Véronique De Keyser

Conseillère communale à Liège

La laïcté, un enjeu d’égalité pour les femmes!

23 janvier 2014

Ce jeudi 23  janvier j’aurai l’immense plaisir d’intervenir, sur invitation du Sénat français, à une table ronde sur la laïcité et l’égalité des femmes en Europe.

 

2  Le droit à l’avortement et les libertés des femmes seront au centre de toutes nos préoccupations de ce jour. M’accompagnera à cette table ronde, mon amie Elena Vanlenciano, Députée et Secrétaire générale adjointe au Parti Socialiste Espagnole (PSOE). valenciano

 

 

 

Voici le programme de cette journée:

 

LES ENJEUX DANS LE MONDE ARABE ET LA RÉGION MÉDITERRANÉENNE

10h30 Première table ronde :
Les révolutions pour les droits universels

Modératrice : Nelly Jazra-Bandarra, Vice-présidente de l’AFEM
Saïda Douki-Dedieu, Psychiatre
Jean Maher, Président de l’Union Egyptienne des Droits Humains, représentant des Coptes en France
Nadia El Fani, Cinéaste, auteure du film « laïcité Inch Allah », lauréate du Prix de la laïcité 2011

11h30 Deuxième table ronde :
Les revendications des droits universels dans la région

Modératrice : Laure Caille, Déléguée à l’égalité Femmes / Hommes au sein d’EGALE
Khadija Rouissi, Vice-présidente de la Chambre des Représentants, Maroc
Rose-Marie Massad-Chahine, Professeure à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de l’Université Libanaise, Liban
Soad Baba Aïssa, Présidente de l’Association pour la Mixité, l’Egalité, et la Laïcité (AMEL), Algérie

 LES ENJEUX EN EUROPE ET EN FRANCE


14h45 Troisième table ronde :
La laïcité et l’égalité en Europe

Modératrice : Teresa Boccia, Professeure à l’Université Federico II de Naples, experte auprès de l’ONU, Présidente de l’AFEM
Véronique de Keyser, Députée européenne, Belgique
Ingvill Thorson Plesner, Conseillère principale au Centre pour les Droits de l’Homme, Norvège
Elena Valenciano, Députée aux Cortes, Secrétaire générale adjointe du Parti Socialiste Espagnol (PSOE) en charge du secteur international, Espagne

15h45 Quatrième table ronde :
Les chantiers de l’égalité et de la laïcité en France

Modératrice : Martine Cerf, Secrétaire générale d’EGALE
Françoise Brié, Membre du Haut Conseil de l’Egalité, Vice-Présidente de la Fédération Nationale Solidarité Femmes (FNSF), France
Moussa Allem, Chargé de mission à la Direction régionale de la Jeunesse, des Sports et de la Cohésion Sociale de la Région du Nord (DRJSCS), France
Caroline Eliacheff, Pédopsychiatre, auteure de « Comment le voile est tombé sur la crèche »
Jean-Paul Delahaye, Directeur général à la Direction Générale de l’Enseignement Scolaire (DGESCO), France

« L’accès libre à l’IVG doit être un droit fondamental des européens »

15 janvier 2014

Je souhaiterai ici vous faire part d’un communiqué commun de la Ligue du Droit International des Femmes, Coordinatrice française pour le Lobby européen des Femmes et Regard de Femmes . Nous devons continuer nos actions pour la défense des droits des femmes. Voici le texte:

L’accès libre à l’IVG doit être un droit fondamental des européennes 

Sous la pression des forces les plus rétrogrades qui s’opposent à la liberté des femmes de disposer de leur corps, deux reculs majeurs viennent de se produire en Europe :

  • l’approbation par le gouvernement espagnol d’un projet de loi supprimant la liberté de l’avortement dans un pays que l’on croyait exemplaire dans sa lutte pour l’égalité et contre les violences faites aux femmes.

 

  • le rejet par le Parlement Européen : d’une résolution sur « la santé et les droits sexuels et génésiques », alors qu’en 2002 cette même instance avait approuvé une résolution semblable recommandant la dépénalisation de l’avortement dans l’UE.

 Le principe de subsidiarité ne doit pas s’appliquer lorsqu’il s’agit de respecter un droit touchant à l’autonomie des femmes et donc à leur dignité, valeur première de la citoyenneté européenne.

 Nous exigeons :

  • pour toutes les Européennes, l’accès libre et gratuit aux services d’IVG.
  • que les droits sexuels et génésiques y compris le droit à l’IVG , soient reconnus comme droits fondamentaux, alors qu’ils sont totalement absents de la Charte des droits fondamentaux de l’UE incorporée dans le Traité de Lisbonne.

 Afin de soutenir les Espagnoles, mobilisons-nous devant les ambassades et les consulats d’Espagne en Europe.

 

Une Espagne qui régresse en matière de droits des femmes !

3 janvier 2014

Je ne peux qu’être profondément scandalisée par la décision du gouvernement espagnol de remettre en doute la loi sur l’avortement. Une marche arrière dans les droits des femmes que l’Espagne est actuellement en train d’entreprendre. Comment cela est-il donc possible ? Les influences religieuses et pro-life sont-elles à ce point importantes ?

Pourtant l’Espagne avait montré l’exemple en dépénalisant la pratique de l’IVG et en améliorant les droits des femmes en 2010. Revoir entièrement cette liberté acquise après des années de lutte est un scandale de la part de ce gouvernement conservateur. D’autant qu’aucune raison de santé publique valable justifierait ce choix, sauf que cette liberté ne plaisait guère à l’épiscopat et la droite conservatrice espagnole.

Ruiz Gallardon, Ministre de la Justice, avait déclaré dans la presse « en avoir fini avec le mythe de la supériorité morale de la gauche et veut à présent porter sa croisade antiavortement devant le Parlement européen ». Et bien nous l’attendrons au Parlement de pied ferme afin de lui signifier clairement le choix fait par 20 pays européens à ce sujet, un droit fondamental pour les femmes de disposer librement de leur corps.

Véronique De Keyser

Députée européenne

 

Volgograd endeuillée !

29 décembre 2013

Je souhaite présenter mes plus sincères condoléances aux familles, proches et aux autorités de Volgograd suite à l’attentat de ce jour, endeuillant une fois encore cette partie de la Russie. Volgograd, ville que nous connaissons bien puisqu’elle est jumelée avec  Liège depuis 1959.

Véronique De Keyser

Députée européenne et conseillère communale à Liège

« Des héroïnes de guerre, des héroïnes de paix » Volgograd avril 2013

30 avril 2013

Discours lors du 2ème Forum des Femmes – Volgograd avril 2013

While we celebrate the sixtieth anniversary of the Stalingrad battle, an historic battle due to its combatants and in particular its women, a simple question goes through my mind: is peace good for women? For the security regained in their families, yes. For their own status, not so sure. When I look at Europe, at Africa, at Latin America, or here in Stalingrad, women have all been war heroines, able to fight like men do, as well as they do, but as soon as the hostilities were finished, they were sent back to their homes.  The question of equality is still asked.  This does not mean that since the Second World War no progress has been made when it comes to the conditions for women, but they were made, in Europe in any case, as the result of difficult battles for women.  They had to win back, bit by bit, the freedoms they had acquired by right at the time when we needed them to fight against the enemy.  No longer ignored, in Europe and Liège, my town twinned with Volgograd, the thousands of Russian Women sent to the front lines to battle the enemy. No longer ignored, the Russian aviators who shared the daily lives of their fellow fighter pilots, brilliant and free women, forgotten as soon as the war was over. Thankfully today they are coming out of the shadows, thanks to some courageous books, which have brought back their epic stories.  In Europe, women were not allowed in combat, but they participated in the war as nurses, ambulance doctors, and above all as part of the resistance.  Taken by the Nazis, they were, as men were, tortured, beheaded, sent to concentration camps, but most of the time died anonymous deaths.

 

At the end of the Second World War, when the fighting had stopped, they had to lead the battle, once again, but this time for their own rights.  Civil and political rights, or just simply, the right to be the master of their own body.  It will take years before they obtain the right to vote. Then came the right to have access to the same studies as men, to share the same political responsibilities, to have access to divorce, to family planning, to share high responsibility posts in politics, to become CEOs, university professors. To benefit from, with equal work, equal pay.

 

Still today, despite the remarkable action by the United Nations, and the July 2010 creation of UN Women, equality remains to be conquered.  The European directive on equal pay and equal opportunities for men and women (2006/54/CE) does not change the fact that woman in Europe earn, in average, 30% less than men.  Few of them manage to become CEOs.  A rare number manage to become Prime Minister.  In Belgium, decriminalisation of abortion only took place in 1989.  In some European countries, divorce and abortion are still not legal.  In others, violence towards women is barely repressed and rape is only punished by lights sentences.  European disparity is high, because gender equality is first and foremost seen as a direct competence of the State, which all have different governments and political regimes.

 

War heroes have become peace heroes, and there too, their fight is a fight in the shadows.  I have come back from, in these past few weeks, Egypt, Tunisia, and Algeria, and I am closely following the countries of the Arab Spring, event those whose revolution has not reached its aim yet – Syria, Yemen, Bahrain.  Even if we should not judge too quickly the changes that have been made, one thing is clear:  here too, women risk losing their freedoms they had fought for and won before and during the revolution.  The introduction of the Shariah in the constitutions of some countries that were secular until now, and the emergence of unexpected radical salafist parties are threatening these democratic transitions.  In Africa, where some remarkable women like Ellen Johnson Sirleaf, President of Liberia, have managed to make breakthroughs on the political scene, the rape of women remains an instrument of war.  It is still the case in East Congo today.

Angela Davies said that a revolution that did not manage to better the status of women is a revolution that does not bring democratic progress.  It is the role of all international, national and local politicians to relay the daily battles of peace heroines. And the role of men is to support them.

Véronique De Keyser

Députée européenne et conseillère communale de Liège

Chaque femme a le droit de disposer librement de son corps !

26 mars 2012

Femmes et hommes venus en nombre, Centre d’Action Laïque, Centre du Libre Examen, Conseil des Femmes Francophone de Belgique, Fédération des Centres de Planning…plus de 2200 personnes ont participé ce samedi à Bruxelles, à la manifestation en faveur du droit à l’avortement en Europe. Le 22e anniversaire de la loi belge dépénalisant l’avortement, nous rappelle que les femmes doivent rester libres d’avoir ou non un enfant. Car 22 ans après le vote de cette loi, le combat est toujours d’actualité face aux groupes d’action contre l’avortement qui n’ont jamais été aussi présents. Même si à ce jour, aucune initiative parlementaire ne vise à modifier la Loi Lallemand-Michielsen, l’avortement ne doit jamais constituer une infraction, ni une entrave pour chaque femme, au droit de disposer librement de son corps.

Depuis de longues années, Véronique De Keyser est de tous les combats en faveur des femmes en Belgique, en Europe, partout dans le monde. Pour elle « les européennes veulent et doivent partager leurs libertés. Il n’est pas normal qu’aujourd’hui, dans certains pays européens, les femmes les plus pauvres continuent à mourir dans des avortements clandestins, alors que les plus riches franchissent leurs frontières pour interrompre ailleurs leur grossesse. Gisèle Halimi, la célèbre avocate française continue à se battre pour que toutes les Européennes aient accès aux mêmes droits, et pas seulement pour interrompre une grossesse : droit au divorce, à l’égalité de traitement, à la pension de garde des enfants etc. » Véronique De Keyser, qui soutient totalement la démarche de Gisèle Halimi et l’a invitée plusieurs fois à s’exprimer au Parlement européen pour y présenter « la Clause de l’Européenne la plus favorisée », multiplie les actions en faveur des femmes. Faut-il rappeler les affrontements qui ont éclaté, dès sa deuxième législature, avec des députés d’extrême-droite polonais opposés à l’interruption volontaire de grossesse ? S’indignant de telles positions au sein du parlement, au 21eme siècle, Véronique De Keyser avait décidé avec quelques collègues, de la mise en place d’une exposition de posters à Strasbourg comparant l’avortement à la Shoah. Après quelques échauffourées violentes opposant les parlementaires démocrates et progressistes, dont elle était, à la Ligue des Familles polonaises, l’exposition fut finalement interdite.

Cela n’a pas empêché l’eurodéputée de toujours être sur le terrain, de manifester, de donner des conférences et de participer à des débats télévisés pour dire aux femmes « Ne vous résignez jamais ! » Son engagement permanent dans la lutte pour les droits des femmes, pour la laïcité comme rempart des femmes contre l’intégrisme religieux, pour l’égalité des genres, lui a d’ailleurs récemment valu d’être nommée femme d’exception de Wallonie en recevant le prix Théroigne de Méricourt. Véronique De Keyser pense qu’elle n’a rien d’exceptionnel et que toute la force, tout le courage qu’elle a pu avoir dans sa vie, c’est à d’autres qu’elle les doit. A toutes les femmes d’ici ou d’ailleurs qui, comme elle le souligne « ne peuvent ni parler, ni décider, ni rire ou danser parfois, qui ne savent ni lire ni écrire mais qui résistent », à toutes ces anonymes tellement exceptionnelles…


Photos de gauche à droite : deux débats parmis ceux organisés au Parlement européen par Véronique De Keyser auxquels elle a invité Gisèle Halimi, Véronique De Keyser au dernier Festival des Libertés participe au débat “Héritières et pionnières” dont l’objectif est de situer les luttes des femmes sur un continuum, dans le cadre du 30ème anniversaire du Centre Louise Michel à Liège, Véronique De Keyser reçoit le prix Théroigne de Méricourt

Quelques émissions avec Véronique De Keyser, sur la question de l’avortement, à revoir en copiant les liens sur votre navigateur :

- « Ce jour là » sur La Une, il était question de l’impossibilité de régner pour 36 heures, le temps que puisse être signée la loi Lallemand-Herman-Michielsens de dépénalisation partielle de l’avortement:
http://www.rtbf.be/laune/programme-tv/detail_ce-jour-la?uid=55577268668&idshedule=3a3dd 23ad39eb56c9a1d9878841733d4

- « L’offensive des anti-avortement » sur France 24 :
. http://www.france24.com/fr/20091020-le-debat-de-france-24-avortement-europe-loi-espagne-manifestation
. http://www.france24.com/fr/20091020-le-debat-de-france-24-avortement-europe-loi-espagne-manifestation-partie2

Les droits des femmes, les droits des gays et des lesbiennes et la lutte contre l’extrême-droite mis à l’honneur demain mardi 6 mars au Parlement européen par Véronique De Keyser qui remettra les Silver Rose Awards 2012‏

5 mars 2012

Les droits des femmes, les droits des gays et des lesbiennes et la lutte contre l’extrême-droite mis à l’honneur demain, mardi 6 mars, au Parlement européen. Véronique De Keyser, Vice-Présidente du groupe Socialistes et Démocrates et Présidente du jury remettra les Silver Rose Awards 2012.

En effet, l’association Solidar remettra ce mardi à 19 heures au Parlement européen trois prix symboliques, les Silver Rose Awards 2012, à des associations et des personnes qui ont mené des actions exceptionnelles. Une fois encore, le choix des nominés n’a pas été facile au vu de la grande qualité de candidats proposés et de la grande richesse des thèmes abordés et objectifs poursuivis.

Le premier ira au Premier Ministre norvégien, Jens Stoltenberg, pour son attitude courageuse et sage devant le massacre de juillet dernier. Jens Stoltenberg nous fera l’honneur de sa présence.

Le second ira à l’association KAOS GL qui défend en Turquie les droits à la pleine liberté d’orientation sexuelle et notamment les droits des gays, des lesbiennes et des transsexuels même si, contrairement à certains pays, l’homosexualité n’a jamais été illégale dans ce pays laïque. Kaos lutte contre toute forme de discrimination directe ou indirecte.

Le troisième sera remis à Iris Munguia, qui défend au Honduras les ouvrières dans l’industrie bananière qui sont souvent victimes d’harcèlements sexuels et de multiples discriminations au travail. Iris Munguia a milité durant des décennies pour leurs droits plus particulièrement au sein des plantations de Chiquita au Honduras.

En fin de cérémonie, le jury honorera de manière tout à fait exceptionnelle Poul Nyrup Rasmussen, Président du Parti Socialiste européen qui vient de quitter ses fonctions.

Pour la troisième année consécutive, Véronique De Keyser, Vice-Présidente du groupe  » Socialistes et Démocrates » a eu l’honneur de présider le Jury du Silver Rose Awards.

L’écrivaine qui osa défier le régime de Damas

5 février 2012


Samar Yasbek écrivaine et journaliste Syrienne, Véronique De Keyser députée européenne et vice-présidente du groupe S&D

Guy Duplat – Entretien Envoyé spécial à Paris
Mis en ligne le 03/02/2012

L’écrivaine Samar Yazbek a participé au soulèvement syrien depuis le début. Malgré les menaces, elle a témoigné et, exilée à Paris, elle va publier son “journal”.

Une femme de courage. Une écrivaine qui nous explique que c’était une « évidence » pour une écrivaine, de lutter et de témoigner sur ce qu’elle a vu et vécu en Syrie pendant les quatre premiers mois de la révolution. Un témoignage très dur, qu’elle a commencé à raconter à son arrivée en exil à Paris, en juillet dernier et qui sortira sous le titre « Feux croisés » (chez Buchet Chastel) en mars sous forme de son journal de bord du 25 mars au 9 juillet 2011, un livre qui éclaire d’une lumière crue la situation en Syrie. Elle sera ce mardi aux Halles de Schaerbeek, dans le cadre du cycle des littératures arabes. Nous l’avons rencontrée à Paris chez sa traductrice, Rania Samara.

Samar Yazbek, 41 ans, mère d’une fille de 17 ans en exil avec elle, est l’auteur de quatre romans (« Parfum de cannelle » sera le premier traduit en français, en 2013), de recueils de nouvelles et de plusieurs scénarios.

Déjà avant le déclenchement de la révolution, vos romans contestaient le régime.

Dans « Glaise », je mettais en cause l’institution militaire en parlant d’un conflit entre deux officiers dont l’un était un alaouite, du clan du président, et l’autre, un pauvre obligé de corrompre pour avancer. Etant moi-même une alaouite, je connais le système syrien de l’intérieur.

Vous êtes de la même confession, du même clan que l’équipe au pouvoir à Damas. C’est étonnant ?

Mon rôle dans la révolution m’a valu d’être rejetée par toute ma famille et tous mes proches. Mais je connais bien les rouages internes et suis bien placée pour les dénoncer. Le fait d’être alaouite m’a sans doute évité d’être emprisonnée. Le régime ne voulait pas montrer qu’il y avait des alaouites contre lui car cela aurait cassé leur thèse d’une révolution qui serait un conflit religieux entre sunnites et chiites alaouites. Mais pour moi, ces considérations sont sans intérêt. Ma présence en Syrie dans les groupes qui ont mené la révolution était un témoignage que ce conflit n’a rien de sectaire ou de communautaire, c’est la lutte d’un peuple contre les exactions d’un régime.

Réfugiée politique à Paris depuis juillet, que pouvez-vous encore faire ?

Ma première tâche fut de témoigner, y compris devant le Parlement européen, sur ce qui se passe là-bas, sur les exactions commises et sur les tortures en prison dont j’ai été le témoin. J’ai transmis tout ce que je savais de ces quatre premiers mois de lutte sur lesquels, en Europe, on ne savait rien. Je me considère comme un « passeur ». J’ai continué aussi à écrire ce journal commencé sur place et qui sera publié en mars en français et simultanément en arabe. J’essaie aussi, via des ONG humanitaires, d’aider les gens sur place, mais je suis très frustrée de ne plus avoir les contacts que j’avais sur place.

Comme écrivaine et comme femme, vous sentiez que vous deviez réagir ?

Je suis une rebelle depuis que j’ai 16 ans. Je me suis battue contre les traditions qui oppriment les femmes, j’ai fugué à 16 ans, je me suis mariée, j’ai divorcé, j’éduque seule ma fille. On voit beaucoup de femmes dans la lutte en Syrie car, effectivement, elles ont dû déjà se battre contre les discriminations qui les frappent.

Mais ce qu’on voit en Egypte, en Libye, en Tunisie, est inquiétant en ce qui concerne le droit des femmes ?

Je suis très inquiète de ce qui pourrait se passer comme régression islamique. La période de transition sera sans doute longue avec des épisodes de chaos, des tragédies peut-être, mais cela débouchera ensuite sur une société plus juste et les femmes devront continuer à se mobiliser pour faire évoluer ces sociétés.

Après avoir vécu ça, peut-on encore écrire des romans avec des rêves et de l’amour ?

Bien sûr, et j’en écrirai encore, mais actuellement toute mon attention, mon devoir, mon cœur, sont tournés vers la révolution. Je suis dans un état de douleur perpétuelle dont je ne peux pas me détacher. Grande lectrice, je ne peux plus rien lire d’autre que des documents sur la Syrie (je lis maintenant une histoire des alaouites). Pour ma fille aussi ce fut un arrachement douloureux.

Que pensez-vous de l’appui international à cette révolution ? Beaucoup plus faible que pour les autres révolutions ? Et peu d’intellectuels syriens sur place font comme vous ?

Il est vrai que sur place, peu d’écrivains osent bouger car ils ont peur. Surtout les écrivains plus traditionnels alors que les jeunes sont plus actifs, y compris par leurs vidéos. Sur un plan plus large, il est clair que les pays occidentaux ont été lents à réagir à cause de la proximité d’Israël et du Liban. Les Américains ne voyaient pas quel gouvernement de remplacement pourrait sauvegarder leurs intérêts dans la région et quel bénéfice sur place (pétrole) ils auraient en échange comme ils l’ont trouvé en Libye. Et pendant des mois, le régime a pu faire preuve d’une violence inouïe à l’égard de sa population qui était pourtant désarmée contrairement à ce qui s’était passé en Libye. Le régime syrien a été habile depuis des années à garder en main de nombreuses cartes stratégiques.

Le 7 décembre 2011, Véronique De Keyser et le groupe Socialistes & Démocrates recevaient l’écrivaine et journaliste Samara Yazbek au Parlement européen, dans le cadre de la conférence “La Syrie à la croisée des chemins” et pour saluer, entre autres, son courageux combat – malgré les menaces de mort pour ses positions contre le régime de Bachar Al Assad – comme militante pour les droits des femmes et aux côtés des manifestants et des comités de coordination de la révolution syrienne.

« Héritières et pionnières »: Véronique De Keyser participe au débat dans le cadre du Festival des Libertés (25/11/11)

5 décembre 2011

Politique et artistique, métissé et créatif, festif et subversif, le Festival des Libertés mobilise, chaque automne, toutes les formes d’expression pour se faire le témoin de la situation des droits et libertés dans le monde, alerter des dangers qui guettent, rassembler dans la détente, inciter à la résistance et promouvoir la solidarité. Le Festival des Libertés est une initiative de Bruxelles Laïque, organisée en partenariat avec le Cal de Province de Liège. Dans le cadre de ce Festival et du 30ème anniversaire du Centre Louise Michel à Liège, Véronique De Keyser, Députée européenne, participe au débat « Héritières et pionnières » dont l’objectif est de situer les luttes des femmes sur un continuum, en voyant d’où elles viennent, où elles en sont, où elles veulent aller et comment elles peuvent y arriver. L’intervention de l’eurodéputée « La situation des femmes en Europe » fait largement référence à « La clause de l’européenne la plus favorisée » et ouvre un débat avec la salle.

Le prix Théroigne de Méricourt : amitié, courage et… chèvres !

11 novembre 2011

Blog du 11 novembre, journée des femmes en Belgique.

Remise du prix Theroigne de Méricourt hier. A ma surprise, je l’obtiens et suis immédiatement un peu gênée par l’idée d’être consacrée « Wallonne d’exception ». Parce que je n’ai rien d’exceptionnel et que toute la force, tout le courage que j’ai pu avoir dans ma vie, c’est à d’autres que je les dois. A mon père, résistant, mort à 25 ans. Aux malades que j’ai croisés dans les hôpitaux, dans mes si nombreux séjours et qui se battaient pour survivre alors que je n’en avais plus ni le goût ni l’envie. A toutes les femmes battues, humiliées, violées dont je me sentais si proche. A toutes celles, dans tant de pays du monde, qui ne peuvent ni parler, ni décider, ni rire ou danser parfois, qui ne savent ni lire ni écrire mais qui résistent et rêvent pour leurs enfants d’un autre avenir. Ces femmes-là, elles ne sont pas lointaines pour moi. Je les connais. Je leur ai parlé. Et comme on transfuse un sang neuf à un malade, elles m’ont donné leur sang, leur courage – et une lourde responsabilité. Celle de continuer cette chaîne. Tout ce que j’ai pu faire ces dernières années, je le dois à de précieuses rencontres. Avec des Iraniennes, des Syriennes, des Lybiennes, des Saoudiennes, des Yéménites, des Congolaises, des Soudanaises, des Colombiennes, des Tunisiennes, des Egyptiennes, des Palestiniennes. Et tant d’autres femmes y compris dans notre Belgique pourtant préservée, dans notre Wallonie qui est une terre de libertés: là aussi des femmes se battent chaque jour contre les discriminations et les injustices de la vie. Une célèbre écrivaine a dit: « On ne nait pas femme, on le devient ». Elle voulait condamner par ces mots le poids d’une construction sociale qui façonne les femmes comme des êtres inférieurs, faibles et soumis à l’autorité patriarcale. Je voudrais ajouter: « On ne nait pas libre, on le devient ». Les émotions sont contagieuses: le courage aussi.

Les prix récompensent ceux ou celles qui sont déjà sortis de l’ombre. Or, le propre de tant de femmes, c’est d’être exceptionnelles mais anonymes. Invisibles. Je ruminais tout cela, assise sur ma chaise en attendant l’annonce de mon nom. Mais au fur et à mesure des nominations, je me réconciliais avec le système « prix », parce que je me sentais comme faisant partie d’un groupe « exceptionnel » – responsable d’un parc à conteneur, éditrice, « charpentière », musicienne, association de la maison des femmes de Liège et bien d’autres défilaient avant moi. Au fond, le prix Théroigne, ce n’était pas un seul prix: toutes les nominées, et à travers elles toutes les femmes anonymes mais exceptionnelles, étaient mises à l’honneur. Et s’il avait fallu encore me convaincre, Béatrice a surgi ! Béatrice BASHIZI qui était hors compétition avec un prix d’honneur. Elle nous a émus, fait rire, et enthousiasmés avec sa Caravane Pour la Paix et la Solidarité. Béatrice, congolaise d’origine, achète des chèvres pour les donner à des femmes africaines qui n‘ont jamais rien possédé en propre – et pour qui, la propriété d’une chèvre est un début de dignité et d’identité ! Elle m’a à peu près enrôlé dans la caravane, j’adore l’idée d’être la marraine d’une chèvre qui va partir ailleurs. Elle et moi, on va se revoir. Je crois qu’elle m’a fait subrepticement une petite transfusion de courage ! Merci Joséphine, merci Reine pour ton merveilleux sourire, merci à toutes les autres ! Encore un coup comme cela et vous allez voir: on va vraiment devenir exceptionnelles (le plus dur c’est toujours d’en persuader la famille !!! Chez vous aussi ?).