Tribunal Russell pour la Palestine : à quand une victoire du droit international ?
9 mars 2010Du 1er au 3 mars s’est déroulé la première session internationale du Tribunal Russell pour la Palestine, dont l’objectif est de déterminer les responsabilités de l’Union européenne et de ses États membres dans les violations et les crimes commis par l’État hébreu contre le peuple palestinien depuis plus de 60 ans. A l’appel des trois personnalités Ken Coates, Nurit Peled et Leila Shahid, ce Tribunal s’est composé de personnalités de tous milieux, y compris israéliennes, reconnues pour leur défense des droits des Palestiniens sur la base du droit international. Le Comité de parrainage international s’est déjà étoffé d’une centaine de personnes comme Boutros Boutros-Ghali, ancien secrétaire général de l’ONU, Mohammed Bedjaoui, ancien président de la Cour internationale de justice, Noam Chomsky, professeur émérite au Massachussets Institute of Technology (MIT), Gisèle Halimi, éminente avocate et ambassadrice de la France auprès de l’UNESCO… ou encore Ken Loach, cinéaste.
C’est à plusieurs titres que Véronique De Keyser a été appelée comme témoin : membre de la Commission des droits de l’homme, membre de la Délégation pour les relations avec le Conseil législatif palestinien, Chef de la mission d’observation pour l’Union européenne des élections de 2006 en Palestine… La députée européenne soutient aussi très activement au sein du Parlement le rapport Goldstone demandant des enquêtes indépendantes, répondant aux standards internationaux, à Israël, au Fatah et au Hamas, sur l’opération “Plomb durci” à Gaza où elle s’était rendue pendant le conflit.
Véronique De Keyser (Belgique), membre du Parlement européen a dénoncé la gravité des violations commises par Israël avec la complicité européenne. Elle constate un changement radical par rapport aux années 90, lors du gel des accords d’association par Cheysson. Et, à la veille de la guerre de Gaza, évoque l’upgrading d’Israel. « Il y a une véritable responsabilité active de l’UE dans les drames. En 2006, après les élections législatives palestiniennes, au bout de 3 mois l’UE a décidé de sanctionner économiquement l’Autorité palestinienne. Ce fut un coup de tonnerre ! », expliqua Véronique De Keyser. Gaza était déjà dans une situation lamentable, l’AP proche de la banqueroute à cause des USA. D’où la reprise de la violence, un attentat à Tel Aviv, le crise humanitaire Gaza… « La question est : pourquoi punir les Palestiniens ? L’Europe joue au pompier pyromane : elle crée un mécanisme intérimaire d’aide aux Palestiniens : l’aide humanitaire seulement, on achète aux Israéliens le fuel et l’électricité et on donne une allocation aux plus pauvres palestiniens pour qu’ils ne meurent pas de faim…
Puis ce fut l’escalade de la violence, l’embrasement au Moyen Orient par l’opération « Pluie d’été » sur Gaza avec déjà des destructions importantes. Avec la guerre israélo-libanaise, la ligne rouge était dépassée. L’Italie et la France ont fait pression pour que soit établie la Finul au Liban. Les Parlementaires européens voulaient qu’Israël rende des comptes… et l’on a discuté au Conseil de l’upgrading… sans parler des dédommagements et puis on fait une conférence de donateurs pour reconstruire le Liban !
Deuxième événement : en décembre 2006, E. Olmert et T. Livni rencontrent une délégation de parlementaires européens. Olmert dit qu’il faut renforcer le Fatah. Donc, donner des armes et de l’argent à Abbas… pour contrôler le Hamas (et se battre contre lui). Printemps 2007, jamais les Européens ni les USA ni Israël n’ont voulu favoriser l’unité palestinienne mais ils ont poussé aux affrontements.
En décembre 2008, T. Livni annonce une intervention militaire au Parlement européen. Conclusion du Conseil européen : le renforcement de la coopération avec Israël ! L’Europe savait qu’il y aurait « Plomb durci » et a donné son soutien politique à Israël. Mais le Parlement refuse. La présidence française de l’Europe considère que l’upgrading est le meilleur moyen de se faire entendre par Israël. Il s’agit d’une politique qui se superpose à toutes nos règles et clauses de manière incohérente. Le rapport Golstone fut une pierre dans la mare : pas de réaction du Parlement européen, on en a parlé avec équidistance ahurissante (des morts des deux côtés). La société civile doit pallier les insuffisances des politiciens. La députée place tout de même quelques espoirs en la nouvelle équipe européenne.
Un membre du jury posa la question du Hamas présent sur la liste des terroristes alors qu’il est représentant légitime du peuple palestinien. Véronique de Keyser stigmatisa cette liste opaque, sans contrôle démocratique, plusieurs fois prise en défaut car il n’y a pas de droit à la défense. Ainsi, les Moudjahidine du peuple (Iran) qui voulaient en sortir ont gagné devant la Cour européenne de Justice. L’UE n’a fait aucune remarque au Hamas avant les élections et la liste électorale comprenait des candidats non Hamas. Après ces élections, un quart du gouvernement et du parlement palestinien a été mis en prison par Israël, sans la moindre réaction européenne. Or, partout dans le monde, on réagit quand des parlementaires sont mis en prison, s’est offusqué Mme de Keyser.
Si le Tribunal Russell souligne que le premier coupable dans cette affaire est Israël, la complicité de plusieurs Etats rend ces derniers coupables d’un conflit qui ne cesse d’empirer au fil des ans. Les témoignages ont été terrifiants et la responsabilité de l’Union européenne, sans équivoque. Seul le courage des responsables politiques européens pour imposer le Droit à Israël pourrait arrêter cette tragédie. C’est la conclusion du « tribunal populaire de conscience face à l’injustice » que partage Véronique De Keyser.
Pour tout savoir des conclusions de la première session internationale du Tribunal Russell sur la Palestine : http://tribunalrussell.blog.pangea.org/files/2010/03/CONCLUSIONS-TRP-FR.pdf










