Véronique De Keyser

Conseillère communale à Liège

Blog n°2, 18 décembre, aéroport de Copenhague

18 décembre 2009

La longue attente commence à l’aéroport. C’est vraiment un bordel. Et je ne sais pas s’il provient de la vague de froid, d’Obama, ou de la faible capacité de Copenhague qui est une petite ville adorable – mais peu faite pour les conférences mondiales. Beaucoup d’avions sont retardés, la plupart ont changé de terminal et comme ma compagnie, Brussels Airlines (non je n’ai pas de billet gratuit!) n’a pas en permanence un check-in ouvert, on attend l’ouverture des heures durant dans le hall sans savoir si on est au bon endroit.

Mais revenons à la conférence. Dans le blog de 10h10, j’ai parlé des fou-rire (le pluriel existe? J’appelle au secours Bernard Pivot?!). C’était juste une petite touche pour dire que si même on est tous braqué sur la politique – Qu’est-ce que Hilary a dit? Qu’est-ce qu’elle a voulu dire. Et Chavez? Et Brown? Quel tour de prestidigitation nous prépare ce clown de Sarkozy (en zo voort comme le dirait Leterme)? Et bien, au-delà de tout ça il y a autre chose. Dieu? J’hallucine. Non pas Dieu bien sûr, ni son jumeau, mais tout simplement des émotions. Et ça fait du bien. Hier soir par exemple, après la conférence, notre merveilleuse députée suédoise Marita nous invitait à l’Agence Européenne de l’Environnement tout près de l’hôtel. Un arrêt de métro plus loin (remarquez le progrès: je calcule désormais en arrêt de métro et non en prix de taxi). Randonnée à pied, dans la neige. Et là, j’eu eu droit à deux discours bouleversants. Qui hélas n’ont même pas été enregistrés. Poul Rasmussen, ex-premier ministre danois (et président du PSE) et Prescott, ex-ministre britannique, négociateur du protocole de Kyoto. De quoi parlaient ces discours. Tout bêtement de solidarité, d’emplois décents, d’humanité. Mais ce qu’il y avait de bouleversant c’est que ces deux hommes, unis dans une même passion de justice sociale, étaient tout sauf des has been. Ils étaient exactement ce que la jeunesse veut entendre. Il y avait longtemps que je n’avais eu les larmes aux yeux devant un discours politique. C’est vrai que hier soir, en écoutant Prescott, en voyant son visage se transformer, devenir soudain celui d’un très jeune homme visonnaire , avec l’avenir devant lui, je pensais: la jeunesse n’a pas de frontière. Certainement pas celle de l’âge. Des hommes comme ça ont l’espoir au ventre. J’ai parfois la même impression en écoutant Gisèle Halimi me parler des femmes. Ou Leila évoquer la Palestine. Ca c’est plus que de la politique. Ou bien, c’est peut être justement ça la Politique: un espoir fou qui brûle les frontières. En style facebook je dirais « Véronique aime ça ».

Copenhague, 18 décembre, 10h10.

18 décembre 2009

Je suis coincée à l’hôtel car je pars dans la journée et que l’aller retour au Bella Center où se déroule la conférence est devenu impossible. Tout est bouclé, la vie à Copenhague s’est momentanément figée dans la glace: Obama arrive. Hélicoptères, sirènes, stupeur et tremblement… Et pourtant, sans doute, il ne va pas bouleverser le paysage. Ce sommet est une déception. Ce n’est pas la peine de laisser tomber les bras et il faut maintenir la pression entre Copenhague et la prochaine conférence à Mexico- il fera plus chaud qu’ici! La seule avancée, c’est celle d’Hilary Clinton hier, mais elle ne fait que rejoindre ce qui avait déjà été voté au Parlement européen: une promesse de 100 milliards (mais attention, chez Hilary c’est 100 milliards de dollars et chez nous c’était 100 milliards d’euros!) pour les pays en développement frappés à la fois par la crise climatique et par la crise financière. Pour le G77 dont j’ai déjà parlé c’est une bonne nouvelle. Pour le reste il y aura sans doute deux textes: l’un qui serait un prolongement de Kyoto (que réclamait le G77), l’autre, une déclaration dans l’orbite de la Convention cadre des nations Unies sur le changement climatique. Et c’est cette dernière devrait être retravaillée pour aboutir finalement, si la volonté politique est là, à quelque chose de contraignant à Mexico à la fin de l’année prochaine. L’échec prévisible ne laisserait pas un vide, puisqu’on continuerait Kyoto entretemps. Mais je rappelle que Kyoto ne vise que 30% des émissions et que ni la Chine ni les USA n’en font partie. Cela ne veut pas dire qu’entre temps l’Europe ne peut pas miser encore davantage sur des législations fortes à l’échelle européenne, comme elle l’a fait jusqu’ici, mais elle n’aura pas réussi à entrainer ses redoutables partenaires. C’est ce qui est le plus probable à l’instant où j’écris ces lignes, à 10h10 exactement.

Pour le reste l’organisation de la Conférence à été effroyable. Hier, des centaines de participants assistaient aux débats et rencontres avec manteaux et moufles, car il soufflait un vent glacial à l’intérieur de ce vaste campement. Dehors, des ONG courageuses continuaient à manifester contre leur éviction. Une de nos assistantes s’est présentée pendant trois jours, des heures durant et sans succès pour obtenir une accréditation. Elle ne l’a eue que hier, jeudi, et grâce à un subterfuge. Mais attention, c’est l’ONU et non pas le Danemark qui était responsable de cette organisation interne. En revanche, la répression musclée des manifestations externes, là c’est bien le Danemark. Bref, dur politiquement, dur climatiquement et chaotique sur le plan organisationnel. Mais comme d’habitude, dans l’équipe des députés les fou-rire continuaient, on avait le moral, l’agenda chargé des rencontres roulait à la perfection, et les fonctionnaires qui nous accompagnaient -qu’on appelle affectueusement nos baby-sitters tant nous sommes des incapables- ont été merveilleux. Un peu de tendresse dans un monde de brutes !