Véronique De Keyser

Députée européenne et conseillère communale à Liège

Vice-Présidente du Groupe Socialistes et Démocrates du Parlement européen

Elections Communales 2012 – Blog 1

2 août 2012

Allez les femmes !

Qu’est-ce que vous croyez que j’ai fait d’abord, en lançant la campagne communale ? Un plan, une logistique, des commandes d’affiches, la constitution d’une équipe ? Et bien non. Vous n’y êtes pas du tout. J’ai acheté un nouveau frigo. Plus grand. En profitant des soldes de Krefel ! Et je crois que toutes les femmes candidates savent de quoi je parle. Il faut stocker.

Pendant une campagne, l’essentiel c’est de tenir le coup. En général, on n’a pas la chance d’avoir congé dans son travail : donc on travaille double. On fait sa journée comme d’habitude et le soir ou le week-end, c’est réunion sur réunion. Du non-stop. Pas question de tomber malade, ni d’avoir une rage de dents. Plus question de nettoyer : le linge s’empile, le courrier aussi et la maison est un capharnaüm. Cela va durer un bon mois, l’essentiel est de tenir, de respirer profondément et de se jeter à l’eau. Dans cette campagne, la nourriture est essentielle. Je suis une abonnée des arrêts sur l’autoroute à 10h du soir, où j’achète absolument n’importe quoi, trois tranches de jambon, une Jupiler ou un Coca light, en encore une salade truffée de macaronis cachés sous trois morceaux de poulet- n’importe quoi car à cette heure-là, j’ai faim. La malbouffe, ça va en temps ordinaire. Pas en campagne électorale, entre deux barbecues aux saucisses. J’ai l’estomac fragile, c’est mon point faible. Si je veux tenir je dois manger léger. Merci Krefel : j’ai stocké comme un écureuil, en espérant que le vieux micro-ondes, qui a déjà vingt-cinq ans, ne me lâchera pas. Je suis privilégiée et mes enfants sont grands. J’admire les candidates, quel que soit leur parti politique, qui se lancent dans cette campagne avec des charges familiales plus lourdes et des enfants encore jeunes : c’est une prouesse ! Allez les femmes ! On- va- ga- gner !

Vers la fin des mutilations génitales dans le monde? – Towards the End of Genital Mutilation in the World?

14 juin 2012

Le Parlement européen, en sa session de Strasbourg, vient d’adopter à l’unanimité une résolution qui vise à mettre fin aux mutilations génitales dans le monde. Le Parlement, en effet, demande à l’Assemblée Générale des Nations Unies d’adopter au cours de sa 67ème session une résolution visant à harmoniser les mesures déjà prises par certains Etats membres et à développer des instruments juridiques, régionaux et internationaux à cet effet. Bref, de lancer une véritable stratégie mondiale. Il était grand temps. En effet, même si certains pays africains ont, sous l’impulsion de réseaux de femmes remarquables, déjà pris des mesures, le phénomène est loin de disparaître y compris dans les pays européens à travers une immigration fragilisée et refermée sur des coutumes ancestrales, bien éloignées des préceptes de l’Islam et autres croyances.

« C’est un sujet encore tabou, et nous manquons de chiffres mais pas de témoignages. Et je salue d’abord le courage des femmes et des jeunes filles qui victimes de ces sévices acceptent de témoigner de leur calvaire » déclare l’eurodéputée Véronique De Keyser, co-auteur de la résolution. Et avec les mots les plus crus, l’eurodéputée décrit, non seulement l’excision mais l’infibulation- qui consiste à coudre les lèvres du sexe féminin, en ne laissant qu’un minuscule orifice, pour faire passer l’urine et le sang des menstrues. « Le simple fait d’uriner prend des heures et cause des souffrances intenses et des infections à répétition. Et lors de la nuit de noces, l’époux doit parfois découper l’infibulation au couteau ou avec des ciseaux. Ces cas, qui ont parfois des conséquences tragiques et entrainent le décès de la femme, existent encore dans nos pays aujourd’hui. »

« Rien dans l’Islam n’impose ces pratiques, déclare Marc Tarabella, membre de la Commission des Droits de la Femme. Ce sont des pratiques ancestrales, culturelles plutôt que religieuses. » Au-delà des sanctions, indispensables pour une tolérance zéro à ces barbaries, il faut donc développer au niveau local des stratégies proactives d’éducation et de formation, y compris à l’égard des mères qui perpétuent les sévices qu’elles ont connus chez leur filles.

« On a beaucoup parlé d’intégration ces jours-ci en Belgique, déclare Véronique De Keyser. La lutte contre les mutilations génitales doit faire partie du bagage des droits que nous souhaitons partager avec les femmes immigrées. Le temps n’est pas si loin en Europe ou les Croisés, partant délivrer Jérusalem aux mains des infidèles, enfermaient le sexe de leurs femmes dans des ceintures de chasteté. Nous n’avons de leçons à donner à personne, mais bien des conquêtes de droits à partager ».

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The European Parliament, in its Strasbourg session, has just unanimously adopted a resolution which aims to put an end to genital mutilation in the world. The Parliament has indeed asked the UN General Assembly to adopt, during its 67th session, a resolution aiming to align the measures already taken by certain Member States and to develop judicial, regional and international instruments in order to achieve this. In short, to launch a real worldwide strategy. It was high time. Indeed, even though some African countries have, under the impulse of remarkable women networks, already taken some measures, the issue is far from disappearing including in European countries through a weakened immigration closed to ancestral customs and far from the precepts of Islam and other beliefs.

« It is still a taboo subject, and we are lacking in figures but not in witnesses. I first would like to acknowledge the courage of the girls and women qui have been victims of such abuse and who have accepted to testify their plight » declares MEP Véronique de Keyser, co-author of the resolution. And with the crudest of words, the MEP describes not only the excision but also infibulations, which consists in sewing the lips of the female genital organ, leaving only a tiny hole which allows for the urine and menstrual blood to pass. « The simple act of urinating takes hours and causes intense suffering as well as repeated infections. During the first honeymoon night, the husband must sometimes cut the infibulations with a knife or with scissors. These cases, which sometimes have tragic consequences and lead to the death of women, still exist in our countries today. »

« There is no aspect of Islam which imposes these practices, declares Marc Tarabella, Member of the Women’s Rights Committee. These are ancestral practices, cultural rather than religious. » Beyond sanctions, indispensable for a zero-tolerance policy of these barbaric acts, it is necessary to develop at the local level some proactive educational strategies, including in respect to the mothers who perpetuate these atrocities they themselves have lived through.

« We have often spoken of integration in Belgium these days, says Véronique De Keyser. The fight against genital mutilation must be a part of the package of rights we wish to share with immigrated women. The time is not so far away when the Crusaders, going to deliver Jerusalem from the hands of the infidels, locked up their wives’ genitals in chastity belts. We have no lessons to give to anyone, but we do have rights conquests to share. »

Véronique De Keyser, Marc Tarabella, Frédéric Daerden.

Le combat des femmes tunisiennes face à la montée de l’intégrisme islamiste

15 mai 2012

Le Centre Culturel Arabe en Pays de Liège et Femmes relais vous invite à la conférence débat de Saïda Garrache jeudi 24 mai à 20h.

Participez à cette rencontre exceptionnelle avec Saïda Garrache, avocate, féministe et activiste de l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates.

« Jamais je n’ai été aussi inquiète qu’aujourd’hui pour la liberté des femmes ».

En ce moment historique de réforme démocratique en Tunisie, Saïda Garrache viendra spécialement nous expliquer le combat quotidien des femmes tunisiennes aujourd’hui. Une Tunisie nouvelle est en train de se construire, et le rôle accordé aux femmes sera le vrai baromètre de ce projet de société. Face au succès grandissant de l’intégrisme islamiste, les femmes tunisiennes se battent pour préserver leurs acquis, que ce soit à Tunis ou dans les campagnes. Elles tiennent à préserver le code du statut personnel, créé sous Bourguiba en 1956, et qui interdit la polygamie et instaure une procédure judiciaire pour le divorce et le mariage par consentement mutuel.

Saïda Garrache nous parlera également de son combat politique en prévision des élections prévues pour mars 2013. Connue pour son militantisme avec et pour les féministes, Saïda Garrache est également militante pour les Droits de l’homme. Elle était tête de liste pour le parti pour le Mouvement des patriotes démocrates à Mahdia lors des dernières élections.

Rendez-vous jeudi 24 mai 2012 à 20h au Centre Culturel Arabe en Pays de Liège rue Henri Orban 1 – 4030 Grivegnée
P.A.F. :1€ (gratuit pour chômeurs, étudiants et Art. 27)
Un verre de thé à la menthe offert
Téléphone : 04/ 342 78 84 – Gsm : 0497/ 16 79 09
Email: info@ccapl.be
Facebook: Centre Culturel Arabe en Pays de Liège
Site internet, cliquer ici.

Une autre rencontre est prévue avec Saïda Garrache le 25 mai à 20h à l’initiative de Femmes Relais de Liège et Bruxelles Laïque.


Chaque femme a le droit de disposer librement de son corps !

26 mars 2012

Femmes et hommes venus en nombre, Centre d’Action Laïque, Centre du Libre Examen, Conseil des Femmes Francophone de Belgique, Fédération des Centres de Planning…plus de 2200 personnes ont participé ce samedi à Bruxelles, à la manifestation en faveur du droit à l’avortement en Europe. Le 22e anniversaire de la loi belge dépénalisant l’avortement, nous rappelle que les femmes doivent rester libres d’avoir ou non un enfant. Car 22 ans après le vote de cette loi, le combat est toujours d’actualité face aux groupes d’action contre l’avortement qui n’ont jamais été aussi présents. Même si à ce jour, aucune initiative parlementaire ne vise à modifier la Loi Lallemand-Michielsen, l’avortement ne doit jamais constituer une infraction, ni une entrave pour chaque femme, au droit de disposer librement de son corps.

Depuis de longues années, Véronique De Keyser est de tous les combats en faveur des femmes en Belgique, en Europe, partout dans le monde. Pour elle « les européennes veulent et doivent partager leurs libertés. Il n’est pas normal qu’aujourd’hui, dans certains pays européens, les femmes les plus pauvres continuent à mourir dans des avortements clandestins, alors que les plus riches franchissent leurs frontières pour interrompre ailleurs leur grossesse. Gisèle Halimi, la célèbre avocate française continue à se battre pour que toutes les Européennes aient accès aux mêmes droits, et pas seulement pour interrompre une grossesse : droit au divorce, à l’égalité de traitement, à la pension de garde des enfants etc. » Véronique De Keyser, qui soutient totalement la démarche de Gisèle Halimi et l’a invitée plusieurs fois à s’exprimer au Parlement européen pour y présenter « la Clause de l’Européenne la plus favorisée », multiplie les actions en faveur des femmes. Faut-il rappeler les affrontements qui ont éclaté, dès sa deuxième législature, avec des députés d’extrême-droite polonais opposés à l’interruption volontaire de grossesse ? S’indignant de telles positions au sein du parlement, au 21eme siècle, Véronique De Keyser avait décidé avec quelques collègues, de la mise en place d’une exposition de posters à Strasbourg comparant l’avortement à la Shoah. Après quelques échauffourées violentes opposant les parlementaires démocrates et progressistes, dont elle était, à la Ligue des Familles polonaises, l’exposition fut finalement interdite.

Cela n’a pas empêché l’eurodéputée de toujours être sur le terrain, de manifester, de donner des conférences et de participer à des débats télévisés pour dire aux femmes « Ne vous résignez jamais ! » Son engagement permanent dans la lutte pour les droits des femmes, pour la laïcité comme rempart des femmes contre l’intégrisme religieux, pour l’égalité des genres, lui a d’ailleurs récemment valu d’être nommée femme d’exception de Wallonie en recevant le prix Théroigne de Méricourt. Véronique De Keyser pense qu’elle n’a rien d’exceptionnel et que toute la force, tout le courage qu’elle a pu avoir dans sa vie, c’est à d’autres qu’elle les doit. A toutes les femmes d’ici ou d’ailleurs qui, comme elle le souligne « ne peuvent ni parler, ni décider, ni rire ou danser parfois, qui ne savent ni lire ni écrire mais qui résistent », à toutes ces anonymes tellement exceptionnelles…


Photos de gauche à droite : deux débats parmis ceux organisés au Parlement européen par Véronique De Keyser auxquels elle a invité Gisèle Halimi, Véronique De Keyser au dernier Festival des Libertés participe au débat “Héritières et pionnières” dont l’objectif est de situer les luttes des femmes sur un continuum, dans le cadre du 30ème anniversaire du Centre Louise Michel à Liège, Véronique De Keyser reçoit le prix Théroigne de Méricourt

Quelques émissions avec Véronique De Keyser, sur la question de l’avortement, à revoir en copiant les liens sur votre navigateur :

- « Ce jour là » sur La Une, il était question de l’impossibilité de régner pour 36 heures, le temps que puisse être signée la loi Lallemand-Herman-Michielsens de dépénalisation partielle de l’avortement:
http://www.rtbf.be/laune/programme-tv/detail_ce-jour-la?uid=55577268668&idshedule=3a3dd 23ad39eb56c9a1d9878841733d4

- « L’offensive des anti-avortement » sur France 24 :
. http://www.france24.com/fr/20091020-le-debat-de-france-24-avortement-europe-loi-espagne-manifestation
. http://www.france24.com/fr/20091020-le-debat-de-france-24-avortement-europe-loi-espagne-manifestation-partie2

Les droits des femmes, les droits des gays et des lesbiennes et la lutte contre l’extrême-droite mis à l’honneur demain mardi 6 mars au Parlement européen par Véronique De Keyser qui remettra les Silver Rose Awards 2012‏

5 mars 2012

Les droits des femmes, les droits des gays et des lesbiennes et la lutte contre l’extrême-droite mis à l’honneur demain, mardi 6 mars, au Parlement européen. Véronique De Keyser, Vice-Présidente du groupe Socialistes et Démocrates et Présidente du jury remettra les Silver Rose Awards 2012.

En effet, l’association Solidar remettra ce mardi à 19 heures au Parlement européen trois prix symboliques, les Silver Rose Awards 2012, à des associations et des personnes qui ont mené des actions exceptionnelles. Une fois encore, le choix des nominés n’a pas été facile au vu de la grande qualité de candidats proposés et de la grande richesse des thèmes abordés et objectifs poursuivis.

Le premier ira au Premier Ministre norvégien, Jens Stoltenberg, pour son attitude courageuse et sage devant le massacre de juillet dernier. Jens Stoltenberg nous fera l’honneur de sa présence.

Le second ira à l’association KAOS GL qui défend en Turquie les droits à la pleine liberté d’orientation sexuelle et notamment les droits des gays, des lesbiennes et des transsexuels même si, contrairement à certains pays, l’homosexualité n’a jamais été illégale dans ce pays laïque. Kaos lutte contre toute forme de discrimination directe ou indirecte.

Le troisième sera remis à Iris Munguia, qui défend au Honduras les ouvrières dans l’industrie bananière qui sont souvent victimes d’harcèlements sexuels et de multiples discriminations au travail. Iris Munguia a milité durant des décennies pour leurs droits plus particulièrement au sein des plantations de Chiquita au Honduras.

En fin de cérémonie, le jury honorera de manière tout à fait exceptionnelle Poul Nyrup Rasmussen, Président du Parti Socialiste européen qui vient de quitter ses fonctions.

Pour la troisième année consécutive, Véronique De Keyser, Vice-Présidente du groupe  » Socialistes et Démocrates » a eu l’honneur de présider le Jury du Silver Rose Awards.

L’écrivaine qui osa défier le régime de Damas

5 février 2012


Samar Yasbek écrivaine et journaliste Syrienne, Véronique De Keyser députée européenne et vice-présidente du groupe S&D

Guy Duplat – Entretien Envoyé spécial à Paris
Mis en ligne le 03/02/2012

L’écrivaine Samar Yazbek a participé au soulèvement syrien depuis le début. Malgré les menaces, elle a témoigné et, exilée à Paris, elle va publier son “journal”.

Une femme de courage. Une écrivaine qui nous explique que c’était une « évidence » pour une écrivaine, de lutter et de témoigner sur ce qu’elle a vu et vécu en Syrie pendant les quatre premiers mois de la révolution. Un témoignage très dur, qu’elle a commencé à raconter à son arrivée en exil à Paris, en juillet dernier et qui sortira sous le titre « Feux croisés » (chez Buchet Chastel) en mars sous forme de son journal de bord du 25 mars au 9 juillet 2011, un livre qui éclaire d’une lumière crue la situation en Syrie. Elle sera ce mardi aux Halles de Schaerbeek, dans le cadre du cycle des littératures arabes. Nous l’avons rencontrée à Paris chez sa traductrice, Rania Samara.

Samar Yazbek, 41 ans, mère d’une fille de 17 ans en exil avec elle, est l’auteur de quatre romans (« Parfum de cannelle » sera le premier traduit en français, en 2013), de recueils de nouvelles et de plusieurs scénarios.

Déjà avant le déclenchement de la révolution, vos romans contestaient le régime.

Dans « Glaise », je mettais en cause l’institution militaire en parlant d’un conflit entre deux officiers dont l’un était un alaouite, du clan du président, et l’autre, un pauvre obligé de corrompre pour avancer. Etant moi-même une alaouite, je connais le système syrien de l’intérieur.

Vous êtes de la même confession, du même clan que l’équipe au pouvoir à Damas. C’est étonnant ?

Mon rôle dans la révolution m’a valu d’être rejetée par toute ma famille et tous mes proches. Mais je connais bien les rouages internes et suis bien placée pour les dénoncer. Le fait d’être alaouite m’a sans doute évité d’être emprisonnée. Le régime ne voulait pas montrer qu’il y avait des alaouites contre lui car cela aurait cassé leur thèse d’une révolution qui serait un conflit religieux entre sunnites et chiites alaouites. Mais pour moi, ces considérations sont sans intérêt. Ma présence en Syrie dans les groupes qui ont mené la révolution était un témoignage que ce conflit n’a rien de sectaire ou de communautaire, c’est la lutte d’un peuple contre les exactions d’un régime.

Réfugiée politique à Paris depuis juillet, que pouvez-vous encore faire ?

Ma première tâche fut de témoigner, y compris devant le Parlement européen, sur ce qui se passe là-bas, sur les exactions commises et sur les tortures en prison dont j’ai été le témoin. J’ai transmis tout ce que je savais de ces quatre premiers mois de lutte sur lesquels, en Europe, on ne savait rien. Je me considère comme un « passeur ». J’ai continué aussi à écrire ce journal commencé sur place et qui sera publié en mars en français et simultanément en arabe. J’essaie aussi, via des ONG humanitaires, d’aider les gens sur place, mais je suis très frustrée de ne plus avoir les contacts que j’avais sur place.

Comme écrivaine et comme femme, vous sentiez que vous deviez réagir ?

Je suis une rebelle depuis que j’ai 16 ans. Je me suis battue contre les traditions qui oppriment les femmes, j’ai fugué à 16 ans, je me suis mariée, j’ai divorcé, j’éduque seule ma fille. On voit beaucoup de femmes dans la lutte en Syrie car, effectivement, elles ont dû déjà se battre contre les discriminations qui les frappent.

Mais ce qu’on voit en Egypte, en Libye, en Tunisie, est inquiétant en ce qui concerne le droit des femmes ?

Je suis très inquiète de ce qui pourrait se passer comme régression islamique. La période de transition sera sans doute longue avec des épisodes de chaos, des tragédies peut-être, mais cela débouchera ensuite sur une société plus juste et les femmes devront continuer à se mobiliser pour faire évoluer ces sociétés.

Après avoir vécu ça, peut-on encore écrire des romans avec des rêves et de l’amour ?

Bien sûr, et j’en écrirai encore, mais actuellement toute mon attention, mon devoir, mon cœur, sont tournés vers la révolution. Je suis dans un état de douleur perpétuelle dont je ne peux pas me détacher. Grande lectrice, je ne peux plus rien lire d’autre que des documents sur la Syrie (je lis maintenant une histoire des alaouites). Pour ma fille aussi ce fut un arrachement douloureux.

Que pensez-vous de l’appui international à cette révolution ? Beaucoup plus faible que pour les autres révolutions ? Et peu d’intellectuels syriens sur place font comme vous ?

Il est vrai que sur place, peu d’écrivains osent bouger car ils ont peur. Surtout les écrivains plus traditionnels alors que les jeunes sont plus actifs, y compris par leurs vidéos. Sur un plan plus large, il est clair que les pays occidentaux ont été lents à réagir à cause de la proximité d’Israël et du Liban. Les Américains ne voyaient pas quel gouvernement de remplacement pourrait sauvegarder leurs intérêts dans la région et quel bénéfice sur place (pétrole) ils auraient en échange comme ils l’ont trouvé en Libye. Et pendant des mois, le régime a pu faire preuve d’une violence inouïe à l’égard de sa population qui était pourtant désarmée contrairement à ce qui s’était passé en Libye. Le régime syrien a été habile depuis des années à garder en main de nombreuses cartes stratégiques.

Le 7 décembre 2011, Véronique De Keyser et le groupe Socialistes & Démocrates recevaient l’écrivaine et journaliste Samara Yazbek au Parlement européen, dans le cadre de la conférence “La Syrie à la croisée des chemins” et pour saluer, entre autres, son courageux combat – malgré les menaces de mort pour ses positions contre le régime de Bachar Al Assad – comme militante pour les droits des femmes et aux côtés des manifestants et des comités de coordination de la révolution syrienne.

« Héritières et pionnières »: Véronique De Keyser participe au débat dans le cadre du Festival des Libertés (25/11/11)

5 décembre 2011

Politique et artistique, métissé et créatif, festif et subversif, le Festival des Libertés mobilise, chaque automne, toutes les formes d’expression pour se faire le témoin de la situation des droits et libertés dans le monde, alerter des dangers qui guettent, rassembler dans la détente, inciter à la résistance et promouvoir la solidarité. Le Festival des Libertés est une initiative de Bruxelles Laïque, organisée en partenariat avec le Cal de Province de Liège. Dans le cadre de ce Festival et du 30ème anniversaire du Centre Louise Michel à Liège, Véronique De Keyser, Députée européenne, participe au débat « Héritières et pionnières » dont l’objectif est de situer les luttes des femmes sur un continuum, en voyant d’où elles viennent, où elles en sont, où elles veulent aller et comment elles peuvent y arriver. L’intervention de l’eurodéputée « La situation des femmes en Europe » fait largement référence à « La clause de l’européenne la plus favorisée » et ouvre un débat avec la salle.