Véronique De Keyser

Députée européenne et conseillère communale à Liège

Vice-Présidente du Groupe Socialistes et Démocrates du Parlement européen

Comment contrer l’Europe de l’austérité: dix propositions des socialistes européens

21 février 2012

Point de vue | LEMONDE.FR | 21.02.12 | 13h02

Les citoyens européens peuvent aujourd’hui juger par eux-mêmes les conséquences de la domination de la droite au pouvoir dans pratiquement tous les Etats membres de l’Union européenne (UE) en même temps qu’elle fait la loi à Bruxelles. La gestion de la crise des dettes souveraines par les conservateurs, au cours des deux dernières années, a été une désolante saga de gabegie politique et d’incompétence économique. Les citoyens vont maintenant payer le prix d’illusoires remèdes miracles datant des années 1920, imposées par les conservateurs – un prix qui prendra la forme de taux de chômage similaires à ceux que l’Europe a connus dans les années 1930. Le modèle qu’ils mettent en avant est celui d’une Union européenne de l’austérité qui réduira le niveau de vie de presque tous, aggravera les inégalités, sapera les fondations de l’Etat social – qui est une contribution spécifique de l’Europe au développement de l’humanité – et cédera progressivement le pouvoir d’arbitrage politique à des autorités non élues, dans l’espoir, vain, d’apaiser le marché.

Nous, signataires, membres de partis socialistes, sociaux-démocrates et travaillistes, sommes convaincus que les citoyens européens méritent mieux que les perspectives inquiétantes promises par les conservateurs au pouvoir et les résultats catastrophiques qu’ils ont obtenus. Mais le renouveau de la gauche démocratique européenne ne peut avoir lieu sans un débat de grande ampleur engageant non seulement les élus de nos partis mais aussi tous nos militants et tous les citoyens européens. A cette fin nous proposons quelques idées fondamentales pour une réforme socialiste qui pourrait constituer la base d’un nouvel appel aux citoyens européens.

L’histoire s’est accélérée ces dernières années, et les socialistes européens sont restés en retrait. Souvent incapables de fédérer la colère publique contre la haute finance, réticents à coopérer avec les autres socialistes au pouvoir dans les Etats membres de l’UE, souvent timides dans les forums internationaux sur le commerce ou le changement climatique, les partis socialistes, sociaux-démocrates et travaillistes, ont vu, à quelques exceptions notables près, leur cote de popularité s’effondrer au plus bas dans de nombreux pays.

De plus, le mécontentement engendré par les politiques actuelles de l’UE et de ses gouvernements a été exploité politiquement non par la gauche, mais par des populistes xénophobes, des nationalistes et l’extrême droite.

Cette crise devrait donner à la gauche toutes les armes pour dénoncer avec force l’incapacité de la droite à faire face à la crise et à offrir à l’Europe la moindre direction. Mais cela ne sera crédible que si la gauche est en mesure d’offrir un ensemble cohérent de propositions alternatives pour répondre à la crise.

Pour être crédible, la gauche a besoin d’une explication et d’un récit clairs de la crise actuelle, d’une série de principes simples et communs pour l’action future, et d’un programme qui s’attaque au cœur de la crise.

Le diagnostic est clair. Les économies européennes, comme toutes les autres, ont été confisquées par l’irresponsabilité quasi-criminelle du secteur financier mondial. Mais l’Europe était déjà confrontée à une tendance de long terme au déclin. Celui-ci est en partie dû au profond mouvement de bascule dans le partage de la richesse mondiale entre l’Ouest et les économies émergentes de l’Est et du Sud. Mais dans ce processus même, nous avons laissé la mondialisation aggraver les écarts de richesses à l’intérieur de tous les pays. Sans jamais remettre en question les règles du jeu, nous avons permis qu’il pénalise tous les pays à système de protection sociale élevée. Dans ce qui était censé être des économies sociales de marché, nous avons permis que diminuent les niveaux de vie, qu’augmentent les inégalités, et que s’accroisse la part du revenu national revenant aux profits des entreprises, et d’abord des très grandes, au détriment des salaires. La pauvreté augmente de nouveau. Ce phénomène qui était déjà en cours en Europe, s’accélère maintenant. La voix de l’Europe dans les forums internationaux comme le G20, les conférences sur le commerce et sur le changement climatiques est souvent faible au point de devenir inaudible, du fait de divisions internes et d’absence de stratégie alternative claire.

Les principes de l’action socialiste en Europe devraient également être simples. L’action collective en Europe est tout simplement indispensable. Prétendre que l’on peut protéger le niveau de vie et maintenir les services publics en retournant au modèle politique des Etats nations du XVIIIe siècle, en redonnant aux capitales nationales les compétences devenues depuis européennes, en portant atteinte aux institutions communautaires, c’est, qu’on le veuille ou non, se soumettre aux superpuissances, anciennes et futures, et à la dictature du marché. La réponse de l’Europe à la crise a été vacillante et insuffisante, mais les solutions nationales n’ont pas de pertinence dans le monde globalisé dans lequel nous vivons désormais.

Une réponse socialiste à la crise doit donc être européenne. Il ne s’agit pas d’appeler de façon incantatoire à « plus d’Europe », mais précisément de donner à l’Europe les moyens nécessaires à la protection des intérêts et du bien-être des citoyens européens. Cette réponse doit être suffisamment ferme pour permettre que la voix indépendante de l’Europe soit unie, forte et claire au G20, dans les négociations commerciales du cycle de Doha, dans celles sur le changement climatique et aux Nations unies. L’Union européenne a aujourd’hui sa propre voix dans le système des Nations unies : elle doit avoir le courage et la volonté de l’utiliser pour servir nos intérêts objectifs et nos valeurs, en faisant cause commune avec tous les gouvernements et organisations régionales qui les partagent.

Son approche économique devrait être cohérente et basée sur trois éléments : responsabilité partagée, croissance et égalité. Il n’y a rien de socialiste dans le gaspillage des ressources publiques et le creusement de la dette. Parce que nous croyons à l’utilité des dépenses publiques, nous avons le devoir de nous assurer que leur utilisation est efficace. Les projets extravagants, le train de vie excessif de certaines institutions publiques, la redondance inhérente à la multiplicité des programmes nationaux et européens lancés sans contrôle sur leur efficacité, doivent être réduits ou éliminés. Mais la gestion budgétaire rigoureuse doit être atteinte par un équilibre entre la modération les dépenses publiques et un système fiscal équitable, basé sur le principe de la « capacité à contribuer », le secteur privé contribuant et supportant sa part du fardeau, avec une lutte totale contre l’évasion et la fraude fiscales si répandues dans toute l’Union, en abandonnant les réductions d’impôts pour les plus riches, en ponctionnant la manne des bonus dans le secteur financier par des taxes punitives spécifiques, et en s’attaquant vigoureusement aux paradis fiscaux. La rigueur sans croissance condamnera les européens à une décennie perdue de déclin et de récession. La croissance implique une action nationale et européenne avec pour moteur le budget de l’UE et ses instruments financiers.

La gauche, quand elle a été au pouvoir au niveau européen, a permis des progrès dans la lutte contre de nombreuses formes de discriminations. La défense et l’extension de l’égalité – comme l’éradication de toute forme de discrimination, partout dans l’Union – doivent être au cœur d’un programme socialiste européen. Le concept d’égalité économique a pratiquement disparu du vocabulaire socialiste ces dernières décennies, alors même qu’il est central à la notion de justice sociale. Il est maintenant indispensable à la relance de l’Europe. Si les citoyens pensent que le fardeau de la crise pèse sur eux de façon inéquitable, si leur salaire réel s’effondre et que les niveaux de pauvreté atteignent des records inégalés depuis les années 1980, que la protection sociale et le financement des politiques publiques sont attaqués, alors que dans le même temps les scandales de la culture du bonus se multiplient, que les plus hauts salaires s’envolent et que les plus riches continuent à étaler leurs dépenses extravagantes sans vergogne, tout effort collectif pour redresser notre déclin économique sera miné, l’efficacité économique sera mise en péril et la foi dans la démocratie sera sapée.

Sur la base de cette approche commune, et de la réaffirmation de nos convictions socialistes historiques, la gauche devrait maintenant développer une plate-forme commune pour l’avenir. Celle ci devrait comprendre les dix composants suivants :

1 – Une politique économique pour l’Union qui place les objectifs économiques et sociaux inscrits dans le traité (croissance, plein emploi, inclusion sociale) au cœur du processus de décision politique, avec autant de vigueur et de force organisationnelle que celles qui sont consacrées à l’objectif de discipline budgétaire ; en complément, une actualisation des objectifs sociaux de l’Union est urgente pour intensifier la lutte contre la pauvreté et renforcer le dialogue social ; à cette fin, un ensemble de droits et d’objectifs sociaux fondamentaux devraient être inclus dans le traité avec les mêmes instruments de surveillance et de mise en oeuvre que ceux qui existent pour garantir les libertés économiques.

2 – La viabilité de la monnaie unique : le mandat de la Banque centrale européenne (BCE) doit évoluer en reconnaissant son droit à acheter des obligations d’Etat quand la monnaie est attaquée, avec une responsabilité effectivement partagée pour la gouvernance économique ; si la BCE n’est pas autorisée à agir pour sauver la monnaie qu’elle est censée gérer, à quoi sert-elle ?

3 – Une réforme budgétaire : les augmentations du budget européen doivent être consacrées en priorité à promouvoir les technologies innovantes, à financer des investissements sociaux, d’infrastructure et de développement durable ; le budget doit être géré en lien, et en utilisant les capacités de la Banque européenne d’investissement (BEI).

4 – Une réforme des recettes : les ressources propres de l’UE doivent être renforcées par des taxes sur l’énergie ; les Etats membres devraient se voir accorder plus de marge de manœuvre pour réduire la TVA pour stimuler la consommation intérieure et supprimer les fiscalités régressives.

5 – Une taxe sur les transactions financières qui soutienne les incitations à l’emploi pour les PME dans l’industrie et les services, qui encourage la recherche et le développement et qui finance des biens communs mondiaux, tels la lutte contre le changement climatique et l’aide au développement.

6 – Des investissements européens soutenus par des project bonds émis par l’Union et garantis par la BCE, se concentrant sur la réalisation de l’immense potentiel de la nouvelle économie verte ; l’accélération des nouveaux projets d’infrastructures avec des règles plus flexibles de programmation pour pouvoir créer des emplois plus rapidement et réduire la dépendance excessive aux énergies fossiles et au nucléaire, en lien avec le lancement d’une Communauté de l’énergie comprenant une clause de soutien mutuel garanti en cas de menaces sur l’approvisionnement énergétique de la part de pays tiers.

7 – Une base plus juste pour le commerce international : les négociateurs de l’UE doivent obtenir un nouveau mandat pour lutter contre le dumping social et environnemental ; des taxes doivent être prélevées sur les importations de pays tiers qui ne respectent pas les normes environnementales européennes.

8 – Un soutien plus fort à nos pays voisins, pour s’attaquer à l’inégalité inacceptable et insoutenable entre l’UE et ses voisins de l’Est et du Sud, se traduisant par de vraies concessions en matière de commerce et de mobilité, et la reconnaissance de ceux qui se sont battus si courageusement pour la liberté démocratique dans le monde arabe. L’Europe ne doit plus jamais fermer les yeux face à des dictatures à vie, autoritaires, népotistes, au nom d’une realpolitik de mauvais conseil.

9 – Une présence plus ferme et unie sur la scène internationale, mettant à profit notre pouvoir collectif politique et économique pour promouvoir nos valeurs et nos intérêts au-delà de nos frontières, et en prenant notre part à la résolution du conflit du Moyen-Orient.

10 – Le renforcement de la démocratie européenne ; quelles que soient les nouvelles règles de gouvernance économique mises en place, la responsabilité parlementaire doit primer ; les Etats membres doivent pleinement respecter le traité de l’Union en nommant le président de la Commission selon les résultats des élections européennes ; les Commissaires doivent être responsables devant le Parlement, qui non seulement devrait les confirmer à leur poste, mais aurait aussi le pouvoir de les révoquer ; les partis socialistes doivent associer leurs militants et sympathisants dans tous les aspects de leur politique européenne, de leur programme à la nomination de candidats pour les postes les plus importants de l’UE ; une action européenne pour renforcer la liberté de la presse doit être engagée, à commencer par le démantèlement des monopoles médiatiques et la limitation de la propriété de média par des ressortissants d’Etats tiers.

Bien plus que le seul soutien de la monnaie unique, c’est la viabilité à long terme de l’intégration européenne qui est en train de se jouer. Seule une nouvelle approche des socialistes, qui réaffirme fortement nos valeurs et a le courage de proposer des solutions européennes, peut insuffler assez d’énergie pour que le projet européen conserve ce qui devrait constituer son sceau – la solidarité, l’efficacité économique et la vitalité démocratique.

Panagiotis Beglitis, ancien ministre de la défense, député, porte-parole du Pasok (Pasok, Grèce) ; Josep Borrell Fontelles, président de l’Institut universitaire européen, ancien président du Parlement européen (PSC/PSOE, Espagne) ; Victor Bostinaru, député européen (PSD, Roumanie) ; Udo Bullmann, député européen (SPD, Allemagne) ; Sergio Cofferati, député européen (PD, Italie) ; Véronique de Keyser, députée européenne (PS, Belgique) ; Proinsias de Rossa, ancien ministre des affaires sociales (Labour, Irlande) ; Harlem Désir, député européen, secrétaire national du Parti socialiste (PS, France) ; Leonardo Domenici, député européen (PD, Italie) ; Glyn Ford, ancien député européen (Labour, Royaume-Uni) ; Evelyne Gebhardt, députée européenne (SPD, Allemagne) ; Ana Gomes, députée européenne (PS, Portugal) ; Enrique Guerrero Salom, député européen (PSOE, Espagne) ; Elisabeth Guigou, députée (PS, France) ; Zita Gurmai, députée européenne, présidente du PSE Femmes (MSZP, Hongrie) ; Jo Leinen, député européen (SPD, Allemagne) ; David Martin, député européen (Labour, Royaume-Uni) ; Marianne Mikko, députée au Parlement d’Estonie (SDE, Estonie) ; John Monks, député à la Chambre des Lords, ancien secrétaire général de la CES (Labour, Royaume-Uni) ; Leire Pajin Iraola, députée au Congrès espagnol (PSOE, Espagne) ; Gianni Pittella, vice-président du Parlement européen (PD, Italie) ; Sir Julian Priestley, ancien secrétaire général du Parlement européen (Labour, Royaume-Uni) ; Libor Roucek, député européen (CSSD, République Tchèque) ; Hannes Swoboda, député européen, président du Groupe S&D au Parlement européen (SPÖ, Autriche) ; Kathleen Van Brempt, députée européenne (SPA, Belgique) ; Kristian Vigenin, député européen (BSP, Bulgarie) ; Henri Weber, député européen (PS, France).

Véronique De Keyser et les Pensionnés Socialistes

27 octobre 2011

A la demande des Pensionnés Socialistes, Véronique De Keyser fait un point sur l’Europe qui fera l’objet d’une édition dans leur brochure.

« Ni l’élargissement, ni le traité de Lisbonne, ne permettent encore aujourd’hui de parler d’un rôle stabilisateur de l’Union européenne. L’Europe ne s’est pas affaiblie, mais elle ne réussit pas encore à convaincre sur la scène internationale. Elle s’est dotée de moyens logistiques importants, qui lui donnent de réelles capacités de gestion de crise, mais elle n’a pas aucun pouvoir décisionnel commun. Le ton est toujours donné par les grands Etats-membres qui pilotent l’Europe. Ce sont les chefs de ces Etats qui recherchent soutien, cohérence et unité au sein de l’Europe et tentent d’y obtenir la légitimité de leur propre politique qu’elle soit intérieure ou extérieure.

Faire jouer l’Europe en l’alignant sur une politique nationale contestée devient la béquille des chefs d’Etats en difficulté ! Si la Gauche avait été au pouvoir dans les différents gouvernements européens, aurait-elle fait mieux ? Aurait-elle réussi à donner un poids plus grand à l’Europe, à la renforcer comme pôle stabilisateur du monde ? Rien n’est moins sûr. Parlerions-nous davantage d’une seule voix si l’Europe repassait à gauche ? Pèserions-nous davantage sur la scène internationale ? Ou bien, comme dans Obama président. La méprise, nous rendrions nous compte que, Gauche comme Droite aux manettes, l’Europe ne produit en termes de politique étrangère que la somme de ses parties, c’est-à-dire la somme des intérêts nationaux de ses Etats-membres ?

La gauche européenne peine à se constituer, non faute d’institutions mais parce qu’elle manque de ce qu’on aurait appelé autrefois, une conscience de classe. En effet, elle est complètement hétérogène. La transformation de l’électorat des partis de gauche en Europe de l’Est comme à l’Ouest, le flirt de certains avec les idées néolibérales, les différences de développement socio-économique, le niveau de vie qui reste très dissemblable ont contribué à exacerber la compétition entre pays. Cette compétition fait le jeu des nationalistes et dresse les travailleurs les uns contre les autres. Ces conditions objectives, secrétées par les politiques européennes de droite, fragilisent l’émergence d’une gauche cohérente

On s’interroge beaucoup sur les alliances en politique. Faut-il que les socialistes s’allient au centre ou se radicalisent à gauche ? Ce marketing politique est dépassé. La gauche doit s’appuyer sur la société civile, la faire bouger avec elle et non contre elle. C’est l’action commune qui crée la cohérence et fait émerger des valeurs partagées, pas l’inverse. L’Europe n’est pas une chance pour la gauche. Mais c’est un défi qu’elle doit relever.

L’Europe a besoin d’une stratégie européenne pour la croissance à l’horizon de 2020. Nous devons tirer les conséquences de l’échec de la stratégie de Lisbonne en donnant à l’Europe les moyens de son ambition. Cette dynamique de croissance doit être créatrice d’emplois, génératrice d’innovations, en particulier dans le domaine de l’écologie. Elle doit s’appuyer sur une politique d’investissements européens dans les domaines du transport, de l’énergie, de l’alimentation et de la recherche.

La zone euro doit s’organiser, pas simplement avec une coordination économique mais par une véritable gouvernance politique qui est la seule à même d’assurer une cohérence économique sur notre continent. Aussi, nous ne pourrons pas accepter que les Etats réduisent le budget européen, et le Parlement, renforcé par le traité de Lisbonne, devra peser de tout son poids pour faire prévaloir l’intérêt européen sur les intérêts nationaux. De même, nous poserons clairement la question d’une ressource propre pour l’Europe assise sur une base large pour un taux faible et neutre en termes de pression fiscale. Coopération fiscale au lieu de concurrence fiscale déloyale entre Etats membres, taxe carbone, base commune pour les impôts sur les sociétés, lutte efficace contre les paradis fiscaux et contre l’évasion fiscale, taxation sur les transactions financières sont autant de pistes nécessaires pour renforcer les budgets de nos Etats et éviter une austérité budgétaire excessive. »

Existe-t-il encore une raison d’espérer ?

20 octobre 2011

Une semaine déjà que les ouvriers de l’entreprise Ineos sont à l’arrêt. Au départ, un blocage dans la négociation d’une nouvelle convention collective dénoncée par une centaine de travailleurs. Pour toute réponse, la direction fait appel à la police pour aller jusqu’à leur domicile réquisitionner les ouvriers ! Une telle atteinte au droit de grève, c’est du jamais vu ! Pour la direction, cette « réquisition » se justifie pour des raisons de sécurité, le site d’Ineos étant classé Seveso 2. Les représentants du personnel réfutent cet argument puisque les ouvriers avaient déjà mis l’usine en sécurité avant de débrayer. Depuis, sur le site de Feluy, le mouvement s’est franchement durci. Mardi, la direction se fait désavouer par le Conseil d’État et les 46 ouvriers réquisitionnés sortent de l’usine et rejoignent leurs collègues devant l’entrée du site. Depuis ce matin, la direction est en discussion avec les syndicats et l’on apprend que quatre volontaires se rendent à leur poste de travail afin d’assurer la sécurité de l’usine.

Droit de grève bafoué sur le site d’Ineos, nouveau drame social dans la sidérurgie liégeoise, menaces sur les allocations de chômage et des Indignés de plus en plus nombreux à refuser les dérives et l’arrogance du capitalisme financier… combien de temps encore va-t-on nous faire croire que demain sera meilleur grâce aux collusions malsaines entre politique et finance ? N’est-il pas temps de confisquer la « crise » aux donneurs de leçons et de remettre en cause le système économique dans lequel nous vivons ? L’heure n’est plus à la « gestion de la crise » qui s’éternise, mais aux véritables choix. L’économie n’a jamais autant produit de richesses pour quelques uns, et de misères pour le plus grand nombre. L’état social de la planète, le délabrement de l’environnement, la médiocrité culturelle globalisée témoignent du triomphe de l’individualisme et de l’intérêt mal compris. S’il n’existe qu’une raison d’espérer, elle réside dans notre faculté et surtout notre volonté à réinventer la société. Le temps est venu d’un nouvel humanisme conçu à l’échelle du monde pour faire face à nos problèmes communs.

La demande de la Palestine est légitime, estime à la quasi unanimité le Parlement européen ! Une victoire du bon sens et du droit international.

29 septembre 2011

Un grand défenseur de la laïcité est décédé

25 septembre 2011

Porte-parole du libre examen, de la laïcité et, plus largement, de tout ce qui fonde les idées de dignité, d’égalité et de progrès humaniste, Philippe Grollet, ancien Président du CAL est décédé ce 21 septembre. Dépénalisation partielle de l’avortement, droit à la différence, légalisation partielle de l’euthanasie…c’est avec passion et sans compromission qu’il a toujours débattu et s’est engagé dans les combats progressistes. Alors qu’il était président des milieux non-confessionnels francophones, ceux-ci ont obtenu leur reconnaissance légale (2002). C’est sur base des nouvelles réalités sociétales que ce défenseur acharné des valeurs laïques et démocratiques a non seulement obtenu des autorités politiques la révision du financement des cultes, mais aussi la reconnaissance de la laïcité dans la Constitution à l’instar des six religions légalement reconnues.

Mon émotion est d‘autant plus vive que, par la constance de ses engagements et la lucidité de ses analyses, Philippe Grollet a toujours été pour moi comme pour beaucoup d’autres un exemple à la fois humain et politique au sens le plus noble du mot. J’adresse mes plus sincères condoléances à sa famille et à son entourage.

Après leur ducasse, les Athois fêtent les 80 ans d’un autre géant : Guy Spitaels ! Avec la participation de Véronique De Keyser

29 août 2011

A l’occasion du 80ème anniversaire de Guy Spitaels, un comité d’amis et de proches vient de concocter un week-end de manifestations exceptionnelles pour les 10 et 11 septembre. Au-delà des clivages politiques, sociaux, idéologiques ou confessionnels, compte tenu de l’importance du personnage, le comité organisateur invite toute la population à participer dans un esprit de joyeuse reconnaissance aux célébrations de cet anniversaire.

Il est en effet des hommes qui marquent leur temps et laissent dans la société l’empreinte de leur personnalité hors du commun. Leur charisme intellectuel leur vaut l’admiration de leurs contemporains. Certains y ajoutent des qualités de cœur que connaissent bien ceux qui les côtoient. Guy Spitaels est un de ces personnages d’exception. Tous savent combien il a compté dans la vie politique de notre pays et sur la scène internationale.

Un programme culturel diversifié de grande qualité

Samedi 10 septembre, de 8 h 45 à 17 h 10, Salle L’Ecran à Ath : Colloque « Les années Spitaels : 50 ans d’action et d’observation du local à l’international ». Avec Mateo Alaluf, Jean-Pol Baras, Véronique De Keyser, Walter De Kuyssche, Jean-Pierre Ducastelle, Jean-François Furnémont, Etienne Godin, Hervé Hasquin, Freddy Joris, Rik Van Cauwelaert, Michel Vanden Abeele. Frais de participation : € 10. Réservation : 0474/55.42.15.

Pour consulter l’intégralité du programme, cliquer ici.

Changeons l’Europe !

22 juillet 2011

Aux prises avec une crise qui menace l’existence même de l’euro, l’Union européenne s’apprête à prendre des décisions qui seront lourdes de conséquences pour l’avenir de l’Europe et de son économie. Les propositions actuellement sur la table pour le « paquet gouvernance économique » représentent, selon nous, une remise en cause sans précédent des valeurs et des principes fondamentaux de notre destin commun: la solidarité, la justice sociale, l’égalité des chances et le développement durable. Au nom de la nécessaire responsabilité budgétaire face à la crise, ces choix idéologiques mettent en péril la cohésion sociale entre européens et notre capacité commune à assurer la transition écologique de nos économies. En particulier, ces choix risquent de sacrifier toute une génération de jeunes à travers bon nombre d’Etats membres, touchés très durement par le chômage et se sentant de plus en plus exclus et rejetés au lieu de pouvoir participer pleinement à la construction de leur avenir.

Il est évident pour nous qu’assurer la soutenabilité des finances publiques est un objectif politique essentiel : celles-ci sont un instrument clé au service de biens communs tel que la cohésion sociale ou la préservation de l’environnement. Et il est vrai que la crise que nous vivons aujourd’hui a détérioré très significativement les finances publiques en Europe. Même si le secteur public a sa part de responsabilité, les causes de cette crise sont avant tout à trouver dans le secteur privé: accroissement des inégalités salariales, endettement privé excessif, et bulles spéculatives générées par une industrie financière irresponsable.

Les mesures annoncées ne répondent pas à ces difficultés. Au contraire, elles sont injustes, inefficaces et inappropriées. En nous coupant de notre avenir commun, il nous renverrait à des temps que nous pensions révolus à jamais – celui des égoïsmes nationaux exacerbés, celui des injustices sociales criantes, et celui des extrémismes en tous genres. Il ne réussirait qu’à transformer la crise économique actuelle en crise politique.

Les Européens doivent se réveiller tant qu’il est encore temps, en renouvelant leur adhésion aux valeurs fondatrices dans une perspective d’avenir volontariste et commune. Nos sociétés ne survivront pas à des années de déclin économique et social, suscité par des politiques d’austérité aveugles. Dans cette logique, il reviendrait principalement aux salariés de supporter le poids de la crise en subissant des réductions de salaires. Au contraire, collectivement, tirons enfin les vraies leçons de la crise qui nous a frappés. Les spéculateurs de tous bords se sont nourris d’une absence de règles et de mécanismes de surveillance forts. Imposer aux gouvernements européens une cure d’austérité brutale et s’attaquer aux salaires ne ferait que renforcer cette fragilité, au lieu d’y remédier. De surcroit, renforcer un système de sanctions financières sur ces bases ne ferait qu’alimenter l’hostilité entre pays. La zone euro doit défendre sa monnaie commune et soutenir impérativement ses membres en difficulté, ce qui constitue un
enjeu vital pour l’Europe toute entière.

Que les majorités conservatrices au Conseil des ministres et au Parlement européen qui veulent imposer une telle fausse solution prennent enfin conscience de leur erreur. Nous devons dans ces moments difficiles pour les Européens faire preuve d’audace et d’imagination, en formulant une réponse politique nouvelle et différente. Il est possible de retrouver la maitrise des finances publiques sans tuer notre développement économique et les investissements dans des domaines tels que l’éducation, la recherche ou les énergies renouvelables, et sans alimenter l’injustice sociale et l’exclusion. Il est possible de retrouver des marges budgétaires nécessaires en étant innovant et courageux. Pour cela, il faut tout d’abord que tous les Etats membres contribuent à cet effort en commun – tant les pays en surplus que ceux en déficit commercial. Dans tous les pays, il faut ensuite protéger les investissements publics productifs de l’austérité budgétaire, rassembler sous forme d’Euro-obligations une partie de la dette des Etats membres pour en réduire le coût global, et mettre en place les bases d’une politique fiscale européenne commune, garante de recettes justes, efficaces et durables. Il s’agit d’alléger la charge fiscale sur les revenus du travail et de renforcer celle sur les revenus du capital, de combattre efficacement la fraude fiscale, de créer une véritable fiscalité écologique, et d’instaurer enfin une taxe sur les transactions financières. Les gouvernements européens doivent veiller à ce que les salaires élevés et les revenus du capital contribuent justement à l’effort général de consolidation budgétaire, pour éviter que les salariés à revenu faible ou moyen ne subissent l’essentiel de cet effort.

Il ne s’agit pas de plaider pour des solutions simplistes ou irresponsables, mais de mettre en place un projet de modernisation économique grâce à des politiques responsables, équilibrées, intelligentes et pleinement respectueuses des valeurs sur lesquelles repose le projet européen. Nous en appelons à tous ceux qui partagent ces convictions de se mobiliser avec nous, en signant cet appel, pour donner à l’Europe une autre politique de sortie de crise qui la renforcera, au lieu de l’affaiblir davantage.

Pour signer la pétition, c’est ici !