Madame Ashton, la prudence en politique ne peut remplacer l’audace : elle doit l’accompagner !
12 mai 2011Vous avez essuyé ces derniers jours bien des critiques, Madame. Certaines sont des calculs politiques de bas étage pour vous déstabiliser. Mon groupe les condamne fermement et s’indigne de ces procédés. D’autres critiques, en revanche, ne peuvent être balayées d’un revers de main et je voudrais partager avec vous mon souci. Nous ne voyons pas toujours clair dans la politique extérieure de l’Union européenne, dans les buts qu’elle tente d’atteindre, en un mot, dans son dessin. Vos communiqués sont retenus, voire minimalistes et nous en déduisons alors que probablement, il y a des dissensions au sein de l’Union. Ce qui en soi est un message – mais négatif à souhait. Vous bougez, vous rencontrez, vous téléphonez, vous payez de votre personne, nul n’en doute, mais les résultats de ces efforts s’évanouissent dans le brouhaha médiatique. Et dès lors, la politique étrangère de l’Union apparait bien pâle, face aux discours tonitruants de certains chefs d’Etat européens.
Et pourtant un espace politique extraordinaire s’ouvre aujourd’hui grâce aux révolutions arabes et la diplomatie européenne devrait pouvoir y être très lisible. Car au-delà des particularités de chaque pays, tout est lié. Par exemple, la réconciliation Fatah/Hamas était impensable sans la pression créée à la fois par la situation nouvelle en Egypte et par la répression sanglante en Syrie. Le Président Bachar Al Assad a franchi un point de non-retour et Damas n’est plus un refuge sûr pour le Hamas qui soudain avait tout intérêt à négocier. Mais quelles sont nos réponses à la Syrie et au Moyen Orient ? Quelle est notre stratégie dans la région ? En Syrie, c’est un massacre – plus de 600 victimes, des milliers de prisonniers politiques – et Bachar Al Assad n’est toujours pas inquiété : il vient d’échapper aux sanctions. Et la Syrie pourrait bien – sauf candidature de dernière minute du Népal ou du Koweit – diriger le Conseil des DH de l’ONU dès le 20 mai. Madame Ashton, les sanctions contre treize personnes du cercle rapprochés sont insuffisantes : pourquoi l’impunité au Président Assad ? Faites-vous campagne pour que la Syrie ne préside pas le Conseil des DH de l’ONU ? Poussez-vous à une enquête internationale sur les massacres ? Même si vous ne réussissez pas à persuader les chefs d’Etats européens, ne nous laissez pas deviner vos intentions : dites clairement ce que vous voulez-faire.
Et le Moyen Orient ? Vous avez timidement salué la réconciliation Fatah/Hamas. Mais allez-vous prendre langue avec le Hamas ? Certes la situation est complexe mais il faut saisir cette chance. Les concessions que les deux parties ont faites sont nombreuses : j’ai sous les yeux le document d’accord qui fondera le futur gouvernement Un gouvernement de technocrates, qui accepte des élections, reconnaît à l’OLP l’autorité de négocier des accords, qui admet les frontières de 67 et implicitement donc l’Etat d’Israël. Comment allez-vous l’accueillir ce gouvernement ? Israël le sanctionne à l’avance en confisquant les taxes qui font 2/3 du budget palestinien. Et l’Europe se tait alors que même le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon réagit et exige d’Israël la restitution de l’argent. Il y a urgence ! Madame Ashton, la prudence en politique ne peut remplacer l’audace : elle doit l’accompagner. Le Parlement sera toujours derrière vous, si vous avez le courage d’une vision forte.
Intervention de Véronique De Keyser – Députée européenne, Commission Droits de L’homme, Commission Affaires étrangères, Vice-Présidente du Groupe Socialistes & Démocrates – en plénière ce 11 mai 2011








