Il faut repolitiser l’Europe !
27 mars 2012Il faut repolitiser l’Europe !
Je sais que quand je dis cela, je risque de soulever un immense malentendu. Quoi, l’Europe n’est pas encore assez loin du citoyen ? Le citoyen se sent impuissant devant la complexité des institutions européennes ! Il ne sait même plus à qui s’adresser pour faire entendre sa voix !
Repolitiser l’Europe, c’est la rendre aux citoyens
Je pense réellement que repolitiser l’Europe, c’est en fait, la rendre aux citoyens. Et en particulier aux travailleurs, aux femmes, aux plus fragiles d’entre nous qui subissent de plein fouet les conséquences de la crise financière. Elle leur a échappé, leur a glissé des doigts. Quand on parle de citoyens européens, on parle souvent, comme si c’était un synonyme, de consommateurs européens. Les consommateurs d’un grand marché à la concurrence libre et sans entrave. Alors que ce sont d’abord des hommes et des femmes qui veulent travailler, vivre, vieillir décemment, dans une Europe solidaire et pacifiée. L’Europe égoïste que la droite nous prépare n’a rien à voir avec cet espace de solidarité : c’est un fait politique majeur qu’il nous faut assimiler pour mieux le combattre.
Le jargon européen est passé maître dans l’art de l’embrouille. C’est normal que le citoyen perde ses tartines !
Le jargon européen est passé maître dans l’art de l’embrouille. Ce n’est pas pour rien que j’ai dénoncé la confusion constante entre consommateurs et citoyens. Il y en a d’autres, tout aussi révélatrices. Ni vu ni connu, les concepts de la gauche sont réappropriés par la droite et prennent des sens diamétralement opposés. C’est normal que le citoyen perde ses tartines ! Un exemple : la gouvernance économique qui est sur toutes les lèvres aujourd’hui. A la fin des années 90, les socialistes européens réclamaient à cors et à cri une gouvernance économique européenne- c’est-à-dire, un mélange de rigueur budgétaire et de politique de relance de l’emploi. Aujourd’hui, qu’est devenue la gouvernance économique ? Une austérité assénée à coups de marteau et de sanctions, avec, dans son sillage, un risque de chômage et de récession.
Les dirigeants européens ne jurent plus que par la croissance et l’emploi ! Mais attention ! Est-ce qu’on parle bien de la même chose ?
Les manifestations des Indignés partout en Europe et les émeutes dans les rues, amènent aujourd’hui les dirigeants européens à réagir : ils ne jurent plus que par la croissance et l’emploi ! La croissance et l’emploi ? C’est ce que les socialistes réclament depuis belle lurette. Mais attention ! Est-ce qu’on parle bien de la même chose ? De quelle croissance ? De quel emploi ? Mario Monti, premier ministre italien a co-signé à cet égard une lettre avec d’autres gouvernants européens, une lettre qui interpelle. Elle demande bien de la croissance et de l’emploi, mais avec quelle recette ? L’accentuation de la libéralisation des services ! C’est là qu’il y aurait encore des gisements d’emploi : on n’aurait pas encore été assez loin semble-t-il dans la libéralisation des services publics. Le langage européen est-il si pauvre qu’il doive se saisir des mêmes mots pour recouvrir des réalités radicalement différentes ? Et masquer du même coup l’opposition entre la vision de droite et la vision de gauche de l’Europe ? En fait, ce brouillage est délibéré. Il gomme les aspérités et contribue à l’idée fausse que l’Europe est tellement compliquée qu’il faut la laisser aux spécialistes.
Jusqu’à quand allons-nous supporter que l’implication européenne du citoyen soit réduite à une sorte de Walibi permanent ?
Jusqu’à quand allons-nous accepter que l’espoir européen soit réduit à cette farce ? Jusqu’à quand allons-nous supporter que l’implication européenne du citoyen soit réduite à une sorte de Walibi permanent, qui défile au Parlement européen – visites guidées, journées portes ouvertes, forums, agoras, conférences, congrès, audits en tout genre- sans aucun impact ? Et ce, alors que l’agenda politique de la droite, clair, incisif, fait mouche à tous les coups ? Jusqu’à quand allons-nous être assez naïfs pour croire que l’Europe, ce merveilleux cadeau de l’après-guerre, va nous tomber toute rôtie dans la gorge, asexuée politiquement et pétrie de bonnes intentions ? La gouvernance économique à la sauce ultra-libérale a frappé les citoyens de plein fouet : il a fait l’effet d’une gifle. Puisse le remède ne pas tuer le malade et le réveil européen s’engager dans des voies porteuses d’espoir. C’est cela, repolitiser l’Europe.
Véronique De Keyser / Députée européenne














