Véronique De Keyser

Députée européenne et conseillère communale à Liège

Vice-Présidente du Groupe Socialistes et Démocrates du Parlement européen

« Je m’indigne et je refuse l’horreur de vos propos monsieur De Clerck ! NON à l’amnistie ! »‏

19 mai 2011

L’amnistie pour ceux qui ont collaboré avec l’occupant allemand durant la deuxième guerre mondiale ! Des crimes face auxquels il faudrait se comporter « en adultes » et considérer que c’est « du passé » ! Vous niez la culpabilité des collaborateurs, monsieur De Clerck ! Le débat que vous proposez d’ouvrir ne serait rien d’autre qu’un débat sur cette idéologie nationale-socialiste dont les collaborateurs se sont très bien accommodés et qu’ils n’ont pas contestée . Vos propos sont insultants pour les millions de victimes de la folie nazie et me donnent la nausée !

Le devoir de mémoire est essentiel pour que l’histoire ne se répète pas et pour laisser une chance à la démocratie, la vraie, celle de la liberté et de l’égalité de tous et non pas celle du marché et de l’égocentrisme identitaire qui semble être l’horizon idéologique d’une partie grandissante de la classe politique flamande. C’est pourquoi, au titre de membre de la Commission “Droits de l’Homme”, entre autres, je n’ai de cesse de multiplier les actions pour éviter toute dérive comme la proposition de loi révisionniste sur l’amnistie de vos collègues du Vlaams Belang, et tout retour dans un passé nauséabond dont l’extrême-droite semble, hélas, ne plus être la seule à avoir la nostalgie. « Le circuit des Libertés » que j’ai proposé aux citoyens en 2009, en des lieux symboliques comme Bande où les camarades résistants de mon père furent massacrés en 1944, invitait à renforcer les valeurs de démocratie et de solidarité qui doivent rester les fondements du monde à venir. J’ai récemment convié au Parlement européen Stéphane Hessel, juif résistant déporté à Buchenwald pendant la guerre, à parler librement de ses combats et à encourager toutes les générations à s’indigner et à s’engager ! Le 6 juin je présente un rapport sur la démocratie au Parlement européen. Chaque jour je me fais un devoir avec de nombreux autres démocrates, de me battre ici, en Afrique, au Moyen-Orient… là où les droits de l’homme sont violés et bafoués.

Face à la banalisation de l’antisémitisme, de la xénophobie, de l’intolérance et des hypocrisies nationalistes… le progrès de l’Humanité consiste plus que jamais à élever sa conscience. Le temps de l’indignation et de la résistance est sans fin monsieur De Clerck ! En mémoire de ces « vingt et cent, de ces milliers nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés », vous aurez toujours face à vous de vrais citoyens, responsables et déterminés à ne jamais oublier, à refuser toute censure opportuniste de l’histoire.

Véronique De Keyser
Députée européenne
Membre de la commission Droits de l’Homme

« Et bien, moi, Monsieur Lars Von Trier, je ne vous comprends pas ! Je ne veux même pas essayer. Et je ne suis fort heureusement pas la seule. Vous devez quitter Cannes. Votre présence est une insulte à la Démocratie.‏ »

19 mai 2011

Si en 2005 vous aviez déclaré que votre « devoir, c’est de provoquer parce que c’est ainsi qu’on fait de bons films… », je vous dis aujourd’hui si c’est à ce prix, je préfère que vous cessiez de faire des films.

Ainsi, vous avez déclaré mercredi à Cannes que : « vous comprendriez Hitler… »…  » vous avez un goût pour l’esthétique nazie… »  » vous comprenez l’homme ( Hitler), il n’est pas vraiment un brave type, mais (vous) comprenez beaucoup de lui (vous) sympathisez avec lui… »  » vous seriez un nazi »…

J’appelle cela, Monsieur Lars Von Trier, ni de la provocation, ni de la polémique, mais du négationisme. De la collaboration avec effet rétroactif. C’est une insulte à la Démocratie. C’est une insulte aux millions de morts, assassinés par la folie nazie. C’est une insulte aux millions de soldats morts pour la Liberté. C’est une insulte à la Résistance. Et à Nuremberg. C’est une injure à l’HNuremberg.

Vous n’avez plus votre place au Festival de Cannes. Vous devez le quitter de votre plein gré. Assumez votre acte, vos déclarations jusqu’au bout. Ayez du courage ! Quittez Cannes tout de suite. Et prenez du recul afin de réfléchir à vos déclarations. Profitez- en pour lire des livres sur cette période que vous dites apprécier. Et faites ensuite le point. Et voyez si vous pouvez continuer à faire des films.

Ce que vous avez fait mercredi, Monsieur Von Trier, n’est même pas du mauvais cinéma…
Par contre, vos excuses sont du cinéma.

Véronique De Keyser
Députée européenne
Membre de la commission « Droits de l’Homme »

Scandaleux ! Le Pen persiste et signe !

25 mars 2009

Pour lancer sa future campagne européenne, Jean Marie Le Pen n’a pas hésité à racler ses fonds de tiroirs antisémites et négationnistes. Il s’est fait huer ce matin au Parlement européen pour avoir, une fois de plus, franchi la ligne rouge. En tant que Doyen de l’assemblée, il pourrait, selon le règlement actuellement en vigueur, siéger comme Président du Parlement européen en juin prochain, au lendemain des élections européennes, et ce jusqu’à l’élection d’un nouveau Président.

Les socialistes européens ont déposé une proposition de modification du règlement pour empêcher qu’il ne puisse, ne fut-ce que quelques instants, incarner le Parlement. Hors de lui, Jean-Marie Le Pen a fustigé le manque de démocratie des socialistes en rappelant que si effectivement il avait été condamné, c’était pour avoir jugé les chambres à gaz comme un « détail » de la seconde guerre mondiale, ce qui était évident ! Et pour justifier ses propos, Jean Marie Le Pen a évoqué les mémoires de Winston Churchill, où pas une ligne dans ce qui est consacré à la seconde guerre mondiale ne se rapporte aux camps d’exterminations.

Qu’encourt Jean-Marie Le Pen pour ces propos négationnistes ? Trop peu, certes, mais des sanctions sont cependant prévues à l’article 147 du nouveau règlement produit en 2007. C’est à dire, soit un blâme, soit une perte du droit à l’indemnité de séjour pouvant aller jusqu’à dix jours, soit une suspension temporaire de la participation à des commissions ou délégations soit, au pire, la suspension ou le retrait de mandats électifs occupés au Parlement. Mais pas le retrait du mandat de député. En fait, Jean-Marie Le Pen est habile. Il sait que finalement cette provocation odieuse ne lui coûtera pas très cher, et que s’il peut se faire quelques électeurs sur la négation de la Shoah, c’est autant de pris !!!

Cela a-t-il un sens d’aller à Gaza ?

10 janvier 2009

Un journaliste m’a demandé ce matin si cela avait un sens de me rendre à Gaza avec une délégation d’eurodéputés. Peut-être serait-il plus pertinent de se demander quel sens recouvrent les événements terribles qui s’y déroulent. C’est parce qu’ils débordent de la raison, qu’ils dépassent le sens commun que nous nous y rendons. Je ne pense pas, hélas, revenir avec une quelconque vérité, une vérité suffisamment politiquement correcte et confortable pour les consciences nord-occidentales. Ma qualité de Coordinatrice à la Commission des Affaires Etrangères du Parlement européen et de Vice-présidente du Groupe de travail Moyen Orient, me fait ambitionner plus modestement, avec mes collègues, de pouvoir observer, de témoigner et de rapporter des éléments utiles à la compréhension de ce qui s’y passe afin d’aider à poser les gestes politiques adéquats.

Ces gestes adéquats, ce n’est certainement pas dans l’attitude passive manifestée par l’Union Européenne au cours de ces derniers mois qu’on les trouvera, pas plus d’ailleurs que dans les attitudes extrémistes, aussi ridicules que dangereuses, qui se font jour dans les forums de médias comme dans certaines manifestations récentes.

Je dis et redis avec la plus grande fermeté que toux ceux – quels qu’ils soient – qui motivent leurs discours ou leurs actions par la haine des Juifs ou la haine des Arabes sont à renvoyer également dans l’ignominie. La violence, l’exclusion, l’arbitraire n’ont jamais été et sont encore moins que jamais l’apanage d’une culture, d’une civilisation, d’une nationalité, d’une religion. Ils appartiennent à la face sombre de l’humain et, malheureusement, c’est cette face sombre qui risque aujourd’hui de prendre le pas sur la raison et de la soumettre. Au bénéfice de quoi ? De qui ? Il est intolérable de faire des manifestations contre la violence à Gaza des tribunes pour la haine, pour le rejet de l’autre et pour le racisme. Récupérer ces événements et l’actualité qui les motive, instrumentaliser le refus de la guerre, de la mort des enfants, des innocents et à travers eux de la justice et du droit, au profit d’intérêts partisans est également intolérable. Le respect dû à la mémoire des victimes de toutes les barbaries, de tous les pogroms, de tous les génocides, de toutes les déportations, de toutes les exterminations au nom de la supériorité de l’un sur l’autre, ne peut souffrir de tels amalgames. L’histoire ne sert-elle donc à rien, sinon qu’à être niée et revisitée par ceux qui ne s’en sentiraient pas les maîtres ? Pas plus que nous ne pouvons accepter que des factions extrémistes manipulent des populations civiles, leur détresse et leur foi religieuse pour les prendre en otage de leurs ambitions, nous ne pouvons accepter que pour justifier la disproportion d’une guerre, certains abritent leur indignité derrière le bouclier de la Shoah.