Véronique De Keyser

Conseillère communale à Liège

La Question Lahaut

17 août 2010

60 ans. 60 ans de silence difficile. 60 ans de presque secret d’Etat. Presque 60 ans de censure. Julien Lahaut fut et semble rester encore pour certains, un dangereux grain de sable. Capable d’empêcher la Belgique traditionnelle de se remettre de la crise de Léopold III. On ne peut comprendre le rôle qu’il a joué, son aura personnelle et son assassinat, sans se replonger un instant dans le contexte de l’époque. Après la Libération, la Belgique avait besoin d’une nouvelle virginité : un nouveau roi, de nouvelles alliances atlantistes, un appui ferme de l’Eglise. Il fallait repartir d’un bon pied dans une Belgique unie. Tous les moyens seront bons. Chasse aux communistes pour faire oublier la tentation hitlérienne, alliance affichée de la monarchie à l’Eglise, engagement militaire dans l’Otan, préparation de la guerre de Corée et surtout, un nouveau roi, tout jeune, sans passé, à peine sorti de l’adolescence. La sauce était prête, elle pouvait prendre malgré quelques convulsions sociales – la guerre scolaire faisait rage, la question de l’amnistie divisait le pays en deux. Et voilà qu’à la prestation de serment du tout jeune Prince qui symbolisait cette renaissance de la Belgique et faisait table rase d’un passé troublé, un agitateur – député, communiste, socialiste, syndicaliste, résistant, bref un agitateur- crie « Vive la République ! » Il est assassiné huit jours plus tard sur le pas de sa maison à Seraing. Cet agitateur, c’était Julien Lahaut, homme solaire, rayonnant, intransigeant sur toutes les injustices sociales, homme qui effectivement ne pouvait plier que devant la mort- et encore.

Sans doute, pour Julien Lahaut, le prix à payer pour la restauration d’une Belgique monarchique était-il trop élevé. Le spectre de nouvelles guerres, la chasse aux communistes, et si pas l’amnistie, au moins la chape de plomb sur les miasmes du passé : était cela la Libération et ce pourquoi il avait lutté ? La neutralité de la Belgique avait été officiellement abandonnée. Le pays rentrait dans l’OTAN et allait s’engouffrer dans la guerre froide. Après l’hitlérisme et le nazisme, le communisme devient l’ennemi à abattre. En Belgique, les communistes quittent le gouvernement et sont écartés du syndicat socialiste. Les Etats-Unis soufflent le chaud et le froid : d’un côté le plan Marshall va permettre de reconstruire l’Europe, de l’autre, le Maccarthysme étend ses tentacules jusqu’en Europe. Des dirigeants communistes y sont assassinés. La royauté belge est affaiblie et son image ternie par le comportement de Léopold III durant la guerre- et ce, malgré la courageuse régence de Charles. Certains cercles ont intérêt à faire oublier De Man. La consultation populaire de 1950 sur le retour du roi avait divisé en deux la Belgique Le Nord se retrouvait catholique et royaliste, la Wallonie, laïque et républicaine. Baudouin le catholique, c’était l’apaisement politique et le rêve, peut-être mythique, d’une unité retrouvée. Pour l’Eglise c’était l’assurance d’un ancrage puissant dans la monarchie. Et voilà que lors de sa prestation de serment, au moment symbolique le plus fort, une voix crie – Vive la République !

Jusqu’à un certain point, on peut comprendre – sans l’accepter- la paralysie judiciaire qui s’est installée autour de la mort de Julien Lahaut. L’époque était difficile. Les temps étaient troubles et la Belgique, menacée par ses propres démons. Mais comment expliquer que durant 60 ans, toutes les enquêtes ont été brouillées , conduites sur des voies de garage, que des dossiers aient disparus et que jamais la lumière n’ait été faite sur cet assassinat ?

Le dernier épisode de cette saga désastreuse commence en 2008. Un vote unanime au Sénat belge demande de relancer la recherche sur les assassins de Lahaut et leurs commanditaires. Mais la ministre Laruelle ne juge pas bon d’accorder au Ceges, le centre de recherche fédéral pressenti pour l’étude, les 400.000 euros nécessaires à son financement. Je lance alors en 2009 une initiative citoyenne, à savoir une souscription publique. Des centaines de dons arrivent, mais ce sont des sommes modestes, venant de particuliers. Au bout de six mois, ils couvrent dix pour cent de la somme requise. Je décide alors de revenir au politique – mais le gouvernement tombe. Je me tourne aussitôt vers la Région wallonne. Dans une lettre qu’il m’adresse le 27 mai 2010, son Président affirme tout son intérêt pour l’étude, rappelle qu’il avait contacté en décembre 2009 Madame Laruelle sans obtenir de réponse… mais considère que comme la recherche touche à la question royale il faut concentrer ses efforts au niveau du fédéral ! Il suggère donc d’attendre la formation du prochain gouvernement pour revenir sur ce dossier. Ce qui sera fait : ce dossier sera remis sur la table.

Mais la roue du temps tourne et la roue politique aussi. 60 ans après la mort de Julien Lahaut dans le Nord du pays un parti nationaliste et ouvertement républicain vient de remporter les élections. L’unité du pays fait question. N’est-il pas saisissant que dans ce même pays, schizophrène, la question royale reste un tabou et qu’il soit encore impossible de faire la lumière sur l’assassinat de Julien Lahaut ? Ce n’est pas en maintenant une chape de plomb sur une des périodes les plus noires de la Belgique qu’on exorcisera les forces centrifuges qui la minent et les extrémismes qui la tentent. C’est pourquoi, plus que jamais, la vérité doit être faite. Si l’on veut aujourd’hui prolonger la Belgique, sous d’autres formes sans doute mais en lui donnant un avenir, il ne faut pas fermer les yeux sur son passé. Au contraire il faut y faire face. La lucidité fait la force.

Véronique De Keyser
Eurodéputée belge, socialiste. 16 août 2010

Rapport de mission délégation S-D à Washington du 27 au 31 octobre 2009. Notes personnelles de Véronique De Keyser.

25 novembre 2009

OBJECTIF DE LA MISSION

Composée exclusivement de membres du Groupe S-D, la délégation était de haut-niveau et comprenait, outre le staff, plusieurs Vice-présidents du Groupe, un président de commission et des coordonnateurs. L’objectif: établir des relations transatlantiques plus suivies avec des membres démocrates du Congrès américain et différents think tanks. La première partie du voyage s’est déroulée à New-York, à l’ONU, la seconde partie à Washington. Je n’ai pu, à cause d’engagements politiques pris antérieurement, participer aux rencontres de New-York : j’ai rejoint directement la mission à Washington. Ces notes personnelles se borneront donc aux rencontres de Washington.

Trois thèmes ont été abordés de façon récurrente :
- le changement climatique et le futur sommet de Copenhague,
- les questions de sécurité et défense, l’Afghanistan, les relations avec la Russie et la sécurité énergétique,
- la crise financière.

Ces thèmes ont été abordés avec en toile de fond l’analyse des marges de liberté dont dispose à l’heure actuellement le Président Obama.

COPENHAGUE ET LES MARGES DE LIBERTE DONT DISPOSE BARAK OBAMA

a) Les marges de liberté. Elles sont faibles. Si plus de la moitié de la population soutient son Président, ce dernier est conspué en permanence par une droite et une extrême très dure qui contestent sa légitimité élective. Les rumeurs de falsification de son acte de naissance -il ne serait pas né aux Etats-Unis mais aurait falsifié le document- loin de se dissiper continuent à être agitées par des extrémistes et troublent de nombreux citoyens. L’opposition qu’il affronte est prête à tous les coups bas et la bataille est rude. A côté de cela, la Health Care Bill actuellement en discussion au Congrès menace directement les intérêts des assurances privées(1). Ces dernières font un lobby agressif pour empêcher son adoption et prédisent un désastre si les soins de santé tombent dans le secteur public. Dans le même temps, face à la crise financière, Barak Obama tente d’assainir le système sans oser réellement s’attaquer à Wall Street : il sait que s’il va trop loin, la riposte du système financier pourrait lui être fatale.

C’est dans ce climat tendu que se discute aujourd’hui la Bill sur le changement climatique. Cette Bill n’est pas prioritaire par rapport à d’autres thèmes chauds (Health Care, crise financière, Afghanistan). Elle a de l’importance aux yeux des Congressistes, certes, mais sans urgence réelle. Pour être adoptée, elle doit encore franchir le cap du Sénat. Le 26 juin dernier, non sans compromis et affaiblissements de son contenu initial, elle a réussi à passer à la Chambre où les Démocrates ont une très courte avance sur les Républicains (219/212) mais au Sénat les deux grands partis sont à égalité (49/49). Deux indépendants feront la balance : les sénateurs Billie Sanders et Joseph Lieberman. Ils votent en principe avec les démocrates et leur assurent ainsi une très courte majorité simple mais il faut 60 votes pour la Bill sur le changement climatique et nul ne sait donc comment le Sénat se comportera. De plus, les contraintes institutionnelles rendent peu probables un vote au Sénat avant le printemps prochain.

Obama risque donc bien de se rendre à Copenhague les mains vides -s’il y va ! Il ne pourra pas non plus signer un nouveau Traité, car là, il lui faudrait une majorité qualifiée de 67 sénateurs au Sénat, ce qui semble hors d’atteinte pour l’instant. Le joker qu’il a dans la manche est d’obtenir des avancées substantielles sur le climat avec la Chine et l’Inde : il y travaille ferme. Pour le reste, il faudra sans doute se contenter à Copenhague d’un agrément commun sur des objectifs généraux. Cet agrément ne serait pas un discours creux vu que le débat législatif est bien lancé aux Etats-Unis, mais ce n’est pas encore un nouveau Kyoto. Si l’Europe place la barre trop haut, elle risque bien d’être déçue et un déchaînement médiatique parlant d’échec affaiblirait encore la position d’Obama. Si au printemps la Bill ne passe pas au Sénat, il reste au Président la possibilité d’atteindre des objectifs de réduction des émissions de CO2 en utilisant la EPA, l’Agence pour la Protection de l’Environnement. C’est une option nettement moins ambitieuse mais sûre.

b) Le contenu de ce qui a été adopté à la Chambre. Le contenu de la Bill, l’American Clean Energy and Security Act (H.R. 2454) passé le 26 juin dernier à la Chambre, peut se résumer comme suit :
- d’ici 2020, 20% de la demande en électricité doit pouvoir être assurée par un mélange d’énergie renouvelable et d’augmentation de l’efficacité énergétique,
- l’investissement dans les énergies propres et l’efficacité énergétique sera de 90 billions dans de nouveaux investissements d’ici 2025; l’investissement dans la capture du carbone sera de 60 billions; dans la voiture électrique ou d’autres formes de techniques avancées pour véhicule de 20 billions; plus 20 billions encore en recherche et développement,
- de nouveaux standards pour préserver l’énergie seront appliqués aux nouveaux buildings,
les réductions de carbone des sources principales d’émission aux Etats-Unis seront de 17% d’ici 2020 et de 80% en 2050, par rapport à l’indice de 2005,
- des mesures de protection des consommateurs contre l’accroissement du prix de l’énergie seront prises. Des estimations tant de l’Agence de Protection de l’Environnement que de l’Office du Budget du Congrès considèrent que la nouvelle législation ne coûterait pas plus aux ménages qu’un timbre par jour- ou cinquante cents. Néanmoins, il y aura une protection pour les industries les plus vulnérables.

On le voit cette législation est prudente et peu visionnaire. Elle mise sur l’accroissement de l’efficacité énergétique, plutôt que sur la baisse des émissions. De plus, le marché des «permis de polluer» explose littéralement en bourse et pourrait bien, selon certains de nos interlocuteurs, devenir une bulle spéculative à haut risque. Ce sont en effet les banques qui achètent les permis d’émissions plus que les industries ; elles font grimper les prix, se saisissent de ce nouveau marché financier très rentable et la spéculation sur le changement climatique bat déjà son plein.

L’AFGHANISTAN, LA RUSSIE, LA SECURITE ENERGETIQUE

a) L’Afghanistan. Continuellement attaqué sur ce front, Obama tarde à prendre position. Le renfort de 45.000 hommes que lui demandent ses chefs militaires est particulièrement impopulaire et a peu de chances de passer au Congrès. Le livre qui se vend le mieux à Washington pour l’instant est un livre de Goldstein qui retrace l’engrenage fatal qui a conduit à l’échec du Vietnam. Il est déjà épuisé en librairie. En fait deux stratégies s’offrent au Président, l’une entièrement tournée vers la guerre à Al Qaida, l’autre vers la population afghane. La première reviendrait à masser les troupes à certains endroits stratégiques du pays pour déclencher des raids de grande envergure sur les Talibans supposés abriter Al Qaida, la seconde consisterait à déployer les troupes dans le pays en travaillant sur des objectifs à la fois civils et militaires, tournés vers la population. Le paradoxe, révélé par des députés démocrates au cours de notre visite, c’est que cette dernière option, traditionnellement celle des Démocrates, est devenue celle des Républicains. Ce sont les Républicains qui aujourd’hui accusent Obama de ne pas faire assez pour les droits de l’homme, la pauvreté etc. en Afghanistan et les Démocrates qui tentent tant bien que mal de défendre l’option militaire. Tous nos interlocuteurs ont décrit leur impuissance à trouver une solution à cet imbroglio. Beaucoup, mais pas tous, accusent l’Europe de laisser toute la charge de cette guerre aux Etats-Unis sans prendre leur juste part.

b) La Russie. Sur la question de la Russie, manifestement les relations diplomatiques US sont plus satisfaisantes aujourd’hui qu’elles ne l’étaient sous G.W. Bush : le RESET d’Hillary Clinton a l’air de fonctionner. La question de désarmement et de la non prolifération du nucléaire sont grandement facilitées par le fait que l’armement des Russes -et notamment les missiles- arrive en fin de vie et que le renouvellement total serait prohibitif. Mais nos interlocuteurs lient une sorte de confiance retrouvée avec la Russie à une plus grande latitude pour faire entrer de nouveaux partenaires dans l’Otan, ou dans l’Union Européenne, comme par exemple l’Ukraine, voire même la Géorgie sans que cela ne suscite l’ire russe. Ce qui n’est certainement pas l’opinion de la majorité des Européens. De nombreuses discussions ont porté sur l’Ukraine, ses problèmes internes et le transit énergétique qu’elle assure dans la plus grande opacité. La question de Nabucco, versus les gazoducs de North Stream et South Stream a également fait l’objet de discussions contradictoires. Nos interlocuteurs poussaient très fort pour l’option Nabucco pour éviter toute dépendance par rapport à la Russie, la délégation socialiste et démocrate étant beaucoup plus circonspecte et ne voyant dans Nabucco qu’une option parmi d’autres, la première interrogation portant d’ailleurs sur les sources d’approvisionnement de Nabucco.

Pour rappel, quelques explications techniques sur le projet Nabucco. Après la crise russo-ukrainienne de 2006, l’Union européenne a placé Nabucco sur la liste de ses projets prioritaires. Avec une longueur de 3 300 km et un coût estimé autour de 7,9 billions, la construction du pipeline devrait commencer en 2010 et finir en 2014 avec une capacité de 30bcm. Ce gazoduc a pour objectif de fournir l’Europe de l’Ouest en gaz venant d’Asie centrale, de la Caspienne et du Moyen Orient, en évitant complètement le territoire russe. Le gazoduc irait de Erzurum en Turquie, à travers la Bulgarie, la Roumanie et la Hongrie jusqu’à Baumgarten en Autriche. Près de Erzerum, il devrait être connecté avec le gazoduc Tabriz -Erzerum et avec le gazoduc du Sud Caucase, connectant Nabucco avec le gazoduc Trans-Caspienne. La principale source d’approvisionnement de Nabucco serait la nappe de gaz de Shah Deniz en Azerbaïdjan. L’accord devrait porter sur 8 bcm de gaz naturel par an. Un projet d’accord non concrétisé existe également avec le Turkménistan : il serait de 10bcm par an. A long terme, le Kazakhstan pourrait également participer à l’approvisionnement. L’ambition de Nabucco est de devenir la quatrième source d’approvisionnement en importance au niveau européen, avec une capacité de 30 bcm. C’est le dessin d’un projet emmené par le groupe autrichien OMW, projet qui inclut à part égale les Hongrois (MOL) les Roumains (Transgaz) les Bulgares (Bulgargaz) les Turcs (Botas) ainsi que les Allemands (RWE). La France avait tenté d’y entrer avec Gaz de France, mais fut rejetée par la Turquie en 2007. C’est un Néerlandais, l’ex-ministre des Affaires Etrangères Jozias van Aartsen, qui coordonne le projet pour la Commission.

Mais il reste un large débat sur les sources d’approvisionnement de Nabucco. A ce jour, il pourrait n’y avoir en 2015 que seulement 3bcm venant d’Azerbaïdjan, mais aucun accord n’est encore signé avec Baku. Le gaz du Turkménistan comme celui du Kazakhstan requièrent la construction d’une infrastructure -la Trans-Caspienne- sous la mer Caspienne, ce qui pour l’instant n’est pas réaliste. Il y a des doutes sur la capacité du Turkménistan à remplir son engagement de 10 bcm, vu les engagements pris par ce pays envers la Russie et la Chine. L’Irak et l’Iran sont également pressentis, mais les incertitudes politiques restent grandes dans ces pays. Il pourrait y avoir de nouvelles découvertes en Egypte mais c’est aléatoire. Et finalement on en arrive à une conclusion paradoxale : les sources d’approvisionnement les plus sûres du pays que Nabucco veut très expressément contourner à savoir la Russie !! C’est pourquoi, sans s’attarder sur l’analyse technique ci-dessus, nous avons plaidé avec nos interlocuteurs pour un réseau inter-connecté de gazoducs en Europe, qui inclurait aussi Nabucco mais n’en ferait pas un instrument privilégié symbolisant la défiance vis-à-vis de la Russie.

LA CRISE FINANCIERE

Les titres des journaux américains sont plutôt optimistes : la crise financière prendrait fin. Avec 18 mois de récession (de décembre 2007 à juin 2009) ce serait la plus longue connue par les Etats-Unis depuis les années trente. Mais si l’activité financière se relève, le chômage persiste et des dommages structuraux affectent durablement l’économie. Le secteur du logement et de la construction commence très, très lentement à se redresser. Les ventes automobiles ont repris en 2009 grâce aux incitants gouvernementaux, mais attention, beaucoup de mesures temporaires prises pour relancer l’économie viennent à expiration. Ces timides progressions pourraient donc bien faire long feu. Les pertes d’emplois -licenciements, fermetures d’entreprises, faillites etc.- diminuent, mais le taux de chômage grimpe toujours d’où une très grande anxiété chez les Américains. On parle d’un taux officiel de chômage de près de 10% (9,8) ce qui compte tenu de la segmentation du marché du travail (beaucoup de temps partiels, d’emplois précaires de quelques heures par semaine) pourrait cacher un taux réel de 17%. Le pouvoir d’achat est donc globalement faible, ce qui entraîne, en un cercle vicieux, le ralentissement de la reprise économique. Les banques reprennent du «poil de la bête», mais n’entendent pas financer facilement le crédit à la consommation pas plus qu’elles ne semblent prête à investir dans l’économie réelle : la reprise de l’économie ne peut donc pas se faire, ni par des investissements, ni par une relance de la consommation. Les profits purement spéculatifs engendrés par les transactions financières sont bien plus attractifs pour les banques et les bonus indécents accordés aux agents de change (traders) sont là pour en témoigner. Le risque, vu l’urgence de l’emploi à court terme et la pression d’une population aux abois, serait de faire l’impasse sur une profonde réforme financière et de retourner au business as usual. Nous avons demandé à nos interlocuteurs, et notamment au sénateur Sanders (un des deux Indépendants au Sénat qui n’hésite pas à se dire socialiste, ce qui dans la bouche d’un citoyen américain est généralement péjoratif), pourquoi Barak Obama ne se montrait pas plus ferme sur ce chapitre ? Sa réponse était sans ambiguïté. Obama a pu compter largement sur Wall Street pour sa campagne électorale et le secteur financier est un de ses alliés naturels. Ce secteur n’hésite d’ailleurs pas à rappeler au Président qu’en cas de contrainte trop grande sur son fonctionnement, il n’hésitera pas à délocaliser dans le Sud Est asiatique. Une taxe sur les transactions financière est possible; cette option a spontanément été avancée par différents interlocuteurs mais dans un contexte particulier : comme source de financement à l’adresse des pays en développement, touchés à la fois par la crise financière et par le changement climatique.

Trois jours après notre départ se tenait à Washington le Sommet EU-US (15352/09-Press 316) voir http://consilium.europa.eu/Newsroom. La plupart des thèmes évoqués durant nos entretiens a été reprise. La disponibilité de nos interlocuteurs durant ce séjour a été étonnante, de même que leur sincère intérêt pour le Traité de Lisbonne, alors même que tous étaient sous pression. Faut-il rappeler que la Chambre discutait âprement le système de santé et que le Sénat traitait du changement climatique ? L’accueil réservé au socialistes et démocrates européens était chaleureux mais avec un message qui sonnait comme un avertissement : Barak Obama se tourne vers l’Europe parce qu’il espère qu’après le Traité de Lisbonne elle parlera davantage d’une seule voix et saura prendre les décisions qui s’imposent (Afghanistan ??). Si tel n’est pas le cas, il se passera de l’Europe !

(1) La Health care Bill a passé avec succès le cap de la Chambre des Représentants samedi 7 novembre 2009, après notre voyage. C’est un second succès non négligeable de Barak Obama, le premier étant incontestablement celui de la législation sur le changement climatique fin juin 2009.

Liège, le 8 novembre 2009. Notes personnelles de VDK. Le rapport officiel et complet de la mission interviendra ultérieurement.