Véronique De Keyser

Députée européenne et conseillère communale à Liège

Vice-Présidente du Groupe Socialistes et Démocrates du Parlement européen

Blog du dimanche 10 mars

10 mars 2013

La semaine a été dense en émotions diverses. Certes, jeudi, il y avait la journée de la femme. J’étais à Paris, mais diverses célébrations avaient eu lieu au Parlement européen, mardi et mercredi. Pour moi, chaque célébration s’accompagne d’un peu d’amertume. Très peu, trop peu de changements concrets sur cette planète. Un des seuls objectifs du millénaire qui n’ait pas progressé, c’est la mortalité de la femme en couches, pendant et après sa grossesse. Soit parce qu’elle est trop peu importante pour qu’on lui sacrifie le coût de soins médicaux, soit parce que des influences politico- religieuses font obstacle à une vraie politique mondiale pour la santé reproductive. Faut-il rappeler que c’est dans le pays européen qui a la présidence aujourd’hui- l’Irlande- qu’une jeune femme d’origine indienne enceinte de cinq mois a agoni pendant trois jours en implorant, en vain , les médecins de la délivrer ? Lorsque le fœtus est mort, les médecins se sont décidés à intervenir mais il était trop tard : la mère a été emportée par une septicémie. Ce n’était pas au Moyen-Age, ce n’était pas en Afrique. C’était chez nous, hier. Et nous avons tous en mémoire, la jeune écolière pakistanaise, froidement abattue d’une balle dans la tête par des fanatiques pour avoir voulu s’exprimer sur internet et aller à l’école ? Nous avons tous en tête la jeune femme violée à mort dans un bus, en Inde. Et les familles entières , femmes et enfants compris, violés dans l’Est du Congo ? Que de travail encore à faire pour que la discrimination, les violences conjugales, le viol comme arme de guerre et comme distraction dominicale ne restent pas impunis et prennent fin !

Jeudi, funérailles de Stéphane Hessel à Paris. Je m’étais levée à 4 h du matin pour être à 9h30 aux Invalides avec Leila Chahid. Elio Di Rupo est venu lui aussi et c’était vraiment bien. Leila et moi sommes parties ensemble ensuite au cimetière Montparnasse. Là, c’est Michel Roccard, son vieil ami et mon ex-collègue au Parlement européen, qui a parlé le premier, étranglé par l’émotion. Edgard Morin, très fatigué, mais vaillant, l’a suivi. Lorsque la voix de Stéphane s’est élevée dans le cimetière, elle lui a redonné vie. Christiane, sa compagne n’a pas pris la parole mais elle a donné à cette cérémonie un air de fête de famille presque joyeux. Les enfants et les petits enfants de Stéphane ont récité une dernière fois les poèmes qu’il aimait. Un enterrement très simple qui contrastait avec la cérémonie des Invalides. Carole Bouquet, très émue et Guy Bedos ont voulu l’accompagner jusqu’au bout.

Samedi, après-midi à Bruxelles pour une journée consacrée à la laïcité. Là encore, comme pour la fête de la femme, on pourrait dire : une de plus ! Et pourtant, j’ai eu l’impression qu’on avançait. Ensemble. Dans un approfondissement des valeurs de la laïcité, dans un critique des dérives de l’Europe qui ne met plus au centre de ses politiques, la solidarité et la justice sociales. Hugo, Jaurès et bien d’autres ont été abondamment cités- Stéphane aurait été content ! Il y avait au Château du Karreveld comme une continuation des poèmes de Montparnasse, un parfum de politique et de poésie qui m’a donné l’impression de respirer mieux et d’aller où je veux aller. Il est bon, de temps en temps, de s’assurer qu’on est sur les bons rails.

Dimanche après-midi, un coup d’œil sur Facebook et nouveau départ pour Bruxelles : un diner avec les ministres des affaires étrangères européens socialistes. Retour dans la nuit. Demain matin, départ pour Strasbourg : une autre aventure. Espérons qu’il ne neige pas trop : trajet en voiture par l’Allemagne.

Leila et Véronique
Leila Chahid et moi-même au cimetière

Elio DR
Elio Di Rupo

Edgar morin et alain touraine
Edgar Morin et Alain Touraine

Leila et Guy Bedos
Leila Chahid et Guy Bedos

Mon Italie à Moi

24 février 2013

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Aujourd’hui, c’est l’Italie qui est au centre des débats. Je lisais dans le Soir les interviews de nos « grands » Italiens, Elio, Ana Morelli – et tant d’autres qui sont venus chez nous à travers les charbonnages et la sidérurgie—et qui, en substance disent : j’ai mal à mon Italie. Mais quelque part, même si la formule est usée, nous sommes tous des Italiens. Quelques souvenirs sur mon Italie à moi.

Dès 1968, alors que je militais à la Régionale FGTB de Bruxelles, la bande d’intellectuels de gauche dont je faisais partie et qui entourait le Secrétaire Régional René de Schutter, était fascinée par la gauche italienne. C’était notre référence, car la gauche italienne avait, bien plus que la belge, la capacité à la fois de théoriser et de passer à l’action. Nous étudions avec ferveur les Cahiers de prison de Gramsci et à peine capable de comprendre la politique, je me gargarisais déjà du concept d’appareil idéologique d’état, du rôle des médias et de la presse etc. Temps béni où on ne soupçonnait pas qu’un clown nommé Berlusconi allait pouvoir, dans le pays de Gramsci, faire main basse sur les appareils idéologiques d’état, sans susciter de sursaut de la part des citoyens italiens pourtant bien informés sur ces dangers. Mais l’Italie avec son eurocommunisme, qui avec l’eurocommunisme espagnol de Santiago Carillo avait très tôt rompu avec Moscou, restait une valeur phare. Et les allez-retours entre la place Roupe, où se trouvait le local de la Régionale, et l’Italie, étaient aussi réguliers et festifs que les trajets des bus, qui à peu près au même endroit, ramenaient régulièrement les immigrés dans leur pays. Ceux-ci, chargés de frigos, de machines à laver, et des sacs immenses, attendaient sur le trottoir, le départ du bus.

J’étais (et je suis toujours !) psychologue du travail et je travaillais à l’époque, pour la CECA, sur les accidents de travail et les conditions de travail dans les mines et la sidérurgie. Et Umberto Vidali, directeur à l’époque des recherches CECA à Luxembourg, m’a nommée, en 1975, experte auprès des syndicats, pour les questions de sécurité. Il y avait à l’époque en Italie un extraordinaire mouvement, l’Ambiente di Lavoro, suscité par Oddone qui était un peu l’homologue de l’idée de contrôle ouvrier défendu par André Renard à la FGTB. Mais en Italie, cela partait de la base, dans les usines ( ici à Fiat). L’idée était que les travailleurs devaient pouvoir, en mettant transitoirement les experts (médecins du travail , chefs de sécurité etc.) de côté , de se réapproprier le milieu de travail. Et pour illustrer la démarche « Vous n’avez pas besoin nécessairement d’appareils sophistiqués de mesure. Bien sûr si une ouvrière a mal à la tête après une journée de travail cela ne veut rien dire. Mais si 30 ouvrières ont mal à la tête le soir, c’est une information qui signifie quelque chose. Un fait qualitatif, quand il est collectif, devient scientifique ! ». Je me suis rendue en Italie, auprès de la CGIL, pour étudier de près le mouvement et l’enseigner ensuite à l’Université et auprès des syndicats. Ma première rencontre avec Trentin, la star de la CGIL date de cette époque. J’étais jeune, j’étais plus qu’émue, terrorisée en fait, mais ce fut mémorable. Mais quand j’ai revu Trentin, c’était en 2001. Il était devenu député européen au sein de mon groupe socialiste. Taiseux et austère, il ne communiquait guère. Je n’ai même pas osé l’aborder pour lui rappeler 1975. Le mouvement de l’Ambiente di Lavoro s’est effrité dès l’apparition des robots à Fiat. Et les conditions de travail n’ont cessé d’empirer depuis, jusqu’à entraîner, fait inconnu à l’époque, des vagues de suicide sur les lieux de travail. L’eurocommunisme italien a collapsé, tout comme l’eurocommunisme espagnol.

Nous avons tous mal à notre Italie, comme le dit Elio. Chacun a son souvenir personnel. Je n’ai rencontré qu’une fois Bersani, il y a trois ans environ au cours d’un débat en Italie. Je suis sûre que le potentiel de la gauche italienne- magique dans mes yeux de très jeune femme qui découvrait la politique- reste intacte, mais le populisme grimpant et la résilience de Berlusconi sont des donnes nouvelles qu’il nous faut analyser. Nous sommes tous Italiens car les mêmes dangers nous guettent. Nous sommes tous Européens, à la recherche de solutions à ces maux. Une partie de la solution est dans les urnes aujourd’hui. Une partie seulement.

Discours de Paul Magnette, nouveau Président du Parti Socialiste de Belgique, lors de la présentation des voeux du PS 2013

3 février 2013

Voici un extrait du discours de Paul Magnette, nouveau Président du Parti Socialiste belge:

Mes Chers Camarades,

Le message que je voudrais vous adresser, à l’occasion de ces vœux, est simple : Oui, 2013 est une vraie année.

C’est utile de le rappeler parce que beaucoup, manifestement, ont déjà le regard rivé sur mai 2014. Ce serait une erreur de s’y projeter trop vite. 2013 mérite d’être pleinement vécue, et nous allons pleinement la vivre.

Deux grands défis nous attendent. D’abord, gouverner. Gouverner parce que nous sommes un parti qui a, chevillé au corps, le sens des responsabilités.

Gouverner à l’échelle locale. Nous venons de mettre en place les conseils et collèges dans les communes, les CPAS, les provinces. Plus de 2300 élus locaux, dont une centaine de bourgmestres, viennent d’entamer une mandature de six ans, au plus près des attentes de nos concitoyens. Nous sommes un parti de municipalistes, un parti d’hommes et de femmes de terrain, et le gouvernement local est notre premier foyer.

Gouverner aux échelles régionale et fédérale aussi, bien sûr. L’électeur nous a confié, en juin 2009 et en juin 2010, un large mandat, qui s’étend jusqu’en 2014. Nous l’assumons aujourd’hui, avec une parfaite conscience de la hauteur des enjeux.

Si certains sont déjà pressés d’entrer en campagne, nous, au PS, nous avons encore beaucoup de projets que nous voulons voir aboutir avant 2014.

Ce n’est donc ni le temps du bilan, ni le temps de la campagne, mais le temps de l’action.

Pour lire le discours dans son intégralité, rendez vous sur ce lien:

http://www.ps.be/CMSPages/GetFile.aspx?nodeguid=f8d6d518-2e24-40c2-8be4-53f86902e48e

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Di Rupo-Hollande : accords et désaccords

22 mai 2012


© Image Globe

Elio Di Rupo et François Hollande figurent parmi les rares leaders socialistes aujourd’hui au pouvoir en Europe. Très proches sur le plan idéologique, le Belge et le Français ont en commun le sens du calcul, le goût du mystère et une patience infinie.

Ils ont dirigé leur parti, l’espace d’une décennie, avant de prendre la tête de leur pays. Premier secrétaire du PS français de 1997 à 2008, François Hollande vient de rejoindre Elio Di Rupo, président du PS francophone belge de 1999 à 2012, au sein du cercle restreint des socialistes européens chefs d’Etat ou de gouvernement. Le club, pas au mieux de sa forme, ne compte actuellement que six membres : outre Hollande et Di Rupo, le chancelier autrichien, le Premier ministre roumain, la ministre d’Etat danoise et le Premier ministre slovaque.

A peine l’élection présidentielle achevée, Elio Di Rupo a fait part au quotidien Le Monde de son estime pour « François », « un ami de vingt ans ». Les deux hommes se côtoient depuis longtemps. Préparation des congrès de l’Internationale socialiste, campagne pour les élections européennes, offensive contre le projet de directive Bolkestein : les occasions de travailler ensemble n’ont pas manqué depuis la fin des années 1990. « Cela a toujours été extrêmement chaleureux entre eux deux », assure Stéphane Le Foll, l’un des proches conseillers de François Hollande. « On connaît les hommes politiques français, leur ego surdimensionné, ajoute une source socialiste belge. Ce ne sont pas toujours des gens agréables à rencontrer. Hollande est au contraire quelqu’un de très simple. Cela plaît beaucoup à Elio. »

Au cours des prochains mois, Elio Di Rupo et François Hollande vont évoluer dans des contextes politiques très différents. Sur le papier, le Premier ministre belge dispose d’une marge de man£uvre bien plus restreinte que le président français. L’un et l’autre, cependant, partagent bien des similitudes. Passage en revue non exhaustif.

CE QUI LES RAPPROCHE

L’IDÉOLOGIE. Sur le fond, rien d’essentiel ne distingue le socialisme hollandais de la gauche dirupienne. « Elio Di Rupo et François Hollande ont une vision de l’avenir et de l’Europe qui est commune, indique Jean-Paul Baras, ancien secrétaire général au boulevard de l’Empereur, aujourd’hui délégué de la Fédération Wallonie-Bruxelles à Paris. Ils sont animés par un même socialisme, disons moderne, pour faire bref. Ils ne s’accrochent pas aux vieilles lunes, mais ils ont le souci d’adapter la philosophie socialiste à l’évolution du monde. » Cette proximité idéologique entre les deux leaders doit beaucoup au positionnement de leurs partis respectifs. « Au Parlement européen, la volonté de défendre les services publics nous rapproche beaucoup des Français, confirme le socialiste belge Marc Tarabella. Cet attachement à des services publics forts n’est pas aussi prégnant dans tous les partis socialistes ou sociaux- démocrates. » A noter, toutefois : sur de nombreuses questions éthiques (l’euthanasie) ou sociétales (l’adoption par des couples homosexuels), le PS belge, sous l’impulsion d’Elio Di Rupo, a évolué de façon bien plus spectaculaire que le PS français.

LE MYSTÈRE. Chef de file du PS au gouvernement fédéral depuis 1999, Laurette Onkelinx est l’une des personnalités qui connaît le mieux Elio Di Rupo. Et pourtant, elle l’avoue : l’homme reste pour elle une énigme. « Je travaille avec lui depuis tant de temps, confie-t-elle au Vif/L’Express. Je le vois ou je lui téléphone tous les jours. Mais je ne connais qu’une partie d’Elio, pas tout Elio. Car il cultive son jardin secret. Il ne partage pas tout. Il y a une part de lui qu’il ne veut pas rendre accessible. » Insaisissable, François Hollande l’est aussi, si l’on en croit le député européen Stéphane Le Foll. « C’est quelqu’un qui garde un certain secret, qui aime préserver une forme de mystère à son sujet. Ce n’est jamais facile de savoir ce qu’il pense vraiment. »

LE PRAGMATISME ET LA SYNTHÈSE. Ni l’un ni l’autre ne sont des idéologues. Socialiste ou social-démocrate ? François Hollande se moque assez de cette querelle de vocabulaire. Régionaliste ou communautariste ? Elio Di Rupo ne s’est jamais situé en fonction de cette ancienne ligne de démarcation. « Hollande a toujours occupé une position assez centrale au PS, précise Mathieu Vieira, chercheur à l’ULB et spécialiste de la gauche européenne. Elio Di Rupo et lui sont deux grands pragmatiques. » Passés maîtres dans l’art d’esquiver les conflits, les deux hommes recherchent en permanence la synthèse, le rassemblement. « Mais attention à ne pas confondre la synthèse avec le brouillage politique. La synthèse selon Hollande, ce n’est pas du flou », met en garde Stéphane Le Foll. Ainsi, au cours des années 2000, François Hollande n’a pas voulu opérer de synthèse avec l’aile gauche du Parti socialiste, pas plus qu’avec les partisans du « non » à la Constitution européenne ou avec l’idée de VIe république prônée par Arnaud Montebourg.

LA FROIDE DÉTERMINATION. « Quand on arrive aux plus hautes fonctions de l’Etat, ce n’est pas seulement une affaire de partis politiques, c’est aussi une affaire de destin personnel, relève Laurette Onkelinx. En l’occurrence, François Hollande comme Elio Di Rupo ont toujours eu cette conviction que leur histoire les amènerait un jour au sommet du pays. L’un et l’autre ont l’infinie patience du jardinier. » Un constat que rejoint la Liégeoise Véronique De Keyser, députée européenne : « Hollande et Di Rupo ne sont pas des politiciens à l’instinct, mais des fins stratèges, calculateurs, voire un rien austères. Ils construisent, ils réfléchissent avant de parler. Ils grignotent, avec la certitude d’avoir le temps devant eux. »

LE FÉMINISME. C’est Laurette Onkelinx qui relève ce trait commun. « Ce qui les rapproche, c’est aussi leur confiance donnée aux femmes, en général. Elio Di Rupo s’est rendu partout, y compris dans les lieux les plus machos du parti, pour imposer la parité. » Sous sa présidence, plusieurs femmes ont été promues ministres (Fadila Laanan, Marie Arena, Eliane Tillieux…). François Hollande, lui, a promis que son gouvernement serait composé d’hommes et de femmes, à parts égales.

CE QUI LES DISTINGUE

LEUR PARTI. Le PS belge est resté un parti de masse, ce qui n’a jamais été le cas du PS français. Il revendique 90 000 affiliés, pour une population de 4,5 millions de Belges francophones, là où son homologue d’outre-Quiévrain totalise environ 100 000 membres, alors que la France compte 65 millions d’habitants. Avec sa forte implantation dans les milieux populaires et sa structure très puissante, le PS belge correspond davantage, sociologiquement, à ce qu’était le Parti communiste français jusqu’à la fin des années 1960. Les socialistes wallons et bruxellois sont restés très liés aux syndicats, aux mutuelles et à une kyrielle d’organisations satellites, qui forment ensemble un « pilier » solide. « En Belgique, l’organisation du Parti socialiste reflète encore la volonté de bâtir une contre-société, explique Mathieu Vieira. En France, comme ailleurs en Europe du Sud, le bras ouvrier et le bras politique sont depuis longtemps séparés. »

LE STYLE. Longtemps, François Hollande ne s’en est guère préoccupé. Il a attendu de briguer la plus haute fonction de la République française pour affûter son look, amincir sa silhouette, changer de lunettes. Elio Di Rupo, à l’inverse, soigne son apparence depuis ses débuts en politique. Surtout, il apparaît bien plus anticonformiste. Le Montois n’hésite pas à négocier en jeans slims et baskets, ou à se déplacer sur le terrain vêtu d’une doudoune, alors que le président français n’apparaît en public qu’en costume-cravate.

LES ORIGINES. Issu d’une famille bourgeoise, François Hollande a suivi la voie royale : licence en droit, HEC, ENA. Le parcours d’Elio Di Rupo est plus atypique : après une enfance difficile, il a étudié la chimie à l’université. Le CV des deux hommes présente cependant des similitudes. François Hollande est repéré dès 1981 par Jacques Attali, alors conseiller de l’Elysée, qui l’intègre dans son cercle. Un an plus tôt, Di Rupo, cet autre surdoué de la politique, est entré au cabinet du ministre-président wallon, Jean-Maurice Dehousse.

LA CONSTANCE. De 1999 à 2012, Di Rupo a été le leader incontesté et incontestable d’une formation qui s’est maintenu au pouvoir sans interruption. Assez vite, il a réussi à dompter les rares voix discordantes. Hollande, lui, a dû affronter une forte contestation interne, orchestrée par l’aile gauche du PS (tour à tour Arnaud Montebourg, Laurent Fabius ou Jean-Luc Mélenchon), mais aussi par son grand rival Dominique Strauss-Kahn. Des turbulences liées à la longue traversée du désert des socialistes hexagonaux, dans l’opposition depuis 2002. « Les camarades français sont assez émerveillés et envieux vis-à-vis de notre situation, confie Marc Tarabella. Nous, même quand on a connu des périodes difficiles, on a réussi à rester au pouvoir. »

François Brabant

Le congrès national du Parti socialiste a approuvé à l’unanimité, moins 1 vote contre et 2 abstentions, la participation du PS au prochain Gouvernement fédéral

5 décembre 2011


Christie Morreale, Vice-Présidente du Parti socialiste, Laurette Onkelinx, négociatrice pour le PS, Willy Demeyer, Bourgmestre de Liège, Sénateur, Vice-Président du Sénat, Philippe Moureaux, Vice-Président du PS,


Elio Di Rupo, Premier Ministre, Véronique De Keyser, députée européenne, assiste au congrès

Le congrès de participation du PS au prochain Gouvernement fédéral a eut lieu ce dimanche 4 décembre 2011. Le congrès national du Parti socialiste a approuvé à l’unanimité moins 1 vote contre et 2 abstentions la participation du PS au prochain Gouvernement fédéral.

Laurette Onkelinx, négociatrice PS, a d’abord présenté le projet d’accord de Gouvernement. Elle a notamment rappelé les combats du PS lors des négociations, pour sauvegarder l’avenir de notre sécurité sociale, maintenir l’indexation automatique des salaires et l’âge légal de la pension, renforcer la fiscalité sur le capital ou encore réguler le monde de la finance. Elle a également souligné qu’avec le gouvernement qui va naître, un nouveau chemin commence : « Il nous faudra, comme hier, être vigilants et imaginatifs, résolus à défendre un modèle de société qui protège les plus fragiles. »

Plusieurs représentants des fédérations ont ensuite fait rapport de leurs congrès fédéraux, qui avaient tous approuvé la participation du PS au prochain Gouvernement fédéral. Pour le PS, l’heure est au sérieux et à la responsabilité. En tant que premier parti en Wallonie et à Bruxelles, le PS continuera à travailler d’arrache pied pour apporter des solutions justes et équitables aux citoyens.

Le Président du PS a souligné l’ampleur du travail qui attend le futur gouvernement. Celui-ci devra construire un projet d’avenir pour notre pays. Pour Elio Di Rupo, notre ambition doit être de vivre dans un pays qui tire chacun vers le haut, mais qui ne laisse personne au bord de la route.

Un gouvernement, mais pas à n’importe quel prix !

7 novembre 2011

BRUXELLES 07/11 (BELGA) = Dans une démarche peu commune, les 94 parlementaires du PS actifs dans les différentes assemblées législatives du pays ont co-signé une carte blanche diffusée lundi, par le quotidien Le Soir, pour expliquer leur choix de participer aux difficiles négociations visant la formation d’un gouvernement fédéral.

« Mais que diable irait faire le PS dans cette galère? « , demandent-ils notamment avant d’expliquer pourquoi les principaux ténors du parti consacrent tant de temps à négocier pour entrer dans un gouvernement qui serait « amené à prendre des mesures difficiles, parfois issues de compromis avec des partis de droite », mais pas à n’importe quel prix.

Le cœur des socialistes reste dans la rue aux côtés des victimes d’Arcelor et de tous les travailleurs qui se battent pour leur emploi, mais le sens des responsabilités et les 36% des voix confiées au parti lors des dernières élections, leur dictent de ne pas baisser les bras ni devant les ukases de la N-VA, ni devant les vieilles recettes (ndlr: économiques) à la Tatcher-Reagan, lit-on encore dans la carte blanche. JDD/

Carte blanche parue dans Le Soir

Un gouvernement, mais pas à n’importe quel prix !

Les socialistes le répètent : leur cœur est « dans la rue » mais continuer à négocier pour former un gouvernement est aujourd’hui un devoir moral.
« Pas question de sacrifier les citoyens ».

Les parlementaires PS, à la Chambre, au Sénat, aux parlements wallon, bruxellois, de la Fédération Wallonie-Bruxelles, de la Communauté germanophone et du Parlement européen

On parle déjà d’un gouvernement fédéral qui n’annoncerait que des mesures difficiles, rigueur et assainissement des finances publiques. Mais que diable irait faire le PS dans cette galère ? Pourquoi Elio Di Rupo, Laurette Onkelinx, Paul Magnette et tous les parlementaires qui participent aux groupes de travail, consacrent-ils tant de temps et d’énergie à négocier pour entrer dans un futur gouvernement qui serait amené à prendre des mesures difficiles, parfois issues de compromis avec des partis de droite ?

La place du PS n’est-elle pas, au contraire, « parmi les siens », aux côtés des militants, des syndiqués, des manifestants, des « indignés », à crier sa colère contre les dérives du capitalisme débridé ? Oui, c’est là, dans la rue, avec les citoyens, que bat notre cœur de socialistes. C’est aux côtés des victimes d’Arcelor et de tous les travailleurs qui se battent pour leur emploi que nous nous sentons à notre place. Parce que nous partageons leurs idéaux et leur combat contre les inégalités. Mais opter aujourd’hui, en tant que responsables politiques, pour le bitume des manifestations plutôt que l’action au sein d’un gouvernement, cela reviendrait à nier nos responsabilités.

Environ 36 % des Wallons, des Bruxellois et des Germanophones nous ont confié leur voix lors des dernières élections. C’est une responsabilité énorme. Celle de se battre depuis des mois pour défendre les intérêts des citoyens ; celle de ne jamais baisser les bras, ni devant les ukases de la N-VA, ni devant les vieilles recettes à la Thatcher-Reagan ; celle de revendiquer un impôt spécial pour les plus fortunés, une taxation des spéculateurs et l’allègement de la fiscalité sur le travail. Ces centaines de milliers de voix nous imposent de rester debout. Après 500 jours de combat. Après un accord institutionnel historique qui permet de pacifier le pays (saluons à cet égard les 8 partis qui l’ont conclu). Continuer à négocier, discuter, travailler pour former, enfin, un nouveau gouvernement est un devoir moral. Pour rester les garants des droits des travailleurs, des pensionnés, des jeunes, des personnes souffrantes, de tous ceux qui ont du mal à mener une vie décente et digne. Nous le faisons parce que nous devons le faire. Mais aussi parce que nous le voulons. Le PS est le seul parti qui, après 125 ans de progrès sociaux, a la force de dire NON à l’austérité, mais aussi le courage de dire OUI à ses responsabilités.

Si vous devez rénover votre maison, vous le faites vous-même ou vous faites appel aux meilleurs ouvriers. Aujourd’hui, c’est notre modèle économique et social qui doit, de toute urgence, être réformé. C’est une question de survie, face à l’allongement de l’espérance de vie et c’est une question d’équité pour redistribuer la richesse. Le PS veut assumer cette réforme de manière juste, sérieuse et responsable.

La situation est exceptionnelle et les défis, gigantesques. Le chemin sera loin d’être facile. Il n’est pas question de sacrifier les citoyens pour rémunérer de façon indécente les dirigeants des banques mais bien d’éviter que notre dette tue les services publics et la sécurité sociale ; et sacrifie la génération suivante, nos enfants et petits-enfants. Dans un monde de plus en plus incertain, il est indispensable d’assumer la rigueur ensemble, aujourd’hui, si l’on veut éviter l’austérité demain. Nous devons agir parce qu’il faut aussi redonner l’espoir aux citoyens et en particulier aux plus jeunes.

Cette responsabilité énorme nous confère également la capacité de dire haut et fort : ce ne sera pas à n’importe quel prix ! Le PS se battra avec acharnement pour être le bouclier contre la crise. Au nom des centaines de milliers de femmes et d’hommes qui nous ont fait confiance, nous continuerons à nous battre pour que ce gouvernement prenne des mesures justes, qui tiennent compte de la capacité contributive de chacun ; pour qu’il soutienne les travailleurs et renforce le pouvoir d’achat, pour qu’il remette la finance sous contrôle, qu’il encourage les jeunes, qu’il défende la sécu, qu’il tire chacun vers le haut. Sans laisser personne au bord du chemin.

Changeons l’Europe !

22 juillet 2011

Aux prises avec une crise qui menace l’existence même de l’euro, l’Union européenne s’apprête à prendre des décisions qui seront lourdes de conséquences pour l’avenir de l’Europe et de son économie. Les propositions actuellement sur la table pour le « paquet gouvernance économique » représentent, selon nous, une remise en cause sans précédent des valeurs et des principes fondamentaux de notre destin commun: la solidarité, la justice sociale, l’égalité des chances et le développement durable. Au nom de la nécessaire responsabilité budgétaire face à la crise, ces choix idéologiques mettent en péril la cohésion sociale entre européens et notre capacité commune à assurer la transition écologique de nos économies. En particulier, ces choix risquent de sacrifier toute une génération de jeunes à travers bon nombre d’Etats membres, touchés très durement par le chômage et se sentant de plus en plus exclus et rejetés au lieu de pouvoir participer pleinement à la construction de leur avenir.

Il est évident pour nous qu’assurer la soutenabilité des finances publiques est un objectif politique essentiel : celles-ci sont un instrument clé au service de biens communs tel que la cohésion sociale ou la préservation de l’environnement. Et il est vrai que la crise que nous vivons aujourd’hui a détérioré très significativement les finances publiques en Europe. Même si le secteur public a sa part de responsabilité, les causes de cette crise sont avant tout à trouver dans le secteur privé: accroissement des inégalités salariales, endettement privé excessif, et bulles spéculatives générées par une industrie financière irresponsable.

Les mesures annoncées ne répondent pas à ces difficultés. Au contraire, elles sont injustes, inefficaces et inappropriées. En nous coupant de notre avenir commun, il nous renverrait à des temps que nous pensions révolus à jamais – celui des égoïsmes nationaux exacerbés, celui des injustices sociales criantes, et celui des extrémismes en tous genres. Il ne réussirait qu’à transformer la crise économique actuelle en crise politique.

Les Européens doivent se réveiller tant qu’il est encore temps, en renouvelant leur adhésion aux valeurs fondatrices dans une perspective d’avenir volontariste et commune. Nos sociétés ne survivront pas à des années de déclin économique et social, suscité par des politiques d’austérité aveugles. Dans cette logique, il reviendrait principalement aux salariés de supporter le poids de la crise en subissant des réductions de salaires. Au contraire, collectivement, tirons enfin les vraies leçons de la crise qui nous a frappés. Les spéculateurs de tous bords se sont nourris d’une absence de règles et de mécanismes de surveillance forts. Imposer aux gouvernements européens une cure d’austérité brutale et s’attaquer aux salaires ne ferait que renforcer cette fragilité, au lieu d’y remédier. De surcroit, renforcer un système de sanctions financières sur ces bases ne ferait qu’alimenter l’hostilité entre pays. La zone euro doit défendre sa monnaie commune et soutenir impérativement ses membres en difficulté, ce qui constitue un
enjeu vital pour l’Europe toute entière.

Que les majorités conservatrices au Conseil des ministres et au Parlement européen qui veulent imposer une telle fausse solution prennent enfin conscience de leur erreur. Nous devons dans ces moments difficiles pour les Européens faire preuve d’audace et d’imagination, en formulant une réponse politique nouvelle et différente. Il est possible de retrouver la maitrise des finances publiques sans tuer notre développement économique et les investissements dans des domaines tels que l’éducation, la recherche ou les énergies renouvelables, et sans alimenter l’injustice sociale et l’exclusion. Il est possible de retrouver des marges budgétaires nécessaires en étant innovant et courageux. Pour cela, il faut tout d’abord que tous les Etats membres contribuent à cet effort en commun – tant les pays en surplus que ceux en déficit commercial. Dans tous les pays, il faut ensuite protéger les investissements publics productifs de l’austérité budgétaire, rassembler sous forme d’Euro-obligations une partie de la dette des Etats membres pour en réduire le coût global, et mettre en place les bases d’une politique fiscale européenne commune, garante de recettes justes, efficaces et durables. Il s’agit d’alléger la charge fiscale sur les revenus du travail et de renforcer celle sur les revenus du capital, de combattre efficacement la fraude fiscale, de créer une véritable fiscalité écologique, et d’instaurer enfin une taxe sur les transactions financières. Les gouvernements européens doivent veiller à ce que les salaires élevés et les revenus du capital contribuent justement à l’effort général de consolidation budgétaire, pour éviter que les salariés à revenu faible ou moyen ne subissent l’essentiel de cet effort.

Il ne s’agit pas de plaider pour des solutions simplistes ou irresponsables, mais de mettre en place un projet de modernisation économique grâce à des politiques responsables, équilibrées, intelligentes et pleinement respectueuses des valeurs sur lesquelles repose le projet européen. Nous en appelons à tous ceux qui partagent ces convictions de se mobiliser avec nous, en signant cet appel, pour donner à l’Europe une autre politique de sortie de crise qui la renforcera, au lieu de l’affaiblir davantage.

Pour signer la pétition, c’est ici !