Véronique De Keyser

Conseillère communale à Liège

Copenhague, 18 décembre, 10h10.

18 décembre 2009

Je suis coincée à l’hôtel car je pars dans la journée et que l’aller retour au Bella Center où se déroule la conférence est devenu impossible. Tout est bouclé, la vie à Copenhague s’est momentanément figée dans la glace: Obama arrive. Hélicoptères, sirènes, stupeur et tremblement… Et pourtant, sans doute, il ne va pas bouleverser le paysage. Ce sommet est une déception. Ce n’est pas la peine de laisser tomber les bras et il faut maintenir la pression entre Copenhague et la prochaine conférence à Mexico- il fera plus chaud qu’ici! La seule avancée, c’est celle d’Hilary Clinton hier, mais elle ne fait que rejoindre ce qui avait déjà été voté au Parlement européen: une promesse de 100 milliards (mais attention, chez Hilary c’est 100 milliards de dollars et chez nous c’était 100 milliards d’euros!) pour les pays en développement frappés à la fois par la crise climatique et par la crise financière. Pour le G77 dont j’ai déjà parlé c’est une bonne nouvelle. Pour le reste il y aura sans doute deux textes: l’un qui serait un prolongement de Kyoto (que réclamait le G77), l’autre, une déclaration dans l’orbite de la Convention cadre des nations Unies sur le changement climatique. Et c’est cette dernière devrait être retravaillée pour aboutir finalement, si la volonté politique est là, à quelque chose de contraignant à Mexico à la fin de l’année prochaine. L’échec prévisible ne laisserait pas un vide, puisqu’on continuerait Kyoto entretemps. Mais je rappelle que Kyoto ne vise que 30% des émissions et que ni la Chine ni les USA n’en font partie. Cela ne veut pas dire qu’entre temps l’Europe ne peut pas miser encore davantage sur des législations fortes à l’échelle européenne, comme elle l’a fait jusqu’ici, mais elle n’aura pas réussi à entrainer ses redoutables partenaires. C’est ce qui est le plus probable à l’instant où j’écris ces lignes, à 10h10 exactement.

Pour le reste l’organisation de la Conférence à été effroyable. Hier, des centaines de participants assistaient aux débats et rencontres avec manteaux et moufles, car il soufflait un vent glacial à l’intérieur de ce vaste campement. Dehors, des ONG courageuses continuaient à manifester contre leur éviction. Une de nos assistantes s’est présentée pendant trois jours, des heures durant et sans succès pour obtenir une accréditation. Elle ne l’a eue que hier, jeudi, et grâce à un subterfuge. Mais attention, c’est l’ONU et non pas le Danemark qui était responsable de cette organisation interne. En revanche, la répression musclée des manifestations externes, là c’est bien le Danemark. Bref, dur politiquement, dur climatiquement et chaotique sur le plan organisationnel. Mais comme d’habitude, dans l’équipe des députés les fou-rire continuaient, on avait le moral, l’agenda chargé des rencontres roulait à la perfection, et les fonctionnaires qui nous accompagnaient -qu’on appelle affectueusement nos baby-sitters tant nous sommes des incapables- ont été merveilleux. Un peu de tendresse dans un monde de brutes !

Billet de Copenhague

17 décembre 2009

Mercredi 16 décembre 2009. Un mot pour décrire l’atmosphère des débats aujourd’hui à Copenhague : la folie ! Le tournis. Les ONG manifestent devant un centre de conférence blindé comme un coffre fort, faute de pouvoir y pénétrer et les heurts avec la police sont musclés – bonjour l’image de marque de la rencontre conviviale ! Connie Hedegaarde, la ministre danoise qui présidait la conférence, rend son tablier et passe la main des négociations à son Premier Ministre, laissant derrière elle les pays en développement frustrés et mécontents. A six heures ce soir aucun texte ne pouvait servir de référence à des négociations à venir alors que bien des versions différentes avaient circulé. Et pourtant ! Et pourtant elle tourne, aurait dit Galilée. Et pourtant elle se réchauffe nous disent les scientifiques preuves à l’appui ! Il est difficile, vu les innombrables cris d’alarmes qui ont alerté le monde, qu’un dirigeant ose rentrer chez lui les mains vides en disant : «Pas de conclusion. Pas d’accord ambitieux. Pas d’accord contraignant. Les eaux vont sans doute monter. Votre lopin de terre peut disparaître. Mais je n’ai rien pu faire.» Difficile à imaginer car un échec à Copenhague mettrait la planète en danger.

L’accouchement se révèle donc difficile mais le travail a commencé. De nombreux témoignages poignants en séance plénière, comme ceux des chefs de gouvernement d’iles en voie de disparition. Cri d’alarme du Président des Maldives et de celui de la Micronésie dont les terres risquent d’être englouties. Ensemble. Combien de fois n’ai-je pas entendu ce mot aujourd’hui : ensemble. Together. C’est ensemble qu’il faut sauver la planète. Personne ne comprendrait aujourd’hui qu’un état, si puissant soit-il, joue cavalier seul. Ni la Chine, ni les Etats-Unis qui n’ont pas signé le protocole de Kyoto. Certes le G77, c’est-à-dire le groupe des pays en développement, accorde difficilement sa position à celle de l’Union européenne. La distance politique prise par le G77 s’explique en partie pour des questions de procédure. Connie Hedegaarde, présidente de la Conférence jusqu’à cet après-midi, aurait consulté précocement, pour accélérer les négociations, certains pays industrialisés lors de réunions informelles. D’où un sentiment d’exclusion des pays en développement. Mais plus profondément ces pays ne voient pas toujours pourquoi ils devraient participer à l’effort commun, alors qu’ils sont victimes d’un mode de production et de consommation qui leur est étranger. Quand Chavez lance du haut de la tribune cet après-midi «7% des pays les plus riches de la planète sont responsables de 50% des émissions de CO2», il se fait applaudir frénétiquement par les pays les plus pauvres. Surtout quand il ajoute : «Le fantôme qui hante ces lieux, c’est le capitalisme».

C’est pourquoi, même avec un accord financier favorable aux pays les plus pauvres du G77 pour permettre une adaptation des pays en développement aux défis du changement climatique, nous ne les mettrons pas dans notre camp sans introduire, dans nos relations diplomatiques, un sentiment de confiance et d’égalité. Sans quoi, ils se contenteront de nous présenter l’ardoise, sans participer à l’effort commun. Pour moi, le plus grand enjeu de Copenhague c’est sans doute celui là. L’avenir va-t-il voir le fossé entre le Nord et le Sud s’agrandir, ou allons-nous ensemble lutter contre le changement climatique ? Avec bien entendu, nos différences et nos moyens respectifs. Le G77 est loin d’être un groupe homogène puisqu’il regroupe des pays aussi différents que la Chine ou les Maldives. Aujourd’hui ce groupe se raccroche au protocole de Kyoto, contraignant certes, mais qui ne concerne que 30% des émissions de CO2 et est boudé par de grands acteurs comme la Chine et les Etats-Unis. Kyoto est totalement insuffisant aujourd’hui. Il nous faut donc un accord ambitieux, contraignant et partagé par tous. L’accouchement va être difficile, le bébé se présente mal, mais le monde entier retient son souffle. C’est bientôt Noël à Copenhague et il neige déjà : on croise les doigts en espérant un petit miracle.