Véronique De Keyser

Députée européenne et conseillère communale à Liège

Vice-Présidente du Groupe Socialistes et Démocrates du Parlement européen

Rapport de mission délégation S-D à Washington du 27 au 31 octobre 2009. Notes personnelles de Véronique De Keyser.

25 novembre 2009

OBJECTIF DE LA MISSION

Composée exclusivement de membres du Groupe S-D, la délégation était de haut-niveau et comprenait, outre le staff, plusieurs Vice-présidents du Groupe, un président de commission et des coordonnateurs. L’objectif: établir des relations transatlantiques plus suivies avec des membres démocrates du Congrès américain et différents think tanks. La première partie du voyage s’est déroulée à New-York, à l’ONU, la seconde partie à Washington. Je n’ai pu, à cause d’engagements politiques pris antérieurement, participer aux rencontres de New-York : j’ai rejoint directement la mission à Washington. Ces notes personnelles se borneront donc aux rencontres de Washington.

Trois thèmes ont été abordés de façon récurrente :

- le changement climatique et le futur sommet de Copenhague,

- les questions de sécurité et défense, l’Afghanistan, les relations avec la Russie et la sécurité énergétique,

- la crise financière.

Ces thèmes ont été abordés avec en toile de fond l’analyse des marges de liberté dont dispose à l’heure actuellement le Président Obama.

COPENHAGUE ET LES MARGES DE LIBERTE DONT DISPOSE BARAK OBAMA

a) Les marges de liberté. Elles sont faibles. Si plus de la moitié de la population soutient son Président, ce dernier est conspué en permanence par une droite et une extrême très dure qui contestent sa légitimité élective. Les rumeurs de falsification de son acte de naissance -il ne serait pas né aux Etats-Unis mais aurait falsifié le document- loin de se dissiper continuent à être agitées par des extrémistes et troublent de nombreux citoyens. L’opposition qu’il affronte est prête à tous les coups bas et la bataille est rude. A côté de cela, la Health Care Bill actuellement en discussion au Congrès menace directement les intérêts des assurances privées(1). Ces dernières font un lobby agressif pour empêcher son adoption et prédisent un désastre si les soins de santé tombent dans le secteur public. Dans le même temps, face à la crise financière, Barak Obama tente d’assainir le système sans oser réellement s’attaquer à Wall Street : il sait que s’il va trop loin, la riposte du système financier pourrait lui être fatale.

C’est dans ce climat tendu que se discute aujourd’hui la Bill sur le changement climatique. Cette Bill n’est pas prioritaire par rapport à d’autres thèmes chauds (Health Care, crise financière, Afghanistan). Elle a de l’importance aux yeux des Congressistes, certes, mais sans urgence réelle. Pour être adoptée, elle doit encore franchir le cap du Sénat. Le 26 juin dernier, non sans compromis et affaiblissements de son contenu initial, elle a réussi à passer à la Chambre où les Démocrates ont une très courte avance sur les Républicains (219/212) mais au Sénat les deux grands partis sont à égalité (49/49). Deux indépendants feront la balance : les sénateurs Billie Sanders et Joseph Lieberman. Ils votent en principe avec les démocrates et leur assurent ainsi une très courte majorité simple mais il faut 60 votes pour la Bill sur le changement climatique et nul ne sait donc comment le Sénat se comportera. De plus, les contraintes institutionnelles rendent peu probables un vote au Sénat avant le printemps prochain.

Obama risque donc bien de se rendre à Copenhague les mains vides -s’il y va ! Il ne pourra pas non plus signer un nouveau Traité, car là, il lui faudrait une majorité qualifiée de 67 sénateurs au Sénat, ce qui semble hors d’atteinte pour l’instant. Le joker qu’il a dans la manche est d’obtenir des avancées substantielles sur le climat avec la Chine et l’Inde : il y travaille ferme. Pour le reste, il faudra sans doute se contenter à Copenhague d’un agrément commun sur des objectifs généraux. Cet agrément ne serait pas un discours creux vu que le débat législatif est bien lancé aux Etats-Unis, mais ce n’est pas encore un nouveau Kyoto. Si l’Europe place la barre trop haut, elle risque bien d’être déçue et un déchaînement médiatique parlant d’échec affaiblirait encore la position d’Obama. Si au printemps la Bill ne passe pas au Sénat, il reste au Président la possibilité d’atteindre des objectifs de réduction des émissions de CO2 en utilisant la EPA, l’Agence pour la Protection de l’Environnement. C’est une option nettement moins ambitieuse mais sûre.

b) Le contenu de ce qui a été adopté à la Chambre. Le contenu de la Bill, l’American Clean Energy and Security Act (H.R. 2454) passé le 26 juin dernier à la Chambre, peut se résumer comme suit :

- d’ici 2020, 20% de la demande en électricité doit pouvoir être assurée par un mélange d’énergie renouvelable et d’augmentation de l’efficacité énergétique,

- l’investissement dans les énergies propres et l’efficacité énergétique sera de 90 billions dans de nouveaux investissements d’ici 2025; l’investissement dans la capture du carbone sera de 60 billions; dans la voiture électrique ou d’autres formes de techniques avancées pour véhicule de 20 billions; plus 20 billions encore en recherche et développement,

- de nouveaux standards pour préserver l’énergie seront appliqués aux nouveaux buildings,
les réductions de carbone des sources principales d’émission aux Etats-Unis seront de 17% d’ici 2020 et de 80% en 2050, par rapport à l’indice de 2005,

- des mesures de protection des consommateurs contre l’accroissement du prix de l’énergie seront prises. Des estimations tant de l’Agence de Protection de l’Environnement que de l’Office du Budget du Congrès considèrent que la nouvelle législation ne coûterait pas plus aux ménages qu’un timbre par jour- ou cinquante cents. Néanmoins, il y aura une protection pour les industries les plus vulnérables.

On le voit cette législation est prudente et peu visionnaire. Elle mise sur l’accroissement de l’efficacité énergétique, plutôt que sur la baisse des émissions. De plus, le marché des «permis de polluer» explose littéralement en bourse et pourrait bien, selon certains de nos interlocuteurs, devenir une bulle spéculative à haut risque. Ce sont en effet les banques qui achètent les permis d’émissions plus que les industries ; elles font grimper les prix, se saisissent de ce nouveau marché financier très rentable et la spéculation sur le changement climatique bat déjà son plein.

L’AFGHANISTAN, LA RUSSIE, LA SECURITE ENERGETIQUE

a) L’Afghanistan. Continuellement attaqué sur ce front, Obama tarde à prendre position. Le renfort de 45.000 hommes que lui demandent ses chefs militaires est particulièrement impopulaire et a peu de chances de passer au Congrès. Le livre qui se vend le mieux à Washington pour l’instant est un livre de Goldstein qui retrace l’engrenage fatal qui a conduit à l’échec du Vietnam. Il est déjà épuisé en librairie. En fait deux stratégies s’offrent au Président, l’une entièrement tournée vers la guerre à Al Qaida, l’autre vers la population afghane. La première reviendrait à masser les troupes à certains endroits stratégiques du pays pour déclencher des raids de grande envergure sur les Talibans supposés abriter Al Qaida, la seconde consisterait à déployer les troupes dans le pays en travaillant sur des objectifs à la fois civils et militaires, tournés vers la population. Le paradoxe, révélé par des députés démocrates au cours de notre visite, c’est que cette dernière option, traditionnellement celle des Démocrates, est devenue celle des Républicains. Ce sont les Républicains qui aujourd’hui accusent Obama de ne pas faire assez pour les droits de l’homme, la pauvreté etc. en Afghanistan et les Démocrates qui tentent tant bien que mal de défendre l’option militaire. Tous nos interlocuteurs ont décrit leur impuissance à trouver une solution à cet imbroglio. Beaucoup, mais pas tous, accusent l’Europe de laisser toute la charge de cette guerre aux Etats-Unis sans prendre leur juste part.

b) La Russie. Sur la question de la Russie, manifestement les relations diplomatiques US sont plus satisfaisantes aujourd’hui qu’elles ne l’étaient sous G.W. Bush : le RESET d’Hillary Clinton a l’air de fonctionner. La question de désarmement et de la non prolifération du nucléaire sont grandement facilitées par le fait que l’armement des Russes -et notamment les missiles- arrive en fin de vie et que le renouvellement total serait prohibitif. Mais nos interlocuteurs lient une sorte de confiance retrouvée avec la Russie à une plus grande latitude pour faire entrer de nouveaux partenaires dans l’Otan, ou dans l’Union Européenne, comme par exemple l’Ukraine, voire même la Géorgie sans que cela ne suscite l’ire russe. Ce qui n’est certainement pas l’opinion de la majorité des Européens. De nombreuses discussions ont porté sur l’Ukraine, ses problèmes internes et le transit énergétique qu’elle assure dans la plus grande opacité. La question de Nabucco, versus les gazoducs de North Stream et South Stream a également fait l’objet de discussions contradictoires. Nos interlocuteurs poussaient très fort pour l’option Nabucco pour éviter toute dépendance par rapport à la Russie, la délégation socialiste et démocrate étant beaucoup plus circonspecte et ne voyant dans Nabucco qu’une option parmi d’autres, la première interrogation portant d’ailleurs sur les sources d’approvisionnement de Nabucco.

Pour rappel, quelques explications techniques sur le projet Nabucco. Après la crise russo-ukrainienne de 2006, l’Union européenne a placé Nabucco sur la liste de ses projets prioritaires. Avec une longueur de 3 300 km et un coût estimé autour de 7,9 billions, la construction du pipeline devrait commencer en 2010 et finir en 2014 avec une capacité de 30bcm. Ce gazoduc a pour objectif de fournir l’Europe de l’Ouest en gaz venant d’Asie centrale, de la Caspienne et du Moyen Orient, en évitant complètement le territoire russe. Le gazoduc irait de Erzurum en Turquie, à travers la Bulgarie, la Roumanie et la Hongrie jusqu’à Baumgarten en Autriche. Près de Erzerum, il devrait être connecté avec le gazoduc Tabriz -Erzerum et avec le gazoduc du Sud Caucase, connectant Nabucco avec le gazoduc Trans-Caspienne. La principale source d’approvisionnement de Nabucco serait la nappe de gaz de Shah Deniz en Azerbaïdjan. L’accord devrait porter sur 8 bcm de gaz naturel par an. Un projet d’accord non concrétisé existe également avec le Turkménistan : il serait de 10bcm par an. A long terme, le Kazakhstan pourrait également participer à l’approvisionnement. L’ambition de Nabucco est de devenir la quatrième source d’approvisionnement en importance au niveau européen, avec une capacité de 30 bcm. C’est le dessin d’un projet emmené par le groupe autrichien OMW, projet qui inclut à part égale les Hongrois (MOL) les Roumains (Transgaz) les Bulgares (Bulgargaz) les Turcs (Botas) ainsi que les Allemands (RWE). La France avait tenté d’y entrer avec Gaz de France, mais fut rejetée par la Turquie en 2007. C’est un Néerlandais, l’ex-ministre des Affaires Etrangères Jozias van Aartsen, qui coordonne le projet pour la Commission.

Mais il reste un large débat sur les sources d’approvisionnement de Nabucco. A ce jour, il pourrait n’y avoir en 2015 que seulement 3bcm venant d’Azerbaïdjan, mais aucun accord n’est encore signé avec Baku. Le gaz du Turkménistan comme celui du Kazakhstan requièrent la construction d’une infrastructure -la Trans-Caspienne- sous la mer Caspienne, ce qui pour l’instant n’est pas réaliste. Il y a des doutes sur la capacité du Turkménistan à remplir son engagement de 10 bcm, vu les engagements pris par ce pays envers la Russie et la Chine. L’Irak et l’Iran sont également pressentis, mais les incertitudes politiques restent grandes dans ces pays. Il pourrait y avoir de nouvelles découvertes en Egypte mais c’est aléatoire. Et finalement on en arrive à une conclusion paradoxale : les sources d’approvisionnement les plus sûres du pays que Nabucco veut très expressément contourner à savoir la Russie !! C’est pourquoi, sans s’attarder sur l’analyse technique ci-dessus, nous avons plaidé avec nos interlocuteurs pour un réseau inter-connecté de gazoducs en Europe, qui inclurait aussi Nabucco mais n’en ferait pas un instrument privilégié symbolisant la défiance vis-à-vis de la Russie.

LA CRISE FINANCIERE

Les titres des journaux américains sont plutôt optimistes : la crise financière prendrait fin. Avec 18 mois de récession (de décembre 2007 à juin 2009) ce serait la plus longue connue par les Etats-Unis depuis les années trente. Mais si l’activité financière se relève, le chômage persiste et des dommages structuraux affectent durablement l’économie. Le secteur du logement et de la construction commence très, très lentement à se redresser. Les ventes automobiles ont repris en 2009 grâce aux incitants gouvernementaux, mais attention, beaucoup de mesures temporaires prises pour relancer l’économie viennent à expiration. Ces timides progressions pourraient donc bien faire long feu. Les pertes d’emplois -licenciements, fermetures d’entreprises, faillites etc.- diminuent, mais le taux de chômage grimpe toujours d’où une très grande anxiété chez les Américains. On parle d’un taux officiel de chômage de près de 10% (9,8) ce qui compte tenu de la segmentation du marché du travail (beaucoup de temps partiels, d’emplois précaires de quelques heures par semaine) pourrait cacher un taux réel de 17%. Le pouvoir d’achat est donc globalement faible, ce qui entraîne, en un cercle vicieux, le ralentissement de la reprise économique. Les banques reprennent du «poil de la bête», mais n’entendent pas financer facilement le crédit à la consommation pas plus qu’elles ne semblent prête à investir dans l’économie réelle : la reprise de l’économie ne peut donc pas se faire, ni par des investissements, ni par une relance de la consommation. Les profits purement spéculatifs engendrés par les transactions financières sont bien plus attractifs pour les banques et les bonus indécents accordés aux agents de change (traders) sont là pour en témoigner. Le risque, vu l’urgence de l’emploi à court terme et la pression d’une population aux abois, serait de faire l’impasse sur une profonde réforme financière et de retourner au business as usual. Nous avons demandé à nos interlocuteurs, et notamment au sénateur Sanders (un des deux Indépendants au Sénat qui n’hésite pas à se dire socialiste, ce qui dans la bouche d’un citoyen américain est généralement péjoratif), pourquoi Barak Obama ne se montrait pas plus ferme sur ce chapitre ? Sa réponse était sans ambiguïté. Obama a pu compter largement sur Wall Street pour sa campagne électorale et le secteur financier est un de ses alliés naturels. Ce secteur n’hésite d’ailleurs pas à rappeler au Président qu’en cas de contrainte trop grande sur son fonctionnement, il n’hésitera pas à délocaliser dans le Sud Est asiatique. Une taxe sur les transactions financière est possible; cette option a spontanément été avancée par différents interlocuteurs mais dans un contexte particulier : comme source de financement à l’adresse des pays en développement, touchés à la fois par la crise financière et par le changement climatique.

Trois jours après notre départ se tenait à Washington le Sommet EU-US (15352/09-Press 316) voir http://consilium.europa.eu/Newsroom. La plupart des thèmes évoqués durant nos entretiens a été reprise. La disponibilité de nos interlocuteurs durant ce séjour a été étonnante, de même que leur sincère intérêt pour le Traité de Lisbonne, alors même que tous étaient sous pression. Faut-il rappeler que la Chambre discutait âprement le système de santé et que le Sénat traitait du changement climatique ? L’accueil réservé au socialistes et démocrates européens était chaleureux mais avec un message qui sonnait comme un avertissement : Barak Obama se tourne vers l’Europe parce qu’il espère qu’après le Traité de Lisbonne elle parlera davantage d’une seule voix et saura prendre les décisions qui s’imposent (Afghanistan ??). Si tel n’est pas le cas, il se passera de l’Europe !

(1) La Health care Bill a passé avec succès le cap de la Chambre des Représentants samedi 7 novembre 2009, après notre voyage. C’est un second succès non négligeable de Barak Obama, le premier étant incontestablement celui de la législation sur le changement climatique fin juin 2009.

Liège, le 8 novembre 2009. Notes personnelles de VDK. Le rapport officiel et complet de la mission interviendra ultérieurement.

Van Rompuy, Julien Lahaut, la Palestine : quel point commun ?

23 novembre 2009

Blog du 22 novembre. Van Rompuy, Julien Lahaut, la Palestine : quel point commun ? Aucun. Ou plutôt la vie tout simplement : le fil croisé des histoires qui font le quotidien. Nous avons tous nos fils croisés. Je me souviens d’une bande dessinée de Reiser qui m’avait fait rire aux larmes autrefois. On voyait une femme échevelée courir toute la journée, conduire les enfants à l’école, se précipiter au bureau, faire ses courses entre l’heure du midi, ramener les gosses, bondir sur la préparation du souper. Pendant ce temps, alors qu’elle se partage entre la salle de bains où les enfants s’éclaboussent et la cuisine où le repas est sur le point de cramer, son mari, dans un fauteuil lit son journal. Il relève la tête et dit : « si tu me trompes, je te tue ! » Et le regard ahuri de la pauvre femme qui se demandait où elle aurait bien pu trouver cinq minutes… son mari symbolisait toute l’incompréhension de ces deux univers.

Pourquoi je pense à cette BD ? Parce que j’ai reçu, alors que j’avais fait un éloge de Van Rompuy sur un plateau de télévision, un petit message d’un téléspectateur qui vaut bien le « Si tu me trompes, je te tue ! » ; il disait à peu de chose près : « Alors qu’il y a Gaza, on s’occupe maintenant de Van Rompuy. Pauvre PS ! ». Décroisons donc un peu les fils de cette dernière semaine.

Premier fil, Van Rompuy. J’applaudis au choix d’un homme de droite ? A partir du moment où pour faciliter la décision il était clair que le Président du Conseil européen appartiendrait à la première famille européenne, c’est-à-dire (hélas) la droite, et le haut Représentant à la seconde famille, c’est-à-dire à la gauche, l’orientation était donnée. Et c’est sans réticence que sur la RTB, A2, Fr3, TV5 Monde etc. je me suis réjouie du choix du Conseil. Non parce que je sois fan de Van Rompuy, mais parce que, en tant que Belge, je ne suis pas du tout insensible à ce choix. Nous sommes un tout petit pays qu’on brocarde souvent sur la scène internationale et d’autres grands pays songeaient bien évidemment à ce poste. Mais ce n’est pas un choix falot et ridicule comme se plait à le proclamer Cohn Bendit. Blair est plus charismatique ? Méfions-nous d’un charisme qui peut entraîner la moitié de l’Europe dans une guerre, la guerre d’Irak, sur base de mensonges et d’évidences truquées. Méfions-nous d’un homme qui, en tant qu’envoyé spécial au Moyen Orient, n’a strictement rien fait sinon coûté un million d’euros par an à l’Union européenne tout en développant son propre business : certains articles du Financial Times, qui n’est pas une feuille de ragots, sont éloquents sur l’empire financier de Tony Blair. Je préfère, pour ma part, la modestie tenace d’un Van Rompuy au panache douteux du premier. Quant à Cathy Ashton, la nouvelle Haut Représentante, c’est une étonnante petite bonne femme, nature, directe et très brillante. Non elle n’a pas la tête d’une présentatrice de TV mais est-ce un crime ? J’ai eu l’occasion de travailler avec elle puisqu’elle est Commissaire aux relations internationales. A mon avis, elle en étonnera plus d’un. Oui, politiquement j’aurais préféré Massimo d’Alima – que Angela Merkel a considéré comme trop pro-palestinien (sic !)- . Lui, ou encore Mary Robinson sont plus à gauche sur l’échiquier socialiste, mais dire que l’élue est minable est tout simplement indécent. D’ailleurs, Cathy Ashton devra passer une audition devant le Parlement européen pour valider sa candidature et nous la jugerons « sur pièce ».

Deuxième fil, Gaza. Il y a près d’un an, l’offensive israélienne sur Gaza faisait près de 1400 morts, en large partie des civils et des enfants. Un an après, le blocus continue. Les immeubles et infrastructures détruites n’ont pu être reconstruits faute de ciment, 95 % de la population est au chômage, les négociations de paix sont au point mort, la colonisation continue à s’étendre et le compte à rebours des recommandations du rapport Goldstone a commencé. Nous verrons dans cinq mois si des enquêtes indépendantes ont été menées ou si le dossier repasse au Conseil de sécurité de l’ONU. La réconciliation Fatah/Hamas tarde : le Fatah a signé le document élaboré avec l’intercession de l’Egypte mais pas le Hamas. Le Président Abbas annonce des élections pour janvier, auxquelles il renonce à se présenter, mais faute d’accord avec le Hamas comment imaginer des élections uniquement en Cisjordanie, ce qui sanctionnerait quasi l’idée d’une solution à trois états ! Impensable. Donc tout est bloqué. D’autant que, coincé dans ses problèmes nationaux, Obama est revenu sur sa fermeté – rappelons-nous le discours du Caire – à propos des colonies. Donc, qu’est-ce qu’on fait ? Depuis plus d’un mois au Parlement européen, il n’y a pas un jour où je n’organise un événement, avec des autorités locales palestiniennes ou israéliennes, des ONG, des jeunes désireux d’agir pour maintenir l’espoir, comme une bulle d’oxygène, alors que les politiques s’engluent. Je cite en vrac. Le 10 novembre, séminaire avec « Musawa », un centre de défense des droits des arabes israéliens : on oublie souvent que ces Palestiniens constituent 20% de la population israélienne et sont victimes de discriminations. Le 13 novembre, conférence a l’ULB avec « Viva Palestine », des jeunes extraordinaires qui lancent l’opération « Une ambulance pour Gaza » à soutenir d’urgence ! Le 17 novembre, rencontre débats avec de jeunes leaders palestiniens et israéliens au Parlement européen. Le 18 novembre, j’organisais sous l’égide du PSE un séminaire sur la question du Moyen Orient, le 19 novembre, je participais au séminaire organisé sur ce thème par la Fondation Friedrich Ebert et j’y parlais d’un nécessaire dialogue avec le Hamas- non sans me faire incendier. Etc. Et dans les trouées de ces journées bien remplies, je continuais à lancer la souscription Julien Lahaut, qui est un vrai succès (j’y consacrerai le prochain blog). Et je parlais de Van Rompuy. Mais j’essayais en même temps de penser à la Noël et au Saint Nicolas de mes proches. Là aussi hélas, les inégalités sociales seront au rendez-vous. « Si tu me trompes je te tue ? » C’est à peu près cela ! Cette semaine Strasbourg. La session parlementaire mais aussi la visite des cinquante femmes de Liège emmenées par Fatima. C’est toujours une fête !

Les murs tombent… mais la liberté serait un mythe ? Sans ce mythe-là, nous serions tous des emmurés.

9 novembre 2009

Blog du 9 novembre. Depuis une semaine, la télévision et la radio nous inondent d’archives et d’interviews sur la chute du Mur. Un peu too much et pourtant. Et pourtant, quand je revois les images, la foule irrépressible, la joie incroyable, l’espoir fou, j’ai encore la gorge qui se serre. Mais j’ai envie de dire « Ils en font trop ! Pour un mur de tombé, dix de retrouvés. Et la frontière mexicaine ? Et le Mur en Palestine ? » J’ai beau jouer la cynique, en fait, la vérité c’est qu’un Mur qui tombe reste un Mur qui tombe, avec toute sa charge symbolique. Vingt ans après Berlin n’a pas pris une ride. Ceux qui ont pris des rides, ce sont ceux qui pensent que cette chute fait partie de l’histoire et qu’aujourd’hui, les murs ne tombent plus. Ils se trompent. Tous les murs tomberont. À condition d’avoir cette ferveur populaire incroyable. Et des dirigeants qui refusent de la noyer dans le sang.

Il y a vingt ans, j’ai passé toute ma journée à pleurer devant la télévision -à pleurer de joie. Il y avait longtemps que dans les cercles académiques nous avions noué des contacts étroits avec nos collègues de l’Est. Un de mes amis proches, le Professeur Bernard Wilpert de l’Université Technique de Berlin avait créé, avec une fondation allemande et la Maison des Sciences de l’Homme à Paris, un réseau de professeurs de psychologie du travail qui regroupait Est et Ouest. Nous nous retrouvions chaque année à Bad Homburg, avec toutes les incertitudes des visas pour ceux qui devaient franchir murs, rideau et frontières. Nous construisions déjà ensemble des curriculums communs pour nos cours respectifs dans les différentes universités, échangions tant bien que mal des étudiants et les liens amicaux entre scientifiques étaient très étroits. Je me suis souvent dit après que la politique était bien lente. Qu’elle intervenait au moment où tout avait déjà été tissé. Le commerce connaît mal les frontières. La culture et la science aussi. La politique arrive après, avec ses gros sabots, comme les cavaliers d’Offenbach : elle enfonce les portes déjà ouvertes et croit avoir fait à elle seule tout le travail.

C’est pourquoi, quand les murs sont encore debout – qu’on n’a pas encore assez sapé leur base pour qu’ils s’écroulent comme des châteaux de carte – il est tellement important de faire ce travail de l’ombre. Parfois des gens m’abordent dans la rue et me disent : « C’est bien ce que vous faites pour la Palestine. Mais nous on est impuissants. Qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse ?? » Et je leur réponds « C’est le contraire. N’importe quel geste. N’importe quelle amitié. Le téléphone. Internet. Des jumelages, des échanges, les collectivités locales, les films, les livres, la musique. C’est tout ça qui peut saper les fondements des Murs. Avant qu’ils ne s’écroulent vraiment, il faudra encore du temps. Une conjonction d’événements. Et le début de la fin est souvent imprévisible. Mais le travail de fond commence aujourd’hui. Il a commencé hier. Ne vous fiez pas aux apparences. » La liberté est un mythe ? Sans ce mythe-là, nous serions tous des emmurés.

Mais pour finir sur une note plus frivole, deux petits événements à épingler ce week-end. D’abord, la pièce Albertine, par la compagnie du Grand Gousier à Liège. Cinq femmes d’âge différent jouent le même personnage, Albertine, à des âges différents. Poignant. Des comédiennes qui jouent vrai. Pas d’artifice : c’est nu, c’est beau, ça coule comme de l’eau pure. Je ne raconte pas la pièce : courrez-y ! Et puis, surprise des surprises, le match Standard-Bruges. Mon ami Jean m’a téléphoné vendredi  « Tu veux aller au match du Standard dimanche ? » Je n’allais pas dire non. Et voilà, mon initiation footballistique est faite. Et en plus on a gagné !! Ceci dit, pour être plus sérieuse, j’ai aussi terminé ce week-end mon rapport sur la visite au Congrès à Washington. Je ne vous raconterai pas que j’ai serré la main d’Obama, ce serait mentir, mais il y a eu plein de rencontres avec des sénateurs et des députés sur la question du changement climatique qui vous vaudront un petit billet très bientôt.

Le téléphonne sonne : décrochez et… écoutez !

9 mai 2009

Cliquer sur le texte… et attendre un peu plus de 3minutes pour écouter « Le téléphone sonne » où j’étais invitée (jeudi 7 mai) sur France Inter à réagir sur le thème de l’Europe dans le monde, son identité, ses pouvoirs et son rôle après l’élection d’Obama…

Véronique De Keyzer au « Téléphone sonne » jeudi 7 mai sur France Inter

6 mai 2009

En partenariat avec Le Monde et a un mois des élections… « Le téléphone sonne » de 19h20 à 20h00 pour s’interroger sur l’Europe dans le monde, son identité, ses pouvoirs et son rôle après l’élection d’Obama.

Invités :

. Alain Lamassoure, Député européen du PPE (Parti populaire européen),

. Véronique De Keyzer, Députée européenne belge Porte-parole du groupe socialiste pour les Affaires étrangères,

. Arnaud Leparmentier du Monde,
. Quentin Dickinson de France Inter

Une émission dirigée par Alain Bedouet.

Questions des auditeurs au 01 45 24 70 00 à partir de 17h00 ou toute la journée par Internet sur www.franceinter.com

Rabbi Michael Lerner said : « It breaks my heart to see Israel’s stupidity »

6 janvier 2009

Pour lire l’article en ligne, cliquez sur le texte ci-dessous

Dans la continuité de l’émission « Matin Première » et des questions qui m’ont été posées ce mardi 6 janvier sur le rôle de l’europe dans la résolution du conflit israëlo-palestinien, je me permets de vous recommander cet article paru lundi 5 janvier, dans le Times.

Michael Lerner is an American rabbi, political activist, the editor of Tikkun, a progressive Jewish and interfaith magazine based in Berkeley, California, and the rabbi of Beyt Tikkun Synagogue of San Francisco.