Véronique De Keyser

Députée européenne et conseillère communale à Liège

Vice-Présidente du Groupe Socialistes et Démocrates du Parlement européen

Blog de carnaval – Les frappes préventives des policiers strasbourgeois

10 février 2013

J’étais à la manifestation des sidérurgistes à Strasbourg et, comme tous, j’ai été bouleversée et choquée par les violences policières qui s’y sont déroulées. Dès l’annonce des événements, j’ai contacté le Président du Parlement européen, puis ma collègue Catherine Trautman, ex- maire de Strasbourg, pour toucher au plus vite la direction des forces de police. Ces contacts ont permis de désamorcer la violence policière mais trop tard hélas pour les blessés les plus sérieux, et notamment le jeune intérimaire verviétois qui a perdu un œil.
Je reste en contact permanent avec Catherine Trautman, qui se rend dans les prochaines heures au chevet du blessé que sa famille a rejoint. La parlementaire française a immédiatement interpellé par lettre le Ministre Vals, pour lui exprimer son indignation et exiger une enquête. Je la remercie, ainsi que tous mes collègues socialistes français pour l’émotion qu’ils ont immédiatement exprimée et les relais politiques qu’ils ont mis en œuvre.

Ceci dit, l’incroyable est que les violences policières aient été « des frappes préventives », qu’elles se soient déroulées- sur base d’une information de source belge mettant en garde la police française- alors que les manifestants n’avaient pas encore rejoint le point de rendez-vous. Je rends hommage au sang froid de l’immense majorité des sidérurgistes liégeois devant ces provocations.

Le soir de la manifestation, alors que les cars étaient rentrés sur Liège et que les leaders syndicaux épuisés attendaient dans un hôtel les dernières libérations et des nouvelles du blessé, je me suis rendue avec certains de mes collègues parlementaires à la projection d’un film sur les sidérurgistes retraçant le combat de ceux de Florange. Une délégation de Florange était présente. Le débat après la projection a été difficile et houleux, vu la situation, mais lorsque j’ai pris la parole en tant que Liégeoise, en évoquant notre combat wallon, la salle entière a ovationné ceux de Liège, nos sidérurgistes et nos politiques qui n’écartent aucune piste y compris celle de la régionalisation.

A la violence financière exercée par Mittal sur l’ensemble de la sidérurgie européenne, s’est ajoutée mercredi la violence policière. Ces combinaisons ne sont pas rares, mais qu’elles se passent à Strasbourg, berceau symbolique de l’Europe est encore plus choquant. Il n’est pas question de baisser les bras, ni sur le plan des suites à donner à ces violences, ni sur le plan du combat à mener pour Liège et pour le maintien d’une sidérurgie européenne. Paradoxalement, les victimes de Strasbourg renforcent encore ma détermination.

resize_image

Communiqué de Presse du Groupe S&D – La Solution A la Crise Sidérurgique Passe Par l’Europe

4 octobre 2012

LA SOLUTION À LA CRISE SIDÉRURGIQUE PASSE PAR L’EUROPE

Face à la stratégie de démantèlement de la sidérurgie européenne engagée par le géant de l’acier Arcelor/Mittal, l’Europe n’est pas démunie mais elle doit prendre ses responsabilités.

Tel est le message transmis par les eurodéputés socialistes et démocrates aux représentants du syndicat socialiste FGTB lors d’une rencontre aujourd’hui à Liège.

« Les entretiens de ce matin confirment les dangers sociaux et industriels pour la région wallonne, la Belgique et l’Europe face à des prédateurs financiers qui ferment sans scrupules des usines viables », a déclaré Frédéric Daerden.

« Il faut agir à l’échelle européenne en faisant notamment évoluer les règles de la concurrence et les contraintes imposées aux patrons », a-t-il ajouté.

« Il faut réindustrialiser l’Europe et nous battre, de manière solidaire, pour garder nos atouts. La relance de l’Europe ne se fera pas uniquement à travers les services ou la réforme des institutions » , a souligné Véronique de Keyser.

La présidente de la commission de l’Emploi et des Affaires sociales au Parlement européen, Pervenche Berès a salué, de son côté, l’initiative prise par le commissaire chargé de l’industrie Antonio Tajani de mettre en place une table ronde réunissant tous les acteurs concernés sur l’avenir de la sidérurgie.

« Ce groupe doit poursuivre son travail et faire des propositions qui englobent à la fois à la politique industrielle, la reprise des sites industriels, l’intervention de la Banque européenne d’investissement et le programme de recherche et développement », a souligné la socialiste française.

Le porte-parole du groupe socialiste et démocrate chargé de la politique sociale, Alejandro Cercas juge que « la stratégie d’Arcelor/Mittal sur le territoire européen est un cas d’école d’une restructuration désastreuse ».

« C’est une véritable tragédie sociale, industrielle et politique ». La sidérurgie, ce n’est pas seulement l’affaire de quelques actionnaires, a dénoncé M. Cercas.

« L’Europe doit tenir compte des intérêts des travailleurs. Elle doit prendre ses responsabilités pour préserver l’avenir de la sidérurgie européenne », a-t-il ajouté.

Le Parlement européen va ouvrir le débat sur les restructurations d’entreprises dès la semaine prochaine à partir d’un rapport d’initiative législative préparé précisément par Alejandro Cercas.

« Je suis frappée par la similitude des problèmes. Partout en Europe, ce sont les mêmes questions qui sont posées. Je suis convaincue que la solution doit être européenne », a déclaré Jutta Steinruck, membre de la commission emploi et affaires sociales du Parlement européen.

La délégation des socialistes et démocrates euroopéens était composée de Frédéric Daerden (Belgique), Véronique de Keyser (Belgique), Pervenche Berès (France), Alejandro Cercas (Espagne) et Jutta Steinruck (Allemagne).

Communiqué de Presse: Reprenez vos billes, monsieur Mittal!

2 octobre 2012

Reprenez vos billes, Monsieur Mittal,
reprenez vos roupies et votre Tour des JO de Londres
et rendez nous nos brames!

Coup de gueule de Véronique De Keyser
Lettre ouverte à Monsieur Mittal et à la Commission européenne

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, c’est autour du charbon et de l’acier que l’Europe s’est reconstruite et, lentement, s’est réconciliée.

C’est autour de la CECA, que l’Europe au fil des années a renoué avec la croissance.

C’est à Liège, Monsieur Mittal, que dès le 19ième siècle, John Cockerill a mis en place, avec nos travailleurs, avec nos ingénieurs, notre sidérurgie qui a rapidement acquis une renommée internationale. Celle là même qui vous a attiré, je crois.

C’est notre sidérurgie liégeoise et la française que vous avez (notamment) achetées, Monsieur Mittal, parce que vous disiez qu’elles étaient à la pointe du progrès. Enfin, tout cela n’était qu’un beau discours.

C’est à Liège et à Florange que vous aviez pris des engagements… mais ce n’était finalement que des paroles en l’air et pas en fer.

Car finalement, Monsieur Mittal, vous n’aviez qu’un seul objectif: nous racheter pour nous éliminer, nous démanteler. Pourtant, partout votre porte-parole affirmait, et même au Parlement européen, qu’Arcelor Mittal était une entreprise « sociale ». Saviez-vous, soit dit en passant, ce que ce qualificatif signifie vraiment?

La sidérurgie liégeoise tout comme la française, les savoir-faire liés à ces entreprises « fleurons », les hommes et les femmes qui les font vivre et qui parfois y meurent, ne vous appartiennent pas, Monsieur Mittal. Ce ne sont ni des jouets, ni des bilboquets, ni des jokaris. Ni des kleenex.

Reprenez donc, Monsieur Mittal, vos roupies! Reprenez votre signature puisque vous avez déjà repris votre parole. Vous avez au fil de ces années, largement récupéré votre mise et empoché suffisamment de bénéfices, ne serait-ce qu’en utilisant amplement un système fiscal critiquable qui vous était favorable. Vous avez, Monsieur Mittal, bénéficié de réductions d’impôts éhontées.

Reprenez votre mise Monsieur Mittal et revendez cet outil que vous méprisez. La sidérurgie, les sites de Seraing, de Chertal et de Florange, nous appartiennent depuis bientôt deux siècles. Nous pouvons le gérer.

Nous, nous allons raviver la CECA, le Charbon et l’Acier, nous allons retourner aux bases de l’Europe et à ses racines.

Reprenez vos roupies, Monsieur Mittal, laissez-nous travailler avec les hommes et continuez à jouer au monopoly!

Véronique De Keyser
Députée européenne
Vice-présidente du groupe « Socialistes et Démocrates »

Blog de campagne (13)

22 mai 2009

Vendredi 22 mai. Je m’étais dit que je parlerai de Cockerill sur le blog, mais je sentais bien que j’avais des difficultés. Or, ce matin, assez tôt, je passe chez le coiffeur et une dame me fait un sourire, comme si elle me connaissait. Je souris en réponse. Et j’essaie de me souvenir. Rien. Alors elle dit : – Vous ne vous souvenez pas de moi ? (la phrase qui tue !). Et comme je reste muette, elle ajoute : – Je travaillais comme infirmière à Cockerill. Avec le docteur D. et le docteur M. – Mon dieu, oui. Tout à coup les images défilent. Et j’ai peine à les stopper. Sans Cockerill je ne serais sans doute jamais venue habiter Liège. Et sans les travailleurs de Cockerill, je ne saurais pas aujourd’hui, prendre le micro dans un meeting, tenir un auditoire et me battre comme je le fais pour défendre certaines causes. Car avec les sidérurgistes, dans le genre coup de gueule et je tiens bon, j’ai eu de fameux maîtres. Alors, Pour éviter tout pathos vu que le sujet est sensible pour moi, quelques éléments de biographie : dès la fin de mes études de psychologie à Bruxelles, j’ai été embauchée comme chercheur sur des contrats européens de la CECA (Communauté Economique du Charbon et de l’Acier). Il s’agissait d’étudier les accidents de travail dans les mines et la sidérurgie. Mais les mines étaient interdites aux femmes. Les femmes, on les envoyait donc dans la sidérurgie ! Dès 1968, je commençais des recherches à Hainaut Sambre. A l’agglomération de Couillet, puis aux laminoirs. On faisait les pauses de nuit et je partais chaque soir vers Mons, à moto, avec un autre chercheur. Après Hainaut Sambre, ce fut les Arbed à Luxembourg. L’informatisation de la production de l’aciérie LD-AC de Esh sur Alzette était une première : c’est à partir d’elle que j’ai fait ma thèse de doctorat sur l’expérience des travailleurs dans les systèmes automatisés. Et puis, il y a eu Cockerill. En 1983. Et là, coup de foudre. Non seulement j’y ai enchaîné les recherches jusqu’en 2001, mais surtout, j’ai lâché l’ULB, quitté Bruxelles et je suis arrivée, avec enfant et bagages à Liège. Conception de la coulée continue de Chertal et de sa salle de commande, étude des accidents à Ferblatil, étude des risques liés à la mise en continu de laminoirs, Valfil… etc. Les recherches se sont succédées et j’avais créé à l’ULg une équipe passionnée par l’acier et surtout par ses travailleurs. A côté d’études souvent très techniques réalisées avec la participation de tous -ingénieurs, syndicats, ouvriers- il y avait la magie de la sidérurgie. Et les surprises de la vie. Je me souviens de ma stupéfaction lorsqu’une de mes chercheuses, Christina G., après l’étude de Ferblatil, m’a annoncé qu’elle épousait… un des ingénieurs. Une autre est entrée à la Fondation André Renard. Un troisième au service du personnel de Cockerill. Et comme je donnais cours à la Faculté de Sciences Appliquée, aux futurs chefs de sécurité, je les ai tous connus. Et pourtant, cette présence si forte de l’entreprise dans ma vie n’est rien en regard de l’attachement viscéral, de la fierté de ceux qui y ont passé leur vie. Elle n’est rien non plus par rapport au sentiment de deuil qu’ils ressentent. Il n’est pas normal que devant la crise économique actuelle, les plans de sauvetage soient nationaux et non européens ! Que ce soit Monsieur Mittal qui décide quel site il fermera, quel qu’en soit le coût social, au lieu d’avoir un plan d’ajustement de la production sidérurgique coordonné à l’échelle de l’Europe. Comme ce fut le cas avec le plan Davignon autrefois, plan qui prévoyait des quotas de réduction pour chaque site, sans toucher à l’outil de travail. Il faut reprendre le contrôle politique des structures, comme l’aurait dit Renard. Je stoppe. En tout cas, c’est clair, il faut changer l’Europe.