Véronique De Keyser

Députée européenne et conseillère communale à Liège

Vice-Présidente du Groupe Socialistes et Démocrates du Parlement européen

Durant ce seul mois de janvier, en Belgique, deux membres des services de secours sont morts en intervention !

30 janvier 2011

. Mons, janvier 2011 : un pompier meurt au cours d’une intervention dans une discothèque en feu. Un incendie criminel.
. Liège, janvier 2011 : un plongeur de la Protection civile meurt au cours d’une intervention de recherche des corps de deux jeunes enfants noyés.
Et, sans que cette liste ne soit malheureusement complète, souvenez-vous notamment de :
. Uccle, septembre 2008 : 2 pompiers meurent en intervention dans l’incendie criminel de l’ancien centre sportif;
. Ghislenghien juillet 2004 : 5 pompiers meurent en intervention lors de l’explosion du site.
. Nantes (France) décembre 2010 : 2 pompiers meurent en intervention lors d’un incendie criminel;
. Ain (France) mars 2009 : 2 pompiers et un sauveteur meurent en intervention lors d’un accident de canyoning.
. France, période 2003- 2008 : 65 pompiers morts en intervention.
. New York septembre 2001: 343 pompiers meurent dans l’attentat des Tours du World Trade Center.
. France, Espagne, Portugal, Italie, Grèce, Russie… et dans bien d’autres pays, chaque année, les incendies de forêt, les accidents de montagne, les interventions en mer font aussi malheureusement de très nombreuses victimes parmi les services de secours.

Chaque jour, ils risquent leur vie pour nous… et ils n’ont toujours pas de statut européen les reconnaissant comme « métier à risques ».

Il y a quelques mois, j’avais lancé au Parlement européen avec quatre collègues, une procédure appelée « Déclaration écrite » qui visait à ouvrir la porte à la reconnaissance européenne du statut de métier à risques, en voici le contenu :

Vu l’article 153 (ex- 137 TCE) du Traité du fonctionnement de l’Union européenne;
- Considérant que les catastrophes naturelles ou technologiques mettent en péril la vie des secours amenés à intervenir,
- Considérant que les services d’incendie, de protection civile et de soins en urgence ont des statuts différents dans les pays de l’Union,
- Considérant que les services de secours des Etats-membres sont régulièrement appelés en renfort dans d’autres pays,
- Considérant le caractère à risque de ces métiers exercés tant par des professionnels que des volontaires
- Considérant le stress élevé et la charge physique associés aux interventions,
- Considérant que les législations sur la durée du travail sont inadaptées aux métiers liés aux interventions d’urgence,
1. Appelle à un statut européen des services de secours les reconnaissant comme métiers à risque ;
2. Invite les Etats membres à reconnaître ce statut à risque et à en tirer les conséquences sociales et législatives ;
3. Invite la Commission et les Etats membres à tenir compte de la spécificité des métiers de secours dans leur législation sur le temps de travail ;
4. Charge son Président de transmettre la présente déclaration accompagnée du nom des signataires au Conseil et à la Commission ainsi qu’aux Parlements nationaux.

Le nombre de signatures nécessaires pour faire aboutir cette déclaration écrite, n’a pu être atteint dans le délai de trois mois. Je reviendrai sur cette question plus tard. Le problème reste entier et ma gratitude envers les forces civiles, immense.

Respect, monsieur le Bourgmestre. Respect à toute votre équipe.

1 février 2010

Blog du 31 janvier 2010. Semaine interminable. Une des plus tristes de ma vie. Et parce que les fouilles ne sont pas finies, parce que tous les corps peut-être n’ont pas été retrouvés, le deuil n’est pas encore possible. Nous devions reprendre le Conseil communal ce lundi, à l’endroit même où il s’était arrêté, puis rendre hommage aux victimes et ainsi repartir vers la vie, mais les fouilles reprennent, le Conseil est annulé, l’hommage postposé. Et pourtant, dans cette détresse, que de messages d’espoir en l’humanité. Message des morts d’abord, dont certains ont sacrifié leur vie pour qu’une autre soit sauvée. Car dire aux sauveteurs de sauver d’abord une enfant, quand un immeuble est sur le point de s’écrouler, c’est s’exposer à mourir soi-même. Et c’est ce qui est arrivé hélas puisqu’un jeune couple, encore en vie après l’explosion, n’a pas résisté à l’effondrement de la maison. Message de courage et d’abnégation des pompiers, une fois de plus, alors que leur métier n’est pas encore reconnu comme métier à risque. Message de solidarité des Liégeois et des Liégeoises et du pays entier qui veulent aider, donner, atténuer la détresse. Dès les premières heures de l’annonce du désastre, mes amis et mes collègues du Parlement me téléphonaient : « que peut-on faire, où peut-on donner, faut-il prendre des enfants à la maison ? » Tous veulent partager et alléger le poids de la catastrophe. Et puis, message de toute une ville. Car la façon dont la catastrophe a été prise et gérée de la première minute jusqu’à ce jour, me remplit d’admiration et me réconforte. Me rassure. Car s’il est vrai que dans le malheur, il y a eu quelques coups de chance - le bourgmestre, le chef de la police étaient sur place, les pompiers sont arrivés très vite, et le démarrage des secours est intervenu dans les premières minutes – le reste du plan catastrophe tel qu’on l’a vu se dérouler cette semaine ne doit plus rien au hasard.

C’est une immense machine organisationnelle qui a été mise en place. Elle a rencontré une palette incroyable de problèmes, qui va des aspects psychologiques de la catastrophe – aide aux victimes, récupération des animaux domestiques, des cours d’étudiants, etc. – aux aspects techniques et de sécurité les plus poussés – étançonnement des immeubles touchés, vérification de l’état du réseau électrique et de gaz dans le quartier, réquisition de logements. La dernière décision prise, c’est-à-dire ne pas démolir les immeubles touchés mais renforcer leurs structures pour reprendre les fouilles, témoigne du réajustement constant de la stratégie en fonction de la situation. Et ça, ça ne s’improvise pas. Quand je rencontrais à l’Eglise Saint André, certains de mes anciens étudiants en psychologie, engagés par la Ville il y a quelques années dans les contrats de sécurité et qui se retrouvaient en première ligne pour l’aide psychologique aux victimes, je me disais – heureusement que la Ville avait ce potentiel qui pouvait immédiatement se mettre à l’œuvre. Idem pour les pompiers, dont le statut doit impérativement être revu, mais qui ont eu, grâce à l’intercommunale, un équipement décent. Idem pour les forces de police. La catastrophe a au moins révélé ce visage rassurant d’une Ville dans des circonstances dramatiques. Respect, monsieur le Bourgmestre. Respect à toute votre équipe.