Véronique De Keyser

Conseillère communale à Liège

Et maintenant, on fait quoi?

10 January 2015

manifestation Charlie Paris

La France prépare sa marche de demain, aux couleurs de la République. Pour nous, Belges vivant sous une monarchie, c’est un désarroi momentané : et maintenant, on fait quoi ?

L’union sacrée ne pourra se maintenir telle quelle. C’est le propre de tout grand événement que de rassembler et puis de s’estomper. Et pourtant, ce qui s’est passé en France, écho amplifié de la fusillade du musée juif à Bruxelles, a été un électrochoc qui devrait laisser des traces. La mondialisation – de la vague people, du terrorisme, de la spéculation financière- est un fait. Cette mondialisation est souvent vécue comme négative. Les Je suis Charlie postés des quatre coins de la planète nous montrent le pouvoir mondial du crayon et de la liberté d’expression. En temps réel, nous sommes tous dans ce monde- pour le pire et le meilleur : dans l’émotion , les frontières nationales apparaissent comme dérisoires. C’est sans doute le meilleur de la mondialisation. Mais c’est un meilleur presque méconnu, à construire. Comment être opérationnel à l’échelle du monde, non pas pour détruire, mais pour bâtir ? Des jeunes, le plus souvent égarés et manipulés par des réseaux criminels, se sont façonnés des parcours criminels à travers cette mondialisation. D’aucuns aujourd’hui croient que pour leur faire barrage, il suffira de revenir au passé étriqué des identités nationales : quelle erreur ! Mais comment rassembler les émotions et les générosités qui ont fait surface aujourd’hui, pour contrer les criminels, sans sombrer dans un délire sécuritaire, nous devrons y veiller. L’histoire de la France, sa grandeur, la générosité et la force de ceux qui la peuplent ne sont plus à démontrer – et c’est la gorge nouée d’émotion qu’on entendait dans la nuit chanter la Marseillaise pour éloigner les fantômes- mais c’est une France dans le monde, et un monde dans la France.

La mondialisation de la démocratie fait débat. Trop souvent, l’Occident à voulu l’implanter à coup de vieilles recettes inefficaces : des bombes et des canons. En Irak, en Afghanistan, en Lybie ce fut un désastre. Il y a sûrement mieux à faire pour la paix comme d’abord ranger les religions au niveau de l’intimité et prendre la laïcité comme bannière de rassemblement.

Nos valeurs ne changent pas, mais le monde change. La marche de demain à Paris, un grand moment d’émotion et de communion à l’échelle mondiale, va aussi être marquée d’une pierre blanche pour la Maçonnerie. Elle va y défiler quasi à visage découvert, tous les maçons et les maçonnes des différentes obédiences qui le souhaitent pouvant y prendre place en cordon. Car la Maçonnerie porte un deuil lourd, à travers le massacre de Charlie Hebdo, et elle veut honorer ceux qui sont tombés et rappeler que l’antisémitisme ne passera pas. Mais au-delà de ce geste, elle veut marquer que quand le monde tremble, quand la France vacille, quand la solidarité et le courage deviennent les valeurs premières, elle est là. Comme elle l’a toujours été, avant et pendant et après les guerres : première persécutée et première debout, garante des libertés- comme de la liberté d’expression, de l’égalité et de la fraternité. Hommes et femmes d’aujourd’hui – on fait quoi ? A Paris, à Bruxelles, dans le monde, on suit la marche de demain. L’après janvier sera très dur en France, les risques de dérives sécuritaires importants, mais ayons confiance. Nous avons nos propres armes : nos crayons, internet, notre courage, nos émotions, et une immense fraternité- Nous sommes debout, à visage découvert. Apprenons à être efficaces.