Véronique De Keyser

Députée européenne et conseillère communale à Liège

Vice-Présidente du Groupe Socialistes et Démocrates du Parlement européen

L’Europe vaut-elle une messe ?

16 juin 2011

L’Europe vaut-elle une messe ?
LABAKI,MAROUN; MARTIN,PASCAL

Vendredi 10 juin 2011

Union européenne : La Hongrie fait donner son « Te Deum » à Sainte-Gudule

Une messe pour l’Europe sera célébrée le 14 juin à la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule, à Bruxelles. Officiellement, l’invitation en a été lancée par Mgr Léonard aux membres des institutions européennes, qu’ils soient fonctionnaires, députés ou commissaires. Mais qui veut prier pour l’Europe est le bienvenu, précise-t-on.

Une messe comme une autre ? Le contexte actuel n’est pas anodin. La célébration s’inscrit en effet dans la dernière ligne droite de la présidence hongroise de l’Union européenne, qui s’achèvera le 30 juin. Plus exactement, l’initiative émane de la communauté hongroise de Belgique. Elle a été relayée auprès de Budapest par la Comece, la Commission des épiscopats de la communauté européenne.

S’agissant de la Hongrie, cet office religieux interpelle. Parmi les associations de défense de la laïcité, mais pas seulement. En avril, le gouvernement conservateur de Viktor Orban a en effet fait voter une nouvelle Constitution qui se réfère à Dieu et au christianisme comme rassembleurs de la nation hongroise. Selon les défenseurs des droits de l’homme, le nouveau texte contiendrait en outre les ferments de lois susceptibles de brimer le droit à l’avortement, la différence sexuelle ou l’indépendance de la justice. Pas plus tard que mercredi, la Commission a pointé une campagne d’affichage anti-avortement lancée en Hongrie par le gouvernement Orban avec de l’argent européen. Au-dessus du logo de l’UE, un fœtus et ce slogan : « Laissez-moi vivre ».

Mais revenons à la messe. Ce n’est pas la première fois qu’une telle célébration est organisée : en septembre, la présidence belge de l’UE avait fait donner une « messe de rentrée européenne ». L’Eglise de Belgique souhaitait ainsi répondre au souhait exprimé par le pape Benoît XVI et apporter sa contribution à l’Europe comme « maison spirituelle ». La Pologne, qui assurera la présidence tournante dès juillet, pourrait en faire de même.

Les défenseurs de la laïcité ne critiquent pas la célébration de cette messe. « Pourvu que cela se passe dans la cathédrale, peu m’importe, lâche Pierre Galand, le président du Centre d’action laïque (CAL). Mais qu’un tel événement déborde sur l’espace politique, brouille la séparation de l’Eglise et de l’Etat, ce serait inacceptable. »

On n’en est pas là. Reste qu’au cours des dernières années, de telles ingérences ont été dénoncées. Le débat sur les racines chrétiennes de l’Europe et le lobbying religieux exercé lors de la préparation de certaines lois – bioéthiques notamment – sont perçus par le bord non confessionnel comme des étapes de la reconquête du temporel par le spirituel. Fin mai encore, une rencontre a mis en présence les représentants des Eglises et les présidents des trois principales institutions : Barroso, Van Rompuy, Buzeck, tous trois issus du PPE, le Parti populaire européen qui réunit surtout des chrétiens démocrates. Cette réunion avait pour but la mise en application de l’article 17 du traité de Lisbonne qui organise le dialogue entre l’UE et les Eglises. Concernées elles aussi, les organisations philosophiques et non confessionnelles n’avaient pas été invitées.

« Quid des autres ? la laïcité ? nous quoi ? », s’interroge Marcel Conradt, franc-maçon déclaré et attaché de l’eurodéputée socialiste Véronique De Keyser. Il réclame la tenue d’une rencontre semblable et propose qu’un des vice-présidents du Parlement, l’Espagnol Miguel Angel Martinez Martinez, serve de relais. Question d’égalité de traitement : un autre vice-président, Laszlo Tokes, magyarophone et évêque de l’Eglise réformée de Roumanie, a été en effet chargé du dialogue avec les Eglises.

Lors de cette rencontre, Herman Van Rompuy avait au passage réitéré sa foi : « Les valeurs ne peuvent survivre sans religion. » De quoi échauder les laïques qui n’en finissent plus de ronger leur frein. Il a fallu attendre la présidence belge de 2010 pour que la Fédération humaniste européenne soit reçue à ce niveau. Depuis, Budapest en a fait autant. Mais la frustration reste évidente.

La messe pour l’Europe a ses modérateurs. « Une eucharistie n’avalise pas tout ce qui se passe à l’intérieur des institutions européennes », commente le père Tommy Scholtès, le directeur de rédaction des médias catholiques. Pour Rik Torfs, sénateur CD&V et professeur de droit canonique (KUL), cette messe est un peu le « Te Deum européen ». « Une tradition de politesse mutuelle entre religion et Etat. » L’essentiel étant que « les Eglises n’entrent pas sur le terrain politique ».

Six mois hongrois. Une présidence qui sent la naphtaline

Jamais présidence tournante européenne n’aura véhiculé une si mauvaise image ! Il est vrai que le Premier ministre hongrois Viktor Orban et ses amis politiques incarnent le retour d’un monde ancien, traditionaliste, ultracatholique, nationaliste – tout droit sorti de la naphtaline communiste. On l’a vu dès le début de la présidence, en janvier, avec la nouvelle loi sur les médias : liberticide. Puis avec la nouvelle Constitution, qui a encore été débattue ce mercredi au Parlement européen : liberticide.

La Commission européenne s’est mollement élevée contre la loi sur les médias, et prétend attendre l’entrée en vigueur de la Constitution pour se prononcer. Et les valeurs européennes dans tout ça ? Ne sont-elles pas gravées dans la Charte des droits fondamentaux ? « Les institutions européennes ne doivent pas avoir honte par les temps qui courent, s’est écriée cette semaine, au nom du groupe libéral, l’eurodéputée roumaine Renate Weber. Nous devons nous battre pour rassurer tous les citoyens européens : nos valeurs sont au cœur de notre législation et elles sont là pour le rester ».

Le Fidesz de Viktor Orban a certes démocratiquement obtenu son écrasante majorité aux dernières élections, voici un an. Mais le silence embarrassé des dirigeants des principales institutions européennes – José Manuel Barroso, Herman Van Rompuy ou Jerzy Buzek, le président du Parlement européen – tient aussi au fait qu’ils appartiennent tous, comme Viktor Orban, au PPE, la grande famille politique conservatrice du continent.

Le PPE a bien un petit problème de conscience. De l’ordre du léger remords…

Blog n°2, 18 décembre, aéroport de Copenhague

18 décembre 2009

La longue attente commence à l’aéroport. C’est vraiment un bordel. Et je ne sais pas s’il provient de la vague de froid, d’Obama, ou de la faible capacité de Copenhague qui est une petite ville adorable – mais peu faite pour les conférences mondiales. Beaucoup d’avions sont retardés, la plupart ont changé de terminal et comme ma compagnie, Brussels Airlines (non je n’ai pas de billet gratuit!) n’a pas en permanence un check-in ouvert, on attend l’ouverture des heures durant dans le hall sans savoir si on est au bon endroit.

Mais revenons à la conférence. Dans le blog de 10h10, j’ai parlé des fou-rire (le pluriel existe? J’appelle au secours Bernard Pivot?!). C’était juste une petite touche pour dire que si même on est tous braqué sur la politique – Qu’est-ce que Hilary a dit? Qu’est-ce qu’elle a voulu dire. Et Chavez? Et Brown? Quel tour de prestidigitation nous prépare ce clown de Sarkozy (en zo voort comme le dirait Leterme)? Et bien, au-delà de tout ça il y a autre chose. Dieu? J’hallucine. Non pas Dieu bien sûr, ni son jumeau, mais tout simplement des émotions. Et ça fait du bien. Hier soir par exemple, après la conférence, notre merveilleuse députée suédoise Marita nous invitait à l’Agence Européenne de l’Environnement tout près de l’hôtel. Un arrêt de métro plus loin (remarquez le progrès: je calcule désormais en arrêt de métro et non en prix de taxi). Randonnée à pied, dans la neige. Et là, j’eu eu droit à deux discours bouleversants. Qui hélas n’ont même pas été enregistrés. Poul Rasmussen, ex-premier ministre danois (et président du PSE) et Prescott, ex-ministre britannique, négociateur du protocole de Kyoto. De quoi parlaient ces discours. Tout bêtement de solidarité, d’emplois décents, d’humanité. Mais ce qu’il y avait de bouleversant c’est que ces deux hommes, unis dans une même passion de justice sociale, étaient tout sauf des has been. Ils étaient exactement ce que la jeunesse veut entendre. Il y avait longtemps que je n’avais eu les larmes aux yeux devant un discours politique. C’est vrai que hier soir, en écoutant Prescott, en voyant son visage se transformer, devenir soudain celui d’un très jeune homme visonnaire , avec l’avenir devant lui, je pensais: la jeunesse n’a pas de frontière. Certainement pas celle de l’âge. Des hommes comme ça ont l’espoir au ventre. J’ai parfois la même impression en écoutant Gisèle Halimi me parler des femmes. Ou Leila évoquer la Palestine. Ca c’est plus que de la politique. Ou bien, c’est peut être justement ça la Politique: un espoir fou qui brûle les frontières. En style facebook je dirais « Véronique aime ça ».