C’est ainsi que je me suis familiarisée avec cette évidence surréaliste, l’existence de non événements, de non papiers, qui gravitent dans l’espace, à peu près comme des trous noirs. Ils n’ont pas d’existence officielle même s’ils peuvent expliquer l’origine de bien des drames.

Et bien, il y a eu un non événement, c’est-à-dire le vote d’une non résolution à la session de la semaine dernière à Strasbourg. Les députés l’ont renvoyée du trou noir dont, semble-t-il, elle n’aurait jamais dû sortir. Je veux parler de la résolution sur la liberté de la presse en Italie qui dénonçait la main mise de Berlusconi sur les médias, ces puissants «appareils idéologiques d’Etat» selon l’expression de Gramsci. La résolution n’est pas passée, elle n’existe pas et Berlusconi a reçu des mains des députés, et de Mauro en tête (député italien de droite qu’on dit proche du Vatican), l’absolution de tous ses abus de pouvoirs passés, présents et à venir. Comme non événement, on fait difficilement mieux.

Mais ce qui est plus intéressant, c’est la dynamique du vote. Un peu de technique pour comprendre. Lorsqu’une résolution est proposée au vote, chaque Groupe politique prépare la sienne. Puis, si c’est possible, les Groupes tentent, à partir de nombreux compromis, d’élaborer ensemble une résolution conjointe qui a toutes les chances alors de rencontrer les suffrages. Dans le cas présent, le Parti Populaire Européen, c’est-à-dire la droite européenne qui soutient largement Berlusconi, avait une résolution de départ si éloignée des autres Groupes qu’il était impossible de faire alliance avec lui. La résolution commune était donc celle des socialistes et démocrates (S-D), des Verts, du parti libéral (ALDE), de la Gauche unie (GUE). Soit tous les progressistes. Cette résolution conjointe a été perdue à 3 voix près. Vient alors, puisque la résolution conjointe avait échoué, le vote successif de chaque résolution des Groupes. La droite PPE ne parvient pas à faire passer la sienne. Les socialistes et démocrates non plus. Les Verts non plus. Dans un dernier sursaut, tous les démocrates se mobilisent sur la résolution des libéraux (ALDE) pour tenter de gagner au moins celle-là. L’atmosphère est électrique. Le score : égalité absolue. Pas une seule voix de différence entre la coalition de tous les partis progressistes et celle de la droite alliée ici à l’extrême droite et aux partis euro-sceptiques. Car c’est bien dans ces partis peu recommandables que la droite n’a pas hésité à aller chercher un soutien. Bloc contre bloc. Au moins les jeux sont clairs. Mais l’égalité ne signifie pas bien sûr, la majorité, et donc même la résolution ALDE a fini sa course. Dans les hurlements de joie de la droite italienne. Les démocrates chrétiens belges ont voté contre la résolution, en suivant, le doigt sur la couture du pantalon, la ligne du PPE; parmi eux, seule Anne Delvaux s’est abstenue.

Un goût amer dans la bouche certes, mais des leçons à retenir. Et quelques frissons. Un amendement contre l’avortement «forcé» présenté dans le budget par la très conservatrice députée slovaque Anna Zraboska a fait un score inquiétant : il ne lui manquait que 20 voix pour avoir une majorité simple. Ce qui sur plus de 700 élus présents n’est rien. Dans la précédente législature sur de tels sujets, les progressistes avaient très largement les deux tiers. Nous sommes donc dans les cordes et il va falloir travailler dur pour reconquérir, notamment chez les démocrates chrétiens les plus ouverts, des majorités qui vont sans doute toujours être à géométrie variable, au cas par cas. Pas impossible, mais difficile.

Allons, une bonne nouvelle tout de même. Denise, mon amie militante qui est de toutes les batailles depuis près de cinquante ans, va bien ! Elle est partie avec les Amis de la Nature en Allemagne, a visité des vignobles, s’est complètement ressourcée avec son groupe et m’a envoyé un long message ce matin.

Si Denise va bien, la droite n’a qu’à bien se tenir !
Avec elle, No pasaran !

Blog de campagne (10)

13 mai 2009

Mardi 12 mai. Le soir, invitée par New (Namur-Europe-Wallonie) je suis confrontée aux autres partis. Miracle, un ange passe : tout le monde veut une Europe plus sociale. Comme pour tout texte législatif en Europe, dès la seconde lecture au Parlement il faut une majorité qualifiée (environ 2/3 des députés), mieux vaut être ensemble que contre ! J’enregistre donc que pour tous les partis démocratiques il faut réguler le marché financier, éliminer les paradis fiscaux, contrôler les agences de notation et supprimer les parachutes dorés. La bouche en cœur ! On a oublié de mentionner les rémunérations des dirigeants et personne ne s’est indigné des augmentations salariales que viennent de s’octroyer les dirigeants de Dexia : Jean Luc D. est donc passé entre les gouttes- qui l’eut cru ! Mais c’est vrai que je pouvais difficilement m’indigner contre le MR représenté par Gérard Deprez, sachant que sur toutes les questions de liberté et d’immigration, il a pris des distances abyssales avec son parti. Et qu’il a voté contre la directive sur le refoulement des immigrés qui permet une détention allant jusqu’à 18 mois et, dans des circonstances exceptionnelles, celle de mineurs. Avec certains autres candidats du MR l’affrontement aurait tourné au pugilat. Avec Gérard, c’est compliqué : attaqué sur l’environnement par le parti européen auquel il appartient, il me répond : – même pour l’Arctique, j’ai voté comme toi ! – Dis Gérard, le PS, cela ne te tente pas ? Quoique nous différons tout de même sur la Turquie (il est contre l’adhésion), sur les libéralisations etc. Mais manifestement, les organisateurs n’avaient pas voulu agiter le chiffon rouge et l’ambiance était bon enfant.

Mercredi 13 mai. Ce matin, le casse tête de l’agenda. Pendant trois heures, dans une ambiance bien plus tendue que celle d’hier soir à Namur, MC et moi discutons de l’agenda. Ca, c’est le grand trou noir de la campagne, qui aspire toutes les énergies. Les choix à faire sont fatalement cornéliens. Et j’avoue ma faiblesse : 1) je veux avoir le dernier mot sur les parcours 2) je refuse une stratégie strictement marketing politique. Du style : – Comment, tu vas là ? Mais il y aura tout au plus une vingtaine de personnes. Alors qu’à 100 km de là, on présente sur une estrade, en rang d’oignons, tous les candidats, muets mais souriants, comme dans une distribution des prix – mais cela devant 300 personnes. Alors c’est vrai que l’on n’a pas le don d’ubiquité, c’est vrai que les militants qui ont réussi à mobiliser 300 personnes sont héroïques et que nous élus, nous leur devons notre mandat. Mais les vingt autres, dans des petits villages sont souvent aussi héroïques et cela vaut le coup, non seulement d’y passer mais de s’asseoir, de discuter, de rigoler. L’agenda est donc un moment de tension intense où des logiques différentes s’affrontent. Je sais que le jour où je verrai dans chaque visage un électeur potentiel et non un être humain, il vaudra mieux que je plie bagage. Enfin, de discussions en compromis, on finit par définir un agenda « provisionnel ».

Et puis à 13h00, je me précipite devant la TV. Intéressant la TV. J’ai droit au voyage du Pape, à la grève des TEC, à l’affaire politique D.F. Mais de tout cela qu’est-ce que je retiens : l’élaboration des repas des malades à l’hôpital de la Citadelle. Et sans doute, cette explication de la « gastronomie » hospitalière est-elle celle qui a touché le plus de monde. C’est vrai que pour un malade, l’heure des repas constitue -surtout pour ceux qui n’ont pas de visite- un événement. Les repas scandent la journée. Pendant des décennies ils ont été franchement dégueulasses, du style : le soir deux tranches de pain blanc rassis, avec un bol de café au lait et un peu de fromage blanc. Depuis très jeune, j’ai passé beaucoup de temps dans les hôpitaux. D’abord l’hôpital St Pierre à Bruxelles, puis le centre des tumeurs de Bordet, puis le CHU et bien d’autres. Je crois qu’avant l’âge de trente ans j’ai passé plus de temps allongée que debout. Et on m’avait dit : – à vingt cinq ans vous serez en dialyse, surtout pas d’enfants, ne vous fatiguez pas etc. Heureusement la médecine (comme la psychologie !!) ne sont pas des sciences exactes, et grâce à de bons gynécologues, de bons urologues et près de 15 opérations (non, non Michel pas les yeux quoique que tu aies raison et que j’y songe sérieusement !!!) j’ai deux filles superbes, je vis toujours (et oui !) et je travaille près de 17 heures par jour. Mais toutes mes pensées allaient ce midi à ces amis et ces amis dans les hôpitaux, à ceux qui ont réchappé et ceux que j’ai perdus. Je me souviens encore, et nous avions toutes les deux 28 ans, d’une amie à Bordet qui luttait contre un cancer du colon. Chaque matin, alors que moi je ne parvenais pas à déjeuner, elle disait : – Je veux vivre, je me force. Et devant moi, médusée, elle mettait 17 morceaux de sucre dans son café noir – Je veux tenir, ajoutait-elle. Elle n’a pas tenu hélas, mais d’autres si. Je me souviens aussi d’une autre amie qui se plaignait comme moi, dix ans plus tard à Liège, de souffrances inexpliquées. Nous attendions dans le couloir, en petites chemisettes d’hôpital, attachées dans le dos, à moitié nues devant les box de consultation. Je sors la première du box, elle m’interroge : – Et alors ??? Qu’est-ce qu’ils disent ? – Ne savent pas. Le stress ? Elle ressort un peu plus tard : – Et toi ? – Hystérie ! Tu te rends compte ? Ils me traitent d’hystérique. On a découvert à l’hystérique un cancer de l’ovaire et à moi un cancer du rein et nous en sommes sorties toutes les deux, fort heureusement. Mais le monde de l’hôpital a été pour moi une extraordinaire école de vie. Et de mort. Car c’est là que je me suis affrontée à la mort. D’où mon combat pour l’euthanasie. C’est là aussi, dans ces salles communes pour femmes telles qu’elles existaient encore dans ma jeunesse, que j’ai plongé, la tête la première, dans une solidarité féminine qui ne m’a jamais quittée. Toutes les sociétés humaines se ressemblent. En temps de guerre comme en temps de paix. En politique, comme à l’hôpital. On trouve le meilleur et le pire. Mais je garde de ces longues années un rejet viscéral contre toute idéologie de la souffrance. Non, la souffrance ne grandit personne. Pas plus dans l’accouchement que dans la mort. Oui, les soins palliatifs et l’euthanasie ont été une des plus grandes victoires de notre civilisation. Et oui enfin, les coiffeurs, les manucures, et des repas soignés dans les hôpitaux sont une avancée majeure, à condition que ce soit pour tous. La mort fait partie de la vie. Voilà à quoi me faisait penser le JT de ce midi. Ce soir, présentation des candidats à Grivegnée…

« Liège est aujourdhui en quelque sorte, la capitale européenne de la culture ! »

12 novembre 2008