Véronique De Keyser

Députée européenne et conseillère communale à Liège

Vice-Présidente du Groupe Socialistes et Démocrates du Parlement européen

Les Schtroumpfs sont arrivés !

7 juillet 2010

Intervention de Véronique De Keyser ce mercredi matin en session plénière à Strasbourg au sujet de la présidence Belge au Parlement européen

Depuis quelques jours les condoléances affluent : Vous vous êtes tiré une balle dans le pied ! Entamer une présidence avec un gouvernement démissionnaire ! Le traité de Lisbonne de toute manière a changé la donne : les présidences tournantes n’ont plus rien à dire. Heureusement vous avez Van Rompuy ! A tous ces messages sympathiques, je réponds : au pays du surréalisme, celui de Magritte et des Schroumpfs, rien n’est impossible ! Et plus sérieusement, le travail engrangé depuis des mois, la structure fédérale belge et ses gouvernements régionaux donneront à cette présidence la solidité qu’elle doit avoir : pas de risque à ce sujet. Quant à son rôle de présidence tournante, c’est finalement de la subsidiarité. La Belgique doit apporter une valeur ajoutée à ce que fait le Conseil, ou la Haute Représentante. Et c’est là qu’il y a un véritable boulevard. Car si j’ai entendu Herman Van Rompuy nous parler tant de fois de rassurer les marchés financiers, je ne l’ai pas entendu parler de rassurer les citoyens. Ces derniers sont inquiets et attendent de l’Europe une réponse communautaire à la crise en termes de régulation financière, de création d’emplois, de croissance verte, avec des projets, des investissements, des moyens à l’appui – bref, un souffle social, une dynamique européenne. Les solides traditions sociales belges et la vision généreuse que la Belgique a de la coopération devraient inspirer les institutions européennes à défaut de leur fournir de la salsepareille, la nourriture préférée des Schtroumpfs que nous gardons pour nous.

Grâce au courage de Kenza, de Fatima et de tant d’autres, les politiques se réveillent enfin…

26 juin 2010

Grâce au courage de Kenza, de Fatima et de tant d’autres, les politiques se réveillent enfin. Jamais auparavant on n’aurait pu voter, à une très large majorité au Parlement européen, une résolution condamnant l’attaque de la flottille mais surtout exigeant enfin une levée total du blocus de Gaza. C’est une victoire politique mais elle doit se traduire dans les faits. Une levée totale du blocus, une enquête internationale et pas de demi-mesures. Mais la semaine politique a été marquée par des événements heureusement moins dramatiques: les premiers pas de la présidence belge. Que n’ai-je entendu d’absurdité à ce propos. La Belgique se tire une balle dans le pied ! Cette Présidence va être catastrophique ! La scission c’est pour quand ? C’est pour cela que le Roi part au Congo ??? (pour rappel dans le fameux faux journal TV de la RTBF qui annonçait la fin de la Belgique, le Roi….fuyait au Congo !). Mais non, mais non, ça n’a rien à voir: il va aux célébrations de l’indépendance du Congo, si, si, je vous assure cela ne cache rien ! Et les premières rencontres des ministres avec le Parement européen au Palais d’Egmont ont été plus que rassurantes: Yves, Laurette, Paul, Didier, Joëlle et tous les autres – ah, mais il vous en reste beaucoup de ministres ? Vous en avez encore d’autres ??? Tous ont été excellents. Devant une telle richesse politique, mes collègues étaient évidemment étonnés. Aucun ne m’a demandé – ce que je craignais ! – vous êtes sûre qu’il n’y en a pas trop ??? Non, cette présidence sera très bien, j’en suis convaincue. La seule gaffe vient de Bart, mais il n’est pas encore ministre. Il a rencontré immédiatement les autorités européennes. À savoir, José manuel Barroso, Herman Van Rompuy… et puis c’est tout. Dites Monsieur De Wever, n’auriez-vous pas oublié une institution européenne ?? Et un brave Président polonais ? Jerzyk Buzek s’est senti exclu de la cour des grands, ce qui est d’autant moins mérité que depuis le traité de Lisbonne le Parlement européen s’est senti pousser des ailes.

Mais les couloirs du Parlement ont entendu des hurlements pour bien d’autres raisons que les oublis de Bart De Wever: Ô rage, Ô désespoir, que dire de la France à la coupe du monde ! Et si les joueurs ont du se faire savonner les oreilles par Sarkozy au retour, quel scandale que le refus de Domenech de serrer la main de l’entraineur de l’équipe d’Afrique du Sud ! Je me fous complètement de leurs rapports passés: à ce moment-là, c’était indécent. Mais quel délire que ce match Slovaquie Italie ! Quel antidote par rapport au précédent. L’activité du service hier en fin d’après-midi a été un peu réduite. Les mails ont crépités «congratulations» pour nos collègues slovaques et des «condoléances» pour les collègues italiens dont les joueurs nous ont tout de même donné un beau spectacle. À part cela, on épingle Jeannie Longo, inusable, et Justine qui tient bon sur le gazon. Quant à moi, aujourd’hui je m’envole vers le Soudan pour remettre aux autorités le rapport de la mission d’observation électorale.
Vous croisez les doigts ?

« Balayer devant notre porte »

23 juin 2010

Par Véronique Leblanc, correspondante à Strasbourg
Union européenne
Mis en ligne sur LaLibre.be le 18/06/2010

La Belgique épinglée pour la présence sur son territoire d’entreprises vendant des instruments de torture

C’est un exercice imposé. Tous les ans, la Commission tire les conclusions de l’action de l’Europe en faveur des droits de l’homme dans le monde et pour 2009, un grand oral a eu lieu cette semaine en plénière à Strasbourg. Un débat a ainsi réuni mercredi les eurodéputés et la haute représentante de l’Union pour la politique étrangère, Catherine Ashton.

Des chiffres tout d’abord. De juillet 2008 à fin 2009, l’Union a alloué 238 millions d’euros à des ONG opérant dans une centaine de pays. Elle a envoyé des délégations dans une quarantaine de pays pour discuter des droits fondamentaux avec les autorités et des missions d’observation électorale dans 16 autres pays.

« C’est bien mais encore « , ont dit en substance certains eurodéputés qui aspirent à plus de résultats concrets. Ainsi, pour la socialiste belge Véronique De Keyser, partie prenante de plusieurs missions d’observation électorale, l’Union s’est dotée par ce biais d’un « instrument merveilleux » qui permet de constater « des élections défaillantes ou frauduleuses » mais n’entraîne pas « une réaction coordonnée et audible ». « Ça finit par passer, dit-elle, les gouvernements corrompus font le gros dos et l’Europe légitime par lassitude. » « Ne pourrait-on envisager une stratégie de réponse un peu plus audible ? », a-t-elle demandé à Catherine Ashton. Pour le libéral luxembourgeois Charles Goerens, un autre paradoxe européen est le manque d’empressement à répondre aux arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme manifesté par certains Etats membres.

Une remarque approuvée par la verte finlandaise Heidi Hautala. « Pour que nous puissions parler haut et fort dans le monde, il faut d’abord balayer devant notre porte », a-t-elle souligné dans sa conclusion avant d’en revenir à un autre point évoqué durant le débat et qui n’est ni plus ni moins que l’interdiction du commerce d’instruments de torture sur le territoire de l’Union.

Difficile de penser que la question puisse encore se poser en terre européenne, mais c’est bien le cas. Et la Belgique -concernée- n’a rien d’exemplaire puisqu’un rapport d’Amnesty International et Omega Research Foundation atteste que des entreprises y proposent des articles concernés par le règlement. « Il faut prévoir des sanctions pour les pays contrevenants et actualiser la liste des produits concernés en y incluant des équipements tels que les bâtons à pointes et les poucettes murales servant à administrer des décharges électriques », ont réclamé les eurodéputés Gabriele Albertini (conservateur-Italie) et Vital Moreira (socialiste-Portugal), auteurs de questions écrites sur ce sujet.

Autre point important du rapport, la protection des défenseurs des droits de l’homme dans le monde avec la possibilité d’un réseau de « villes refuges » déjà évoquée lors de la présidence tchèque de l’Union et la demande de création -par les ministères des Affaires étrangères- d’une procédure de visa accélérée. Catherine Ashton s’est dite prête à collaborer étroitement avec le Parlement. « Il faut profiter de la nouvelle architecture du traité de Lisbonne », a-t-elle conclu.

Faut-il ou non lier des accords commerciaux avec les pays qui bafouent les droits de l’homme ?

24 janvier 2010

Blog du 24 janvier 2010. Un accord commercial avec la Colombie ? Faut-il ou non lier des accords commerciaux avec les pays qui bafouent les droits de l’homme ? Difficile de dire non alors que rares sont les pays dans le monde peuvent prétendre être des états démocratiques : si la Chine pratique encore la peine de mort on oublie souvent que deux membres du G8, les Etats-Unis et le Japon, sont dans le même cas. Donc, l’affaire n’est pas aussi simple. Mais faut-il offrir à des pays où les violations sont graves et subsistent, un statut privilégie dans ces accords ? Rien n’est moins sûr. Là encore l’Union européenne n’est pas claire, alors qu’elle a contractualisé le respect des droits de l’homme dans ses accords de partenariat. Mais Israël continue, malgré l’occupation, le Mur hors des frontières de 67, les colonies illégales, à bénéficier d’un statut préférentiel sans réaction de l’Union, quand d’autres pays comme la Guinée Conakry se voient justement sanctionnés pour les crimes qu’ils commettent. Difficile de ne pas parler de deux poids et deux mesures.

Les déclarations de Karel De Gucht lors de son audition laissent présager une plus grande fermeté dans le modèle européen -c’est-à-dire, un commerce plus «équitable»- et le test sera probablement l’accord de libre échange avec la Colombie qui est en gestation. Cet accord soulève déjà les passions. En effet, chaque années en Colombie des centaines de syndicalistes sont assassinés, des étudiants sont poursuivis, arrêtés, disparaissent. Le sale boulot est fait par des milices paramilitaires qu’on dit proches du pouvoir. Des rapports accablants des ONG, du Bureau International du Travail confirme la dangerosité du pays. Et pourtant la popularité du Président est telle qu’il songe à briguer un troisième mandat ! A ce jour, ni le Canada, ni les Etats-Unis n’ont voulu signer un tel accord, pour les motifs évoqués. Mais la présidence espagnole, qui vient de commencer, l’a mise à son agenda. D’où un certain émoi chez les députés européens. Karel De Gucht, le nouveau commissaire désigné au commerce a été interrogé sur ce point. Il a décrit la stratégie qu’il comptait observer : travailler rapidement la partie technique de l’accord mais ne pas le parapher ou le signer avant d’obtenir des garanties d’amélioration des droits de l’homme, notamment le respect des droits sociaux et politiques. On se rappellera qu’un accord avec la Serbie a ainsi été paraphé mais non signé par l’Union, en attendant que les criminels recherchés par le Tribunal pénal international soient livrés à ce dernier et que la Serbie collabore avec le TPI. On voit donc se dessiner une doctrine nouvelle de l’Union: la combinaison de sanctions, avec des incitants positifs de type«si vous faites des efforts, je vous lâche ça». La Colombie clame haut et fort qu’elle est sur la bonne voie, qu’elle fait des efforts…et que le nombre des syndicalistes tués diminuent! C’est un peu vrai mais c’est à peine vrai. Les morts continuent à succéder aux morts. Il n’est pas sûr que cette très légère amélioration convainque les députés du bien fondé d’une signature de l’accord. Et si Karel De Gucht a plu aux députés et remporté haut la main son audition, c’est qu’en dépit d’une idéologie libérale qu’il revendique clairement, il a des valeurs humanistes et une franchise qui confine à la brutalité. Dans un cénacle européen qui a l’habitude de lisser son discours au risque d’endormir le citoyen -mais un citoyen qui dort est moins dangereux qu’un éveillé!- «le ton» de Gucht tranche agréablement. J’imagine qu’il aura en tête toutes les données de ce casse-tête diplomatique quand il traitera le dossier colombien. Rappelons tout de même que depuis le Traité de Lisbonne les députés ont la co-décision en la matière : pas de signature sans leur accord. Pour ma part je me rendrai en mission en Colombie pour faire le point durant le mois de février. En attendant, j’étais toute heureuse que le jury Solidar que je présidais la semaine dernière à Strasbourg, octroie son prix international aux syndicalistes colombiens. Le prix européen est allé à une association de protection des Roms en Europe (un autre problème de discriminationbrûlant !). Les deux personnalités qui se voient récompensées pour leur parcours de vie sont l’ex-premier ministre hongrois, père de l’effondrement du rideau de fer dans son pays et Pierre Mauroy, socialiste français bien connu. Tous ces prix seront remis le 3 février à Bruxelles au Parlement européen.

Blog du 6 décembre

6 décembre 2009

C’est la St Nicolas aujourd’hui. Je ne vais pas retomber en enfance mais je ne peux m’empêcher d’avoir un peu de nostalgie pour cette journée magique. Nous étions huit frères et sœurs à la maison et rien qu’à cause du nombre, même si chacun n’avait qu’un cadeau, la salle à manger paraissait inondée de jouets. Tout semblait possible alors. Est-ce qu’aujourd’hui ce l’est moins ? Bonne question ! J’ai définitivement cessé de croire en St Nicolas ou en Dieu lorsqu’à l’âge de six ans, ayant demandé pour tout présent de devenir un garçon, je me suis aperçue le 6 décembre que ce vœu n’avait pas été exaucé. Mon désespoir était total. Et ma détermination de ne plus jamais rien demander à St Nicolas -ni poupées, ni dînette, ni arc, ni flèche- a été décisive dans mon parcours de laïque. Je n’ai pas versé une larme mais je n’ai plus cru à rien, sinon que je me passerais désormais de toute intervention divine pour réaliser mes désirs. J’ai rangé au placard toute magie, qu’elle soit blanche ou noire. J’imagine que dans le monde aujourd’hui, des millions d’enfants demandent à devenir princes ou princesses, à être nourris s’ils sont affamés, à être aimés s’ils sont battus, à trouver une famille s’ils sont orphelins, à guérir s’ils sont malades et que St Nicolas hélas ne leur apportera rien de tout cela, même pas un jouet ou un chocolat. Et que sur ces questions essentielles -lutter contre les discriminations, aimer, nourrir, protéger et offrir un futur meilleur- les hommes sont supérieurs aux Dieux. Nous pouvons leur assurer cela, St Nicolas pas. Nul blasphème ni parjure dans ces lignes mais une lourde responsabilité des politiques. Hier un train est parti pour Copenhague, bourré d’ONG, de citoyens, de politiques. Et si Copenhague était la meilleure promesse d’un futur différent ? J’y serai très bientôt. C’est sans doute le rendez-vous le plus important de ce troisième millénaire. Niveau 9 sur l’échelle de Richter !

Je suis revenue de Madrid très fatiguée mais assez rassurée sur la qualité de la nouvelle présidence espagnole. Car il y aura au 1er janvier 2010 une présidence espagnole durant six mois, suivie immédiatement d’une présidence belge et ensuite d’une présidence hongroise. Et Van Rompuy dans tout çà ? Et Lady Ashton ? Et Barroso ? J’imagine qu’entre tous ces présidents et hauts représentants vous avez le tournis ? Vite un mot d’explication. Herman Van Rompuy a été désigné par ses pairs, c’est-à-dire les chefs de gouvernements, Président du Conseil européen. C’est comme dans le conseil d’administration d’une a.s.b.l : l’assemblée générale vote sur les membres, désigne un conseil d’administration et celui-ci se choisit un Président. Notre Herman à nous. Pas mal pour des petits Belges, non ? Et puis le Conseil s’est choisi un porte parole pour les relations extérieures : c’est Cathy Ashton, dite aussi Lady Ashton. Cette députée britannique était déjà Commissaire aux Relations Internationales dans l’actuelle Commission. Peu de ladies sont aussi «nature» que Lady Ashton. Elle est très, très British, très, très simple. Et très chouette. Certains ont dit qu’elle était incompétente. D’autres qu’elle avait des dents de cheval. D’autres encore qu’elle n’allait pas tous les jours chez le coiffeur. C’est odieux mais on reconnaît là la finesse de l’analyse politique dont font preuve certains confrères machos, notamment les députés conservateurs britanniques. La vérité est que Cathy Ashton, qui a repris il y a un peu plus d’un an la succession du commissaire Mandelson au commerce international, s’est vite adaptée à la Commission et qu’elle sera sans doute tout aussi efficace et tout aussi rapide en succédant à Javier Solana. Car le Traité de Lisbonne a introduit une innovation importante. Le Haut représentant n’est pas seulement le porte parole du Conseil, il est aussi le Vice-Président de la Commission. Lady Ashton est donc un trait d’union obligé entre le Conseil et la Commission. Entre Van Rompuy et Barroso. Toute tension entre ces deux grandes institutions la déchirerait en deux comme dans le jugement de Salomon.

Et les présidences espagnole, belge et hongroise ? Et bien tout ça continue comme avant. Le Traité de Lisbonne n’a pas supprimé cette implication particulière des pays dans la politique européenne. C’est-à-dire que les pays différents continueront à animer une présidence tournante tous les six mois, en imprimant chacun leur marque. La Présidence espagnole va se centrer sur l’économique et le social : socialisme oblige. Le taux de chômage que subit actuellement l’Espagne est là pour rappeler à ses dirigeants que si la crise financière tend à se résorber, l’emploi continue à faire défaut : des mesures à l’échelle européenne s’imposent. L’Espagne a aussi pris des mesures exceptionnelles pour lutter contre la violence à l’égard des femmes, en particulier la violence conjugale. Cette violence tue plusieurs femmes chaque jour en Europe. L’Espagne tentera donc de produire une directive contre la violence à l’égard des femmes en s’inspirant de sa propre législation, exemplaire. L’agenda de la Belgique n’est pas encore bouclé mais on sait qu’elle aussi misera sur le social. L’idée de lutte contre la pauvreté et d’un revenu minimum à l’échelle européenne est à l’ordre du jour. Quant à la hongroise on attend. Ce pays vit de plein fouet la montée de mouvements d’extrême droite très durs, et cette présidence est très attendue dans sa lutte contre ce fléau.

Demain au Parlement je reçois une centaine de musiciens et de choristes venant d’Antioche et appartenant à diverses confessions. C’est ma manière de protester contre le référendum suisse et son relent d’islamophobie. Quoi une laïque qui joue dans cette partition œcuménique ? Pourquoi pas quand il s’agit de lutter contre les discriminations ? Après tout, Mozart n’a-t-il pas écrit un Requiem ? Oui, décidément aujourd’hui, jour de St Nicolas, comme autrefois, tout me paraît possible.

Blog du lundi 12 octobre

12 octobre 2009

La vie passe trop vite au Parlement : dès que je reprends la plume, les nouvelles se bousculent et j’essaie leur donner une cohérence. Mais si moi je n’y réussis pas, que penser de ceux qui sont éloignés de l’œil du cyclone ?

Il y a d’abord eu le OUI irlandais. On peut en penser ce que l’on veut du Traité de Lisbonne, mais il assurera davantage de transparence et de démocratie au fonctionnement européen. Plus de pouvoir pour le Parlement, plus de transparence dans les discussions du Conseil jusqu’ici tenues secrètes. Mais à quel prix ce OUI ? On le doit sans doute d’abord à la crise financière, qui a fait trembler l’Irlande : son économie ultra-libérale en a subit les conséquences de plein fouet. Mais on le doit aussi à l’assurance donnée aux Irlandais que jamais, au grand jamais, l’Europe ne les obligerait à légaliser le droit à l’avortement. Il est clair que jusqu’à ce jour, la légalisation de l’avortement a été un processus national. Ceux ou celles qui ont eu le temps de visionner vendredi dernier l’émission d’Elodie de Selys sur «l’incapacité temporaire» de régner du roi Baudouin (le roi refusait de signer la loi belge qui dépénalisait l’avortement) en sont bien persuadés. Mais les femmes européennes veulent partager leurs libertés. Il n’est pas normal qu’aujourd’hui, dans certains pays européens, dont l’Irlande fait partie mais aussi la Pologne et Malte, les femmes les plus pauvres continuent à mourir dans des avortements clandestins, alors que les plus riches franchissent leurs frontières pour interrompre ailleurs leur grossesse. Gisèle Halimi, la célèbre avocate française continue à se battre pour que toutes les Européennes aient accès aux mêmes droits, et pas seulement pour interrompre une grossesse : droit au divorce, à l’égalité de traitement, à la pension de garde des enfants etc. Les disparités nationales sont effarantes. Et c’est pour garder ces inégalités, au nom de sa souveraineté nationale, que l’Irlande a conditionné son OUI au maintien du refus de l’avortement. C’est cher payer son accord. Et l’on est en droit de se demander ce que la Pologne ou la République Tchèque vont exiger de leur côté.

A côté du OUI irlandais il y a eu des victoires moins amères. Les élections portugaises maintiennent au pouvoir les socialistes qui perdent cependant la majorité absolue. Mais surtout, il y a la formidable victoire des socialistes grecs, qui ont repris la main de façon éclatante. Deux anciens collègues du Parlement sont devenus ministres, ça fait toujours plaisir. Et on en oublie un peu l’évincement politique du SPD en Allemagne, qui a perdu le pouvoir. Bref sur les bancs du Parlement, on s’est beaucoup congratulé ces derniers jours mais on a aussi sorti les mouchoirs. Et si les grands débats sont autour de la crise financière et du changement climatique, les soubresauts politiques de chaque pays alimentent toujours les discussions de couloir.

J’ai pourtant trouvé le temps de satisfaire un de mes vices : le théâtre. Formidable festival de l’Emulation à Liège au Théâtre de la Place. Nous n’avons vraiment rien à envier à d’autres voisins…que je ne nommerai pas. Je m’étais d’abord précipitée pour voir «Le Barbier de Séville» qui ouvrait la saison à Liège, monté par Jacques Delcuvellerie : du pur bonheur, un jeu d’acteurs éblouissant, sans exception. Mais que dire de «Voyage», avec les artistes de la Fabrique Imaginaire (Eve Bonfanti et Yves Hunstad) : ça c’est magique. Je les avais déjà vus dans «Au bord de l’eau» au festival off d’Avignon ; et la manière dont ils transforment les mots, font s’enchevêtrer les temps, cette manière unique crée un univers poétique si subtil et si drôle qu’on oscille constamment entre rire et larmes. Je suis sortie de la représentation d’Avignon toute barbouillée de rimmel, tant j’avais pleuré. J’avais donc très peur de «Voyage», très peur que ce soit un peu raté, un peu «en deçà». Et bien non. Du coup, j’ai mis dans mon agenda de cette semaine «Du Vent…des fantômes» de la même compagnie. Il faut que je trouve une soirée de libre, c’est vital. Après ça, je parviens presque à supporter les dessous du OUI irlandais, ou du moins à trouver des forces nouvelles pour le combattre. Mais ce n’est pas tout car samedi dernier j’ai foncé à la Cartoucherie de Vincennes en France, pour voir les «Mères Veilleuses» au Théâtre de l’Epée de Bois. Presque un chuchotement, avec deux actrices sur scène qui interprètent huit monologues. Un seul thème : leur enfant est sorti du droit chemin et c’est tout à la fois leur amour et leur déchirement qu’elles expriment. Un texte intimiste mais très beau de Sylvie Chastain. Et puis, rentrée dare-dare pour le Congrès du PS dimanche à Charleroi, dans une ambiance à la fois grave car la situation politique est sérieuse, mais festive néanmoins car on était heureux de ces retrouvailles après les élections.

C’est vrai que lorsque je me relis, je me dis : «ça fait un peu désordre tout ça». Mais si je veux me faire l’écho de ces heures que je parviens à voler de temps à autre pour filer au théâtre, c’est parce que je trouve qu’on parle trop peu de cet art «à mains nues», non polycopié, où les artistes, qui ont souvent de la peine à nouer les deux bouts, donnent tout et payent de leur personne. Et nous fabriquent de purs joyaux, avec trois fois rien. Et c’est vrai aussi que j’ai un faible pour le théâtre de rues, pour les petits moyens plutôt que pour les grandes productions, car là, aucun subterfuge ne permet de masquer les faiblesses. C’est du très grand art, de la très belle poésie. Alors, on me pardonnera de mêler tout ça à la victoire de socialistes grecs. Après tout, n’avaient-ils pas eux aussi une tradition théâtrale décente ???