Véronique De Keyser

Députée européenne et conseillère communale à Liège

Vice-Présidente du Groupe Socialistes et Démocrates du Parlement européen

Colette au pays des merveilles

26 mai 2010

« Histoires d’accessoires ». C’est le titre du supplément mode récemment paru dans l’un de nos quotidiens, que je m’apprête à feuilleter dimanche dernier. Mais la pause que je m’accorde vire rapidement à l’effroi…

Longue chevelure lisse digne d’une héroïne de contes de fées, robes et chaussures trop grandes, bagues démesurées, collection de sacs lourds à porter… Colette, 10 ans, semble tout droit sortie du pays des merveilles. Comme Alice en proie à une crise d’identité en raison des métamorphoses physiques qu’elle subit, Colette, trop petite dans les vêtements dont on l’a vêtue, se retrouve prise au piège de cet endroit cauchemardesque où la logique a été abandonnée au profit d’une certaine folie. Et quelle folie ! « Attrape-moi ! » ou encore « mâchoire », sont les noms des dizaines d’accessoires dont la fillette est parée dans ce supplément mode récemment paru dans l’un de nos quotidiens. Colette « prête-à-être-croquée » ! Les pages se suivent, l’insanité des images monte d’un cran, défilé d’érotisme équivoque et de vulgarité qui se veut élégante, et je suis de plus en plus gênée. La fillette porte un masque en dentelles et esquisse une attitude provocante; la photo suivante la met en scène sur une balançoire où, bien que de profil, elle est jambes entrouvertes…

On sait ce que je pense de la superficialité et de l’image que le milieu de la mode entretient de la femme. Mais ici, la récupération commerciale est à son comble et se conjugue sur un inquiétant mode « mineur » : quand les concours du plus beau bébé ne font plus recette, quand le marché des mannequins anorexiques se tarit, on s’attaque aux gamines que l’on transforme en Lolita en prétextant la célébration du talent et de la créativité. Avec ou sans voile(s), c’est une fois de plus la femme infantilisée, soumise, utilisée, que le monde marchand érige en norme. Doit-on tout sacrifier, indignation comprise, au droit à l’expression, au principe de création ? Doit-on seulement voir dans ce porte-folio un travail d’artiste bien léché et non alléchant ? Sans doute ma capacité à entrevoir un quelconque second degré dans ce cahier d’un genre un peu spécial, me fait-elle défaut.

Difficile d’avoir de l’humour quand dans les yeux immenses de Colette devrait apparaître l’insouciance de la jeunesse. Quand de l’autre côté du miroir, c’est la grossièreté de ceux qui osent tout pour s’enrichir qui se reflète dans ses pupilles qu’on lui a sans doute demander d’écarquiller telle une femme fatale. A l’issue d’une telle expérience, espérons que Colette, petite fille modèle, peut encore rêver au prince charmant.