Véronique De Keyser

Conseillère communale à Liège

L’amnistie pour les collaborateurs belges des nazis durant la seconde guerre mondiale est inacceptable !

25 mai 2011

Le jeudi 12 mai dernier, le Sénat a approuvé la prise en considération d’une proposition de loi du Vlaams Belang. Celle-ci a été acceptée par les partis flamands à l’exception de Groen !, et prévoit qu’elle «efface, pour l’avenir, tous les effets des condamnations et sanctions infligées du chef d’actes d’incivisme «prétendument» commis entre le 10 mai 1940 et le 8 mai 1945 et instituant une commission chargée d’indemniser les victimes de la répression d’après-guerre ou leurs descendants pour le préjudice financier subi à la suite des dites condamnations et sanctions».

L’asbl Les Territoires de la Mémoire vous invite à afficher votre indignation face à cette volonté manifeste de faire oublier les crimes et les responsabilités des «inciviques» qui ont manqué à leur devoir de citoyen. Pour l’association, amnistier n’est pas réconcilier mais bien nier le passé. C’est un désaveu de l’action et de l’engagement de ceux qui, au péril de leur vie, ont mené des actions de résistance contre l’occupant et ont contribué à aider les victimes du nazisme.

L’amnistie qui imposerait le silence à la mémoire est inacceptable !

Par la présente, j’affirme que je suis fermement opposée à toute forme d’amnistie des collaborateurs belges des nazis durant la Seconde Guerre mondiale (1939-1945). Pour signer la pétition cliquer sur le lien : La Petition.be – L’amnistie pour les collaborateurs belges des nazis durant la seconde guerre mondiale est inacceptable !.

Stéphane Hessel invité par Véronique De Keyser au Parlement, à s’exprimer « en toute liberté »

10 mars 2011

En octobre dernier, Stephane Hessel publie à 93 ans Indignez-Vous!, un ouvrage d’une trentaine de pages qui devient rapidement un best-seller. Le 18 janvier, Stephane Hessel a vu le débat qu’il devait mener autour de son livre, à l’Ecole Normale Supérieure de Paris, annulé en dernière minute, suite, semble-t-il, à diverses pressions… Le 9 mars, Véronique De Keyser recevait Stéphane Hessel « en toute liberté » au Parlement.

Stéphane Hessel est né en 1917 à Berlin au sein d’une famille allemande cosmopolite. A 7 ans, sa famille immigra en France, et il se fit naturaliser. Après la débâcle de l’armée française en 1940, il a, alors, rejoint les services secrets du Général De Gaulle pendant la deuxième guerre mondiale, et fût arrêté par la Gestapo. Stéphane Hessel fût déporté à Buchenwald, où il est interrogé et torturé. Apres la guerre, il entama une carrière diplomatique et participa à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. En 1962, il créa l’AFTAM (Association pour la Formation des Travailleurs Africains et Malgaches) afin d’améliorer le développement social. Après une longue carrière diplomatique, il occupa le poste d’Ambassadeur français aux Nations Unies à Genève. Depuis la fin de la guerre, il a été un défenseur infatigable des droits de l’homme à l’intérieur comme à l’extérieur de la France, un engagement qu’il décrit comme dans la lignée du combat qui l’avait amené à rejoindre  » l’aventure exaltante des Français Libres ». Le 14 octobre, il fût élevé au rang de Grand-Officier de l’Ordre de la Légion d’Honneur. Publié en Octobre 2010, son essai « Indignez-vous! » appelle le peuple français à s’indigner de nouveau, comme le fît la Resistance française durant la deuxième guerre mondiale. Dans cet essai, M. Hessel décrit une indignation personnelle envers les écarts grandissants entre les riches et les pauvres, contre le traitement français des immigrés clandestins, contre le sort de Palestiniens et enfin contre l’importance de défendre le système de protection sociale.

Pour voir la conférence de presse donnée par Stéphane Hessel le 9 mars, sans censure, et l’entendre parler de son engagement, de sa vision de la situation au Moyen-Orient, de sa vision du droit international. Sans langue de bois, sans doubles critères. Pour entendre aussi son tout dernier cri (et livre) « Engagez-vous! » cliquer ici.

« Stéphane Hessel en toute liberté » au Parlement européen à Strasbourg le 9 mars 2011, une initiative de Véronique De Keyser

7 mars 2011

En octobre dernier, Stephane Hessel publie à 93 ans Indignez-Vous!, un ouvrage d’une trentaine de pages qui devient rapidement un best-seller. Le 18 janvier, Stephane Hessel a vu le débat qu’il devait mener autour de son livre, à l’Ecole Normale Supérieure de Paris, annulé en dernière minute, suite, semble-t-il, à diverses pressions.

Le 9 mars, il aura en revanche l’occasion de s’exprimer au Parlement « en toute liberté » !
- Conférence de presse à 14h00
- Groupe de travail Moyen-Orient 18h00

Stéphane Hessel est un Français né à Berlin, son père était juif. Il rejoint la résistance avant d’être déporté à Buchenwald durant la Seconde Guerre mondiale. En 1948, il participe à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme, avant de devenir ambassadeur de France.

Il aura certainement l’occasion de parler de son nouvel ouvrage qui sortira de presse le lendemain.

Le rapport « soins de santé en Afrique sub-saharienne et santé dans le monde » de Véronique De Keyser adopté ce matin !

7 octobre 2010

C’est dans sa totalité que le rapport d’initiative « Soins de santé en Afrique sub-saharienne et la santé mondiale » de Véronique De Keyser (S&D) vient d’être adopté par la commission du développement. « C’est une grande victoire ! » déclare la députée européenne.

Cependant, le mot « avortement » continue à diviser l’hémicycle parlementaire. La « Droite » a refusé le paragraphe 6 :

« 6. rappelle le droit des femmes à maîtriser sans contrainte les questions relatives à leur santé génésique, qu’il s’agisse de procréation, de contraception, d’avortement, ou de maladies sexuellement transmissibles; condamne les mutilations génitales et les violences inouïes dont elles sont encore victimes, le viol restant une arme de guerre; plaide par conséquent en faveur du droit des femmes d’accéder aux soins de santé dans ces domaines grâce à une approche horizontale, et appelle de ses vœux une approche diagonale permettant de soutenir prioritairement ce domaine de la santé. »

La droite refuse donc encore et toujours aux femmes le droit à maîtriser leur santé reproductive, qu’il s’agisse de contraception, d’avortement ou les maladies sexuellement transmissibles.

N’ont cependant pas suivi le mot d’ordre de rejet du rapport lancé par la Droite conservatrice: les démocrates chrétiens belges et certains français de l’UMP.

Pour le reste, le vote a été acquis par 328 voix contre 183´, avec une large coalition des Verts, des Libéraux ( ALDE), de la  » Gauche Unie » et bien entendu des  » Socialistes et Démocrates ».

En faisant adopter son rapport, Véronique De Keyser demande à l’Union européenne de s’engager dans la mise en place d’un système de santé durable et universel et rappelle à la communauté internationale ses engagements en faveur des objectifs du Millénaire et à l’Union européenne son engagement à améliorer l’aide qu’elle apporte aux services de santé en Afrique sub-saharienne.

« La santé n’est pas une marchandise » souligne l’eurodéputée qui dénonce aussi une médecine à deux vitesses dans des pays qui connaissent des difficultés politiques et des carences en termes de bonne gouvernance. Son rapport adopté aujourd’hui insiste sur l’importance des réseaux mutualistes comme élément de réponse aux difficultés d’accès des populations aux soins de santé et vise à fournir des prestations dans le respect des droits fondamentaux, de la dignité et de la liberté des personnes tout en créant une dynamique sociale, solidaire et équitable.

Intervention en plénière le 20/10/09 : comment apporter la démocratie à un peuple ?

23 octobre 2009

Comment apporter la démocratie à un peuple ? En s’appuyant sur la société civile, en la renforçant, en luttant contre la pauvreté et l’exclusion, en émancipant les femmes. L’Europe n’a pas eu la naïveté de croire qu’on apportait la démocratie par les chars et les bombes, même si certains Etats ont pu tomber dans cette illusion. L’Europe doit donc assumer son rôle de soft power. Rôle ingrat et difficile. Elle s’est dotée d’un instrument financier Initiative démocratie et droits de l’homme, qui ressemble aujourd’hui à un nouveau né : il est fragile mais prometteur si on en prend soin. Les ONG peuvent y présenter des projets sans l’appui de leur gouvernement et c’est important. Mais c’est aussi sur le budget très limité de cet instrument que sont financées les missions d’observation électorale. Missions essentielles qui, en une dizaine d’années, ont réussi à s’affirmer, mais pour lesquelles le Parlement européen a déjà demandé l’an dernier plus de moyens et plus de suivi, tant politique que technique. Il n’est pas normal qu’un pays qui s’initie à la démocratie par les urnes ne soit pas soutenu dans sa consolidation. La démocratie est chère, pensent ceux qui voient à très court terme. Moins que la guerre très certainement.

Strasbourg le 20 octobre 2009.

Le rapport Goldstone vient d’être adopté !

16 octobre 2009

« Le rapport Goldstone vient d’être adopté ! Je suis très heureuse de pouvoir partager cette importante nouvelle avec tous les défenseurs des droits de l’homme. Il faut maintenant veiller à ce que les recommandations du rapport soient rigoureusement appliquées, que tous les faits survenus pendant l’intervention militaire de Gaza du 27 décembre 2008 au 18 janvier 2009 soient précisément relevés et que soit établi un bilan objectif et sans concession des crimes de guerre et des exactions commis tant par l’armée israélienne que par les miliciens du Hamas. A cet instant, je pense à toutes les femmes et tous les hommes qui ont souffert – au point de le payer parfois de leur vie – de ce terrible conflit et j’espère avec eux que la vérité puisse enfin voir le jour. Le combat politique en faveur de la justice doit continuer ; il remporte aujourd’hui une grande victoire. » déclare la députée européenne et Vice-présidente de l’Alliance Progressiste des Socialistes & Démocrates, Véronique De Keyser.

Intervention de Véronique De Keyser le 14 janvier en plénière au parlement européen à Strasbourg

15 janvier 2009

Si je ne veux pas me laisser submerger par l’émotion et la colère aujourd’hui, devant le massacre de Gaza, la propagande de guerre, les amalgames et la vague de haine et d’antisémitisme qui commencent à déferler dans nos rues, je n’aurai que quelques mots, l’Europe doit retourner à ses fondamentaux :

1. la vie d’un Palestinien vaut celle d’un Israélien- sa vie, son avenir, sa liberté aussi,

2. le droit international doit être respecté- c’est-à-dire l’appel au cessez-le-feu immédiat, les résolutions de l’ONU, les conventions de Genève. Cette région est une zone de non droit où tout semble permis et où la population est prise en otage,

3. justice doit être rendue pour les crimes commis quels qu’ils soient et d’où qu’ils viennent : il n’y aura jamais de sécurité sans paix, ni de paix sans justice – sinon la haine continuera à déferler. Elle est aussi dangereuse que les bombes,

4. l’Europe doit faire appliquer les conditions de ses accords de partenariat, y compris le paragraphe 2 des accords d’association relatif au respect des droits de l’homme : c’est une obligation des traités dont elle ne peut s’exempter.

Et enfin Israël n’est pas une exception. Il a des responsabilités d’Etat et ne peut être mis sur le même pied que le Hamas. Face au droit international, il n’y a pas de laissez-passer.

Nous avons laissé dernière nous à Gaza ce dimanche une population prise au piège, enfermée dans un ghetto sous les bombes et des centaines de milliers d’enfants dont nous portons l’avenir. Nous ne sommes ressortis de Gaza que parce que nous sommes Européens. Les Palestiniens ne sortent de Rafah que les pieds devant, en ambulance, morts ou blessés. L’Europe ne sera plus l’Europe, et aucun citoyen ne s’y reconnaîtra si nous oublions ces fondamentaux.

« Nous portons la responsabilité de leur avenir »

14 janvier 2009

Ces images prises le 11 janvier dans les lieux de rassemblement de l’UNRW (qui fait un travail exceptionnel) à la frontière à Rafah, laissent peu de place aux commentaires. Partout les ruines. Et pourtant, la joie des enfants qui placent leur espoir en nous. Le plus dur a été de les laisser derrière nous. Nous portons la responsabilité de leur avenir.

Luisa Morgantini aux côtés de Véronique De Keyser

Cela a-t-il un sens d’aller à Gaza ?

10 janvier 2009

Un journaliste m’a demandé ce matin si cela avait un sens de me rendre à Gaza avec une délégation d’eurodéputés. Peut-être serait-il plus pertinent de se demander quel sens recouvrent les événements terribles qui s’y déroulent. C’est parce qu’ils débordent de la raison, qu’ils dépassent le sens commun que nous nous y rendons. Je ne pense pas, hélas, revenir avec une quelconque vérité, une vérité suffisamment politiquement correcte et confortable pour les consciences nord-occidentales. Ma qualité de Coordinatrice à la Commission des Affaires Etrangères du Parlement européen et de Vice-présidente du Groupe de travail Moyen Orient, me fait ambitionner plus modestement, avec mes collègues, de pouvoir observer, de témoigner et de rapporter des éléments utiles à la compréhension de ce qui s’y passe afin d’aider à poser les gestes politiques adéquats.

Ces gestes adéquats, ce n’est certainement pas dans l’attitude passive manifestée par l’Union Européenne au cours de ces derniers mois qu’on les trouvera, pas plus d’ailleurs que dans les attitudes extrémistes, aussi ridicules que dangereuses, qui se font jour dans les forums de médias comme dans certaines manifestations récentes.

Je dis et redis avec la plus grande fermeté que toux ceux – quels qu’ils soient – qui motivent leurs discours ou leurs actions par la haine des Juifs ou la haine des Arabes sont à renvoyer également dans l’ignominie. La violence, l’exclusion, l’arbitraire n’ont jamais été et sont encore moins que jamais l’apanage d’une culture, d’une civilisation, d’une nationalité, d’une religion. Ils appartiennent à la face sombre de l’humain et, malheureusement, c’est cette face sombre qui risque aujourd’hui de prendre le pas sur la raison et de la soumettre. Au bénéfice de quoi ? De qui ? Il est intolérable de faire des manifestations contre la violence à Gaza des tribunes pour la haine, pour le rejet de l’autre et pour le racisme. Récupérer ces événements et l’actualité qui les motive, instrumentaliser le refus de la guerre, de la mort des enfants, des innocents et à travers eux de la justice et du droit, au profit d’intérêts partisans est également intolérable. Le respect dû à la mémoire des victimes de toutes les barbaries, de tous les pogroms, de tous les génocides, de toutes les déportations, de toutes les exterminations au nom de la supériorité de l’un sur l’autre, ne peut souffrir de tels amalgames. L’histoire ne sert-elle donc à rien, sinon qu’à être niée et revisitée par ceux qui ne s’en sentiraient pas les maîtres ? Pas plus que nous ne pouvons accepter que des factions extrémistes manipulent des populations civiles, leur détresse et leur foi religieuse pour les prendre en otage de leurs ambitions, nous ne pouvons accepter que pour justifier la disproportion d’une guerre, certains abritent leur indignité derrière le bouclier de la Shoah.

Plomb durci

5 janvier 2009

Dimanche 4 janvier 2009

Alors que le massacre de Gaza continue et que le Conseil de sécurité de l’ONU laisse éclater son impuissance, que dire? Je n’ose même plus regarder les images de CNN qui défilent, les interviews qui se succèdent. Je me bouche les oreilles devant les joutes verbales des journalistes tentant de coincer tel ou tel dirigeant du Fatah – Israël avait il réellement une autre issue ? A quoi servirait une trêve ? Vous n’avez rien pu faire pour empêcher les roquettes ? Vous n’avez plus aucune autorité sur Gaza !

Demander à quoi servirait une trêve quand on avance la mort de 75 enfants palestiniens ? Comment un journaliste peut-il poser cette question ? Mais pour qu’on cesse de tuer. Pour qu’on croie encore en l’humanité. Pour que la mort, les bombes, les incendies, la mort encore, cessent d’être un but, l’unique horizon. Pour qu’on arrête de bombarder un ghetto déjà martyrisé.

Je ne veux pas écarter le problème des roquettes. Mais je veux le prendre autrement. Lors d’un premier voyage dans la région, il y a plusieurs années, j’avais remarqué sur les murs des affiches de « martyrs ». Des adolescents pour la plupart, tombés sous les balles israéliennes lors d’incursions des soldats dans la ville. Parfois c’étaient de jeunes activistes, parfois des enfants qui se trouvaient là, par hasard, au mauvais moment. Mais pour tous les Palestiniens, les lieux où ils étaient tombés devenaient sacrés. On me montrait religieusement du doigt l’impact de balles, sur les murs, au sol, parfois aussi à l’intérieur même de boutiques. Pour casser ce sentiment morbide de relique, j’ai voulu rencontrer des parents de victimes. Et je me souviens, comme si c’était hier, d’une scène terrible. Je suis rentrée dans une maison très pauvre. Une femme m’a fait pénétrer dans une cour puis s’est retirée. Et dans cette cour, à l’air libre, couché sur un lit de fer, il y avait un vieil homme en pyjama. Le traducteur qui m’accompagnait traduisait son monologue. Il parlait sans s’arrêter de son fils aîné, que les soldats israéliens avaient assassiné. Un fils si beau. Si courageux. Qui n’avait rien fait. Pas de politique. Mais il allait le venger. Car il avait d’autres fils, tous prêts à mourir. Et il s’est mis à crier, à les appeler. Cinq jeunes gens superbes se sont respectueusement alignés à côté du lit. Alors le vieux m’a regardé, en face et m’a dit- Tu vois, ils le vengeront. Je les donne tous à Dieu pour qu’il le venge. J’ai demandé au traducteur de les interpeller – Mais est-ce que vous ne voulez pas vivre ? Ils n’ont rien osé répondre. Et j’ai appelé la mère, qui avait disparu à l’intérieur de la maison. Elle est revenue – Mais Madame, vous avez des fils si beaux et un d’entre eux est déjà mort : est-ce que ce n’est pas suffisant ? Il y a trop de morts dans ce pays. Mais elle a baissé la tête sans rien dire. Et j’ajoutais, impuissante devant cette famille silencieuse – Demain, il y aura peut-être la paix, la fin de l’occupation. Arafat réussira peut-être ! Au nom d’Arafat, le vieux s’est redressé et lancé dans une imprécation-pour se faire interrompre brutalement par un de ses fils. Manifestement, on allait trop loin et mon guide n’a rien voulu traduire. J’ai embrassé la mère, j’ai fait mes adieux à la famille et je suis sortie, les larmes aux yeux.

Quand je me remémore cette scène, je mesure ma naïveté. A l’époque, je croyais que tous les Palestiniens suivaient Arafat et croyaient à des négociations de paix. Je ne savais rien du Hamas. Et j’ai découvert soudain le potentiel meurtrier de la haine, qui jaillissait de l’occupation-même. Pendant la journée, avec de jeunes psychologues et éducateurs, nous traitions les enfants palestiniens souffrant de troubles psychologiques. Le soir, je visitais des familles de martyrs. Et chaque nouvel « assassinat extrajudiciaire », chaque nouvelle incursion de soldats israéliens défaisaient comme Pénélope, les liens que nous tentions de renouer le jour. Merveilleux les programmes people-to-people, cherchant à rapprocher Israéliens et Palestiniens. Courageux les orchestres conjoints, les écoles mixtes et tout ce qui peut faire tomber l’incompréhension et la haine. Mais tant qu’il n’y aura pas une solution politique au conflit, la haine rejaillira. Et avec elle, les roquettes, les attentats-suicides et le cycle infernal de la violence. Les tirs de roquettes sont inefficaces, contre-productifs et condamnables. Mais ils ne sont que la réponse maladroite et imprécise des assassinats ciblés qui à l’intérieur-même de Gaza depuis des années traquent les activistes islamistes en entraînant de nombreux « dégâts collatéraux ». On les présente, ces assassinats extrajudiciaires, comme des frappes préventives. De quelle sorte de justice ressortent-ils ? La trêve du Hamas a été rompue après l’assassinat de trois Palestiniens. Faut-il s’en étonner alors que la même trêve, respectée depuis des mois, n’a jamais permis de desserrer l’étranglement de Gaza ? Faut-il s’étonner qu’aujourd’hui la population de Gaza se range derrière le Hamas ? Toute la région est devenue une zone de non droit et la communauté internationale se tait, divisée. Quand je voyais monter hier soir la fumée des incendies de Gaza, je pensais à cette souffrance, à ces cris, à ces morts et surtout à la haine qui allait, une fois de plus s’attacher à ces ruines, plus tenace que la vie. Sans doute, quand tout sera détruit, y aura-t-il une conférence des donateurs, un grand barnum caritatif de la reconstruction. L’Europe sera généreuse une fois de plus. Mais trop tard. La vraie générosité est politique. Et là, l’Europe a été lâche.

Quand en novembre dernier, j’ai rencontré à Damas les leaders libanais du Hamas(1), la situation était déjà tendue. Ils croyaient encore possible une réconciliation Fatah-Hamas, mais en cas d’échec, ils affirmaient qu’ils n’hésiteraient pas à se confronter aux Israéliens. Sans doute pensaient-ils pouvoir entraîner avec eux d’autres forces, comme le Hezbollah et l’Iran. Après le long siège de Gaza qu’aucune trêve n’avait adouci, le Hamas, qui avait fait de la lutte contre l’occupation sa priorité électorale n’avait plus grand-chose à perdre. Les Israéliens souhaitaient, pour des raisons symétriques, la confrontation militaire en cette période de surenchère électorale. Le risque d’embrasement était devenu majeur. Et c’est dans ce contexte international explosif que brusquement, la présidence française accélère le upgrading politique d’Israël, sans y mettre de condition. Elle décide donc à l’avance de se priver d’un levier d’action sur un des protagonistes du conflit potentiel. Au lieu de rester neutre et donc forte, elle choisit son camp. On ne lui demandait pas d’opter pour le Hamas ! Mais en tant qu’Européen, on était en droit d’exiger de la présidence française, pour des raisons tant politiques qu’humanitaires, qu’elle ne sacrifie pas 500 Palestiniens(2) – la moitié des morts de la guerre israélo-libanaise de 2006- en affaiblissant de surcroît une Autorité Palestinienne déjà chancelante. On était en droit de demander à Bernard Kouchner, chantre de l’ingérence humanitaire, de ne pas accueillir Tipsi Livni à Paris, en l’embrassant sur les deux joues, sous l’œil des caméras- c’était indécent. En voyant brûler Gaza à la télévision, j’ai peur du gigantesque brasier de haine que cette offensive va déclencher, relançant du même coup un choc des civilisations.

Pour caler mon ordinateur en écrivant ces lignes, j’avais choisi un livre sur une pile. Je regarde le titre : Entretiens sur la poésie de Mahmoud Darwich. Je veux y voir un signe. Car l’espoir est presque aussi têtu que la haine. Presque.

(1) Les leaders libanais car Khaled Mechal était au Caire en vue des négociations
(2) Estimation des victimes au moment où ces lignes sont écrites