Véronique De Keyser

Députée européenne et conseillère communale à Liège

Vice-Présidente du Groupe Socialistes et Démocrates du Parlement européen

L’UE doit revoir ses politiques pour soutenir la transition démocratique arabe

26 octobre 2011

20/10/11

Lors d’une conférence organisée par les socialistes et démocrates au Parlement européen, les représentants du printemps arabe ont critiqué les décennies de soutien et de coopération accordées par l’UE aux régimes répressifs. Ils ont encouragé les Européens à développer un partenariat Nord-Sud « entre égaux ».

Organisée par le Forum progressiste mondial (GPF), cette conférence de deux jours faisait partie du programme à long terme « A l’écoute de la Méditerranée progressiste » et visait à développer un réseau durable entre groupes progressistes des deux rives de la Méditerranée.

« Nous avons été surpris par cette explosion de liberté dans le monde arabe », a déclaré la vice-présidente S&D, Véronique De Keyser. « En Europe, nous nous sentions impuissants à faire avancer la démocratie mais vous, vous l’avez réalisée. C’était extraordinaire. Les mutations mises en œuvre par les peuples arabes nous ont obligés à revoir nos politiques et à admettre nos lacunes. A présent, nous devons trouver le moyen de mieux soutenir les transitions démocratiques – y compris par l’usage souple et effectif de fonds européens. Une partie de ces efforts devrait servir à aider les partis politiques à s’organiser », a conclu Mme De Keyser.

« C’est un privilège d’accueillir toutes ces personnes qui ont œuvré pour la démocratie dans la région », a déclaré aux participants Poul Nyrup Rasmussen, président du parti socialiste européen (PSE) et coprésident du GPF. « Nous devons vous écouter et nous inspirer de votre bravoure. L’UE s’est trompée par le passé dans ses alliances. Il est temps d’emprunter une nouvelle voie progressiste. La démocratie est une affaire de principes. Vous nous avez montré que vous êtes conséquents avec les vôtres. Mais la démocratie est aussi une question d’emplois de qualité, de sécurité dans les soins de santé et l’éducation. Voilà le combat que vous devez à présent mener » a lancé M. Rasmussen.

Des représentants d’Algérie, du Bahreïn, d’Égypte, d’Irak, de Libye, du Maroc, de Palestine, de Syrie, de Tunisie et du Yémen ainsi que de la diaspora arabe en Europe ont débattu avec des eurodéputés S&D, dont Hannes Swoboda, Maria Badia, Edit Herczog, Pervenche Berès, Proinsias de Rossa et Saïd El Khadraoui.

Van Rompuy, Julien Lahaut, la Palestine : quel point commun ?

23 novembre 2009

Blog du 22 novembre. Van Rompuy, Julien Lahaut, la Palestine : quel point commun ? Aucun. Ou plutôt la vie tout simplement : le fil croisé des histoires qui font le quotidien. Nous avons tous nos fils croisés. Je me souviens d’une bande dessinée de Reiser qui m’avait fait rire aux larmes autrefois. On voyait une femme échevelée courir toute la journée, conduire les enfants à l’école, se précipiter au bureau, faire ses courses entre l’heure du midi, ramener les gosses, bondir sur la préparation du souper. Pendant ce temps, alors qu’elle se partage entre la salle de bains où les enfants s’éclaboussent et la cuisine où le repas est sur le point de cramer, son mari, dans un fauteuil lit son journal. Il relève la tête et dit : « si tu me trompes, je te tue ! » Et le regard ahuri de la pauvre femme qui se demandait où elle aurait bien pu trouver cinq minutes… son mari symbolisait toute l’incompréhension de ces deux univers.

Pourquoi je pense à cette BD ? Parce que j’ai reçu, alors que j’avais fait un éloge de Van Rompuy sur un plateau de télévision, un petit message d’un téléspectateur qui vaut bien le « Si tu me trompes, je te tue ! » ; il disait à peu de chose près : « Alors qu’il y a Gaza, on s’occupe maintenant de Van Rompuy. Pauvre PS ! ». Décroisons donc un peu les fils de cette dernière semaine.

Premier fil, Van Rompuy. J’applaudis au choix d’un homme de droite ? A partir du moment où pour faciliter la décision il était clair que le Président du Conseil européen appartiendrait à la première famille européenne, c’est-à-dire (hélas) la droite, et le haut Représentant à la seconde famille, c’est-à-dire à la gauche, l’orientation était donnée. Et c’est sans réticence que sur la RTB, A2, Fr3, TV5 Monde etc. je me suis réjouie du choix du Conseil. Non parce que je sois fan de Van Rompuy, mais parce que, en tant que Belge, je ne suis pas du tout insensible à ce choix. Nous sommes un tout petit pays qu’on brocarde souvent sur la scène internationale et d’autres grands pays songeaient bien évidemment à ce poste. Mais ce n’est pas un choix falot et ridicule comme se plait à le proclamer Cohn Bendit. Blair est plus charismatique ? Méfions-nous d’un charisme qui peut entraîner la moitié de l’Europe dans une guerre, la guerre d’Irak, sur base de mensonges et d’évidences truquées. Méfions-nous d’un homme qui, en tant qu’envoyé spécial au Moyen Orient, n’a strictement rien fait sinon coûté un million d’euros par an à l’Union européenne tout en développant son propre business : certains articles du Financial Times, qui n’est pas une feuille de ragots, sont éloquents sur l’empire financier de Tony Blair. Je préfère, pour ma part, la modestie tenace d’un Van Rompuy au panache douteux du premier. Quant à Cathy Ashton, la nouvelle Haut Représentante, c’est une étonnante petite bonne femme, nature, directe et très brillante. Non elle n’a pas la tête d’une présentatrice de TV mais est-ce un crime ? J’ai eu l’occasion de travailler avec elle puisqu’elle est Commissaire aux relations internationales. A mon avis, elle en étonnera plus d’un. Oui, politiquement j’aurais préféré Massimo d’Alima – que Angela Merkel a considéré comme trop pro-palestinien (sic !)- . Lui, ou encore Mary Robinson sont plus à gauche sur l’échiquier socialiste, mais dire que l’élue est minable est tout simplement indécent. D’ailleurs, Cathy Ashton devra passer une audition devant le Parlement européen pour valider sa candidature et nous la jugerons « sur pièce ».

Deuxième fil, Gaza. Il y a près d’un an, l’offensive israélienne sur Gaza faisait près de 1400 morts, en large partie des civils et des enfants. Un an après, le blocus continue. Les immeubles et infrastructures détruites n’ont pu être reconstruits faute de ciment, 95 % de la population est au chômage, les négociations de paix sont au point mort, la colonisation continue à s’étendre et le compte à rebours des recommandations du rapport Goldstone a commencé. Nous verrons dans cinq mois si des enquêtes indépendantes ont été menées ou si le dossier repasse au Conseil de sécurité de l’ONU. La réconciliation Fatah/Hamas tarde : le Fatah a signé le document élaboré avec l’intercession de l’Egypte mais pas le Hamas. Le Président Abbas annonce des élections pour janvier, auxquelles il renonce à se présenter, mais faute d’accord avec le Hamas comment imaginer des élections uniquement en Cisjordanie, ce qui sanctionnerait quasi l’idée d’une solution à trois états ! Impensable. Donc tout est bloqué. D’autant que, coincé dans ses problèmes nationaux, Obama est revenu sur sa fermeté – rappelons-nous le discours du Caire – à propos des colonies. Donc, qu’est-ce qu’on fait ? Depuis plus d’un mois au Parlement européen, il n’y a pas un jour où je n’organise un événement, avec des autorités locales palestiniennes ou israéliennes, des ONG, des jeunes désireux d’agir pour maintenir l’espoir, comme une bulle d’oxygène, alors que les politiques s’engluent. Je cite en vrac. Le 10 novembre, séminaire avec « Musawa », un centre de défense des droits des arabes israéliens : on oublie souvent que ces Palestiniens constituent 20% de la population israélienne et sont victimes de discriminations. Le 13 novembre, conférence a l’ULB avec « Viva Palestine », des jeunes extraordinaires qui lancent l’opération « Une ambulance pour Gaza » à soutenir d’urgence ! Le 17 novembre, rencontre débats avec de jeunes leaders palestiniens et israéliens au Parlement européen. Le 18 novembre, j’organisais sous l’égide du PSE un séminaire sur la question du Moyen Orient, le 19 novembre, je participais au séminaire organisé sur ce thème par la Fondation Friedrich Ebert et j’y parlais d’un nécessaire dialogue avec le Hamas- non sans me faire incendier. Etc. Et dans les trouées de ces journées bien remplies, je continuais à lancer la souscription Julien Lahaut, qui est un vrai succès (j’y consacrerai le prochain blog). Et je parlais de Van Rompuy. Mais j’essayais en même temps de penser à la Noël et au Saint Nicolas de mes proches. Là aussi hélas, les inégalités sociales seront au rendez-vous. « Si tu me trompes je te tue ? » C’est à peu près cela ! Cette semaine Strasbourg. La session parlementaire mais aussi la visite des cinquante femmes de Liège emmenées par Fatima. C’est toujours une fête !

Barroso, serviteur servile d’un Conseil qui regroupe en Europe 27 gouvernements dont 7 seulement comportent des socialistes !

22 septembre 2009

Ma pharmacienne me demande :

- Est-ce que vous avez voté pour Monsieur Barroso ?

- Mais non Madame. Bien sûr ! Aucun socialiste belge n’a voté pour lui !

Même question à la brocante de St-Pholien :

- J’espère que vous n’avez pas voté Barroso ?!

- Non, c’est évident !

Que se passe-t-il ? Et qui est Monsieur Barroso ? C’est l’actuel président de la Commission européenne, qui vient d’être reconduit pour un mandat de cinq ans. Ce n’est pas une bonne nouvelle. Homme politique portugais, ami de G.W Bush, il avait en son temps soutenu la guerre d’Irak et son orientation est clairement à droite. Élu il y a cinq ans Président de la Commission européenne, il a dirigé cette institution en prenant grand soin de ne fâcher aucun gouvernement : les mauvaise langues disent qu’il était le «valet du Conseil» c’est-à-dire le serviteur servile d’un Conseil qui regroupe en Europe 27 gouvernements dont 7 seulement comportent des socialistes. Autant dire un Conseil à droite, très à droite. Il n’est donc pas étonnant que pendant cinq ans la Commission ait continué à détricoter les services publics, à pousser la libéralisation de la Poste, à rester sourde aux revendications des agriculteurs, et à ne proposer que des «mesurettes» face à la crise financière. Il n’y a guère qu’en matière de changement climatique que l’Europe peut garder la tête haute, mais ce n’est pas suffisant.

Et voilà qu’à la session parlementaire de septembre à Strasbourg, José Manuel Barroso, seul candidat du Conseil, se présente devant le Parlement européen pour être réélu. Et il passe avec une très confortable majorité. Les élus européens sont-ils devenus fous ? Non. Ils sont seulement majoritairement à droite. Voire extrêmement à droite. Les dernières élections européennes ont en effet marqué l’arrivée de députés d’une droite très dure, populiste, dont certains membres, des Hongrois, sont arrivés à la première session de Strasbourg avec des tenues paramilitaires! Et José Manuel Barroso, qui est un homme habile, a même pu compter sur le soutien de quelques socialistes. Les socialistes portugais ont voté en faveur de Barroso par solidarité nationale; les gouvernements espagnol et britannique ont sans doute accordé leur appui à sa candidature contre quelques nominations prestigieuses. Bref un troc peu glorieux dont on se serait bien passé en période de crise. José Manuel Barroso quant à lui n’est pas à un tour de caméléon près. Pour séduire le groupe des socialistes, il a prétendu, la main sur le cœur, qu’il se battrait pour une Europe sociale, qu’il lutterait contre le dumping social, qu’il protégerait les services publics : bref qu’il s’était converti aux valeurs de la Gauche. Mais la grande majorité des socialistes ne l’a pas cru. Quant aux socialistes belges, ils ont bien résisté et voté NON.

Vous résistez, vous résistez, et puis quoi ? Ça me fait une belle jambe me dit le brocanteur de St Pholien ! Les fermiers vont continuer à déverser leur lait dans les fontaines et vous allez continuer votre petit train-train ? Non, nous résisterons avec un front de plus en plus large à Gauche, un front encore à construire. Car toutes les nouvelles d’Europe ne sont pas mauvaises. Si la droite s’organise, la gauche aussi. J’étais à Rome et à Naples le week-end dernier, au premier rassemblement de «Sinistra et Libertad», Gauche et Liberté. Ce mouvement qui commence à faire tâche d’huile en Italie, rassemble des socialistes, des écologistes, des communistes italiens qui ne se retrouvent pas dans le Parti Démocrate, le nouveau parti du centre gauche, trop timide à leurs yeux. Ils m’avaient invitée à parler à leur meeting, avec Cohn-Bendit et un leader de Linke, le nouveau parti allemand à la gauche du SPD. Il y avait un monde fou, plein de jeunes, la maire de Naples était venue marquer son soutien, et pourtant elle n’est ni socialiste, ni «Sinistra et Libertad» – mais tous les participants se disaient : si nous continuons à bâtir l’Europe en dressant les pays et les peuples les uns contre les autres, les pauvres contre les plus pauvres, les consommateurs contre les travailleurs, nous nous serons trompés d’Europe. Le temps des petites négociations tactiques, le temps des trocs indécents sont terminés. C’est avec cette Gauche recomposée qu’il faut faire face à la crise. C’est avec elle qu’il faut lutter contre la corruption ou la mafia. C’est avec elle qu’il faut faire une politique d’immigration commune, respectueuse des droits de l’homme, pour empêcher Berlusconi de refouler vers la Lybie les bateaux du désespoir. La volonté et le pouvoir de changer le monde restent de notre côté.

Yasmina Khadra reçu au Parlement européen par Véronique De Keyser

7 novembre 2008

Dans le cadre de la semaine arabe qui se tenait au Parlement européen ce 5 novembre 2008, la Députée Véronique De Keyser a reçu devant une salle comble et comblée, l’écrivain algérien Yasmina Khadra.

C’est avec les romans noirs -Morituri, Double Blanc et L’Automne des chimères- du commissaire Brahim Llob, un incorruptible dans un Alger dévoré par le fanatisme et les luttes de pouvoir, qu’il acquiert sa renommée internationale. Morituri est adapté au cinéma en 2007 par Okacha Touita. Mais c’est surtout « le dialogue de sourds qui oppose l’Orient et l’Occident » qu’il illustre dans ses trois romans Les Hirondelles de Kaboul, L’Attentat, Les Sirènes de Bagdad. Trois romans dont le caractère politique n’est plus à démontrer puisqu’il les situe dans des pays en guerre où les femmes sont souvent sacrifiées. Dans sa dernière oeuvre « Ce que le jour doit à la nuit », Yasmina Khadra retourne dans son Algérie et éclaire d’un nouveau jour ce conflit ayant opposé deux peuples amoureux d’un même pays.

Parmi les nombreux sujets abordés lors de cette rencontre littéraire, l’élection du président des Etats Unis a beaucoup ému Yasmina Khadra : « Un miracle est encore possible ? » Plus qu’une victoire politique, l’écrivain évoque une victoire culturelle et s’interroge sur la réalité des Etats Unis qu’il voit comme une doctrine et non comme un pays.

D’un pays, l’autre, le sien. Lorsqu’il parle de l’Algérie, Yasmina Khadra affirme que s’il est en colère contre le pouvoir en place, il préfère l’amour à la haine et choisit de lutter avec les mots. Et les mots le lui rendent bien, lui le petit-fils de poète, lui dont la patrie intime est la littérature. Le plus grand danger pour une nation affirme-t-il, c’est l’ignorance et plus encore la méconnaissance. Pour la population, la culture est un repère incontournable, indispensable. Lorsqu’on lui demande pourquoi il n’écrit pas en arabe, il remonte le cours du temps jusqu’à ses neuf ans où, alors qu’il rêve d’écrire de la poésie en arabe, c’est le choc : il entre dans l’armée selon la volonté de son père et devient le matricule 129. Mais pour son professeur de français, fasciné par son imaginaire, il est Mohammed. C’est ainsi que Yasmina Khadra apprend à s’exprimer dans cette langue et à l’aimer. Traduit en trente trois langues depuis, il ne cesse à travers ses oeuvres de faire la lumière sur l’Orient trop souvent victime du regard réducteur des occidentaux, de la manipulation politique et de la désinformation.

Quand son roman « L’attentat » met la femme au centre du débat, Yasmina Khadra n’hésite pas à dire qu’elle est disqualifiée dans ces pays en guerre qu’il décrit dans ses livres, mais aussi partout ailleurs dans la réalité, là où les hommes ne la méritent pas. « Si l’homme prenait conscience de la chance qu’il a d’être aimé, il n’y aurait plus de malheur ». Pour lui, la femme n’est pas l’avenir de l’homme, comme le disait Aragon, mais bien la vie même. La femme doit investir l’univers politique, c’est elle qui changera et fera progresser les mentalités.

Yasmina Khadra, également directeur du CCA (Centre Culturel Algérien) à Paris, assoie la culture comme territoire de partage. Beaucoup ont crié au scandale lors de sa nomination à ce poste, où pourtant, sa seule ambition est de provoquer l’engagement des artistes pour « faire de ce lieu une place d’armes pour reconquérir nos rêves ». Toujours selon l’écrivain, « en France, les intellos sont des victimes expiatoires qui n’arrivent pas à dissocier l’Algérie du régime » alors que c’est le croisement des civilisations qui permet de se comprendre.

Véronique De Keyser conclut que si Yasmina Khadra a toujours écrit malgré des circonstances difficiles tout au long de sa vie (devoir concilier écriture et armée, prendre un pseudonyme pendant qu’il était dans le maquis, abandonner sa langue natale…), comment peut-il ne pas continuer ? Pourquoi la direction du CCA serait-elle plus contraignante que l’habit militaire ? « Foutez le camp du CCA ! » lui lance-t-elle ! Si la gestion de celui-ci ne cohabite pas toujours avec les élans créatifs de l’auteur, qui avoue ne pas avoir composé une ligne depuis un an et en souffrir, il préfère penser que son pays va s’en sortir et sacrifier son écriture tant que la culture fera avancer l’humanité. Loin de croire à ce sacrifice des mots… Véronique De Keyser souhaite et espère que Yasmina Khadra reprendra vite la plume car c’est un immense écrivain.