Véronique De Keyser

Députée européenne et conseillère communale à Liège

Vice-Présidente du Groupe Socialistes et Démocrates du Parlement européen

Mieux contrer le mariage forcé

15 novembre 2011

LHUILLIER,VANESSA
Lundi 14 novembre 2011
Société Colloque européen

Les mariages forcés ou arrangés ne sont pas des pratiques d’un autre siècle. En Belgique, des femmes sont encore « unies » contre leur volonté. A Bruxelles, le phénomène est bien présent mais il n’existe pas d’études permettant de chiffrer la problématique. Peu de femmes osent porter plainte contre leur famille.

Jeudi dernier, des spécialistes suédois, allemands, suisses et belges s’étaient réunis au Parlement européen pour un colloque organisé par Emir Kir (PS), ministre en charge de la famille et Véronique De Keyser (PS), députée européenne.

A Bruxelles, le réseau Mariage et migration travaille spécifiquement sur les mariages arrangés et précoces. Chaque année, des dizaines de jeunes filles retournent au pays pour se marier. Soit elles y restent soit elles reviennent ici avec leur époux qui obtient ainsi le droit de séjourner sur le territoire belge. D’autres, font venir des jeunes femmes de là-bas pour servir d’épouses à leur fils. Bien souvent, ces femmes sont victimes de violence. « Un mariage forcé est contraire aux droits de l’Homme, clame Maria Miguel Sierra du réseau Mariage et migration. Ces jeunes filles sont privées de liberté. Qu’elles soient Marocaines, Turques ou Belges, elles pensent respecter la tradition et n’osent dire non ».

Dans leur travail quotidien, les équipes de la police de la zone Nord sont confrontées à la difficulté de déposer plainte. Or, le mariage forcé ressort du pénal. Trois policiers se sont donc penchés sur la question afin de mieux comprendre la psychologie de ces jeunes filles et de leur famille. « Porter plainte signifie remettre en question l’autorité parentale, explique Anne-Sophie Vallot, inspectrice à la zone Nord. Si elles ne le font pas, nous avons peu de moyens pour agir et si elles sont mineures, c’est encore plus compliqué car nous devons demander l’aide de la protection de la jeunesse. Souvent, la médiation est prônée en Belgique alors que dans les cas de mariages forcés, elle n’est pas efficace. 80 % des jeunes filles sont quand même mariées de force dans les 6 mois. En plus, elles restent dans leur famille alors qu’elles se sont opposées. Leurs conditions de vie s’empirent. Nous voulons donc mettre sur pied une formation spécifique pour les policiers de notre zone car nous sommes fréquemment confrontés à cette problématique ». Emir Kir souhaite aussi aider les victimes et prévoit de créer un centre d’hébergement dans lequel elles pourraient se reconstruire et échapper à la pression familiale. Le projet doit voir le jour en 2012.

Témoignage: « Je me suis battue contre ma famille et ma communauté »

Fatiha Saïdi, sénatrice socialiste et échevine de l’Egalité des chances à Evere, combat tous les jours les mariages forcés et arrangés. Cette problématique la touche particulièrement car elle-même en fut victime. Arrivée en Belgique en 1966 à l’âge de 5 ans, elle passe une enfance heureuse et prévoit de suivre de longues études. Seulement, à 18 ans, ses parents décident de la marier. « J’ai subi un réel chantage de la part de ma famille. J’avais le choix entre me marier et continuer mes études ou ne pas accepter l’homme qu’on m’avait désigné et arrêter l’école. Entre la peste et le choléra, j’ai choisi le choléra. Toutes les femmes de mon entourage venaient me dire qu’elles non plus n’avaient pas choisi leur époux mais qu’elles étaient heureuses. Nous n’avions certainement pas la même définition du bonheur. » Peu de temps après son mariage, elle est quand même obligée d’arrêter ses études. Elle devient mère, doit rester à la maison, est privée de sa liberté. « J’ai accepté puis un jour, je me suis rebellée. J’avais appris et lu beaucoup. Je me disais que je pouvais faire autre chose de ma vie. Comme je ne pouvais ni travailler ni conduire, j’ai rompu avec mon réseau familial et conjugal pour vivre une autrement ». A présent Fatiha Saïdi crée des espaces de paroles en dehors de la famille pour ces femmes. « Les mentalités ont changé mais pas assez. Les filles doivent apprendre à dire non ! »

« Les Mariages Forcés et l’Europe »: un colloque à l’initiative de Véronique De Keyser le 10/11/11 au Parlement européen

4 novembre 2011

« Les Mariages Forcés et l’Europe »: le 10 novembre 2011 de 9h30 à 12h30 au Parlement européen à Bruxelles. Ce colloque à l’initiative de Véronique De Keyser est organisé en coopération avec le Ministre belge Emir Kir, Secrétaire d’Etat de la Région de Bruxelles-Capitale. L’objectif est d’apporter une perspective européenne unifiée sur la question des mariages forcés, problématique de plus en plus répandue en Europe aujourd’hui. Il s’agit d’une violation des droits fondamentaux qui ne peut pas être justifiée par des différences de culture ou de croyance, et qui ne peut pas être tolérée par les Etats membres de l’Union.

Ce colloque abordera trois thèmes principaux:
- une réflexion sur les pratiques institutionnelles et associatives au niveau européen en terme de gestion de la problématique des mariages forcés
- un état des lieux des réglementations des différents pays européens dans le domaine, afin de dégager une éventuelle position européenne sur le sujet
- comment créer une opportunité de mise en place d’un réseau européen sur la thématique du mariage forcé.

Veuillez noter que le colloque sera diffusé en direct sur le site du groupe S&D, via ce lien.