Véronique De Keyser

Députée européenne et conseillère communale à Liège

Vice-Présidente du Groupe Socialistes et Démocrates du Parlement européen

Accord PRN sur le transfert des données des passagers: il est dangereux, sous couvert d’une lutte légitime contre le terrorisme, de violer des droits fondamentaux !

19 avril 2012

L’accord PRN sur le transfert des données des passagers est un dilemme pour le Parlement européen. La rapporteure néerlandaise (ALDE) Sophie Int’Veld veut son rejet, car il viole le droit des Européens au respect de leur vie privée, et cela même alors qu’ils sont innocents de tout crime – mais en même temps, ce mauvais accord est meilleur que le précédent. Il prévoit une rétention moins longue des données, un champ moins vaste des crimes pris en compte, etc. Nonobstant, les Etats Unis ont réussi à maintenir la procédure push and pull qui leur permet, exceptionnellement, de puiser directement des informations dans la banque de données de tous les passagers, et ce, sans contrôle démocratique préalable. C’est cette procédure pull and push qui fait grincer des dents les députés. Certains disent- c’est tout de même mieux qu’avant et de toute manière si nous n’acceptons pas, les Etats-Unis feront des accords bilateraux avec les pays européens, accords qui seront moins favorables aux passagers. D’autres, comme moi, pensent qu’il est dangereux, sous couvert d’une lutte légitime contre le terrorisme, de violer des droits fondamentaux. Fin du suspense ce midi à l’heure des votes.

L’ONU, c’est le printemps arabe des palestiniens !

14 septembre 2011

Communiqué de presse de Véronique De Keyser
Députée européenne
Vice Présidente du Groupe Socialistes & Démocrates, en Affaires Etrangères, Développement et Droits de l’homme

Depuis plus de dix ans, l’analyse politique du monde arabe et le processus de paix au Moyen-Orient ont toujours été une des priorités de l’eurodéputée Véronique De Keyser, qui a multiplié les missions sur le terrain – déjà en 2006 elle dirige la mission européenne d’observation des élections législatives en Palestine, elle se rend sur place pendant la terrible opération « Plomb durci », elle soutient activement la flottille de Gaza – et s’est également rendue à de très nombreuses reprises en Israël, en Turquie, en Egypte, au Liban, en Syrie. Le 6 juin dernier, avec d’autres députés, elle dépose une nouvelle déclaration écrite sur la reconnaissance par l’Union européenne de l’Etat palestinien, qui bénéficie du soutient de députés de tous les groupes politiques. « Cette déclaration est extrêmement importante quant à la promotion du Parlement européen de la paix et la sécurité concernant le conflit Israélo Palestinien qui affecte la vie de tellement de personnes. A l’heure où plus de 130 pays ont déjà reconnu le principe d’un Etat palestinien, y compris plusieurs Etats européens, le parlement européen doit oeuvrer activement en ce sens » déclare la députée européenne. Hier, au titre de Vice Présidente du Groupe Socialistes & Démocrates, elle appelait les députés socialistes à signer la lettre de l’ancien ministre des Affaires Etrangères français Hubert Védrine et d’une vingtaine d’hommes et femmes politiques de premier plan, visant à soutenir l’initiative palestinienne.

Aujourd’hui, 14 septembre 2011, elle est intervenue en séance plénière à Strasbourg, sans détour:

« Dans 8 jours le président Abbas demandera à l’ONU la reconnaissance de l’Etat palestinien. C’est un moment historique qui nous place nous Européens, au pied du Mur- et dans le cas de la Palestine, ceci n’est pas une figure de style. Assumant la responsabilité prise en 1948 de reconnaître l’Etat israélien, l’Europe n’a cessé depuis de soutenir une solution à 2 Etats, sur les frontières de 1967, avec Jérusalem pour capitale. Elle n’a pas fait que le dire- comme dans les conclusions du Conseil de 2009, elle a aussi aidé à construire cet Etat, en finançant le plan Fayyad, qui avait pour objectif d’établir des institutions crédibles pour le futur état palestinien. Deux ans après, mission accomplie, le plan Fayyad est un succès. Le moment est donc venu pour l’Europe de faire un pas supplémentaire, le pas diplomatique qui consiste à soutenir la démarche palestinienne à l’ONU. Les Palestiniens le méritent. Les Palestiniens y ont droit. Les Palestiniens y croient.

Certains diront- mais les Etats-Unis n’en veulent pas. Mais l’Europe n’est-elle que l’écho timide des Etats-Unis ? Laissons Obama à ses contradictions- que de reculades depuis le fameux discours du Caire !- et à sa campagne électorale.

Certains diront- mais cela ne changera rien sur le terrain. C’est vrai, il faut retourner au plus vite à la table de négociation. Mais une reconnaissance à l’ONU donnerait aux Palestiniens des droits et des responsabilités nouvelles, un rapport de force plus équilibré avec les Israéliens et un cadre multilatéral de négociation- non pas, une fois de plus, un face-à-face stérile et déséquilibré avec Israël.

D’autres diront- mais tous les pays européens ne suivront pas et nous risquons la désunion. Mais c’est à nous Parlement européen, qui sommes la voix des peuples, à aider nos gouvernements à parler d’une seule voix, avec une position politique courageuse et éthique. Mais au-delà c’est la crédibilité politique de l’Europe qui est en jeu. Nous n’avons cessé de célébrer la démocratie retrouvée en Tunisie, en Egypte, en Lybie, et les efforts du peuple syrien, qui reste un peuple martyr. Un drapeau européen flotte sur Ben Ghazi. Mais L’ONU, c’est le printemps arabe des Palestiniens ! C’est la voix pacifique, négociatrice, qui nous a fait confiance à nous Européens, qui a refusé la violence qui veut se faire entendre. Oserons-nous – cette voix-là- l’ignorer, faire semblant de ne pas l’entendre ? Je ne veux pas, je n’ose pas le croire ! »

Comment des personnes poursuivies par la justice internationale peuvent-elles transiter sur le territoire de l’Union ?

7 juillet 2011

Que vous soyez interdit de séjour ou de voyages en Europe, que vos avoirs soient gelés ( depuis 2002) par l’Union européenne et les Etats-Unis en raison de violations des droits de l’homme et des libertés fondamentales, vous serez bien accueilli en Italie et au Vatican en application des Accords de Latran signés avec Mussolini ! Possible proverbe vaticanais !

C’est la conclusion qui s’impose à la lecture de la réponse que la Commission européenne vient de donner à Véronique De Keyser, Députée européenne, qui l’avait interrogée suite à la présence de Monsieur Mugabe, Président du Zimbabwe, lors de la cérémonie de béatification du Pape Jean Paul II.

Véronique De Keyser avait demandé: « La Commission peut-elle indiquer très précisément qui (quelle autorité) délivre les dérogations permettant à des personnes poursuivies par la justice internationale de transiter sur le territoire de l’Union ? Sur quelles bases légales et pour quels types d’événements de telles dérogations sont-elles accordées ? Les personnes « non grata » doivent-elles introduire une demande et/ou répondre à une invitation ? D’autres dérogations ont-elles été accordées ces dernières années et, dans l’affirmative, à qui ? Que comportent très exactement ces dérogations ? »

La Commission a fini par donner une réponse qui ne peut qu’interpeller: « En ce qui concerne la présence du président du Zimbabwe, M. Mugabe, à la cérémonie de béatification du Pape Jean‑Paul II, la Commission renvoie à l’article 4, paragraphe 3, point d), de la décision 2011/101/PESC du Conseil concernant des mesures restrictives à l’encontre du Zimbabwe, qui prévoit que le paragraphe 1 afférent aux mesures nécessaires pour empêcher l’entrée sur le territoire des États membres: «s’applique sans préjudice des cas où un État membre est lié par une obligation de droit international, à savoir:(…) d) en vertu du traité de réconciliation (accords du Latran) conclu en 1929 par le Saint-Siège (État de la Cité du Vatican) et l’Italie.»

Il s’agit d’une règle générale fondée sur une obligation de droit international, qui s’applique à tous les régimes de sanctions mis en place par l’Union européenne.  »

Ainsi donc, les accords de Latran signés en 1929 entre l’Italie de Benito Mussolini et le Vatican au nom et sous les auspices de la « Très sainte Trinité » priment sur le droit européen.

Que vous soyez Kabula, Kabanda, Mugabe ou autres Karzic ou Mladic, que vous soyez poursuivi par le TPI, sous le coup d’une interpellation, que vous soyez interdit de séjour sur le territoire de l’Union européenne et que vos biens soient gelés, tant que vous allez au Vatican: pas de problème… à en croire la Commission. Evoquez les accords de Latran !

Véronique De Keyser
Députée européenne

De la Syrie et des responsabilités de l’Union européenne

28 avril 2011

Il y a peu, les socialistes et démocrates appelaient l’Union européenne et ses États membres à suspendre la poursuite des négociations sur la signature de l’Accord d’Association alors en suspens entre l’UE et la Syrie. Cet accord devait dépendre de la volonté des autorités syriennes de cesser immédiatement la répression violente contre ses citoyens et sa capacité à mener à bien des réformes démocratiques.

Pourquoi un tel accord était-il plus que souhaitable ? Bien sûr, pour soutenir les aspirations démocratiques et pacifiques du peuple syrien depuis trop longtemps opprimé. Mais aussi, parce tout changement en Syrie peut bouleverser le paysage politique dans une région des plus instables. La politique internationale s’est appuyée jusqu’ici sur la Syrie, considérée comme une partie de la solution au Liban, mais aussi en Irak et en Palestine, et comme un allié pour combattre le terrorisme et tendre à la paix au Proche-Orient.

Soutenu par l’armée et les services de sécurité du parti Baas, Bachar al Assad a choisi la voie de la répression violente. Les ponts sont coupés. L’heure est aux sanctions, certes. Il faudra toutefois encore beaucoup de temps pour que le calme revienne en Syrie. Un changement de régime aurait des répercussions sur le monde arabe et l’Iran. Mais il ne faut pas non plus oublier que le pays à des frontières communes avec le Liban, la Turquie, l’Irak et la Jordanie…

Par ailleurs, Israël est dans une situation délicate vis-à-vis de la Syrie. Si Assad a armé le Hezbollah au Liban et a pu notamment soutenir le Hamas, il a aussi aidé à garder le calme sur la frontière israélo-syrienne. Tel-Aviv pourrait donc préférer le maintien du parti Baas au renversement d’Assad par des islamistes ou des nationalistes.

D’un autre point de vue, les Etats-Unis auraient avantage à l’avènement à Damas d’un régime sunnite qui mettrait fin à 30 ans d’alliance avec l’Iran chiite et de soutien au Hezbollah. Cela diminuerait certainement l’influence de Téhéran sur le Proche et le Moyen-Orient. Enfin, l’Irak, ex-rival baasiste de la Syrie, et dont le rôle est ambigu depuis l’invasion américaine en subirait aussi les conséquences.

On le voit, la situation actuelle de la Syrie est au centre de la problématique complexe du Proche-Orient. Pour l’Union européenne, c’est incontestablement une tension à résoudre, et cela pour deux raisons essentielles. La première est que les équilibres difficilement préservés depuis des décennies risquent à tout moment de se rompre et d’entraîner les populations de la région dans un chaos incontrôlable. La seconde est que pour des raisons de pure stratégie, on n’en vienne à accepter deux poids deux mesures en matière de démocratie et à justifier des situations totalement indignes de celle-ci. L’urgence de sanctions fermes est donc d’autant plus grande.

« C’est un privilège que d’être nommée chef de la mission de l’Union européenne dans ce contexte politiquement et militairement sensible »

11 décembre 2010

Les images de Kinshasa ne s’estompent pas et cette année aura vraiment été pour moi, une année africaine. De multiples séjours au Soudan où je dirigeais la mission d’observation électorale : de mars à juillet jusqu’à la remise du rapport final et puis, après les vacances, mon rapport sur les mutuelles de santé en Afrique, la visite parlementaire à Kinshasa. La semaine prochaine, session parlementaire à Strasbourg importante pour les Belges : on termine sans fanfare mais avec dignité la Présidence belge. Et samedi à 6h du matin, départ pour le Soudan. J’y dirige à nouveau une mission de 120 observateurs pour le référendum sur l’autodétermination du Sud qui doit se tenir le 9 janvier. Une semaine entière de vote, plus un lent décompte des voix dans une atmosphère électrique pour savoir si le Soudan reste uni ou se sépare en deux. J’ai pu constater à Kinshasa à quel point le dossier était sensible pour toute l’Afrique sub-saharienne. Si la guerre civile qui a duré jusqu’en 2005 a fait 2.000.000 de morts et 4.000.000 de déplacés, est encore dans tous les esprits – un Accord de paix en 2005 y a mis fin – les risques d’une nouvelle guerre si ce referendum n’avait pas lieu est bien présent. Donc, il faut y aller, garantir la légitimité du processus et persuader le Nord qu’il a tout à gagner à accepter le résultat des urnes. Je vous passe les négociations préalables, les intermédiaires qui se mettent en place comme le panel de haut niveau de l’ancien Président Sud-Africain Mbeki, l’œil vigilant des Américains, des Chinois, le soutien de l’Union européenne au référendum, et l’aide importante de l’ONU. Mais si l’impact d’une scission du Soudan sur les pays voisins serait grand et risquerait d’entraîner une instabilité dans la Corne de l’Afrique, celui d’une guerre serait bien pire et les pays riverains prennent déjà des mesures aux frontières pour contrôler un afflux potentiel de réfugiés. C’est un privilège que d’être nommée chef de la mission de l’Union européenne dans ce contexte politiquement et militairement sensible. J’en prendrai la mesure dès samedi.

Dans un tout autre registre, quelques mots encore de Kinshasa. Je voudrais revenir sur l’incroyable dynamisme social de la société civile. J’ai en tête deux moments forts : le Forum des Femmes que je co-présidais qui a commencé par une chanson contre la violence sexuelle à l’égard des femmes, qu’on a écoutée debout, avec la gorge nouée, et le Carrefour Paysan un peu à l’écart de Kinshasa, où des pays venus de toutes les provinces du Congo, structuraient leur mouvement. Il parait qu’aux Etats Unis quand un politicien parle de solidarité, c’est comme s’il disait un gros mot : il est immédiatement taxé de communiste. En Afrique, la solidarité, c’est le sang qui coule dans les veines, c’est la vie.

Reste à trouver le moyen d’irriguer par ce sang neuf, par cette créativité, des décideurs politiques, trop souvent corrompus. Certes, ils doivent dépasser les contingences du quotidien et de ses misères et avoir une vision politique plus large. Mais une vision politique qui ne s’appuie pas sur ses forces vives, qui ne part pas des besoins réels de la population, risque de se fourvoyer. C’est pour cela que les mutuelles de santé en Afrique sont intéressantes : à nouveau, c’est une dynamique sociale qui s’installe et qui peut guider des politiques gouvernementales en matière de santé. Il y a des centaines de mutuelles qui se créent en Afrique et nous pouvons dans ce domaine partager notre expérience belge, sans chercher à plaquer notre modèle sur le leur. La conférence que j’ai organisée à Bruxelles jeudi était éclairante sur ce point. Très contente de voir que le Commissaire européen Piebalgs, Laurette Onkelinx et André Flahaut soient venus l’inaugurer. Fait révélateur : Laurette et André ont parlé en militants socialistes, en passionnés, davantage qu’en ministres. Les participants m’ont dit après la conférence que les Belges avaient bien de la chance – Mais comment faites-vous avec des gens de cette qualité pour ne pas avoir de gouvernement ? Je n’ai pas osé répondre qu’on était aussi des spécialistes pour se tirer une balle dans le pied.

« Le commerce international doit être au service du développement en général et plus spécialement des droits de l’Homme, et des personnes les plus fragilisées comme les enfants »

14 octobre 2010

Parlement européen, Bruxelles, 13 octobre 2010. Ouverture des débats de Véronique De Keyser, Vice Présidente du groupe S&D, dans le cadre de la Grande conférence « La politique commerciale peut-elle améliorer les droits de l’homme? »

. L’Article 207 du Traité UE mentionne que la politique commerciale commune est menée dans « le cadre des principes et objectifs de l’action extérieure de l’Union ». Elle doit contribuer aux grands objectifs de l’Europe dans ses relations avec le reste du monde comme énoncés à l’article 3 du Traité : « au développement durable de la planète, à la solidarité et au respect mutuel entre les peuples, au commerce libre et équitable, à l’élimination de la pauvreté et à la protection des droits de l’homme, en particulier ceux de l’enfant ainsi qu’au strict respect et au développement du droit international, notamment au respect des principes de la Charte des Nations Unies ».

. Nous avons décidé d’organiser cette rencontre car depuis l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne le Parlement Européen jouit désormais du pouvoir de donner son consentement à tous les accords commerciaux conclus par l’Union européenne. Ceci est une étape importante dans l’évolution des prérogatives du PE qui devient désormais co-législateur pour la politique commerciale ce qui n’était pas le cas auparavant.

. Le commerce international ne doit pas être considéré comme une fin en soi mais bien comme un instrument au service d’un ensemble d’objectifs économiques, sociaux et de développement et ne peut en aucun cas être réduit aux seuls intérêts économiques. Insister sur la cohérence entre les différentes cohérences des politiques de l’UE. Face à la crise financière, économique et surtout sociale, il faudra à tout prix éviter que l’ouverture commerciale se fasse au détriment des droits de l’homme et du travail décent.

. Le débat sur le lien entre normes sociales et règles du commerce international a été bloqué jusqu’ici dans le cadre multilatéral de l’OMC, les pays en développement s’y opposant par crainte d’une utilisation à des fins protectionnistes. C’est pourtant dans le cadre des accords bilatéraux et régionaux que cette articulation a connu, pour l’Europe comme pour les Etats-Unis des développements concrets. L’obligation de respects des normes sociales et environnementales a ainsi commencé à trouver une place, quoique encore très limitée, dans la politique commerciale de l’Union. Il faut insister pour une coopération étroite et soutenue des différentes organisations internationales comme l’OMC, l’OIT et les différentes agences et programmes des Nations Unies comme le PNUD.

Deux exemples :
- L’Accord de Cotonou (signé en juin 2000 et révisé en 2005) avec les pays ACP, qui mentionne dans son article 9 les droits de l’Homme « y compris le respect des droits sociaux fondamentaux » comme partie intégrante du développement durable et comme « éléments essentiels » de l’accord; le non respect pouvant entrainer la suspension pure et simple de l’accord, y compris sa dimension commerciale.
- Le SPG+ est un système de préférences généralisées qui vise à promouvoir le respect des normes de travail internationales par le biais de préférences tarifaires supplémentaires : les pays qui peuvent bénéficier de ces préférences commerciales étendues, parce qu’ils sont des pays « vulnérables », doivent ratifier et mettre en oeuvre 27 conventions internationales sur les droits de l’homme et l’environnement (protocole de Kyoto, conventions sur le droit du travail, lutte contre la corruption etc..) et accepter que leur mise en oeuvre fasse l’objet d’une surveillance et d’un examen périodique avec possibilité de suspension du régime commercial en cas de non respect. Par exemple, cela a été le cas récemment pour le SRI LANKA et plus anciennement pour la Biélorussie. Le SPG+ est souvent présenté comme l’instrument de politique commerciale le plus ambitieux de l’Union Européenne en matière de droits de l’Homme, de droits sociaux et de droits environnementaux mais il reste sujet à caution et les questions posées par sa mise en oeuvre devraient être considérées lors de l’examen du futur réglement SPG+ actuellement en cours d’examen.

. Une critique majeure de la politique actuelle de « conditionnalité liée aux droits de l’Homme » est qu’elle n’est pas assez globale; de fait, elle n’existe pas systématiquement pour tous les pays et n’existe pas non plus pour certains accords sectoriels, comme la pêche, l’acier, ou le textile; ce dernier exemple est pourtant une industrie dans laquelle le non respect des droits de l’Homme et des enfants est très souvent pointé du doigt.

. Comment objectivement donner un avis positif ou négatif à la signature d’accords commerciaux ou de partenariat ? Deux écoles s’affrontent à ce sujet : la première soutient que signer des accords avec des pays « non respectables sur le plan des droits de l’homme » peut être un moyen de les amener à élever leurs standards dans la matière; l’autre école soutient qu’il faut d’abord évaluer la situation des droits de l’homme et imposer le respect de ces droits avant que des avantages commerciaux spécifiques ne soient octroyés par l’UE. L’idéal serait de pouvoir disposer d’une liste de critères objectifs qui pourraient nous amener à pouvoir prendre des décisions dans un sens ou dans un autre.

. Au Parlement Européen on discute actuellement du rapport Saifi (Droits de l’Homme et les normes sociales et environnementales dans les accords commerciaux internationaux) qui devrait être adopté en INTA le 26 octobre prochain. On vient de voter l’avis de David Martin sur ce rapport en AFET qui recommande notamment que les accords commerciaux internationaux devraient comprendre des engagements contraignants concernant les normes en matière de droits de l’homme et permettre une révision en cas de violation de ces normes.

Actuellement, les accords commerciaux suivants sont en cours de négociation et devraient arriver devant le Parlement Européen : Colombie/Pérou et l’Inde en 2011/2012. La question ne se pose pas seulement pour les accords commerciaux mais aussi pour les accords de partenariat, c’est par exemple le cas du Turkménistan actuellement en discussion.

En tant que Vice-Présidente du Groupe des Socialistes et Démocrates, responsable pour les Droits de l’Homme, le commerce et le développement, je me suis déjà engagée à travailler sur une position commune au sein de notre Groupe afin que le langage des doubles standards ne soit pas utilisé lorsqu’il s’agira de ratification des futurs accords commerciaux et, de façon plus générale, de la ratification future d’accords internationaux. Le commerce international doit être au service du développement en général et plus spécialement des droits de l’Homme et des personnes les plus fragilisée comme les enfants.

Si tous les commissaires ont réussi leur audition, l’écrasante majorité penche à droite : la faute à qui ?

9 février 2010

Blog du 9 février 2010. Accrochez-vous, je suis à Strasbourg. Sans conviction, mais aussi sans surprise, nous avons voté ce matin la mise en place de la nouvelle Commission européenne. Vingt sept nouveaux commissaires sous la houlette de José Manuel Barroso déjà bien connu dans la maison. Pourquoi sans conviction ? Parce que si tous les commissaires ont réussi leur audition (avec une belle courbe de Gauss, certains de justesse, d’autres avec brio, au milieu beaucoup avec des résultats honnêtes), l’écrasante majorité penche à droite. La faute à qui ? La faute aux élections nationales qui dans les 27 pays de l’Union ont porté la droite au pouvoir. D’où seulement 7 commissaires socialistes, aucun vert, et le reste, centre ou droite. Donc, un rejet de la Commission actuelle n’aurait en rien changé la donne politique : les pays concernés nous auraient produit une copie conforme en cas de rejet de leur poulain; les noms auraient changé, pas le pays ni l’appartenance politique. Mais il faut savoir parfois changer de poulain : la Bulgare Jeleva en a été l’éclatante démonstration. Son audition avait été navrante et la candidate avait fait preuve d’une ignorance sidérale. Elle fut vite remplacée par une autre commissaire désignée, bulgare elle aussi, de droite elle aussi, mais époustouflante et ce qui ne gâte rien, pleine d’humour. Accessoirement vice-présidente de la Banque mondiale, ce qui pour une future commissaire à l’aide humanitaire, était un bon tremplin. Avec ce léger toilettage, la commission était prête.

Donc le vote favorable a rencontré une écrasante majorité. Cohn Bendit, éternel opposant, s’est opposé. Rien d’inattendu. Mais il s’est lancé dans une casuistique subtile. Avec de splendides effets de manche, il a voté non à la Commission, tout en se déclarant prêt à la soutenir si elle œuvrait dans la bonne direction : en déployant une politique fiscale, en renforçant les efforts de lutte contre le changement climatique (à propos, un petit réchauffement ces jours-ci ne me déplairait pas !), en créant de l’emploi etc. Nous, les socialistes, avons dit oui mais en exigeant, en contre partie, du social, de l’emploi et l’étude a priori, avant toute décision législative, de l’impact social qu’elle risque d’avoir. La crise a plané sur toutes les interventions des groupes politiques. Il n’y a pas que Reynders qui joue au caméléon : Daul, le président du grand groupe du parti populaire européen y est allé de son couplet social et Verhofstadt, président du groupe libéral au Parlement européen, n’était pas mal du tout. C’est assez drôle d’ailleurs de se retrouver entre Belges au Parlement européen, avec Jean-Luc Dehaene (très distant), Guy Verhofstadt (drôle et bourré d’intelligence), Louis Michel (avec un potentiel d’indignation intact), Marianne Thyssen (effacée mais gentille), l’extrême droite flamande (bien propres sur eux, BCBG, ignobles), Frida Brepoels du NVA (chaleureuse et « humanitaire »), et puis beaucoup d’autres, Kathleen, Saïd, Isabelle, Marc, Fred etc.. Nous vivons ensemble dans un microcosme où les jeux politiques ne sont pas la transposition des jeux nationaux. Ce sont donc surtout les individualités et les caractères qui priment.

On vote aussi durant cette session sur l’accord SWIFT. C’est-à-dire un accord intérimaire de transmission des données bancaires aux Etats-Unis, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Initialement le réseau SWIFT est une coopérative d’origine belge qui sert de messagerie bancaire reliant près de 8.000 établissements financiers dans le monde. Les Etats-Unis ont utilisé ces données bancaires en réquisitionnant la copie des messages stockée aux Etats-Unis comme back-up de l’original stocké en Europe. L’affaire avait suscité un certain émoi, à cause de son manque de transparence (des messages étaient utilisés sans que leurs auteurs en aient connaissance et sans leur consentement) mais un accord intérimaire avait été consenti aux Etats-Unis les autorisant à continuer la consultation des données durant 9 mois, le temps de boucler un accord final plus soucieux du respect des libertés individuelles. Mais ne soyons pas naïfs, SWIFT ne fait pas que miner les libertés individuelles; il peut aussi être une arme d’espionnage économique. Etonnamment durant ces 9 mois, les inquiétudes du Parlement européen n’ont pas été prises en compte. Il a compté pour du beurre. Or aujourd’hui avec le Traité de Lisbonne le Parlement a un pouvoir de co-décision sur la négociation. Il faut son approbation sur un accord final. Les socialistes, les verts, la gauche unie, et les libéraux risquent de s’opposer. Les Etats-Unis sont furieux, Hillary Clinton téléphone à tous les numéros qu’elle a, dont celui de lady Ashton, nous sommes mis sous pression par les ambassadeurs américains dans différents pays. C’était le gros thème de discussion au Groupe ce soir : c’est clair, les socialistes continueront à dire non. C’est un peu de notre rêve américain qui se brise. La lune de miel avec Obama est terminée.

Et puis, de nombreuses réunions ont préparé le départ de la semaine prochaine en Colombie. Je n’ai déjà que trop parlé du problème colombien mais cette fois, c’est fait : on part. En groupe de «haut niveau» (et oui, c’est ainsi qu’on s’appelle quand le chef du Groupe part avec nous). Vous aurez au retour le détail de cette aventure. D’ici là, beaucoup d’eau coulera encore sous le pont.