Véronique De Keyser

Députée européenne et conseillère communale à Liège

Vice-Présidente du Groupe Socialistes et Démocrates du Parlement européen

Hessel : « Engagez-vous ! »

10 mars 2011

Guy Duplat
Mis en ligne le 09/03/2011
L’auteur du triomphal “Indignez-vous !” continue son combat militant.

Stéphane Hessel, 93 ans, a connu en 2010 un triomphe inattendu avec son opuscule, « Indignez-vous ! » (Éditions Indigène), vendu déjà à plus de 1,7 million d’exemplaires. Il poursuit sa campagne avec un nouveau livre qui sort en libraire le 10 mars et porte un titre tout aussi martial : « Engagez-vous ! » (Éditions de l’aube). Un texte qui, pour l’essentiel, ne fait que prolonger, voire délayer, ce qui faisait l’énergie surprenante du très court pamphlet précédent. « Indignez-vous ! » avait la force de l’éclair : vingt pages seulement, mais au style prophétique et signées d’un résistant, survivant des camps, signataire de la charte universelle des droits de l’homme, une conscience morale qui veut nous réveiller d’une torpeur morbide.

S’appuyant sur le programme du Conseil national de la Résistance qui s’était indigné du nazisme, il estime que la situation actuelle (inégalités sans cesse croissantes entre riches et pauvres, droits de l’homme bafoués, planète en danger) appelle le même élan. Il le rappelle dans ce nouveau livre de 60 pages auquel sont joints les textes de la déclaration des droits de l’homme et du programme du Conseil national de la Résistance.

Dans ce livre, Hessel répond aux questions d’un jeune de 25 ans Gilles Vanderpooten. À nouveau, il estime inadmissible ce qui se passe et qui nécessite une réaction comme fut celle de la Résistance : « refuser le diktat du profit et de l’argent, s’indigner contre la coexistence d’une extrême pauvreté et d’une richesse arrogante, refuser les féodalités économiques, assurer la sécurité sociale  » Résister, c’est alors, « refuser de se laisser aller à une situation qu’on pourrait accepter comme malheureusement définitive ». Stéphane Hessel en appelle avant tout aux jeunes qu’il rencontre et à qui il demande : « Interrogez-vous sur ce qui vous indigne et vous scandalise et quand vous l’aurez découvert, tachez de connaître concrètement comment il vous est possible d’agir pour lutter contre. »

Stéphane Hessel justifie son nouvel ouvrage en s’avouant « préoccupé par l’écart incommensurable qui existe entre les forces politiques et la jeunesse française ». Selon lui, « le monde déstabilisé dans lequel nous vivons depuis la crise mondiale -déstabilisé par les grands profiteurs de l’économie financiarisée mondiale- ce monde-là est détestable. Il faut le transformer le plus rapidement possible en un monde où la justice, l’égalité pour tous, la liberté pour tous puissent trouver leurs assises. »

Pour lui, tout commence par la défense des droits de l’homme, celle des sans-papier et des sans-logis. Mais dans « Engagez-vous ! », Stéphane Hessel, proche des écologistes – il a soutenu la liste Europe Écologie aux élections européennes de 2009 – insiste également sur la défense de l’environnement, à laquelle il consacre plusieurs chapitres. « Sorti des camps, le problème du respect des droits de l’homme me paraissait la chose la plus importante. [ ] La façon dont le gouvernement français traite le droit d’asile et les sans papiers est révoltante. Nous devons être nombreux à protester contre ces formes de violation des droits élémentaires. [ ] Aujourd’hui, je vois donc l’avenir comme devant respecter à égalité les droits de la personne humaine et les droits de la nature. »

Stephane Hessel croit en l’homme, capable du pire comme du meilleur. Il croit surtout aux jeunes et pense que chacun peut lutter, à son niveau, contre ce qu’il ressent comme inacceptable, même si aujourd’hui, l’ennemi n’est pas aussi identifiable que du temps du nazisme. L’ennemi est diffus, insaisissable. Et le risque est de se dire qu’il n’y a de toute manière rien à faire, « c’est comme ça ». C’est ce défaitisme qu’Hessel combat en voulant montrer à nouveau que l’engagement sartrien est ce qui définit un homme.

Un objectif toujours actuel.

« Engagez-vous ! » Stéphane Hessel, Éditions de l’Aube, 93 pp., env. : 7 euros

Stéphane Hessel invité par Véronique De Keyser au Parlement, à s’exprimer « en toute liberté »

10 mars 2011

En octobre dernier, Stephane Hessel publie à 93 ans Indignez-Vous!, un ouvrage d’une trentaine de pages qui devient rapidement un best-seller. Le 18 janvier, Stephane Hessel a vu le débat qu’il devait mener autour de son livre, à l’Ecole Normale Supérieure de Paris, annulé en dernière minute, suite, semble-t-il, à diverses pressions… Le 9 mars, Véronique De Keyser recevait Stéphane Hessel « en toute liberté » au Parlement.

Stéphane Hessel est né en 1917 à Berlin au sein d’une famille allemande cosmopolite. A 7 ans, sa famille immigra en France, et il se fit naturaliser. Après la débâcle de l’armée française en 1940, il a, alors, rejoint les services secrets du Général De Gaulle pendant la deuxième guerre mondiale, et fût arrêté par la Gestapo. Stéphane Hessel fût déporté à Buchenwald, où il est interrogé et torturé. Apres la guerre, il entama une carrière diplomatique et participa à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. En 1962, il créa l’AFTAM (Association pour la Formation des Travailleurs Africains et Malgaches) afin d’améliorer le développement social. Après une longue carrière diplomatique, il occupa le poste d’Ambassadeur français aux Nations Unies à Genève. Depuis la fin de la guerre, il a été un défenseur infatigable des droits de l’homme à l’intérieur comme à l’extérieur de la France, un engagement qu’il décrit comme dans la lignée du combat qui l’avait amené à rejoindre  » l’aventure exaltante des Français Libres ». Le 14 octobre, il fût élevé au rang de Grand-Officier de l’Ordre de la Légion d’Honneur. Publié en Octobre 2010, son essai « Indignez-vous! » appelle le peuple français à s’indigner de nouveau, comme le fît la Resistance française durant la deuxième guerre mondiale. Dans cet essai, M. Hessel décrit une indignation personnelle envers les écarts grandissants entre les riches et les pauvres, contre le traitement français des immigrés clandestins, contre le sort de Palestiniens et enfin contre l’importance de défendre le système de protection sociale.

Pour voir la conférence de presse donnée par Stéphane Hessel le 9 mars, sans censure, et l’entendre parler de son engagement, de sa vision de la situation au Moyen-Orient, de sa vision du droit international. Sans langue de bois, sans doubles critères. Pour entendre aussi son tout dernier cri (et livre) « Engagez-vous! » cliquer ici.

La conférence de presse de Nicolas Sarkozy à Bruxelles : une injure à la France !

17 septembre 2010


Conférence de presse de Nicolas Sarkozy à Bruxelles
envoyé par LCP-AN. – Regardez les dernières vidéos d'actu.

Je suis encore sous le coup de la conférence de Sarkozy hier (16 septembre) à la sortie du Conseil européen. Un Président blafard, bourré de tics, a fait un numéro magistral mais terrifiant. Habile à renvoyer la balle, arrogant, il a émaillé son discours chauvin – c’est une injure à la France !- d’un chapelet de contre-vérités et de mensonges. L’incident monté en épingle de la Commissaire Reding suffira-t-il à jeter un écran de fumée sur l’attitude honteuse du gouvernement français à l’égard des Roms ? A faire oublier la circulaire qui les cible – une malencontreuse erreur qu’il a, dit-il, tout de suite corrigée ? A voir. En tout cas pas dans les enceintes européennes Car si, comme il l’a rappelé, la France a déjà eu des brouilles avec l’Europe, cela n’a jamais été pour des suspicions graves de violations des droits fondamentaux.

Rappelons l’historique de cet incident. A la session de la semaine dernière à Strasbourg, les députés européens votent une résolution sur les Roms demandant au gouvernement français l’arrêt des expulsions. Le vote a été durement acquis. Mais la violence symbolique de ces expulsions, la réaction de l’Eglise, les doutes qui s’élèvent au sein même du parti du Président amènent certains députés de droite à se dissocier de l’attitude du gouvernement français et la résolution passe. C’est une belle victoire du Parlement mais aussi des meilleures valeurs européennes. Et la Commissaire Reding, qui représentait la Commission dans l’hémicycle, se fait prendre de volée par les chefs de groupe politiques. Ils lui reprochent son inertie. Pourquoi n’a-t-elle pas demandé de comptes au gouvernement français ? Pourquoi ne pas avoir entamé une procédure d’infraction ? Viviane Reding garde son calme et dit qu’avant d’entamer une procédure d’infraction, il faut qu’elle ait des faits, qu’on n’attaque pas aussi facilement un Etat. Tollé dans l’hémicycle. « Des faits, vous n’en avez pas assez ? Et les images TV et les destructions des camps par des bulldozers, cela ne vous suffit pas ? Quelle violence vous faut-il ? » Une députée écologiste française lui hurle « Et si vous n’avez pas de juristes capables de vous monter un dossier, on peut vous en fournir ! » Bref la pauvre Reding passe un mauvais quart d’heure. Mais la résolution est votée et le gouvernement français commence à fulminer. Les journalistes qui m’interrogent me disent « Vous n’avez pas l’impression de que c’est une gifle à la France ? » Je réponds « Si c’est une gifle à la France que de lui demander de ne pas expulser les Roms, je ne sais plus ce qu’on peut dire dans un Parlement ». Voilà pour le début de l’histoire.

Survient la circulaire qui vise bien et en priorité les Roms. Viviane Reding qui s’est fait remonter les bretelles croit tenir son fait indiscutable. Elle se sent bernée puisque dans ses rencontres avec les ministres français, ces derniers lui ont juré qu’ils travaillaient au cas par cas, dans l’esprit et la lettre des textes européens. Et elle fait une sortie maladroite en rappelant la seconde guerre mondiale. Maladroite ? Oui et non. Non parce que effectivement, cette seconde guerre mondiale est bien l’ancrage des valeurs européennes – celles qui consistent à ne plus jamais viser une race, une ethnie, un individu en fonction de ses origines. Et c’est précisément ce que Reding a dit. Mais maladroite, oui, parce que Sarkozy va habilement jouer de ce rappel pour prétendre avoir été assimilé au régime nazi, avec une banalisation de la Shoah. Ce qui lui permettra une fois de plus, de rejouer le couplet de l’injure à la France, de tancer Reding et de se moquer des petits pays. Merci pour eux : nous savons que des petits pays comme le Luxembourg ou la Belgique ne peuvent en rien se comparer à un GRRRAND pays qui compte des dizaines des millions de Français ! Bref c’est le GRRRRAND numéro. Oubliés les Roms ! Et dans la même foulée pour bien semer la confusion dans les esprits, Sarkozy reviendra sur les deux incidents de cet été en France, dans un discours sécuritaire, en omettant de dire que ni à Grenoble, ni à Saint-Aignan, il ne s’agissait de Roms, mais bien…de gens du voyage pour la plupart français depuis des générations.

La position de Sarkozy, n’a pas, contrairement à ce qu’il a dit, recueilli l’assentiment de tous les chefs de gouvernement présents au Conseil tant s’en faut. Et cela, de l’aveu-même de Herman Van Rompuy. Ce qui a été discuté au Conseil hier n’a rien à voir avec le fond du problème. C’est la forme de la sortie de Viviane Reding qui a été regrettée. Mais le Conseil a admis qu’elle avait raison de se saisir de la question puisque la Commission est la gardienne des traités et que la Charte des droits fondamentaux est contraignante.

C’est Sarkozy hier qui a jeté une ombre sur l’honneur de la France, pas Reding. Je relisais dans Le Soir, pour préparer la session de Strasbourg la semaine prochaine, le discours de Badinter à l’Assemblée nationale pour l’abolition de la peine de mort et je me disais : Comment un pays qui a su voter l’abolition de la peine de mort, en devançant, au noms de ses valeurs universelles, l’opinion publique très partagée sur ce thème, en vient-il maintenant à flatter les instincts les plus bas de cette opinion publique au nom d’une légalité soi-disant respectée dans l’esprit et la lettre ? C’est une injure à la France. A la France que nous aimons. Grand pays sans doute mais petit Président.