Véronique De Keyser

Députée européenne et conseillère communale à Liège

Vice-Présidente du Groupe Socialistes et Démocrates du Parlement européen

Retour de colloque organisé par Véronique De Keyser: « Quel dialogue voulons-nous construire, nous organisations philosophiques et non confessionnelles, avec l’Union européenne ? »

7 novembre 2011

Tel était le thème de la Conférence publique dont Véronique DE KEYSER, députée européenne socialiste de Belgique, avait pris l’initiative ce jeudi 20 octobre, au Parlement européen de Bruxelles.

Dans son invitation, Mme DE KEYSER présentait ainsi cette Conférence. Il s’agissait de définir une stratégie des organisations laïques européennes, tout en s’interrogeant sur le sens que recouvre le terme de « non confessionnelles », pour répondre aux dispositions de l’article 17 du traité de Lisbonne, et plus spécialement de son alinéa 3, qui établit, depuis le 1° décembre 2009, cette réalité :

1. L’Union respecte et ne préjuge pas du statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les églises et les associations ou communautés religieuses dans les Etats membres.
2. L’Union respecte également le statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les organisations philosophiques et non confessionnelles.
3. Reconnaissant leur identité et leur contribution spécifique, l’Union maintient un dialogue ouvert, transparent et régulier avec ces églises et organisations.

Certaines organisations, invitées à prendre la parole, ont décliné l’invitation :
- la Fédération Nationale de la Libre Pensée pour qui les institutions européennes ne sont pas démocratiques, et qui a considéré qu’elle n’avait pas à participer à cette conférence,
- le Grand Orient de France qui, bien que le Conseiller de l’Ordre chargé de l’Europe ait été présent, ne prendra pas la parole !!!

Véronique DE KEYSER, en introduction, soulignera le paradoxe qui consiste pour les laïques, et malgré les oppositions qu’ils ont pu manifester au Traité de Lisbonne, de se saisir de cette nouvelle disposition pour faire entendre la voix laïque au niveau des trois instances de l’Union européenne que sont la Commission (présidée par José Manuel Barroso), le Parlement (présidé par Jerzy Buzek) et le Conseil (présidé par Herman Van Rompuy). Invités, les trois présidents avaient déclinés l’invitation, préférant ne pas intervenir dans notre réflexion. Seul le Président Van Rompuy est représenté par M. Michel PRAET, membre de son cabinet. En fait, ils semblent diverger sur la manière de traiter les représentants des organisations laïques par rapport à ceux des religions, en substance, les recevoir dans le même temps ou après. Même divergence sur la nature du dialogue, ouvert ou non. Elle conçoit cette situation comme une phase dynamique d’ouverture du dialogue prévu par l’article 17, comme une opportunité à saisir.

S’agissant du Parlement, le vice président chargé de ce dialogue, M. Laszlo Tökes, est un ancien évêque de l’église réformée de Roumanie ! Pour mieux le connaître, il n’est pas inutile de lire son premier communiqué après son élection, et notamment le point 5 de ses priorités : « l’Europe chrétienne ! ses valeurs spirituelles, religieuses et morales ».

Et, cerise sur le gâteau, dans ce contexte, la question du contenu de la Laïcité est souvent posée aux parlementaires. Lors d’une précédente conférence que Véronique DE KEYSER avait organisée sur le thème de « Science et croyance », elle avait abordé quelques éléments de réponse. Aujourd’hui, c’est l’application de l’article 17 qui est à l’ordre du jour. Participer à ce dialogue, oui mais Comment ?

Les intervenants :


Denise OBERLIN, Sophia In’t VELD, Véronique DE KEYSER, Pierre GALAND, Nadia GEERTS, Jean-Michel QUILLARDET, Michel PRAET

Sophia In’t VELD, députée européenne de Hollande, coordinatrice d’une plateforme qui regroupe des organisations qui revendiquent la Laïcité en politique. Pour l’organisation du dialogue de l’article 17, elle aborde deux aspects :

1/ la charge de l’organisation repose sur les institutions européennes. Or ce travail n’est pas fait convenablement. Le Président Barroso (Commission) l’a présenté comme la conférence annuelle des dignitaires religieux. Ce qui pose plusieurs questions : Sur quelle liste ? Pourquoi sous la forme d’un sommet ? Quid des non-croyants ? Quid des minoritaires dans les religions ? De plus, cette approche est conservatrice, presque exclusivement masculine, mais surtout elle méconnaît complètement la représentation des 500 millions de citoyennes et de citoyens européens… Cela commençait mal. Sur pression des parlementaires, il a changé son fusil d’épaule mais avec beaucoup moins d’enthousiasme ! Le président Buzek (Parlement) s’est attaqué au problème. Mais pourquoi seulement le président ? C’est l’affaire de tous les parlementaires. Elle propose : de faire nommer un 2° Vice Président chargée de la Laïcité européenne, de sortir du cadre habituel des discussions du Parlement, de se doter de moyens techniques pour informer bien au delà des habitués du Parlement, c’est à dire les réseaux sociaux…

2/ Beaucoup de laïques ne sont pas organisés. Et elle l’explique par le fait que cette catégorie des « non religieux » n’est pas judicieuse. En effet, on n’organise pas les « non religieux » comme on le ferait avec les philatélistes… Et dans le même temps, les laïques sont sous organisés. La voix laïque n’est pas audible et il faut mettre nos forces en commun. On ne peut pas se permettre de ne pas le faire. Les Laïques, même s’ils n’ont pas l’habitude de travailler ensemble, doivent faire front commun.

Sophia In’t VELD fait remarquer que la Commission ne respecte pas l’article 17 qui indique que l’on ne « préjuge pas »… Or, elle fait sa propre sélection en jouant sur le statut particulier de l’église catholique. Elle exploite son statut d’Etat pour lui accorder une position privilégiée. De plus, ces relations manquent également de transparence et se concentrent sur une liste très restreinte de sujets: famille, femme, homosexualité, liberté d’expression et rien sur les autres sujets ! Or il y a aussi des problèmes à évoquer, par exemple sur les droits fondamentaux.

Nadia GEERTS, présidente de RAPPEL (Réseau d’Action pour la Promotion d’un Etat Laïque), évoque 3 questions, d’une façon très claire et très synthétique :

1/ Quelques principes : l’Etat n’a pas à s’occuper des consciences. On peut être non religieux sans être pour autant laïque.
2/ Quelques problèmes de fonctionnement : la définition du périmètre des organisations « non confessionnelles ».
3/ Une ligne de conduite : pragmatisme et Laïcité.

On pourra retrouver la philosophie des propositions de Nadia GEERTS sur le site de son association « RAPPEL: http://www.le-rappel.be/FR/

Pierre GALAND, président du Centre d’Action Laïque et vice-président de la Fédération Humaniste Européenne rappellera qu’il ne comprend pas le refus de la Libre Pensée d’être présente et de profiter de la tribune qui lui est proposée. Il précisera en quoi les laïques se distinguent des religieux: ni dogme, ni pouvoir central, mais partagent des valeurs citoyennes (libre examen, libre pensée), se reconnaissent citoyens libres et égaux entre eux et non prosélytes. Il recommandera d’avoir présent à l’esprit le panorama des relations Eglises Etats dans les autres pays européens et observera néanmoins que 40% des citoyens européens se déclarent non rattachés à une religion. Ils ne seraient donc pas concernés par l’article 17 qui utilise le concept de « non-confessionnel ». Citant H. Pena Ruiz « la foi tente de modifier la loi », il considérera qu’il faut faire évoluer la charte des droits fondamentaux puisque, au nom du principe de précaution, des médecins italiens aujourd’hui refusent de pratiquer des avortements, ou encore, elle permet la promotion du créationnisme ou la condamnation du blasphème. Il faut faire comprendre comment et pourquoi le discours des laïques est différent de celui des religieux, pourquoi nous avons un autre projet de société. C’est une éthique que nous avons à partager.

Il se résumera ainsi en forme de questions : nous avons des sujets à investir par rapport à la Charte, comment les défendre, avec qui, qui rencontrer, quelle structuration par rapport à celles des religieux qui sont de véritables machines de guerre ? 80% des subventions publiques vont aux ONG catholiques ou protestantes… Dans les domaines de la Santé, de l’Education, de l’Europe sociale, nous avons à nous positionner sur l’obligation de servir, à égalité, des services publics de qualité dans tous les pays de la Communauté européenne. Il terminera en insistant sur la question de la Communication qui doit nous permettre de nous mettre en ordre de marche pour nous faire entendre.

Michel PRAET, membre du cabinet du Président Van Rompuy, interviendra pour exprimer la différence qu’il fait entre la Laïcité « politique » et la Laïcité « philosophique ». Il évoquera une spiritualité laïque et agnostique et parlera d’un « monde de la non matérialité ». Ses propos seront accueillis avec une courtoise bienveillance toute diplomatique…

Au cours d’un premier débat, Pierre GALAND reviendra sur la nécessité de prendre en compte l’histoire des pays membres. Il rappellera que la Belgique n’a pas de « loi de 1905″, non pas qu’elle n’ait jamais été proposée mais elle n’a jamais été votée ! C’est ainsi qu’il existe des syndicats chrétiens et des syndicats catholiques. Il appellera à la vigilance quant à la demande des présidents qui souhaitent l’expression d’une « spiritualité européenne » ! Il faut refuser cela. Pour nous, seule existe la Démocratie. On peut débattre de l’Ethique, des questions sociales, démocratiquement !

Nadia GEERTS explicitera cette idée par l’existence de courants de pensée qui élisent leurs représentants. Pas besoin donc de faire double emploi en créant des « groupes séparés », à coté des parlementaires.

Denise OBERLIN, Grande Maîtresse de la GLFF, présidente de l’Institut Maçonnique Européen, commencera par dire sa préférence pour l’expression « organisations civiles et laïques » plutôt que « non confessionnelles ».

Elle fera des propositions d’organisations comme la « consultation » des organisations, quelques thèmes à aborder et soulignera les handicaps à ce dialogue : la primauté accordée aux dogmes qui ne permet pas d’avoir une réflexion complète, les droits des femmes alors que les inégalités sont accentuées par la crise, la nécessaire amélioration de la Charte des droits fondamentaux dans un sens contraignant et notamment le droit à l’éducation.

Elle soulignera l’intérêt de la plateforme évoquée par Sophia In’t VELD. Elle conclura par le souhait de voir mise en place une nouvelle cellule de veille.

Jean-Michel QUILLARDET, président de l’Observatoire International de la Laïcité et des dérives communautaires, rappellera qu’il préfère lui aussi, à la différence de la Libre Pensée, occuper le siège qui lui est proposé. Il rappellera les principes juridiques de la Laïcité en ces termes: c’est l’incompétence de l’Etat vis à vis des religions et l’incompétence des religions vis à vis de l’Etat. Il ne s’agit donc pas de réserver la Laïcité à ceux qui ne croient pas, elle concerne tous les citoyens. Dans l’espace public, on oublie ses spécificités pour faire cause commune, ce qui est fondamentalement différent des communautarismes qui revendiquent des droits particuliers. Evoquer les « racines chrétiennes » revient à figer, à enfermer, alors qu’il existe des sources multiples en Europe. Il ne faut pas entendre par religion la seule cléricature religieuse mais il faut surtout voir le rôle de la Foi qui, dans l’histoire, cherche à s’imposer par la force, cf. l’Inquisition. A ce titre, elle est intentatoire à la liberté de conscience. Il reviendra sur le statut particulier de l’église catholique, à la fois religion et Etat, qui lui permet d’intervenir aussi sur le plan diplomatique ! Cette confusion est lourde de conséquences dans l’Union européenne.

Il pointera une autre confusion, celle qui consiste à amalgamer la place de l’Homme et la démarche transcendentale. Mais il existe d’autres démarches: l’athéisme, l’agnosticisme, le positivisme. Or, on ne prend jamais en compte ces concepts philosophiques. Au contraire, certains politiques, dans tous les camps, ont remis la question du religieux à l’ordre du jour. On se souvient du discours du Latran et la comparaison entre l’instituteur et le curé. Il évoquera aussi la montée de l’Islam, qu’il explique non seulement par un développement des populations, mais surtout par l’abandon d’une partie de la population aux conséquences de la crise, par le fait de résider dans des espaces déshumanisés alors qu’on leur avait présenté leur présence en France comme un eldorado. Ces populations se sont tournées vers d’autres « chimères ». Il ne faut pas confondre, toutefois, Islam et islamisme, le spirituel et le temporel.

Alors, quel dialogue ? Si on accepte une conception laïque de l’Europe, on n’a pas besoin de rédiger un article 17 ! Mais il existe, alors il faut y aller ! Dans ce dialogue, les partenaires des institutions européennes sont de trois types: les associations religieuses et non confessionnelles, les associations ayant une conception du monde non religieuse et les associations de défense du principe de Laïcité. Certains sujets montrent leurs « différences »: la question du genre, la recherche sur les embryons, etc. Il fera deux propositions: un dialogue portant sur l’ensemble de la Société et un dialogue de type rencontre sur le principe de Laïcité entre les organisations religieuses et les organisations de défense de la Laïcité, c’est-à-dire des débats-confrontations sur les questions saillantes.

Catherine PICARD, présidente de l’UNADFI, souhaitera au cours d’un second débat, élargir le champs de l’action laïque aux sectes en faisant remarquer que le terme « organisations » du 3° alinéa leur permet d’être membres du BEPA, ce qu’elles sont depuis le début. Elle évoquera les dérives sectaires qui constituent de réelles menaces qui pèsent sur les personnes et sur les états membres du fait des différences dans les législations nationales, dans les structures de lutte contre les sectes et du lobbying que celles-ci exercent. Elle signalera l’intérêt de la FECRIS dans la coordination de cette lutte et proposera la coopération de l’UNADFI et de son centre de documentation.

Conclusion de Véronique DE KEYSER en deux points :

1 – Les laïques s’adressent à tous les citoyens, pas seulement à ceux qui partagent une croyance. Le socle de la citoyenneté c’est l’universalité. Dans le contexte de l’article 17 qui ouvre la possibilité d’un dialogue, il y a des thèmes sur lesquels ce que nous avons à dire ne peut l’être que par nous !
2 – Deux types d’organisation sont possibles :
a/ S’appuyer sur la représentativité de nos organisations pour installer les relations avec les présidents.
b/ Tenir compte de la nécessité de répondre dans l’urgence pour les élus. La Plateforme évoquée par Sophia In’t VELD pourrait être un cadre propice qu’il faudrait compléter par des systèmes d’alertes, par exemple l’Institut Maçonnique Européen.

Véronique DE KEYSER donnera une dernière information préoccupante, sur LE sujet d’actualité, le Fonds Européen, et pour lequel circule actuellement un projet. Il s’agirait de le réserver aux pays qui réussissent le mieux sur le plan économique !!! Les pays riches n’aideraient donc que les pays qui le sont déjà mais juste un peu moins !

Cette conférence publique a réuni plus d’une centaine de participants, principalement français, belges, hollandais, espagnols. Nous connaissons les difficultés du mouvement laïque à unir ses forces. Tout l’intérêt de cette initiative de Véronique DE KEYSER, militante infatigable de la laïcité en Europe, aura été de vérifier le niveau d’engagement des défenseurs de la Laïcité dans sa dimension européenne. Lorsque l’on prend conscience de l’état du rapport de force auquel nous sommes confrontés, lorsque l’on prend conscience des moyens (humains, financiers) et des complicités objectives dont les religions bénéficient au niveau de l’Union, on conçoit que la force qu’il faut opposer n’a plus rien à voir avec une atmosphère de fin de banquet, même républicain ! C’est une vraie mobilisation laïque qu’il faut organiser, ce sont de vrais moyens humains et financiers qu’il faut réunir, ce sont des méthodes et des spécificités qu’il faut mobiliser. Tout l’enjeu de l’initiative de Véronique DE KEYSER est de réussir à rassembler, autour d’une stratégie offensive européenne, les partenaires laïques.

Une phrase qui résume cette conférence : « Pour faire entendre la voie de la Laïcité en Europe, structurons-nous ! »
A suivre…

Gérard Contremoulin

Union européenne, les laïques furieux contre Barroso

19 octobre 2011

Pour agrandir l’article cliquer sur le lien suivant: Europe_LeSoir_19.10.11-1

« Quel dialogue la laïcité veut-elle mettre en place avec L’Union européenne? » Une conférence publique à l’intiative de Véronique De Keyser

6 octobre 2011

Un grand défenseur de la laïcité est décédé

25 septembre 2011

Porte-parole du libre examen, de la laïcité et, plus largement, de tout ce qui fonde les idées de dignité, d’égalité et de progrès humaniste, Philippe Grollet, ancien Président du CAL est décédé ce 21 septembre. Dépénalisation partielle de l’avortement, droit à la différence, légalisation partielle de l’euthanasie…c’est avec passion et sans compromission qu’il a toujours débattu et s’est engagé dans les combats progressistes. Alors qu’il était président des milieux non-confessionnels francophones, ceux-ci ont obtenu leur reconnaissance légale (2002). C’est sur base des nouvelles réalités sociétales que ce défenseur acharné des valeurs laïques et démocratiques a non seulement obtenu des autorités politiques la révision du financement des cultes, mais aussi la reconnaissance de la laïcité dans la Constitution à l’instar des six religions légalement reconnues.

Mon émotion est d‘autant plus vive que, par la constance de ses engagements et la lucidité de ses analyses, Philippe Grollet a toujours été pour moi comme pour beaucoup d’autres un exemple à la fois humain et politique au sens le plus noble du mot. J’adresse mes plus sincères condoléances à sa famille et à son entourage.

Interpellation suite aux propos tenus le 30 mai 2011 par Mr José Manuel Barroso, président de la Commission européenne

8 juin 2011

Est-ce qu’un pays a le droit d’autoriser des crucifix dans des lieux publics sans contrevenir aux droits fondamentaux de ses citoyens ?

24 janvier 2010

Blog du 23 janvier 2010. Quand je me tais, il y a deux possibilités : ou je suis en période réfractaire, ou je suis submergée de travail. Période réfractaire ??? Vous voulez répéter la question ? Eh bien de mon temps, en première candidature de psychologie, on disséquait encore des grenouilles avec un vieux professeur de physiologie nerveuse, une gloire scientifique. On sectionnait le nerf spinal de la grenouille pour qu’elle ne sente rien, et puis on lui envoyait dans les pattes des influx nerveux en contrôlant ensuite l’activité du muscle. Mais si après une stimulation électrique, une autre stimulation survenait dans un temps rapproché, le muscle ne réagissait plus : il était en «période réfractaire», en hibernation en somme. Quand je suis rentrée de Copenhague, j’étais comme une grenouille «déspinalisée». Totalement KO, avec des sentiments très mélangés, de frustration, de colère, d’ébauche de stratégie pour l’avenir etc. Pas de place ici pour vous faire tout un bilan de Copenhague, mais cela vaudrait le coup un jour. Donc j’ai fermé la porte, la fenêtre, bloqué les issues et j’ai passé les vacances «dans la plus stricte intimité». Pas mis les pieds dans un restaurant ni dans un hôtel et, à part lire, envoyer une carte blanche au Soir à propos de Gaza, je me suis trainée une fois au cinéma voir le dernier Chéreau et c’est tout ! Moyennant quoi, au retour, la petite grenouille avait retrouvé son nerf spinal, et puis, j’ai été reprise dans la folle ronde des auditions des commissaires, agitation, TV radios et tutti quanti pour la mise en place de la nouvelle Commission Barroso. Plus une minute pour bavarder.

Je me suis assez exprimée sur ces auditions pour ne pas vous infliger un remake, mais je suis rentrée hier de Strasbourg et il y a un problème autour duquel le débat fait rage et dont j’ai envie de dire quelques mots. C’est la question dite «des crucifix». Est-ce qu’un pays, l’Italie -pour ne pas le nommer mais ce pourrait être Malte, ou l’Irlande- a le droit d’autoriser des crucifix dans des lieux publics sans contrevenir aux droits fondamentaux de ses citoyens ? En principe l’Europe ne doit pas se poser ce type de question : les affaires de culte ne regardent que les pays. Mais le droit de chacun à avoir ses propres convictions -croire ou ne pas croire- est un droit essentiel, et un arrêt récent de la Cour européenne des droits de l’homme a donné raison à une citoyenne qui se plaignait d’être forcée de subir des crucifix, alors qu’elle n’était pas catholique. D’où une levée de… crucifix au Parlement, avec des députés chrétiens qui voulaient à tout prix une résolution centrée sur le droit des Etats à imposer ce symbole religieux au nom d’un principe sacro-saint (c’est le cas de le dire), celui de la «subsidiarité». Ce principe, important en droit européen, signifie que l’Europe ne peut pas se mêler de ce qu’un Etat fait mieux à son propre niveau. Donc, guerre des religions pendant que j’étais à Copenhague. En communication avec mon service, j’ai bataillé ferme à distance, notamment avec les parlementaires français très soucieux de la laïcité de l’Etat, pour empêcher cette résolution de voir le jour. Et on obtient gain de cause. La sagesse l’emporte et on ne la vote pas. Mais rebeloteau cours de cette session de janvier : qu’est-ce que j’aperçois lundi en arrivant à Strasbourg ?? La résolution sur les crucifix est remise sur la table. Nouvelle partie de bras de fer. En début de session on vote…de ne pas voter ! Et une fois encore on gagne. Mais par contre, il y a une résolution sur les attaques contre les minorités religieuses, que j’accepte volontiers de co-signer avec le Parti populaire européen. C’est à propos de l’Egypte (assassinat de six coptes et d’un policier) et des pillages d’églises en Malaisie où les communautés chrétiennes et musulmanes se disputent l’usage du nom Allah. Mais hier matin, jeudi au moment de voter cette résolution, je découvre quatre amendements, déposés par les conservateurs chrétiens, qui concernent… devinez quoi ???- : les crucifix ! On les chasse par la porte ils reviennent par la fenêtre. Et l’interdiction des crucifix est considérée dans ces amendements comme une persécution religieuse ! Fort heureusement, le député italien Mauro qui est généralement le porte-étendard de ces questions au Parlement tient parole : il avait promis que la résolution «ne déborderait pas». Et il a donc donné ordre à son groupe de voter contre ces amendements. Ce qui était contre-nature pour certains membres de son groupe, mais son ordre a été suivi dans l’immense majorité. Voici les coulisses de l’intervention que j’ai fait ensuite en plénière et que j’ai mise sur le site. Mais les esprits sont tellement échauffés et radicalisés que je crains les prolongations. Demain, on parle ensemble de tout autre chose : des syndicalistes colombiens persécutés eux aussi et assassinés. En tant que Présidente du Jury Solidar, je leur attribuerai un prix le 3 février et j’irai quinze jours après en Colombie.

Non aux signes religieux, aux crucifix dans les bâtiments publics… au nom du principe de subsidiarité !

16 décembre 2009

Offensive religieuse au Parlement européen : une offensive frontale et à visage découvert. Des signes religieux, des crucifix dans les bâtiments publics… au nom du principe de subsidiarité !

Véronique De Keyser, Députée européenne et Vice-Présidente du groupe « Socialistes et Démocrates » ne peut accepter les projets de résolution qui sont actuellement examinés au Parlement européen, textes portant sur le principe de subsidiarité et qui seront soumis au vote demain jeudi en session plénière. Il est en effet envisagé, au nom du principe de subsidiarité, de permettre aux Etats d’afficher dans les lieux publics les signes religieux qu’ils souhaitent.

Inacceptable aussi le fait que dans ce texte, un certain nombre de députés ait refusé d’inscrire le principe de séparation Eglises/Etat. Toute cette attaque qui portera atteinte à l’Union européenne et à ses citoyens est en fait une histoire en quatre actes :

- Il y a d’abord eu cet arrêt de la Cour européenne des Droits l’homme sur les crucifix en Italie.

- Il y eut ensuite le dépôt de la part de quelques députés (Silvestris, Pitella, Mauro, Sassoli et Allam) d’une déclaration écrite (liberté d’exposition dans les lieux publics de symboles religieux représentatifs de la culture et de l’identité d’un peuple) visant à passer outre cet arrêt et à permettre à l’Italie et aux Etats d’afficher des symboles religieux.

- Le troisième acte sera cette réponse sous la forme d’une autre Déclaration écrite (Sophie Int’Veld et Vattimo) visant notamment à la reconnaissance du principe de séparation église/Etat. Une initiative que je soutiens pleinement.

- La réponse des églises ne s’est pas faite attendre. Les différents groupes politiques ont préparé un projet de Résolution sur le principe de subsidiarité. Chaque groupe a rédigé son texte et à l’issue des différentes négociations, il s’avère qu’un accord interviendrait sur la liberté de chaque Etat d’afficher dans les lieux publics les symboles religieux qu’il souhaite. De plus, le principe de séparation Eglises/Etat n’a pu être inscrit. Il a essuyé un refus.

Le vote de la résolution doit intervenir demain. Personnellement, mais aussi avec nombre de collègues députés, je ne peux avaliser ces textes. Etant actuellement au Sommet de Copenhague, je vote donc symboliquement contre ce texte et marque mon plus profond désaccord.

Nous sommes là face à la plus grave attaque des églises et des religions que le Parlement européen et les institutions européennes aient connue depuis longtemps. La liberté de croyance et de non-croyance est ainsi menacée. Nous devons toutes et tous nous mobiliser car l’Europe que nous construisons ne peut être celle-là, celle des églises. La croyance relève du domaine privé.

Véronique De Keyser, Députée européenne

Mercredi 16 décembre 2009