10 janvier 2011
Il est parfois très difficile d’expliquer pourquoi, quand je pars à l’étranger, je deviens silencieuse. Il y a à cela des tas de raisons. Une sorte de schizophrénie dont j’ai déjà parlé : l’impression de passer brutalement d’un univers dans un autre, sans avoir le temps, dans un court billet, de les relier par des ponts. La charge de travail aussi : en général je dors peu, mange mal, saute d’une réunion à une autre. Mais ici au Soudan, c’est différent : je suis contractuellement muette. En tant que chef d’une mission d’observation, je ne peux rien divulguer sur mon site, c’est écrit noir sur blanc. Pas question de savoir si j’en ai marre, si j’ai la déprime, si j’ai attrapé des amibes. Par définition je vais bien, la mission va bien et je ne fais aucun commentaire politique qui pourrait favoriser l’une ou l’autre partie. C’est pour cela que par boutade, j’ai fait mettre sur le site la photo de Georges Clooney. Il a fait ce matin à Juba un véritable tabac médiatique, il est gentil, drôle et mieux au naturel que dans la publicité Nespresso !
Aujourd’hui, c’est le premier jour du referendum au Sud Soudan. Il va durer une semaine. Sans trahir de secret (puisque j’ai donné dix-sept interviews !) je peux dire que tout s’est bien passé. Dans le Sud, des foules interminables ont attendu des heures devant les centres de vote sans perdre patience. Et pourtant la chaleur était torride. J’ai assisté ce matin au vote historique du Président Salva Kiir (d’où la photo avec Clooney qui était là également). Mais l’image que je garde en mémoire, qui symbolise cette journée est celle d’une vielle dame de 102 ans qui dansait sous les applaudissements, entourée de jeunes filles avec des tee-shirts au slogan évocateur : Non à la violence. Car le souvenir de la guerre civile qui a ravagé le Soudan en opposant le Nord et le Sud est encore vivace : deux millions de morts et quatre millions de personnes déplacées. La paix signée en 2005 prévoyait un referendum : il est là. Pour un peu on n’y croyait plus. Le fait qu’il se soit tenu à la date prévue est en soi une espèce de miracle. Et son issue déterminera si le Soudan reste un pays uni ou s’il se scinde en deux. Voilà qui doit nous évoquer quelque chose à nous les Belges ! Demain, je prends un petit avion pour visiter des centres de referendum en dehors de Juba, dans le sud du pays et le 15 je serai dans le Nord, à Khartoum ou le climat qui entoure le referendum, on s’en doute est très différent. Ce blog n’est qu’un petit message pour garder le contact. À suivre…
Mots-clefs: Afrique, députée européenne, George Clooney, référendum, Salva Kiir, Soudan, Union européenne, Véronique De Keyser
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9 janvier 2011

Un portrait avec George himself, bien connu pour son engagement au Soudan. Bref moment de détente, ce n’est qu’une partie et pas la plus importante du travail. Il y a beaucoup à faire. Des infos du jour, posté par le quotidien Le Soir, à lire en cliquant sur le texte.
Mots-clefs: Afrique, députée européenne, George Clooney, Le soir, référendum, Soudan, Union européenne, Véronique De Keyser
Publié par Véronique De Keyser dans Politique |
7 janvier 2011
Communiqué de presse
Le 9 janvier le Soudan du Sud décidera par referendum de son statut : soit devenir indépendant, soit rester au sein d’un Soudan uni. Ce referendum est la phase ultime du processus de paix qui en 2005 a mis fin à une guerre civile ayant fait près de 2 millions de victimes et quatre millions de personnes déplacées. C’est dire son importance pour la stabilité de la Corne de l’Afrique. Mais ce processus intéresse toute la communauté internationale.C’est une Belge, l’eurodéputée Véronique De Keyser, qui dirigera la mission d’observation électorale de l’Union européenne, soit 110 observateurs déjà sur place. Cette mission est la plus large des missions internationales. Celle du Carter Center sera emmenée par Jimmy Carter, accompagné de Koffi Annan. L’acteur bien connu pour son engagement au Soudan, Georges Clooney, sera également de la partie. De nombreuses personnalités, tant africaines qu’arabes, ont multiplié depuis quelques semaines les réunions de conciliations pour que quelle que soit l’issue de ce scrutin décisif, son résultat soit accepté par les deux parties de manière pacifique. Les missions d’observations internationales feront un bref commentaire à l’issue du premier jour de scrutin, celle de l’Union européenne délivrera un avis préliminaire deux jours après la fin du vote et rendra son rapport final après la fin du comptage. Rappelons que selon sa méthodologie, l’Union européenne ne certifie pas le résultat des élections, mais la façon dont le processus s’est déroulé, et le fait qu’il a été conforme ou non aux standards internationaux. Véronique De Keyser quitte la Belgique dès ce 7 janvier à 19h30 pour rejoindre Juba le lendemain. Elle restera au Soudan jusqu’à la fin du scrutin.
Mots-clefs: Afrique, Belge, députée européenne, Georges Clooney, Jimmy Carter, Koffi Annan, référendum, Soudan, Véronique De Keyser
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31 décembre 2010
Mots-clefs: 2011, Afrique, référendum, Soudan, Véronique De Keyser, voeux
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22 décembre 2010




KHARTOUM, 20 décembre – RIA Novosti
Plus de 100 observateurs des 27 pays membres de l’Union européenne, de la Norvège, de la Suisse et du Canada feront partie de la mission de l’UE qui suivra le référendum sur l’indépendance du Sud-Soudan, a annoncé la chef de la mission et membre du Parlement européen Véronique De Keyser lors d’une conférence de presse à Khartoum. La mission a officiellement entamé lundi le suivi des préparatifs du référendum fixé au 9 janvier 2011.
« Nous sommes persuadés qu’il se déroulera dans une atmosphère de calme et de transparence, conformément à l’Accord global de paix (CPA) et que ses résultats seront acceptés par les deux parties », a-t-elle affirmé.
Selon Mme De Keyser, 10 experts et 32 observateurs de la mission sont arrivés dans le pays en novembre dernier pour suivre l’enregistrement des participants au scrutin. Un autre groupe d’observateurs – plus de 60 personnes, dont sept députés européens – se rendra au Soudan à la veille du référendum. D’après la chef de la mission, un rapport préliminaire sera présenté deux jours après le référendum, mais les conclusions définitives seront formulées après la publication de ses résultats.
Lors du référendum, les Sud-Soudanais devront choisir entre le maintien de l’unité avec le Soudan et la sécession. Ce scrutin est le point-clé de l’Accord global de paix qui a mis fin, en 2005, à plus de deux décennies de guerre civile. La plupart des analystes estiment que les habitants du Sud se prononceront en faveur de l’indépendance.

Mots-clefs: guerre civile, paix, parlement européen, référendum, Soudan, Véronique De Keyser
Publié par Véronique De Keyser dans Politique |
11 décembre 2010




Les images de Kinshasa ne s’estompent pas et cette année aura vraiment été pour moi, une année africaine. De multiples séjours au Soudan où je dirigeais la mission d’observation électorale : de mars à juillet jusqu’à la remise du rapport final et puis, après les vacances, mon rapport sur les mutuelles de santé en Afrique, la visite parlementaire à Kinshasa. La semaine prochaine, session parlementaire à Strasbourg importante pour les Belges : on termine sans fanfare mais avec dignité la Présidence belge. Et samedi à 6h du matin, départ pour le Soudan. J’y dirige à nouveau une mission de 120 observateurs pour le référendum sur l’autodétermination du Sud qui doit se tenir le 9 janvier. Une semaine entière de vote, plus un lent décompte des voix dans une atmosphère électrique pour savoir si le Soudan reste uni ou se sépare en deux. J’ai pu constater à Kinshasa à quel point le dossier était sensible pour toute l’Afrique sub-saharienne. Si la guerre civile qui a duré jusqu’en 2005 a fait 2.000.000 de morts et 4.000.000 de déplacés, est encore dans tous les esprits – un Accord de paix en 2005 y a mis fin – les risques d’une nouvelle guerre si ce referendum n’avait pas lieu est bien présent. Donc, il faut y aller, garantir la légitimité du processus et persuader le Nord qu’il a tout à gagner à accepter le résultat des urnes. Je vous passe les négociations préalables, les intermédiaires qui se mettent en place comme le panel de haut niveau de l’ancien Président Sud-Africain Mbeki, l’œil vigilant des Américains, des Chinois, le soutien de l’Union européenne au référendum, et l’aide importante de l’ONU. Mais si l’impact d’une scission du Soudan sur les pays voisins serait grand et risquerait d’entraîner une instabilité dans la Corne de l’Afrique, celui d’une guerre serait bien pire et les pays riverains prennent déjà des mesures aux frontières pour contrôler un afflux potentiel de réfugiés. C’est un privilège que d’être nommée chef de la mission de l’Union européenne dans ce contexte politiquement et militairement sensible. J’en prendrai la mesure dès samedi.
Dans un tout autre registre, quelques mots encore de Kinshasa. Je voudrais revenir sur l’incroyable dynamisme social de la société civile. J’ai en tête deux moments forts : le Forum des Femmes que je co-présidais qui a commencé par une chanson contre la violence sexuelle à l’égard des femmes, qu’on a écoutée debout, avec la gorge nouée, et le Carrefour Paysan un peu à l’écart de Kinshasa, où des pays venus de toutes les provinces du Congo, structuraient leur mouvement. Il parait qu’aux Etats Unis quand un politicien parle de solidarité, c’est comme s’il disait un gros mot : il est immédiatement taxé de communiste. En Afrique, la solidarité, c’est le sang qui coule dans les veines, c’est la vie.
Reste à trouver le moyen d’irriguer par ce sang neuf, par cette créativité, des décideurs politiques, trop souvent corrompus. Certes, ils doivent dépasser les contingences du quotidien et de ses misères et avoir une vision politique plus large. Mais une vision politique qui ne s’appuie pas sur ses forces vives, qui ne part pas des besoins réels de la population, risque de se fourvoyer. C’est pour cela que les mutuelles de santé en Afrique sont intéressantes : à nouveau, c’est une dynamique sociale qui s’installe et qui peut guider des politiques gouvernementales en matière de santé. Il y a des centaines de mutuelles qui se créent en Afrique et nous pouvons dans ce domaine partager notre expérience belge, sans chercher à plaquer notre modèle sur le leur. La conférence que j’ai organisée à Bruxelles jeudi était éclairante sur ce point. Très contente de voir que le Commissaire européen Piebalgs, Laurette Onkelinx et André Flahaut soient venus l’inaugurer. Fait révélateur : Laurette et André ont parlé en militants socialistes, en passionnés, davantage qu’en ministres. Les participants m’ont dit après la conférence que les Belges avaient bien de la chance – Mais comment faites-vous avec des gens de cette qualité pour ne pas avoir de gouvernement ? Je n’ai pas osé répondre qu’on était aussi des spécialistes pour se tirer une balle dans le pied.


Mots-clefs: Afrique, Américains, André Flahaut, Chinois, commissaire européen, communiste, Congo, Etats-Unis, femmes, Kinshasa, Laurette Onkelinx, Mbeki, militaire, ONG, ONU, parlement européen, paysans, Piebalgs, Politique, Présidence Belge, référendum, réfugiés, socialiste, solidarité, Soudan, Union européenne, Véronique De Keyser, violences sexuelles
Publié par Véronique De Keyser dans Politique, Questions parlementaires |
28 juillet 2010

Blog du 28 juillet 2010
Juillet touche à sa fin. Flahaut dit qu’il ignore ce que sont les vacances. Moi pas. Même si, comme tout politique je ne dors que d’un œil, l’autre œil, celui qui dort, dort bien ! La fatigue accumulée par la mission au Soudan, les levers à 5h du matin pour arriver à Bruxelles à 9h, la transhumance Bruxelles-Strasbourg font que pour moi, les vacances c’est d’abord la casa. Je ne bouge pas, je ne vais pas au restaurant, ni à l’hôtel, je lis, j’écris, je travaille, je me pose, je prends racine, je m’incruste comme la moule sur un rocher et je vis dans 28m2 au sol : une boite d’allumettes. Je vais faire beaucoup rire mais…je ré-flé-chis. Non pas que je ne pense pas pendant l’année, mais en vacances, c’est comme un luxe. Je pense sur n’importe quoi d’ailleurs y compris les pires conneries. On m’a dit par exemple, de source bien informée, que BHL n’était plus avec Arielle D. !!! Info ou intox, je ne sais pas. Du coup j’ai un coup de blues pour tous les couples quinquagénaires qui décident soudain de changer de vie, je me demande ce que va devenir la maison du couple au Maroc, avec sa vue sur mer, je pense à des copains qui ont fait pareil…et je me surprends à aligner plus d’âneries à la minute que n’importe qui. Dans ces flâneries de l’esprit qui ne me valent rien, il y a tout de même une exception : je suis allée au festival d’Avignon ! Quatre jours en chambre d’hôte, départ et retour en train, quasi sac au dos. Quand j’étais très jeune, je descendais en 2CV, cela me prenait tout une nuit. Aujourd’hui, en quatre heures trente, changement de gare à Paris compris, on est là-bas. Là-bas, c’est-à-dire dans un délire culturel, un cirque permanent, où on se laisse charmer, accoster, par des jeunes acteurs en mal de public qui tentent de vendre leur spectacle aux passants. Si on ne leur dit rien, ils laissent simplement leur programme sur la table, pour ne pas gêner le client. Mais si on leur parle, alors là, ils sont intarissables. Je crois que ce que j’ai le plus aimé à Avignon, c’est de me laisser démarcher par ces camelots du spectacle. Je n’ai pu en voir que quelques-uns – trois par jour c’était le maximum !- mais j’en ai goûté des dizaines en regrettant chaque fois de ne pouvoir être partout, surtout par 45° au soleil ! Il régnait une chaleur d’enfer mais l’enthousiasme ne fondait pas. L’ambiance de fête devait beaucoup à l’agitation dans la rue, aux petits papiers, aux démarchages constants, aux spectacles improvisés, aux parades costumées et aux affiches accrochées partout. J’ai regretté que nos campagnes électorales, qui devraient être des fêtes, aient par souci de rigueur et de contrôle des dépenses, renoncé à cette exubérance. Je comprends qu’on ne puisse plus donner de gadgets pour ne pas favoriser les grands partis, mais ici à Avignon, avec des affiches suspendues partout, parfois dessinées à la main, accrochées avec des ficelles aux poteaux, aux grilles des jardins et aux balcons, ça donne envie faire la fête, même quand les sujets sont graves. Le plus beau spectacle que j’ai vu, c’est de la danse : Ma’Ravan. Quatre danseurs noirs, venant de la Réunion, et une chorégraphie à couper le souffle. Depuis les premiers ballets de Béjart que j’allais voir, enfant, quand il venait d’arriver à la Monnaie, je n’ai rien vu d’aussi émouvant, comme chorégraphie d’ensemble. Certains mouvements à trois, avec le jeu des corps, formaient des figures bouleversantes. Je suis sortie de là les tempes battantes, speedée comme si j’avais dansé pendant deux heures (alors que je suis raide comme un balai) émue et un peu délirante. La danse était un rituel d’hommage aux nègres marron dont les maitres coupaient les mains lorsqu’ils tentaient de s’échapper ; c’était une ode à la liberté. Qui peut résister à cet appel ?
Mots-clefs: Avignon, Béjart, BHL, Flahaut, Ma’Ravan, Politique, Soudan, Véronique De Keyser
Publié par Véronique De Keyser dans Divers |