Véronique De Keyser

Députée européenne et conseillère communale à Liège

Vice-Présidente du Groupe Socialistes et Démocrates du Parlement européen

Blog de campagne (10)

13 mai 2009

Mardi 12 mai. Le soir, invitée par New (Namur-Europe-Wallonie) je suis confrontée aux autres partis. Miracle, un ange passe : tout le monde veut une Europe plus sociale. Comme pour tout texte législatif en Europe, dès la seconde lecture au Parlement il faut une majorité qualifiée (environ 2/3 des députés), mieux vaut être ensemble que contre ! J’enregistre donc que pour tous les partis démocratiques il faut réguler le marché financier, éliminer les paradis fiscaux, contrôler les agences de notation et supprimer les parachutes dorés. La bouche en cœur ! On a oublié de mentionner les rémunérations des dirigeants et personne ne s’est indigné des augmentations salariales que viennent de s’octroyer les dirigeants de Dexia : Jean Luc D. est donc passé entre les gouttes- qui l’eut cru ! Mais c’est vrai que je pouvais difficilement m’indigner contre le MR représenté par Gérard Deprez, sachant que sur toutes les questions de liberté et d’immigration, il a pris des distances abyssales avec son parti. Et qu’il a voté contre la directive sur le refoulement des immigrés qui permet une détention allant jusqu’à 18 mois et, dans des circonstances exceptionnelles, celle de mineurs. Avec certains autres candidats du MR l’affrontement aurait tourné au pugilat. Avec Gérard, c’est compliqué : attaqué sur l’environnement par le parti européen auquel il appartient, il me répond : – même pour l’Arctique, j’ai voté comme toi ! – Dis Gérard, le PS, cela ne te tente pas ? Quoique nous différons tout de même sur la Turquie (il est contre l’adhésion), sur les libéralisations etc. Mais manifestement, les organisateurs n’avaient pas voulu agiter le chiffon rouge et l’ambiance était bon enfant.

Mercredi 13 mai. Ce matin, le casse tête de l’agenda. Pendant trois heures, dans une ambiance bien plus tendue que celle d’hier soir à Namur, MC et moi discutons de l’agenda. Ca, c’est le grand trou noir de la campagne, qui aspire toutes les énergies. Les choix à faire sont fatalement cornéliens. Et j’avoue ma faiblesse : 1) je veux avoir le dernier mot sur les parcours 2) je refuse une stratégie strictement marketing politique. Du style : – Comment, tu vas là ? Mais il y aura tout au plus une vingtaine de personnes. Alors qu’à 100 km de là, on présente sur une estrade, en rang d’oignons, tous les candidats, muets mais souriants, comme dans une distribution des prix – mais cela devant 300 personnes. Alors c’est vrai que l’on n’a pas le don d’ubiquité, c’est vrai que les militants qui ont réussi à mobiliser 300 personnes sont héroïques et que nous élus, nous leur devons notre mandat. Mais les vingt autres, dans des petits villages sont souvent aussi héroïques et cela vaut le coup, non seulement d’y passer mais de s’asseoir, de discuter, de rigoler. L’agenda est donc un moment de tension intense où des logiques différentes s’affrontent. Je sais que le jour où je verrai dans chaque visage un électeur potentiel et non un être humain, il vaudra mieux que je plie bagage. Enfin, de discussions en compromis, on finit par définir un agenda « provisionnel ».

Et puis à 13h00, je me précipite devant la TV. Intéressant la TV. J’ai droit au voyage du Pape, à la grève des TEC, à l’affaire politique D.F. Mais de tout cela qu’est-ce que je retiens : l’élaboration des repas des malades à l’hôpital de la Citadelle. Et sans doute, cette explication de la « gastronomie » hospitalière est-elle celle qui a touché le plus de monde. C’est vrai que pour un malade, l’heure des repas constitue -surtout pour ceux qui n’ont pas de visite- un événement. Les repas scandent la journée. Pendant des décennies ils ont été franchement dégueulasses, du style : le soir deux tranches de pain blanc rassis, avec un bol de café au lait et un peu de fromage blanc. Depuis très jeune, j’ai passé beaucoup de temps dans les hôpitaux. D’abord l’hôpital St Pierre à Bruxelles, puis le centre des tumeurs de Bordet, puis le CHU et bien d’autres. Je crois qu’avant l’âge de trente ans j’ai passé plus de temps allongée que debout. Et on m’avait dit : – à vingt cinq ans vous serez en dialyse, surtout pas d’enfants, ne vous fatiguez pas etc. Heureusement la médecine (comme la psychologie !!) ne sont pas des sciences exactes, et grâce à de bons gynécologues, de bons urologues et près de 15 opérations (non, non Michel pas les yeux quoique que tu aies raison et que j’y songe sérieusement !!!) j’ai deux filles superbes, je vis toujours (et oui !) et je travaille près de 17 heures par jour. Mais toutes mes pensées allaient ce midi à ces amis et ces amis dans les hôpitaux, à ceux qui ont réchappé et ceux que j’ai perdus. Je me souviens encore, et nous avions toutes les deux 28 ans, d’une amie à Bordet qui luttait contre un cancer du colon. Chaque matin, alors que moi je ne parvenais pas à déjeuner, elle disait : – Je veux vivre, je me force. Et devant moi, médusée, elle mettait 17 morceaux de sucre dans son café noir – Je veux tenir, ajoutait-elle. Elle n’a pas tenu hélas, mais d’autres si. Je me souviens aussi d’une autre amie qui se plaignait comme moi, dix ans plus tard à Liège, de souffrances inexpliquées. Nous attendions dans le couloir, en petites chemisettes d’hôpital, attachées dans le dos, à moitié nues devant les box de consultation. Je sors la première du box, elle m’interroge : – Et alors ??? Qu’est-ce qu’ils disent ? – Ne savent pas. Le stress ? Elle ressort un peu plus tard : – Et toi ? – Hystérie ! Tu te rends compte ? Ils me traitent d’hystérique. On a découvert à l’hystérique un cancer de l’ovaire et à moi un cancer du rein et nous en sommes sorties toutes les deux, fort heureusement. Mais le monde de l’hôpital a été pour moi une extraordinaire école de vie. Et de mort. Car c’est là que je me suis affrontée à la mort. D’où mon combat pour l’euthanasie. C’est là aussi, dans ces salles communes pour femmes telles qu’elles existaient encore dans ma jeunesse, que j’ai plongé, la tête la première, dans une solidarité féminine qui ne m’a jamais quittée. Toutes les sociétés humaines se ressemblent. En temps de guerre comme en temps de paix. En politique, comme à l’hôpital. On trouve le meilleur et le pire. Mais je garde de ces longues années un rejet viscéral contre toute idéologie de la souffrance. Non, la souffrance ne grandit personne. Pas plus dans l’accouchement que dans la mort. Oui, les soins palliatifs et l’euthanasie ont été une des plus grandes victoires de notre civilisation. Et oui enfin, les coiffeurs, les manucures, et des repas soignés dans les hôpitaux sont une avancée majeure, à condition que ce soit pour tous. La mort fait partie de la vie. Voilà à quoi me faisait penser le JT de ce midi. Ce soir, présentation des candidats à Grivegnée…

Blog de campagne (9)

12 mai 2009

Dimanche 10 mai. Aywaille et ma tête de grenouille. Comme d’habitude j’arrive à la rencontre avec des pieds de plomb tant je suis fatiguée et comme d’habitude, il ne me faut pas dix minutes pour retrouver le moral : j’ai l’impression d’être un papier buvard. Je vis en absorbant la sympathie et l’espoir des autres. Ils me donnent un courage fou et ils sont ma boussole. En les écoutant je sais pourquoi, un beau matin je me suis dis : je reviens à la politique. C’est maintenant ou jamais. J’ai le plaisir de croiser là une candidate dite d’ouverture, remarquable : le docteur El Kayat. Son mari, un de mes anciens collègues à l’Université, vient de partir en Palestine. C’est étonnant de la retrouver sur nos listes, mais ce n’est pas un hasard : quand les chemins se croisent sur le tard en politique, c’est la trace d’engagements profonds et parfois très anciens qui remontent à la surface et deviennent irrépressibles. Je trouve à Aywaille un GB ouvert et, honte à moi qui me suis toujours opposée à l’ouverture des grands magasins le dimanche, j’avoue que je m’y précipite et entasse dans le caddy des boîtes de chat, de chien, des salades, des crevettes, des cocas light et des petites crasses en tout genre. Puis je redescends place St Lambert d’où s’ébranle, en début d’après-midi, une marche vers le centre fermé de Vottem dont on « fête » les 10 ans d’existence. Une honte. Et dire que l’Europe a accepté la directive retour qui autorise des détentions allant jusqu’à 18 mois et aussi des détentions de mineurs. Comment pouvons-nous encore accepter une Europe forteresse, refermée sur ses acquis, alors que les candidats à l’immigration se noient au large des côtes de Lampedusa ? Des tas d’amis et de connaissances gravissent avec moi, sous un soleil de plomb, la côte qui mène à Vottem. Et notamment un collègue universitaire qui a rejoint une liste d’extrême gauche. – Pourquoi, finalement ? Tu t’es fait enrôler ? – Non, mais je me disais qu’il était temps. Quand on voit l’évolution du monde, on ne peut plus se contenter de faire de la politique dans un bureau. C’est marrant parce que je partage son sentiment d’urgence : il y a un contrat social à remplir. A chacun de voir comment l’assurer au mieux.

Le soir, je décide de rentrer à la maison. C’est trop. Il faut souffler un peu, défaire les valises toujours dans le couloir depuis le retour de Strasbourg, trier les papiers, faire les factures. Je mourrais pour un vrai bol de soupe où nagent les légumes ! Je prends quelques notes et consulte ma montre : il est déjà minuit.

Lundi 11 mai. Vite, je rejoins Bruxelles… et Robert ! Robert c’est le coiffeur du Parlement européen. C’est lui qui officie au rez-de-chaussée ; et c’est son équipe qui ne met que trente minutes, montre en main, pour un brushing. J’aime beaucoup Robert. Quand il ne travaillait pas encore dans l’institution, il organisait de temps à autre des coupes gratuites pour les SDF. Quand M.C a sorti son livre sur les sectes et les lobbies à l’assaut de l’Europe, il en a donné un exemplaire à Robert qui a passé ses vacances à le lire. – J’ai eu dur au début à cause des mots, disait-il, mais c’est intéressant. A mon tour, je lui ai dédicacé mon livre sur la flexibilité au travail. Je soupçonne d’ailleurs tous les députés de faire de même et il doit avoir une bibliothèque impressionnante. Mais son rêve, c’est de rencontrer un jour Elio. Notre Président le fascine. Robert prétend qu’il lui donnera des conseils pour reconquérir les indépendants, qu’il sait ce qu’il faut faire. A quand une coupe pour Elio ? L’après-midi, « chat » d’une heure organisé par la Fondation Roi Baudouin, avec des jeunes, puis le soir, réunion dans le Limbourg, près de Verviers. Les gens de Dison avec lesquels j’étais allée à Audincourt sont là aussi. C’est très gai et bien organisé par les MJS : la relève a l’air assurée !

« Tous des enfants d’immigrés ! »

12 mai 2009

Pour lire la suite de l’article paru dans Le Soir cliquer sur le texte : Liège. Manifestation pour les dix ans du centre fermé de Vottem… On les a connus plus nombreux : mille personnes environ ont répondu ce dimanche à l’appel du Collectif de résistance aux centres fermés pour étrangers (Cracpe) pour marcher vers le centre fermé de Vottem et célébrer ses dix années d’existence…

Blog de campagne (8)

11 mai 2009

Vendredi 8 mai. Le soir à Liège, la fête de l’Europe a été un succès. Un succès un peu assourdissant, vu la sono qui freinait les échanges politiques, mais un vrai succès festif. Tous mes interlocuteurs un peu gênés me faisaient répéter : – Quoi, excusez-moi, j’ai une mauvaise oreille ? – Mais non, c’est la sono, c’est normal ! – Quoi ? Qu’est-ce que vous dites ? – Je dis que c’est normal ! Benoît Hamon, venu représenter le parti frère français me demande, assez ahuri : – c’est toujours comme ça chez vous ? Oui c’est toujours comme ça quand c’est la fête. Et on a besoin, au début d’une campagne, de recharger les accus. Moi, je les ai rechargés immédiatement lorsque j’ai été abordée par trois jolies jeunes filles : – Vous ne nous reconnaissez pas ? – Attendez…des étudiantes ? – Mais oui, vous nous avez donné cours cet après-midi ! Vous ne sous souvenez pas ?? Là, c’est vrai, je tombe des nues. Je les ai quittées il y a à peine deux heures mais l’enseignement et la politique sont des compartiments tellement étanches pour moi que j’ai peine à faire la connexion ! Je leur demande : – Ca va le cours, ça vous intéresse (la stratégie de l’emploi au niveau européen) ? Elles répondent : – Oui. Parce qu’on découvre. On ne connaissait vraiment rien, rien de tout cela. Et elles ont raison, avant d’être députée européenne, bien que dans des circuits de recherche européens depuis 69, je ne connaissais quasi rien du fonctionnement de l’Europe.

Après la fête, avec Hamida, Sophie, Jean-François et Marcel, on va manger un couscous chez Rabah. Depuis qu’ils ont hébergé et aidé le doctorant palestinien Khaled, venu passer sa thèse à l’ULg pendant l’intervention militaire à Gaza, les patrons du restaurant sont devenus de vrais amis.

Samedi 9 mai. Le matin, réunion de campagne et constat très sévère : on a les affiches, la pêche et les tee-shirts, mais l’organisation est encore un peu artisanale. On va améliorer, mais il faut plus de troupes et ici, on se compte sur les doigts de la main. Pas encore au point sur la question du transport et la décentralisation. Mais le moral est d’acier.

J’ai un coup de cœur dans l’après-midi en « défilant » au Sauvenière dans des vêtements de récupération. L’événement était organisé par les Femmes prévoyantes socialistes. Tous les politiques étaient invités à monter sur scène, dans une parodie de défilé. Mais les costumes étaient superbes et colorés. Jean-Claude M. ouvrait la marche, dans un pourpoint grandiose avec un chapeau citrouille sur la tête : on aurait dit le roi Ubu. Véronique C. écolo et mince comme un fil, aurait été irrésistible dans n’importe quoi. Mais elle avait en plus le plus joli vêtement : une salopette XXL rayée, avec des bretelles et un tout petit buste ajusté. Je reçois quelque chose d’assez digne mais sobre : pantalon large, blouse à pois et deux grands tabliers superposés. J’ai l’air d’une Bécassine ! Sur scène, je me paie le luxe d’un petit striptease en laissant tomber, un à un… les tabliers. Visiblement, le striptease n’est pas très pro, mais on rit de bon cœur !

En fait, depuis toujours je suis amoureuse des tissus. Jeune et fauchée, j’ai habité dans un quartier d’Ixelles à côté des « Petits Riens ». Ou, pour être plus exacte, c’est en allant « Aux Petits Riens » que j’ai découvert un logement à louer. Presque tous les jours, j’attendais avec les femmes du quartier l’ouverture des battants des grandes portes à 13h30. A ce moment précis, sous la poussée de la foule, nous courrions dans la salle aux vêtements. Ceux-ci étaient jetés en vrac dans des cageots en bois, par catégorie : jupes, vestes, vêtements d’enfants, chaussures etc. Nous avions des paniers pour les enfourner. Les prix étaient dérisoires. Mes filles ont toujours été habillées comme des petites princesses. Quant à moi, je recoupais, recousais et assemblais des vêtements divers sur une vieille Singer à pédale que j’ai toujours gardée et dont je me sers encore aujourd’hui. Jusqu’à l’âge de 35 ans, j’ai fait mes vêtements moi-même. Après, plus le temps ! Je n’arrivais pas à la cheville des artistes des FPS mais j’avais sans doute plus d’originalité dans l’habillement qu’aujourd’hui. Je suis devenue un peu OGM : biodiversité en danger. Donc, gros coup de cœur pour les FPS et leur sensationnel défilé !

Le soir, je remonte à Bruxelles où je donne, avec deux candidates à la Région à Bruxelles, Sfia Bouarfa et Catherine Moureau, une fête. Beaucoup de femmes marocaines, une atmosphère très gaie. Là encore la sono va trop fort. Philippe M. le père de Catherine vient nous soutenir. Il rappelle qu’il a été mon professeur d’histoire, tout au début de sa carrière : c’est vrai, je lui dois beaucoup. Sfia est fabuleuse. Nous étions parties ensemble en Irak juste avant la guerre et Jean Cornil était de la partie. Mais la guerre était proche et aucun avion ne décollait de Bagdad : il fallait rentrer par jeep, en regagnant Aman à travers le désert. On avait trouve un véhicule mais le conducteur roulait comme un fou. Jean interloqué s’informe – Qui vous a appris à conduire ? L’autre – Mon père ! On continue en silence, en pleine nuit, terrorisés. Puis, petit choc, embardée, Sfia crie – C’est quoi ? Imperturbable, le chauffeur annonce – C’est un chat ! Sfia hurle, exige qu’on s’arrête, dit qu’elle est malade. Elle bondit hors de la voiture, vomit sur le bas côté de la piste et jusqu’à Aman, pour calmer son angoisse, explique à Jean des recettes de cuisine. De Bagdad à Aman, j’ai avalé mentalement toutes les recettes de Sfia qui meublait le silence en me soufflant de temps en temps – ce type est une vraie brute, il va nous tuer. Il ne nous a pas tués, mais roulés oui, puisqu’il nous a laissés au bord de la route, à l’entrée d’Aman, à quatre heures du matin, en refusant d’aller plus loin. C’était en 2002 j’en garde un souvenir impérissable et une amitié sans faille pour Sfia. Catherine, je la découvre. Médecin généraliste, généreuse, très chouette. Pendant la soirée, un camarade m’aborde : vous ne me reconnaissez pas ? Non, excusez-moi. – Caterpillar. La délégation syndicale de Caterpillar. Quand vous êtes venue chez nous faire une étude sur le stress !? Si je me rappelle ? Bien sûr que je me rappelle. Mais voilà deux fois en deux jours que mon passé professionnel rejoint soudainement le politique. Je me souviens tout à fait de lui et de sa délégation, mais le retrouver dans cette soirée, à Bruxelles, c’est une vraie surprise. Retour à Liège vers deux heures du matin.

Dimanche 10 mai. Lever six heures trente. Je suis verte, gonflée, avec des poches sous les yeux : j’ai une tête de grenouille, mais heureusement il ne pleut pas ! Le soleil pointe même son nez ce matin où je suis invitée à faire une intervention pendant le petit déjeuner à l’USC d’Aywaille… à suivre.

Blog de campagne (7)

8 mai 2009

Vendredi 7 mai. Les élections sont dans un mois. Et j’émerge. Pas un blog depuis quelques jours : je n’ai pas pu ! À Strasbourg, on a toujours la tête sous l’eau. Il faut savoir garder son souffle, tenir. Et quand on refait surface, c’est avec les poumons prêts à éclater. Pourquoi ?

. D’abord parce que physiquement l’atmosphère est irrespirable. Je ne sais vraiment pas ce qu’ils mettent dans l’air conditionné, mais dans cette immense bulle de verre qui accueille des milliers de personnes, les trois quarts font des allergies. En moins d’une demi-heure j’ai les yeux qui me sortent de la tête, j’éternue par rafales et je me sens asphyxiée avec un début de crise d’asthme. Je ne suis pas la seule, tout le monde se plaint. C’est un moindre mal car Strasbourg, heureusement, c’est aussi autre chose.

. Parce que le volume de travail est considérable ! Quatre jours sans respiration, de huit heures à minuit. On court de réunion en réunion, on peaufine les compromis et quand on vote, c’est parfois des milliers d’amendements trois heures durant. Il m’est arrivé (chut !!!) de tomber endormie quelques minutes au milieu d’un vote -les antihistaminiques ont des effets ravageurs- et d’être réveillée brusquement par les coups de coude de mes deux voisins : à gauche, Alain Hutchinson, à droite, un Hongrois très paternel, Fasakas, qui tous deux veillent sur moi.

Cette session cependant était particulière. Sur le plan politique, elle était tendue. Plus question de compromis et la droite a marqué sa supériorité numérique :

- le rapport de la socialiste Edith Estrella, sur le congé parental (maternité/paternité) après accouchement a été renvoyé à la prochaine législature. C’est un échec pour nous,
- plusieurs rapports sur l’immigration ont été adoptés : ils ne sont pas franchement mauvais, mais les socialistes perdent presque tous leurs amendements, notamment sur les soins de santé aux clandestins,
- le rapport sur les droits de l’homme du socialiste espagnol Obiols passe haut la main,
- la condamnation des propos du pape sur le préservatif en Afrique est malheureusement balayée. Etc.

Pas de cadeau. Et on imagine un Parlement encore plus à droite à la prochaine législature ? Mes chers amis, de grâce, un sursaut !

Pour le reste, des petits miracles comme à chaque session. D’abord la longue visite d’un groupe de MJS de Verviers, mené par Malik. Ils ont vécu au même rythme que nous, c’est-à-dire au galop. Très gais tous et très intéressés. Autre petit miracle, le dernier «petit déjeuner de la Libre Pensée» de cette législature: on dresse ensemble les lignes de force d’une Europe laïque.

Le soir, dîner de célébration des parlementaires du groupe socialiste qui nous quittent. Beaucoup, et parmi les meilleurs, s’en vont. Parfois volontairement, mais ce n’est pas toujours le cas…

Au milieu du rush… mercredi en fin d’après-midi je suis revenue à Bruxelles pour le match Palestine-FC de Molenbeek, organisé pour le 60ème anniversaire de l’UNRWA. Course contre la montre pour arriver à temps : je rejoins les organisateurs sur la pelouse quelques minutes avant le coup d’envoi. Rencontre sportive émouvante. Oui, les Palestiniens ont perdu le match, mais ils ont gagné dans les cœurs. Comment s’entraîner ensemble, avoir une stratégie d’équipe, quand d’un village à l’autre des voisins peuvent à peine se parler ? Coup de chapeau à Philippe M. pour cette organisation. Je dors avec mon petit balluchon chez L. et réussis à me retrouver le lendemain à Strasbourg à 11h, bien avant les votes. Dure journée, à peine les votes terminés je reprends le train pour une émission sur France Inter «Le téléphone sonne». Gare du Nord, 22h00, plus de train pour Liège, seulement pour Bruxelles où M. m’attendra en voiture pour regagner la maison. Dodo à 1h30.

Debout ce matin à 6h30. Coiffeur. Oui. Crevée d’accord, moche non ! Avant la grande fête de l’Europe ce soir, trois heures de cours à l’ULG. Au programme : la directive service, la directive temps de travail, le cas Laval, la directive sur le détachement des travailleurs et la clause sociale horizontale.

Ça ne vous dit rien ? Attention, l’examen est… le 7 juin !!!

Je plaisante bien sûr. Pour les étudiants, l’examen a bien lieu, mais une semaine après les élections.

Blog de campagne (6)

4 mai 2009

Dimanche 3 mai. Barbecue géant à la FGTB à Namur. La veille, on avait eu à Namur un débat intéressant avec Joël et des jeunes socialistes européens venus de l’étranger. Mais aujourd’hui, c’était la toute grande fête, 600 personnes, syndicalistes et socialistes confondus. L’action commune, quoi ! José D. fait un discours décapant. Il exécute avec humour mais aussi à travers une analyse politique impitoyable, les trois grandes familles «partenaires», libéraux, écolo et cdh. Non pas que les socialistes soient parfaits -loin de là- mais sur le plan de la crise, les bonnes réponses sont de notre côté. Quant à nos crises… on les a, espérons-le, surmontées. En tout cas, Namur est chauffée au rouge ! Les femmes sont à l’honneur : Eliane introduit les candidats régionaux avec un discours musclé et Valérie présente l’Europe et Jean-Claude M. Quant à Jean Charles L., 1er à la région, il ne cause pas mais José le décrit comme sérieux, avisé, plein d’avenir et… espiègle !! Les espiègleries de Jean Charles elles aussi font partie du passé, la page est tournée et il en rit le premier. Pendant toutes ces présentations, des seniors jouent les pom pom girls et déchaînent la salle. Les jeunes socialistes européens médusés regardent le spectacle des tribunes à l’étage. Une jeune roumaine me confie après : «c’est drôle, chez nous les réunions politiques c’est beaucoup plus figé : on est très sérieux!» Et bien nous, manifestement, on ne l’est pas. En tout cas pas dans la forme. J’entraîne Eliane, Valérie et les autres candidates à une danse endiablée et oh malheur, M. fait une vidéo avec son mobile. Je crains le pire… avec un peu de chance, si j’arrive à la mettre sur mon site, vous comprendrez ! ;-)

J’explique aussi à Valérie la bévue de la liste des cartes. Très grande dame, elle me dit de ne pas m’en faire. Mais la solution est déjà partiellement trouvée. Pour jeudi, j’aurai un nouveau jeu et on collera des étiquettes sur les anciennes. Toutes les petites mains sont les bienvenues car c’est un travail de bénédictin !

Vendredi c’est la fête de l’Europe à Liège et tout doit être rentré dans l’ordre. Avec Valérie, on projette une tournée des marchés avec les femmes de la liste européenne : j’écris aux candidates demain matin, avant le départ pour Strasbourg. La dernière session de Strasbourg va être lourde puisqu’il faut gérer de front le travail parlementaire et la session : je ferai un saut jusqu’à Bruxelles mercredi soir pour assister au match Palestine-FC de Molenbeek, avant de revenir jeudi matin à Strasbourg pour voter et repartir l’après-midi à Paris pour une émission sur France Inter. Retour prévu le même jour à Bruxelles, puis Liège. Il y aura très peu de temps pour souffler ! C’est pourquoi aujourd’hui à Namur, c’était vraiment une bouffée d’air frais. Déconner cela fait beaucoup de bien parfois. Demain, dès qu’il verra les valises, le chien comprendra et sera insupportable jusqu’au départ : il sait qu’il va être «placé» et a peur d’être abandonné. Quant au chat, le voisin s’en occupe. Les bêtes aussi détestent quand je parts…

Blog de campagne (5)

3 mai 2009

Dans toutes les campagnes, il y a des tuiles. La tuile d’hier c’est à Namur qu’elle m’est tombée sur la tête, à la manifestation organisée par les Jeunes PSE et les Femmes Prévoyantes Socialistes. Hamida, de mon équipe, ne connaît pas encore la candidate namuroise Valérie Déom 6ème effective sur la liste européenne. Elle cherche donc son nom sur la liste de nos cartes postales. Et ne le découvre pas! Le nom de Valérie a tout simplement été escamoté à l’impression. Sueurs froides. L’ordinateur est dans la voiture au parking. On se précipite pour voir sur les mails envoyés à l’imprimeur quelle est la liste que j’ai transmise… ouf, c’est celle qui apparait bien sur le site du PS, avec le nom de Valérie. C’est déjà une bonne nouvelle. Et heureusement, seul un jeu de quelques cartes postales a été distribué, uniquement à Liège, et uniquement dans la journée du 1er mai. Pour le reste, il va falloir corriger le tir. En attendant, pour le barbecue de la FGTB à Namur demain, ce sera une correction manuelle : pas moyen de faire autre chose. Et j’irai présenter mes excuses à Valérie. Donc j’insiste : Valerie Dom est 6ème effective sur la liste européenne et on peut voter pour tous les candidat(e)s !!!

Heureusement, il n’y a pas que des tuiles. La rencontre de Rocourt était une grande réussite. Rocourt est toujours très chaleureux. Roland a présenté les candidats avec sa gentillesse habituelle, mais j’étais contente de retrouver enfin Monique H. Après un an et demi de maladie et une opération très délicate aux cervicales, elle revenait enfin à la vie politique et avait repris le travail. Sa fille M est devenue une superbe jeune fille. C’est là que l’on voit le temps filer! J’ai dans mes archives, une photo de M. devant une de mes affiches qu’elle avait collée à Rocourt. Je commençais en politique, je n’avais aucune aide, aucun «système» derrière moi et M. était ma première fan: elle ne collait disait-elle à six ans, que pour les femmes! En terme de «système» je n’ai pas fait de bond spectaculaire, mon cercle s’est un peu agrandi, je ne suis plus toute seule. Ce qui n’est pas le cas de tous les candidats. Ce qui n’est pas le cas d’Irène Hody, 8ème suppléante à la région. Irène me racontait qu’elle était rentrée épuisée de sa journée du 1er mai, les pieds terriblement enflés (tiens, tiens! Elle aussi!) et que personne ne l’attendait à la maison: elle est veuve. Elle était passée au GB pour s’acheter de la colle et une brosse et coller elle-même ses affiches. «Je ne suis que 8ème suppléante, mais je suis socialiste depuis toujours et je tiens à faire un score honorable». Elle est pleine de courage, une vraie militante, mais c’est très dur. «Quand ce sera fini, je te ferai un coq au vin» me dit-elle. Mes chers amis, vous ne pourrez sans doute pas tous goûter le coq d’Irène, mais elle m’en a donné hier la recette :

Le coq au vin d’Irène :
- d’abord choisir un bon, un vrai coq
- rissoler les lardons (fumés de préférence) avec des oignons, réserver
- rissoler le coq découpé en morceaux avec moitié beurre, moitié margarine et flamber au cognac
- dans une grande marmite, remettre lardons, oignons et coq découpé, poivrer, saler
- ajouter un bouquet garni et «inonder» d’un bon vin rouge. Rouge surtout !
- laisser mijoter au moins deux heures (feu très doux)
- en fin de cuisson, sortir coq et assortiments et tenir au chaud
- lier la sauce avec un beurre mariné
- ajouter des champignons préalablement cuits
- rectifier assaisonnement
Le vin idéal= vin du Beaujolais, Morgon ou Fleurie.

Voilà ce qui se griffonnait sur un bout de table hier à Rocourt, et en la voyant écrire sans hésiter, j’ai eu l’impression qu’Irène savait très bien cuisiner : à vous de tester !